Deux fois plus de rayonnement nocif sur la Lune que sur la station spatiale

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Deux fois plus de rayonnement nocif sur la Lune que sur la station spatiale

WASHINGTON — La sonde chinoise qui a aluni en 2019 a permis de répondre à une question laissée de côté par les missions Apollo : le niveau exact de rayonnements sur la Lune, une donnée essentielle alors que la NASA veut y envoyer cette décennie des astronautes pendant des périodes prolongées.

Une équipe de chercheurs chinois et allemands a publié vendredi dans la revue Science Advances les résultats de l'expérience menée par l'alunisseur Chang'e-4, et qui a enregistré chaque jour les rayonnements reçus à la surface. Résultat: leur niveau est 2,6 fois supérieur à celui reçu par les habitants de la Station spatiale internationale (SSI).

«Le rayonnement sur la Lune est entre deux et trois plus fort que sur la SSI, dit à l'AFP Robert Wimmer-Schweingruber, astrophysicien à l'université de Kiel et coauteur de l'étude. Cela limite la durée de séjour sur la Lune à environ deux mois [de façon conservatrice, en tenant compte la semaine de voyage entre la Terre et la Lune et le retour].»

Les rayons, cosmiques et solaires, peuvent causer à certaines doses des dommages à long terme allant du cancer à la cataracte et aux maladies neurodégénératives. La mesure se fait avec l'unité sievert, qui quantifie le rayonnement absorbé par les tissus humains.

Sur la Lune, le rayonnement est de 1,369 microsievert par jour, soit 2,6 fois la dose quotidienne à bord de l'ISS, où les équipages restent en général six mois mais où quelques uns sont restés un an ou plus. Le rayonnement est moindre à l'intérieur de la station car celle-ci est partiellement protégée des rayons cosmiques par la magnétosphère de la Terre. Sur Terre, nous sommes encore plus protégés par l'atmosphère, mais cette protection s'amoindrit avec l'altitude.

«Le niveau de rayonnements mesuré sur la Lune est environ 200 fois supérieur à celui observé sur le sol terrestre, et 5 à 10 fois supérieur à celui d'un vol entre New York et Francfort», ajoute Robert Wimmer-Schweingruber.

La NASA veut retourner sur la Lune en 2024 pour la première fois depuis 1972, et construire ensuite une infrastructure pour y envoyer régulièrement des astronautes, comme une répétition générale à l'envoi du premier humain sur Mars. Pour une période plus longue que deux mois sur la Lune, le professeur Wimmer-Schweingruber suggère de construire des habitats protégés des rayonnements par un revêtement de 80 centimètres d'épaisseur de sol lunaire.

Médicament miracle contre la COVID-19 : la source est-elle fiable ?

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Médicament miracle contre la COVID-19 : la source est-elle fiable ?

Catherine Couturier
Agence Science-Presse
Le Détecteur de rumeurs
Agence Science-Presse
DÉTECTEUR DE RUMEURS / À la liste des supposés traitements miracles contre le coronavirus s’est récemment ajouté, aux États-Unis, un extrait de plante, l’oléandre. Quels sont les indices qui permettent de douter qu’on puisse d’emblée sauter aux conclusions ?

D’où vient l’information ?

Une recherche rapide parmi les reportages récents révèle que c’est le vice-président de la compagnie Phoenix Biotechnology, Andrew Whitney, qui aurait eu l’oreille de Donald Trump lors d’une rencontre à la Maison-Blanche en juillet. Phoenix est la compagnie qui veut commercialiser le produit. Cette rencontre aurait été rendue possible grâce à un homme d’affaires appelé Mike Lindell, membre du conseil d’administration et investisseur de Phoenix. Lindell est aussi un donateur de la campagne de Donald Trump. Interrogé par le média en ligne Axios, Mike Lindell a affirmé que l’oléandre, un composé tiré du laurier-rose, serait le «miracle de tous les temps».

Cette connexion avec la Maison-Blanche pourrait donc expliquer que les médias se soient emparés de l’histoire. Mais ça ne nous apprend pas si le produit possède des effets démontrés contre la COVID-19.

Qu’est-ce que l’oléandre ?

L’oléandre est le nom du composé chimique produit par le laurier-rose (Nerium oleander), une plante ornementale. En googlant « oléandre » ces jours-ci, on trouve rapidement des avertissements sur les risques : une professeure de dermatologie de l’Université Emory met par exemple en garde contre le risque d’empoisonnement, dans un texte de vulgarisation paru dans la foulée de l’intérêt médiatique. Elle rappelle que la plante est « hautement toxique », et que des cas d’empoisonnement ont été documentés chez les humains et les animaux. Même manger des escargots ayant élu domicile sous un laurier-rose serait apparemment dangereux.

Plusieurs scientifiques n’ont donc pas tardé à s’inquiéter qu’un trop grand enthousiasme autour de ce composé issu de la plante donne l’idée aux gens de s’automédicamenter, ce qui pourrait avoir des conséquences funestes.

Quelles sont les études sur l’oléandre ?

Il existe beaucoup de produits qui, toxiques à certaines doses, se révèlent médicalement efficaces. Qu’en est-il des données qui soutiendraient cet enthousiasme ?

À ce jour, il n’y a rien. Aucune étude publiée n’est disponible sur l’efficacité de l’oléandre pour traiter la COVID-19.

Le magazine Forbes révélait en août que le Centre de recherche sur les maladies infectieuses de l’armée américaine avait réalisé des tests en laboratoire sur l’efficacité de l’oléandre contre le coronavirus, mais que les données non concluantes avaient mené à l’abandon de l’expérience.

Une étude a conclu en juillet que l’oléandre bloquerait l’infection au coronavirus chez les cellules de singes en éprouvette. Mais elle n’a été que « prépubliée », donc pas encore révisée par les pairs, et elle compte parmi ses auteurs deux employés de Phoenix Biotechnology. De plus, l’histoire récente de la recherche médicale rappelle que des études in vitro sur des cellules animales échouent dans la grande majorité des cas lorsque vient le temps de tenter de prouver leur efficacité chez l’humain : elles servent avant tout à repérer les propriétés du produit, avant de le tester sur des animaux.

D’autres drapeaux rouges ?

Si ces appels à la prudence ne suffisent pas, la lecture des reportages mentionnés plus haut fournit d’autres informations. Par exemple, la compagnie My Pillow, dont Mike Lindell est le fondateur, a été poursuivie en justice en Californie pour avoir affirmé que ses oreillers avaient été testés en laboratoire et qu’ils pouvaient traiter l’insomnie et l’apnée du sommeil. Les tests qu’il évoquait n’avaient pas été publiés ni revus par les pairs, et ne comportaient pas de groupe placebo.

De plus, la compagnie Phoenix Biotechnology n’a pas caché qu’elle essaierait de vendre l’oléandre en tant que « produit naturel », si elle ne réussissait pas à le faire approuver comme médicament par les autorités de la santé.

