Bienvenue dans l'anthropocène

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Les géologues classifient les différentes périodes de l’existence de la terre, en utilisant par exemple les termes pléistocène, miocène, éocène. Nous serions officiellement dans la période holocène. Ces périodes ont été déclenchées par des évènements physiques majeurs, comme des activités volcaniques intenses et nombreuses ou encore par la chute d’astéroïdes gigantesques.

Si ces différentes périodes ont débuté avec des évènements physiques, celle dans laquelle nous entrons rapidement démarre avec suite à des activités humaines. Dans son ouvrage visionnaire, Homo Deus, faisant suite à son premier volume Sapiens, Yuval Noah Harari, nous interpelle ainsi : «mais pour désigner les soixante-dix mille dernières années, mieux vaut sans doute parler de l’anthropocène.»

L’homme est la première espèce animale à modifier en profondeur l’évolution de la terre. Dans le langage d’Harari, le sort de la planète était aux mains de dieux mythologiques, mais aujourd’hui il est aux mains de l’homme devenu homme-dieu, d’où le titre de son deuxième volume. L’avenir nous dira si l’homme s’avèrera homme-dieu, ou plutôt apprentis sorciers. L’auteur, à l’aide d’une illustration, nous apprend qu’il existe sur la planète approximativement 100 millions de tonnes d’animaux sauvages, 300 millions de tonnes d’humains et 700 millions de tonnes d’animaux d’élevage. À ceci il faut ajouter le milliard de tonnes d’équipements de transport de toutes sortes et la centaine de millions de tonnes de plastique flottant sur les océans.

Les animaux d’élevage ont des effets particulièrement pernicieux pour l’environnement, en particulier les ruminants dégageant non seulement d’énormes quantités de CO2, mais également du méthane, dont l’effet sur le réchauffement climatique est de 25 fois supérieur. L’homme est donc en voie de modifier la vie sur notre planète comme nous ne l’avons jamais vu depuis la nuit des temps. Si les évènements géologiques anciens ont déjà entrainé des effets fracassants sur cette planète, comme la disparition de 70% des espèces vivantes, dinosaures et autres, dans le cas des activités humaines les changements se font de façon moins lourde, mais non moins pernicieuse.

Si l’implantation de l’anthropocène a débuté avec les activités des chasseurs-cueilleurs, elle marque une accélération très rapide depuis le début des années soixante. La sonnette d’alarme est attribuable à l’augmentation de la teneur en CO2 de l’atmosphère, d’environ 300 ppm à ce moment pour atteindre les 400 parties par million (ppm) aujourd’hui et ceci pour l’ensemble de la planète, soit une augmentation de 35 %.

L’homme par son intelligence a réussi à inventer toutes sortes d’activités qui le confrontent finalement à une catastrophe. Saura-t-il avec cette même intelligence, sans parler de l’intelligence artificielle, inventer des solutions qui rendront possible de continuer de vivre sur la seule planète dont nous disposons. Faudra-t-il tous devenir végétariens et consommer des insectes pour leurs protéines. Les immenses prairies naturelles utilisées pour l’élevage pourront servir à la culture des légumineuses également riches en protéines. En mettant un terme à l’élevage massif d’animaux, l’homme saura-t-il reboiser les immenses surfaces utilisées à cette fin recréant ainsi l’énorme puits de carbone que ces forêts constituaient. Ce reboisement s’accompagnera d’une repopulation en espèces animales sauvages qui pourront contribuer avec modération à l’alimentation humaine, sans compter que ces forêts, à l’aide d’une sylviculture appropriée, produiront d’énormes quantités de champignons sauvages comestibles. Faudra-t-il aussi vendre toutes nos bagnoles et n’utiliser que les transports en commun.

Changements climatiques en bouteille

Voici une petite expérience pour les climatosceptiques, qui ferait un bon sujet pour une Expo-Science. On utilise des bouteilles de verre et des bouchons de liège de dimension appropriée. On insère d’abord dans ces bouchons de longs thermomètres, y ayant fait des trous avec un emporte-pièce. Nous voici prêts pour l’expérimentation. On place à proximité au centre des trois bouteilles, une ampoule incandescente allumée, source de radiations infrarouge. Dans la bouteille témoin avec l’air ambiant, on observera rapidement une augmentation de la température. Dans une deuxième bouteille, on y placera quelques millilitres de KOH, qui élimineront totalement le CO2. Dans ce cas, l’augmentation de température sera fortement diminuée, sinon éliminée. Dans une troisième bouteille on introduira une pincée de bicarbonate de sodium, autrement dit soda à pâte, et un peu de vinaigre, ce qui libèrera instantanément du CO2. Dans ce cas on verra une forte augmentation de la température dans la bouteille, le CO2 captant la chaleur de l’infrarouge produit par l’ampoule. Ainsi dans l’atmosphère, le CO2 capte de façon irréversible la chaleur de l’infrarouge en provenance du soleil. Ceci aide à comprendre l’origine des changements climatiques.

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«La science dans ses mots» est une tribune où des scientifiques de toutes les disciplines peuvent prendre la parole, que ce dans des lettres ouvertes ou des extraits de livres.