Quand l’humain est parti, les oiseaux chantent (mieux)

Science

Quand l’humain est parti, les oiseaux chantent (mieux)

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
Quand le chat est parti, les souris dansent, veut le proverbe. Mais la pandémie de COVID-19 a permis à une équipe de biologistes américains de donner une nouvelle tournure au dicton : quand les humains sont confinés, comment les oiseaux chantent ?

Les chercheuses Elizabeth Derryberry (Université du Tennessee) et Jennifer Phillips (Texas A&M) ont profité du confinement du printemps dernier pour enregistrer les chants d’une espèce particulière, le bruant à couronne blanche, dans des milieux urbains de la région de San Francisco, en avril et mai derniers. Puis elles et leurs collègues en ont comparé les caractéristiques avec des enregistrements qui avaient été effectués exactement aux mêmes endroits, mais aux printemps (avril-juin) 2015 et 2016.

Leurs résultats, publiés jeudi dans la revue savante Science, montrent que pendant le confinement, ces bruants se sont mis à chanter plus doucement (environ 4 décibels de moins à distance égale, soit environ 2,5 fois moins fort), mais aussi à des fréquences, ou «notes», un peu plus basses — deux observations qui partagent une même explication.

N’ayant pas à couvrir le même niveau de bruit de fond, puisque le trafic routier et les autres activités humaines avaient beaucoup diminué, ces oiseaux n’avaient plus à chanter aussi fort. Or à cet égard, leur voix fonctionne essentiellement de la même manière que celle des humains : plus on crie fort, plus la voix est aigüe. Si bien qu’en «baissant le ton», ces bruants ont pu chanter plus bas.

Dans le silence relatif du confinement, ils ont aussi utilisé une gamme de notes plus variée et davantage de trilles (l’alternance rapide de deux notes rapprochées), ont observé Mmes Derryberry et Phillips.

Ces résultats n’étonnent guère Raphaël Proulx, professeur en biologie de la conservation de l’Université du Québec à Trois-Rivières qui mène lui-même des travaux sur le chant des oiseaux. «J’ai récemment travaillé sur un article synthèse au sujet de l’adaptation des chants au bruit ambiant. (…) Et ça, l’augmentation des fréquences et de la force quand il y a plus de bruits, ce sont deux mécanismes d’adaptation qu’on voit souvent dans la littérature scientifique. Quand il y a plus de bruit ambiant, il faut chanter plus fort pour se faire entendre, et le fait d’augmenter la fréquence [ndlr : chanter plus aigu] permet aussi, parfois, de se libérer du bruit des activités urbaines, qui sont en général dans des fréquences plus basses. (…Mais) la hausse de la fréquence, c’est plus chez les petits oiseaux qu’on voit ça, possiblement parce que leur taille ne leur permet pas d’augmenter beaucoup la force de leur chant. C’est une hypothèse, en tout cas.»

Notons que M. Proulx participe présentement à un projet international pour mesurer les effets du confinement sur plusieurs espèces d’oiseaux, et qui permettra d’en savoir plus à ce sujet.

En ce qui concerne l’étude qui vient de paraître, le biologiste et ornithologue de l’Université Laval Gilles Gauthier note que «ce qui est intéressant là-dedans, c’est que le fait d’augmenter la force du chant vient avec un coût pour l’oiseau, qui ne peut plus utiliser une gamme de fréquences aussi large.  Et ces caractéristiques du chant autres que la force, ça reflète la qualité d’un individu. Les femelles, par exemple, vont utiliser les caractéristiques du chant comme une mesure de la qualité du mâle, et quand les oiseaux chantent moins fort, ils peuvent mieux exprimer cette qualité. Alors quand le bruit de fond diminue, c’est logique que les oiseaux répondent à ça rapidement parce que ça leur permet d’améliorer la qualité de leur chant».

Encore l'épicentre de l'épidémie: et maintenant, c'est quoi la raison?

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Encore l'épicentre de l'épidémie: et maintenant, c'est quoi la raison?

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
BLOGUE / Au printemps, alors que plus la moitié des cas de COVID-19 au Canada étaient concentrés au Québec alors qu'il ne représente que 20 % de la population, on pouvait se consoler en se disant que c'était surtout le mauvais timing de notre semaine de relâche qui était en cause. Mais cette fois-ci, en septembre, le Québec fait toujours mauvaise figure mais on n'a plus de relâche à blâmer. Alors, à qui la faute ?

L'«excuse» de la semaine de relâche était entièrement valable, remarquez bien. Des chercheurs de McGill l'ont essentiellement confirmée il y a quelques jours par des analyses génétiques de 734 virus introduits au Québec et séquencés avant la fin de mars dernier. En éliminant les cas qui étaient génétiquement si proches qu'ils découlaient vraisemblablement d'une même entrée au Québec, ils ont trouvé qu'un minimum de 250 introductions différentes sont survenues avant le 1er avril, dont l'écrasante majorité provenait de «destinations relâche» — essentiellement les États-Unis, les Caraïbes et l'Europe. Et c'est vraiment un minimum, insistent les auteurs.

«Le reste du Canada a eu une relâche plus tardive (voire pas de relâche du tout à cause du confinement) et n'a pas connu un pic de voyages comme celui du Québec avant la fermeture de la frontière», lit-on dans l'étude. Précisons que celle-ci est une «pré-publication» qui n'a pas encore passé par le classique processus de révision par les pairs qui mène éventuellement à la parution en bonne et due forme dans la littérature scientifique. Il faut donc considérer ces résultats avec prudence, en attendant la «vraie» publication.

Or nous voici maintenant officiellement dans la deuxième vague et les chiffres les plus récents suggèrent fortement que l'épidémie est pire au Québec que dans le reste du Canada. Lundi, la Belle Province représentait toujours près de 45 % des nouveaux cas confirmés au Canada (586 sur 1307). Et le dernier rapport épidémiologique fédéral indique que, toutes proportions gardées, c'est toujours le Québec qui compte le plus de cas actifs, avec 40 par 100 000 habitants, nettement au-dessus de l'Ontario (25) et de la moyenne canadienne (28).

Bien malin qui pourra dire avec certitude qu'est-ce qui se passe de particulier chez nous cette fois-ci. La seule chose qui est sûre, c'est qu'on ne peut plus faire porter le blâme sur une relâche qui tombe au mauvais moment.

À en juger par la couverture de presse et les avertissements du premier ministre ontarien, Doug Ford, les étudiants du Québec — dont les habitudes festives ont été montrées du doigt plusieurs fois ces derniers temps — ne semblent pas se comporter de pire manière que ceux des autres provinces. Et si on regarde la répartition des nouveaux cas par groupe d'âge, on voit que c'est vraiment dans l'ensemble du Canada que les moins de 20-29 ans sont surreprésentés (par rapport à la première vague, du moins), pas seulement au Québec.

Plusieurs sondages ont par ailleurs montré un fort appui des Québécois à diverses mesures sanitaires, comme le masque obligatoire, et ce dès le printemps dernier. Alors il ne semble pas y avoir d'explication là non plus.

Mais le sondage Léger publié lundi par l'Association d'études canadiennes a peut-être mis le doigt dessus. Je dis bien «peut-être» parce que ce qui suit n'est vraiment rien de plus qu'une hypothèse — et celle d'un journaliste par-dessus le marché, pas celle d'un expert. Alors prenez ça pour ce que c'est : une «possibilité» qui me semble raisonnablement sérieuse, mais juste une possibilité.

Ce sondage-là me semble particulièrement éclairant parce qu'il n'a pas seulement questionné les Québécois et les Canadiens sur leur accord avec les mesures de distanciation, mais également sur leur pratique. C'est une chose de se dire en faveur de telle ou telle mesure de distanciation, c'en est une autre de le faire et de maintenir ce comportement dans le long terme.

Du point de vue de l'accord, les Québécois ne se distinguent pas vraiment du reste du pays. Par exemple, 84 % des Québécois sont en faveur du port obligatoire du masque dans les lieux publics fermés, soit essentiellement la même chose que dans le RoC (83%). Ce sondage n'a pas non plus trouvé de divergences significatives dans les attitudes par rapport au masque (devoir de citoyen ou atteintes aux droits ni dans l'appui aux manifs anti-masque.

Bref, l'explication n'est pas là.

Mais quand la firme Léger a posé des questions sur les pratiques, des écarts évidents sont apparus. À la question «Au cours du mois dernier, quelles mesures de sécurité en matière de santé publique avez-vous relâchées ?», le portrait obtenu est celui-ci :

Plus de vulgarisation à l’INRS

Science

Plus de vulgarisation à l’INRS

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
L’Institut national de recherche scientifique (INRS) a lancé mardi son nouveau site web, qui fera désormais plus de place à la vulgarisation, a fait savoir l’institution. Ce qui, espère-t-on à l’INRS, contribuera à la lutte contre la désinformation.

«L’établissement vulgarise surtout sa propre science, admet d’emblée sa porte-parole Andrée-Anne Stewart. (...) Les dossiers thématiques sont d’abord conçus pour mettre de l’avant les expertises de l’INRS (...mais ils) contribueront, par la force des choses, à la lutte aux fake news.» L’Institut a engagé une personne à temps plein pour rédiger ce contenu.

Le nouveau site comporte également de nouvelles fonctionnalités pour ses étudiants et ses professeurs, notamment sur le plan des offres d’emploi.

Le système immunitaire a une «mémoire» qui peut aider contre la COVID-19, mais qu'en sait-on ?

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Le système immunitaire a une «mémoire» qui peut aider contre la COVID-19, mais qu'en sait-on ?

Fatéma Dodat
Doctorante en sciences pharmaceutiques, Université de Montréal
LA SCIENCE DANS SES MOTS / Alors que la course aux vaccins contre le nouveau coronavirus continue, les mécanismes relatifs à une immunité préexistante face au virus commencent à être dévoilés. En effet, de nombreuses études convergent vers l’existence d’une immunité croisée, qui résulterait d’une infection par d’autres types de coronavirus par le passé.

Qu’est-ce que l’immunité croisée et qu’implique ce phénomène dans l’évolution possible de la pandémie ?

En fin de parcours doctoral à l’Institut de Recherche en Immunologie et en Cancérologie (IRIC) et à la Faculté de Pharmacie de l’Université de Montréal, il me semble important de mettre en exergue les mécanismes sous-jacents à ce phénomène qui ont été identifiés à l’heure actuelle, et ceux qui sont à élucider.

La mémoire immunitaire

Différentes études scientifiques récemment publiées suggèrentque des individus n’ayant jamais été exposés au nouveau coronavirus SARS-CoV-2, déclenchent une réponse immunitaire face à ce virus et que cette réponse appartiendrait à la mémoire du système immunitaire.

Lorsque l’organisme est confronté à un pathogène qu’il a déjà combattu, il active des défenses immunitaires, sollicitées lors de la première attaque, et qu’il a conservées en « mémoire ». Ces défenses font partie de l’immunité adaptative et comptent parmi elles les lymphocytes T, globules blancs qui possèdent des molécules à leur surface leur permettant de reconnaître différents agents pathogènes.

Une étude a ainsi démontré que des lymphocytes T réagissent face à différentes séquences du nouveau coronavirus SARS-CoV-2, dans des échantillons de sang de patients collectés aux États-Unis entre 2015 et 2018 — donc avant l’apparition de ce virus. Elle révèle que les lymphocytes T réagissent dans 50 % des cas à une exposition au virus, et que cette réponse immunitaire est majoritairement imputée à des lymphocytes T spécifiques appelés auxiliaires. Ces derniers servent d’intermédiaires de la réponse immunitaire et prolifèrent pour activer d’autres types de cellules ayant une action plus directe sur le pathogène.

Une autre étude réalisée aux Pays-Bas sur des échantillons de dons de sang a détecté également une activation des lymphocytes T auxiliaires face au SARS-CoV-2 chez des patients n’ayant pas été exposés au virus. Néanmoins, la réponse immunitaire semble différente selon les séquences du virus présentées.

Trois autres études réalisées en Allemagne, à Singapour et en Angleterre montrent également une activation des lymphocytes T face au SARS-CoV-2.

L’immunité croisée

Pour que les lymphocytes T auxiliaires s’activent face au virus, il faudrait qu’ils aient déjà été confrontés à cet agent infectieux, ce qui est peu probable dans les études citées précédemment. Néanmoins, les individus auraient pu être infectés par des virus dont les séquences sont — au moins en partie — similaires au SARS-CoV-2, comme les coronavirus responsables des rhumes appelés HCoVs.

The Lancet renforce son processus après le fiasco de l'hydroxychloroquine

Science

The Lancet renforce son processus après le fiasco de l'hydroxychloroquine

PARIS — La revue médicale de référence The Lancet a annoncé le renforcement de son processus de relecture, après avoir dû retirer au printemps une étude très médiatisée sur l'hydroxychloroquine en raison de doutes sur sa fiabilité.

Ce fiasco «nous a poussé à examiner (nos) processus de relecture pour (...) réduire encore les risques de mauvais comportements en matière de recherche et de publications», a écrit dans un texte mis en ligne jeudi soir la revue britannique. La relecture par un comité d'experts indépendants, le peer-reviewing, est censé être un gage de qualité des publications scientifiques.

Pour les travaux utilisant de grosses bases de données, comme celle sur l'hydroxychloroquine retirée début juin, «au moins un des relecteurs (devra) connaître les détails de ces données» et être en mesure «de comprendre et commenter leur intérêt et leurs limites par rapport au sujet» de l'étude. Pour les bases de données les plus vastes, le Lancet aura recours en plus à un «expert en data science».

Fin mai, le Lancet avait publié une étude concluant à l'inefficacité de l'hydroxychloroquine contre le COVID-19 et même à sa dangerosité, un travail fondé, selon ses auteurs, sur les données de près de 100 000 patients hospitalisés dans le monde. L'OMS avait dans la foulée interrompu les essais du médicament mais des doutes avaient rapidement surgi autour des données recueillies par la société Surgisphere (dont le dirigeant était mentionné comme co-auteur de l'étude) qui avait refusé d'en dévoiler les détails. Trois des quatre auteurs l'avait finalement «rétractée» et le Lancet avait présenté ses «excuses».

Pour toutes les études, le Lancet va aussi demander plus d'engagements écrits aux auteurs et que la totalité des auteurs d'une même étude engagent leur responsabilité. Par exemple, «plus d'un auteur» devra avoir eu «directement» accès aux données brutes de l'étude et les avoir «vérifiées». De plus, au moins l'un de ceux qui ont vérifié l'intégrité des données devra être un chercheur, sans lien avec l'entité commerciale (une entreprise par exemple) qui les aurait fournies le cas échéant. Un document devra préciser quelles données seront publiées, quand et comment elles le seront.

Dans un autre texte rendu public vendredi, le Lancet souligne qu'avec la pandémie, il est devenu «particulièrement compliqué» de trouver des relecteurs et que «dans certains cas, nous avons reçu cinq fois plus de manuscrits qu'en temps normal».

À ce jour, l'efficacité de l'hydroxychloroquine contre la COVID-19 n'a pas été démontrée scientifiquement.

De la vie sur Vénus ? Cinq nuances à savoir...

Science

De la vie sur Vénus ? Cinq nuances à savoir...

Yvan Dutil
Physicien
DÉTECTEUR DE RUMEURS / On aurait découvert, dans l’atmosphère de la planète Vénus, un indice comme quoi il y aurait de la vie là-bas, ont vibré cette semaine tous les médias et toutes les alertes de réseaux sociaux. Bien que l’annonce soit sérieuse, il subsiste de nombreux bémols, constate le Détecteur de rumeurs.

L’origine de la rumeur

Le 14 septembre, une équipe d’astronomes annonce, dans une étude publiée par la revue Nature Astronomy, avoir détecté dans l’atmosphère vénusienne de faibles quantités de phosphine, un gaz qui, dans notre propre atmosphère, est produit par la vie microbienne.

La recherche

Ce n’est pas une découverte fortuite. Il y a longtemps que des scientifiques cherchent à détecter de la vie sur d’autres mondes par des moyens indirects et l’un de ces moyens est de chercher ce qu’on appelle une biosignature.

Par exemple, pour un extraterrestre qui observerait notre planète de loin, l’oxygène de l’air serait une biosignature. Il s’agit d’un sous-produit de la photosynthèse des plantes : sans celles-ci, l’oxygène serait rapidement recapturé par les minéraux et disparaîtrait pratiquement de l’atmosphère terrestre. C’est pour cette raison que la recherche de traces d’oxygène dans l’atmosphère des exoplanètes est l’un des objectifs principaux du télescope spatial James-Webb. Le méthane est aussi, dans certaines conditions, une biosignature : on trouve d’ailleurs sur la planète Mars des quantités intrigantes de méthane qui attisent la curiosité des astrobiologistes.

Récemment, une autre biosignature a été proposée : la phosphine (PH3). Cette molécule est très toxique pour la plupart des organismes vivants, car elle interfère avec l’hémoglobine et avec des protéines et des enzymes de la respiration cellulaire. Sur Terre, les organismes anaérobiques en produisent en quantité significative.

Suite à cette suggestion, des chercheurs ont décidé de regarder s’il y en avait dans l’atmosphère de Vénus en utilisant les radiotélescopes ALMA au Chili et James Clerk Maxwell à Hawaii. Et ils ont effectivement détecté un signal de cette molécule, à des concentrations de l’ordre de 5 à 20 parties par milliard. Le signal semble provenir d’une altitude de 53 à 61 km, dans la couche de nuages mitoyenne/supérieure, où la température est d’environ 30 °C et la pression atmosphérique, environ la moitié de celle au sol sur Terre.

Dans leur étude, les chercheurs soulignent qu’ils ne peuvent prouver que cette phosphine est d’origine biologique : « la détection de phosphine n’est pas une preuve robuste de vie ». Mais ils affirment avoir modélisé les autres mécanismes possibles : volcans, orages, météorites… Aucun, écrivent-ils, ne peut expliquer cette quantité de phosphine dans l’atmosphère.

Cinq bémols

Sans que ce soit une preuve de vie, il s’agit d’une découverte qui passionne l’astrobiologie. Mais plusieurs experts ont rapidement refroidi les ardeurs.

  1. La chimie d’une planète autre que la nôtre peut cacher bien des phénomènes « photochimiques ou géochimiques » qui nous sont encore inconnus. Un bémol mentionné entre autres par la planétologue Caroline Porco sur Twitter et par son collègue James Kasting dans le New York Times. Pour ce dernier, le « modèle de la composition atmosphérique » que présentent les auteurs est « incomplet ».
  2. Vénus recèle d’ailleurs plus que sa part de mystères, ayant été beaucoup moins visitée par des sondes spatiales que Mars. Et ce manque d’intérêt s’explique en partie par sa température à la surface de 460 degrés Celsius, et par son environnement extrêmement sec et hyperacide, tous des facteurs qui rendent difficile d’imaginer une forme de vie capable d’y survivre. Du moins, sur la surface : c’est la raison pour laquelle cette température de 30 degrés dans la haute atmosphère rend l’endroit presque hospitalier.
  3. Pour le professeur de chimie organique Joseph Moran, de l’Université de Strasbourg, la réaction entre l’oxyde de fer et les phosphates peut elle aussi produire de la phosphine. «Les métaux devraient être considérés ici, pas seulement la photochimie de l’atmosphère», écrit-il.
  4. L’exemple du méthane dans l’atmosphère de Mars est un autre appel à la prudence : bien que ce méthane suscite la curiosité des astrobiologistes depuis plus de 15 ans, ceux-ci ne sont pas encore arrivés à démontrer qu’une origine microbienne soit la seule explication possible à ces hausses de méthane détectées à intervalles irréguliers.
  5. De la phosphine avait aussi été détectée, par la sonde Cassini, dans les nuages de Jupiter et de Saturne, sans qu’une explication biologique n’ait été avancée.

Un contre-argument « optimiste » à tous ces bémols est toutefois que, quelle que soit l’origine de ce gaz, la durée de vie d’une molécule de phosphine à l’altitude observée ne saurait dépasser 1000 ans. Il faut donc nécessairement une source qui en produise de façon continue pour que l’on en observe à ces concentrations.

COVID-19 : les femmes enceintes plus à risque ? Non

Science

COVID-19 : les femmes enceintes plus à risque ? Non

Catherine Couturier
Agence Science-Presse
Le Détecteur de rumeurs
Agence Science-Presse
DÉTECTEUR DE RUMEURS / Les femmes enceintes sont-elles plus susceptibles d’attraper la COVID-19, et le virus met-il davantage en danger leur santé et celle de leur enfant ? Le Détecteur de rumeurs constate que l’état actuel des connaissances est plutôt rassurant pour la mère et l’enfant.

L’origine de la rumeur

La grippe H1N1 et le SRAS ont apparemment augmenté les risques de complications pour la mère et l’enfant. Il semblerait donc logique de craindre la même chose avec ce nouveau coronavirus.

On sait par ailleurs qu’à cause des changements physiologiques et immunitaires entraînés par la grossesse, les femmes enceintes peuvent développer des complications à la suite d’une infection respiratoire. Or, ce virus-ci a tendance à s’attaquer au système cardiovasculaire et aux poumons, déjà mis à l’épreuve par la grossesse. Enfin, ce coronavirus cause parfois des caillots de sang, un risque là aussi augmenté par la grossesse.

Risques pour la mère ?

La recherche a encore beaucoup à faire pour cerner cette question. Par ailleurs, même si la recherche se poursuit, les praticiens semblent s’entendre pour dire que si la COVID-19 présentait un risque très élevé pour les femmes enceintes et leur fœtus (comme le virus Zika, par exemple), on le saurait déjà.

Les observations sur le H1N1 et le SRAS reposaient sur un petit nombre de cas. Et cette année, les études à ce sujet, venues de Chine et d’Europe, sont partielles — ce qui a conduit en juin un réseau de chercheurs canadiens à lancer une étude des répercussions de la COVID-19 sur les femmes enceintes.

Des petites études suggéreraient par exemple que certains bébés de mères atteintes de la COVID naîtraient plus tôt, seraient plus petits et passeraient plus de temps à l’hôpital. Une étude de l’agence américaine de contrôle des maladies (CDC) parue en juin pointe vers un risque accru d’hospitalisations et d’admissions aux soins intensifs chez les femmes enceintes, mais pas davantage de décès. Une petite étude suédoise (comparant 13 femmes enceintes à 40 femmes non enceintes) a aussi trouvé que les patientes enceintes étaient plus à risque de se retrouver aux soins intensifs. Par contre, résume une page de l’École de médecine de l’Université Harvard, rien n’indique dans ces recherches que les femmes enceintes atteintes par la COVID-19 feraient davantage de fausses couches.

Pas de risques pour le bébé 

Une équipe américaine, s’appuyant en partie sur des recherches similaires qu’elle avait menées lors d’épidémies précédentes, a conclu en juillet que les fœtus étaient rarement infectés dans le ventre de leur mère. Le placenta produirait en effet de très faibles quantités du récepteur de virus et la transmission de la maladie au bébé semble rarissime : un seul cas de transmission via le placenta a été rapporté en France. Trois cas de bébés nés par césarienne ont reçu un diagnostic de COVID-19 en Chine, mais il n’est pas exclu que les nouveau-nés l’aient contracté après la naissance. Aucun cas de malformation n’a été rapporté dans le monde, et pour l’instant, des atteintes cérébrales n’ont pas été constatées.

Attention au stress

La communauté médicale invite à la prudence et la vigilance, mais devant ces risques assez faibles, ne conseille pas de s’isoler ni de paniquer. Parce que si la recherche en sait peu sur les conséquences du coronavirus, le stress, lui, a des effets bien connus sur la mère et son enfant.

On sait déjà, notamment grâce au Projet verglas — qui suit depuis 20 ans les bébés nés pendant la crise québécoise de verglas de 1998 — que le fœtus peut être affecté de toutes sortes de façons par le stress et l’anxiété de la mère : naissance prématurée, plus petit poids à la naissance. Les impacts sont ensuite observables chez l’enfant durant plusieurs années. La professeure à l’origine de ce projet, Susan King, codirige présentement une vaste étude québécoise sur 5000 femmes enceintes de partout dans le monde, qui étudiera l’effet du stress de la pandémie sur les mères et leurs enfants.

D’autres chercheurs québécois ont constaté, via un sondage auprès de 1258 Québécoises, une augmentation des symptômes dépressifs et de l’anxiété chez les femmes enceintes, ce qui est préoccupant pour leur santé comme pour celle de leurs bébés.

Le mot d’ordre, pour les femmes enceintes, serait donc d’adopter les gestes barrières… et de rester zen.

Jean-François Cliche
Le Soleil
Jean-François Cliche
Le masque qui… infecte ? Vraiment ?

Science

Le masque qui… infecte ? Vraiment ?

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Plusieurs personnes de mon entourage viennent de tomber malade de diverses infections pulmonaires qui se révèlent finalement sans rapport avec la COVID-19. Ce sont toutes des personnes actives, ne fumant pas, âgées de 20 à 50 ans. Et leur autre caractéristique commune (à ma connaissance) est que, depuis deux mois, elles ont été obligées de travailler toute la journée avec un masque. Alors je me demande : le port du masque en lui-même pendant de longues heures n’est-il pas suffisamment malsain pour provoquer ce genre d’affection ?», demande Jacques Louis Ravenel, de Manosque, en France.

Après la thèse (fausse) que le masque provoque des intoxications au CO2, le risque d’infection respiratoire est sans doute l’argument sanitaire le plus souvent invoqué par les anti-masque. Et il existe une étude qu’ils brandissent parfois pour «prouver» — mais de manière abusive, j’y reviens tout de suite — leur point.

Il s’agit d’un article publié en 2015 dans le British Medical Journal - Open et qui a consisté à observer 1600 travailleurs de la santé œuvrant dans une aile d’hôpital à haut risque d’infection. Environ le tiers d’entre eux a simplement continué d’appliquer les règles usuelles au sujet du masque, c’est-à-dire qu’ils en portaient uniquement dans certaines circonstances; ceux-là ont servi de point de comparaison. Un autre tiers s’est fait demander de porter un masque chirurgical en permanence pendant leurs heures de travail. Et le dernier tiers a fait la même chose, mais avec des masques en tissu.

Résultats : ces derniers ont contracté 3,5 fois plus de «symptômes d’allure grippale» (toux, fièvre, congestion, etc.) que ceux qui portaient le masque seulement à l’occasion, et les auteurs de l’étude ont suggéré que l’humidité plus grande retenue dans le tissu pouvait peut-être l’expliquer. Si on ne s’en tient qu’à ça, alors on peut voir dans cette étude un argument contre le port prolongé du masque. Mais voilà, c’est une interprétation qui est contredite par le reste de l’étude : chez les participants qui ont porté le masque chirurgical en permanence, on n’a pas trouvé plus de symptômes, mais plutôt 3,8 fois moins que chez ceux qui ne l’ont porté qu’au besoin. Alors dans le pire des cas, on peut dire qu’il s’agit de résultats «équivoques», mais certainement pas d’une «preuve» contre le port prolongé du masque.

En outre, il ne s’agit que d’une seule étude. Quand on regarde l’ensemble de la littérature scientifique sur le sujet, on se rend vite compte qu’elle n’est pas équivoque du tout : non, porter le masque pendant longtemps n’accroît pas le risque d’infections. «En fait, honnêtement je ne vois tout simplement pas comment ça [attraper un microbe respiratoire à cause du masque, ndlr] pourrait arriver, à part à des gens complètement négligents qui laisseraient traîner leur masque n’importe où et ne le laveraient jamais», dit le microbiologiste Jean Barbeau, spécialiste du contrôle des infections à la Faculté de médecine dentaire de l’Université de Montréal.

Si vraiment le fait de porter un masque de manière fréquente et prolongée pouvait avoir cet effet, on devrait l’observer facilement chez le personnel des cliniques dentaires, qui travaillent masqués à longueur de semaine. Or, dit M. Barbeau, «je suis les résultats de recherche là-dessus depuis 25 ans et c’est très clair : les équipes dentaires ne sont pas plus à risque de développer des infections respiratoires que le reste de la population.»

À cet égard, une étude assez éclairante est parue en 2014. Elle a consisté à faire porter des masques «comme d’habitude» à du personnel médical, puis à en examiner les faces intérieure et extérieure à la recherche de bactéries et de champignons microscopiques. En moyenne, le côté exposé à l’air ambiant contenait 166 «unités formant des colonies» (UFC, la façon la plus répandue de dénombrer les populations microbiennes) par millilitre; par comparaison, on n’en dénombrait que 47 du côté exposé à la bouche et au nez. Et si l’on ajoute à cela le fait que les microbes du côté intérieur proviennent majoritairement du système respiratoire, et sont donc déjà présents dans l’organisme, alors il devient on ne peut plus clair que le masque n’expose pas aux infections respiratoires, il protège.

«Tous les masques, qu’ils soient en tissu ou qu’ils soient des masques de procédure ou des N95, doivent être bien portés, indique M. Barbeau. (...) Les masques médicaux sont normalement jetables ou peuvent être re-portés exceptionnellement après des temps d’attente. Tous les masques sont des filtres et [peuvent se charger] de bactéries et d’autres microorganismes à leur surface. Par contre ça ne veut pas dire que les microorganismes vont proliférer : la plupart du temps ils vont disparaître après des temps variables. Mais si un masque reste humide (quel qu’en soit le type) pendant de longues heures ou même quelques jours, des moisissures peuvent s’installer exceptionnellement. Les masques doivent donc être bien entretenus par un lavage et un séchage adéquats.»

Les téléphones cellulaires pourraient jouer un rôle dans la mortalité des insectes, selon une étude

Science

Les téléphones cellulaires pourraient jouer un rôle dans la mortalité des insectes, selon une étude

Agence France-Presse
BERLIN - Le rayonnement des téléphones cellulaires pourrait être une des causes, avec l’usage de pesticides et la déforestation, de la mortalité des insectes en Europe, selon l’analyse de plus d’une centaine d’études menées par une ONG allemande.

L’exposition croissante de l’environnement aux rayonnements électromagnétiques a «probablement une influence sur le monde des insectes», estime cette analyse, publiée jeudi, des données de 190 études menées par l’Association allemande pour la conservation de la nature (NABU) en collaboration avec deux ONG allemande et luxembourgeoise.

Cette analyse intervient au moment où l’Europe prépare l’arrivée prochaine de la technologie 5G, qui doit proposer un débit 100 fois plus rapide que celui des réseaux 4G existants et suscite de nombreuses mises en garde, en particulier des écologistes.

Quelque 60% des études montreraient notamment, selon ces ONG, des effets négatifs sur les abeilles, les guêpes et les mouches.

Ces effets indésirables vont d’une perte de la capacité d’orientation due aux champs magnétiques à la détérioration du matériel génétique et des larves.

Le rayonnement des téléphones portables et des réseaux sans fil tels que le Wifi provoquerait en particulier chez les insectes l’ouverture des canaux calciques des cellules, entraînant une importante introduction d’ions calcium dans l’organisme.

Ce calcium à forte dose déclenche des réactions en chaîne chez les insectes et un «stress cellulaire», selon l’étude.

Parmi ces réactions figureraient «une altération du sens de l’orientation et une diminution de la capacité de reproduction». «Le rythme jour-nuit est perturbé et le système immunitaire est mal activé», soulignent en outre les auteurs du rapport.

«Des études menées en Grèce montrent également que le rayonnement des téléphones portables est nettement plus nocif que le champ magnétique d’une ligne électrique à haute tension», ajoutent-ils.

«Cette analyse de données montre que nous devons garder les yeux ouverts dans toutes les directions lorsque nous analysons les causes du déclin spectaculaire des insectes», explique dans la présentation de l’étude Johannes Enssle, responsable de NABU dans la région du Bade-Wurtemberg.

«Le sujet est inconfortable pour beaucoup d’entre nous, car il interfère avec nos habitudes quotidiennes et il y a de puissants intérêts économiques derrière la technologie des communications mobiles», fait valoir M. Enssle.

La biomasse des arthropodes a diminué en dix ans en Europe de 67% dans les prairies et de 41% dans les forêts, selon une étude allemande publiée en octobre 2019 dans la revue Nature.

Peut-être un signe de vie dans les nuages de Vénus

Sciences

Peut-être un signe de vie dans les nuages de Vénus

Pierre Celerier
Agence France-Presse
PARIS — Des chercheurs ont établi la «présence apparente» dans les couches nuageuses de Vénus d’un gaz qui sur Terre est associé à la vie, une découverte qualifiée par le chef de la NASA d’«événement le plus important» dans la recherche de vie extraterrestre.

La découverte, menée par une astronome de l’Université de Cardiff au Royaume-Uni, a été publiée lundi dans la revue Nature Astronomy.

Ce que nous apprennent les essais du vaccin russe contre la COVID-19

Science

Ce que nous apprennent les essais du vaccin russe contre la COVID-19

Anne Moore
Biochimie et biologie cellulaire, University College Cork
LA SCIENCE DANS SES MOTS / Le président Vladimir Poutine a récemment annoncé qu’une équipe de scientifiques russes avait mis au point un vaccin contre la COVID-19 et que son utilisation avait été approuvée par les autorités réglementaires — du moins, en Russie.

Cette nouvelle a causé la consternation de scientifiques et de cliniciens dans le reste du monde, car les essais chez l’être humain du vaccin — surnommé Spoutnik V — n’avaient commencé que quelques mois plus tôt.

Les résultats des essais de phase 1 et 2 sur l’homme viennent d’être publiés dans The Lancet. Que nous ont-ils appris ?

Voyons d’abord de quel type de vaccin il s’agit. Dans cette étude, on a utilisé une plateforme vaccinale à base de deux vecteurs adénoviraux, Ad5 et Ad26. Ces virus courants du rhume sont rendus inoffensifs et incapables de se multiplier dans l’organisme. Ils ont pour seule fonction d’introduire dans une cellule le code génétique d’une des protéines du nouveau coronavirus, sa protéine de pointe.

Lorsqu’on injecte ces adénovirus modifiés à des humains, leur système immunitaire est stimulé pour répondre à la protéine de pointe au moment de l’immunisation et, espérons-le, pour de nombreuses années à venir, si la personne est ensuite exposée au coronavirus responsable de la COVID-19, le SRAS-CoV-2.

Pas un «moment Spoutnik»

La plateforme de vaccin que les Russes ont utilisée n’est pas nouvelle. D’autres équipes sont en train d’élaborer des vaccins contre la COVID-19 à l’aide d’adénovirus, notamment celle de l’Université d’Oxford et celle de Johnson & Johnson avec son vaccin à Ad26. Après des essais réussis sur les animaux, on procède maintenant à des essais chez l’homme. CanSino Biologicals, une société chinoise, a également démontré que son vaccin Ad5 est sûr et qu’il induit une immunité contre le coronavirus chez l’homme.

Le groupe russe a quant à lui établi que sa préparation lyophilisée du vaccin est aussi efficace que la version congelée. C’est un élément important pour l’expédition et le déploiement du vaccin.

L’article de The Lancet souligne que les données sur l’innocuité sont acceptables, même avec une forte dose. Ces résultats ne sont pas surprenants puisque l’innocuité de différents vaccins à base d’adénovirus a déjà été prouvée dans des recherches antérieures.

Le vaccin est donc sûr, du moins chez les personnes en bonne santé âgées de 18 à 60 ans, mais il reste à savoir s’il fonctionne, c’est-à-dire s’il protège contre la Covid-19.

L’équipe russe a démontré que son vaccin induisait un niveau élevé d’anticorps qui peuvent se lier à la protéine de pointe. Mais une mesure plus importante est le niveau d’anticorps fonctionnels. Autrement dit, les anticorps empêchent-ils un virus d’infecter une cellule ?

Les niveaux d’anticorps neutralisants se sont avérés assez faibles dans cette étude par rapport à des essais publiés pour d’autres vaccins. Il en va de même pour la réponse des cellules T (l’autre branche de l’immunité adaptative).

Une interprétation possible de ces résultats est que ces vaccins n’induisent pas une bonne protection neutralisante. Il est aussi possible que les méthodes utilisées pour mesurer la réponse immunitaire n’étaient pas parfaites. En l’absence de normes de référence internationales, il nous est impossible de dire si ce vaccin est meilleur ou pire que les autres.

Comme pour les autres essais cliniques de vaccin contre la Covid-19, nous ignorons si la neutralisation est suffisante pour protéger de la maladie et combien de temps les anticorps restent dans le sang. Dans les essais publiés, on ne présente que des résultats jusqu’à un mois après l’immunisation. La question fondamentale « les personnes vaccinées sont-elles protégées contre la Covid-19 ? » n’était pas l’objet de cet article.

Quand des élections se mêlent de vaccination

Science

Quand des élections se mêlent de vaccination

Pascal Lapointe
Agence Science-Presse
C’est le monde à l’envers, diront les critiques du « Big Pharma » : plutôt que de saluer un gouvernement qui leur verse des milliards pour lancer un vaccin contre le coronavirus le plus vite possible, neuf grandes compagnies ont senti le besoin de publier une lettre commune mardi, où elles s’engagent à ne pas mettre de l’avant un vaccin contre la COVID-19 qui n’aurait pas été évalué jusqu’au bout.

La lettre s’inscrit dans un contexte où plusieurs craignent que la Maison-Blanche ne soit en train de mettre beaucoup de pression pour avoir un vaccin prêt à distribuer avant l’élection du 3 novembre. Parallèlement, le vaccin s’est bel et bien invité dans l’élection, le président Trump ne cessant d’assurer — sans avancer de faits solides — qu’il pourrait être prêt dès octobre. Et pendant ce temps, des sondages révèlent une incertitude de la population américaine qui dépasse les lignes des partis : selon un sondage récent, 82 % des démocrates et 72 % des républicains « craignent » que l’approbation d’un tel vaccin ne soit guidée davantage par la politique que par la science.

Les signataires font référence à cette inquiétude, disant espérer que leur entente « aidera à rassurer le public quant à la rigueur du processus scientifique et réglementaire par lequel le vaccin sera évalué et pourrait éventuellement être approuvé ».

Parmi les neuf compagnies, on en trouve quatre dont les vaccins candidats ont commencé ces dernières semaines l’ultime phase III des essais cliniques — c’est-à-dire lorsque le vaccin commence à être testé sur des milliers de personnes. Rien n’assure toutefois que ces essais pourraient être concluants dès octobre et même s’ils l’étaient, rien n’assure que l’agence américaine responsable d’approuver les médicaments (la FDA) pourrait faire passer le vaccin aussi vite à travers son processus d’évaluation. Toutefois, deux incidents ces derniers mois ont laissé craindre que la FDA ne soit perméable à l’ingérence politique : lorsqu’elle a approuvé l’usage de l’hydroxychloroquine en mai (puis a retiré cette autorisation d’urgence), et lorsqu’elle a approuvé l’usage du plasma sanguin le 23 août — dans les deux cas, des produits vigoureusement défendus par le président.

Par ailleurs, un des tests de phase III, celui de la compagnie AstraZeneca, a été temporairement suspendu cette semaine, lorsqu’un des patients a développé des effets secondaires « inattendus ». Un tel événement n’est pas anormal dans tout essai clinique de phase III, mais les scientifiques interrogés dans la foulée soulignent tous que cela accentue davantage les risques d’un processus d’approbation qui court-circuiterait les étapes.

L’âge des chiens équivaut-il à 7 fois l’âge des humains?

Science

L’âge des chiens équivaut-il à 7 fois l’âge des humains?

Marion Spée
Agence Science-Presse
Le Détecteur de rumeurs
Agence Science-Presse
DÉTECTEUR DE RUMEURS / Pour estimer l’âge d’un chien en «années humaines», il existe un vieil adage qui dit qu’il faut multiplier par sept l’âge réel du chien. Est-ce que ça tient la route, s’est demandé le Détecteur de rumeurs?

«Cette croyance vient probablement de l’époque où les chiens avaient une espérance de vie d’une douzaine d’années. Et puisqu’on estimait celle des humains à plus de 70 ans, un facteur sept permettait de passer de l’un à l’autre avec un chiffre rond», explique Matthias Kohlhauer, vétérinaire et enseignant en pharmacologie à l’École nationale vétérinaire d’Alfort, en France. «Mais aujourd’hui, avec les traitements qu’on peut appliquer aux animaux, on peut avoir des chiens vivre jusqu’à 20 ans. La règle ne tient plus.»

Dans une étude parue le 1er juillet dernier dans la revue Cell Systems, des chercheurs américains se sont d’ailleurs intéressés au vieillissement du chien. À partir d’un échantillon de 104 labradors, ils ont établi une nouvelle formule pour traduire l’âge canin en âge humain. Ils soulignent que les chiens offrent un bon modèle pour de telles comparaisons, car une grande partie de leur environnement, de leur régime alimentaire et de leur exposition aux produits chimiques est similaire au nôtre.

Pour parvenir à cette formule, les auteurs de l’étude se sont penchés sur l’évolution de groupes méthyles, des marques chimiques qui s’associent à l’ADN au cours du temps de manière prédictible, aussi bien chez le chien que chez l’humain. « Le principe, explique Matthias Kohlhauer, c’est que les mammifères vivent des étapes de développement similaires : naissance, petite enfance, jeunesse, puberté, âge adulte. À chacune de ces étapes, des marques chimiques sont laissées sur l’ADN comme une trace de vécu. » Autrement dit, l’étude de cette méthylation permet de donner un âge biologique aux organismes. C’est un peu comme les rides ou la couleur des cheveux qui donnent un indice sur l’âge d’une personne.

En se basant sur ces marqueurs, les chercheurs ont donc établi cette formule, qui tient compte des tranches d’âge respectives (enfance, adolescence, maturité, vieillesse) de l’humain et du chien. Par exemple, un chiot d’environ huit semaines a approximativement l’âge d’un bébé de neuf mois. À ce moment-là, les deux petits sont au stade du développement de leurs dents.

Mais par la suite, la progression du vieillissement diffère grandement chez l’un et l’autre. Autrement dit, les étapes de développement ne se passent pas au même rythme et il n’y a pas de relation linéaire entre l’âge des chiens et celui des hommes : les chiens vieillissent très rapidement au début de leur vie, un chien d’un an a le même vieillissement qu’un humain d’une trentaine d’années. Puis, ça stagne à partir de l’âge de 7 ans. D’ailleurs, selon Matthias Kohlhauer, il n’est pas étonnant de voir un chien développer un cancer dès 7 ans, puisque selon la formule, ça équivaut à 62 ans chez l’humain.

Jean-François Cliche
Le Soleil
Jean-François Cliche
Quelle architecture pour la pandémie?

Science

Quelle architecture pour la pandémie?

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Y a-t-il des gens qui revoient présentement les normes architecturales afin de les adapter aux pandémies? Et si oui, quels changements sont envisagés? Je le demande parce que je suis récemment allé dans une clinique médicale et, étrangement, tout l’espace me semblait à repenser! Même les portes d’un supermarché auraient mieux convenu parce qu’elles s’ouvrent toutes seules, ce qui ne force pas tout le monde à toucher la même poignée!», demande Jacques Foucher, de Laval.

Oui, il y a des gens, et même pas mal, qui pensent à tout ça. Tenez : dès le mois de mars dernier, le magazine spécialisé Architectural Digest abordait cette question précise, évoquant toutes sortes de changements possibles à venir, notamment pour minimiser les contacts surfaces-mains. Il peut s’agir de portes automatiques, comme M. Foucher le mentionne, mais aussi d’ascenseurs à commande vocale ou de toilettes publiques sans porte (l’intérieur est alors caché par deux pans de mur décalés). Ces solutions existent déjà, mais sont sans doute appelées à se répandre davantage.

Et il n’est pas étonnant, au fond, que des architectes se penchent là-dessus. Comme le dit André Potvin, professeur à l’École d’architecture de l’Université Laval, «par essence l’architecture, c’est la science du corps en mouvement dans l’espace et dans le temps [...] et la pandémie est venue jouer là-dedans, par exemple avec la règle du 2 mètres».

Il est encore trop tôt pour dire quels changements permanents la pandémie aura apporté à l’architecture, mais on peut déjà raisonnablement penser que le télé-travail est là pour rester, poursuit M. Potvin. Ce qui va immanquablement marquer l’architecture et l’urbanisme — besoin d’une pièce de plus dans les logements pour se faire un bureau, demande réduite pour les tours à bureau, possiblement moins de déplacements quotidiens dans les villes, etc.

Or, d’autres aspects de l’architecture, qui sont moins directement liés à la transmission des maladies, seront eux aussi peut-être transformés. M. Potvin se spécialise en «architecture bioclimatique», qui consiste à concevoir des bâtiments de manière à recourir le plus possible à la lumière, au chauffage et à la ventilation naturelles et passives. Et à son avis, l’actuelle pandémie plaide pour ce type de bâtiment, tout particulièrement du point de vue de la ventilation puisque le virus se propage très facilement dans des espaces clos et mal aérés.

«Depuis 50 ans, on construit des bâtiments à aires profondes parce qu’on a accès à la ventilation mécanique. Ça, c’est peut-être appelé à changé», estime-t-il. Ainsi, une bâtisse faite de plusieurs ailes assez étroites va s’aérer beaucoup plus facilement qu’une autre qui aurait la forme d’un cube parce que, pour un même volume, la première offre plus de contact avec l’extérieur et parce que l’air frais n’a pas besoin de parcourir une aussi grande distance avant d’en atteindre le centre.

Fait intéressant, M. Potvin est membre du groupe de recherche Schola, qui a passé en revue toutes les écoles primaires du Québec afin de faire un «état des lieux» et d’aider à les améliorer. «Et on voit que notre parc d’écoles a de grandes qualités parce qu’il a en bonne partie été conçu à une époque où la ventilation mécanique n’était pas encore répandue. […] Mais dans bien des cas, on a condamné des fenêtres et perdu des systèmes très simples comme les vasistas [NDLR : partie ouvrable dans le haut des fenêtres ou des portes]. On a souvent condamné le haut des fenêtres et abaissé les plafonds pour faire passer la ventilation mécanique, mais nos travaux montrent que la plupart de ces bâtiments-là pourraient être naturellement ventilés.»

La même chose vaut d’ailleurs pour les CHSLD, dont la mauvaise ventilation a empiré l’épidémie. «Beaucoup d’entre eux sont d’anciens bâtiments étroits, construits en long, mais qui dans bien des cas ont perdu leur ventilation naturelle», déplore M. Potvin.

«Mon but n’est pas de condamner la ventilation mécanique, insiste-t-il. […Celle-ci] est utile, et même nécessaire en hiver quand les bâtiments doivent être fermés. [...] Mais il faut d’abord privilégier les stratégies naturelles et passive et le problème, dans ce domaine, c’est qu’on a tendance à penser tout de suite aux solutions technologiques.»

Trois millions de dollars pour avoir découvert les neurones de l’instinct parental

Science

Trois millions de dollars pour avoir découvert les neurones de l’instinct parental

Ivan Couronne
Agence France-Presse
WASHINGTON - La neurobiologiste française d’Harvard Catherine Dulac a reçu jeudi un prix scientifique américain doté de trois millions de dollars, le Breakthrough Prize, pour avoir découvert où se trouve l’instinct parental dans le cerveau de la souris, une percée qui aidera peut-être un jour à mieux comprendre les rôles adoptés par les mammifères, dont les hommes et les femmes.

Les lauréats 2021 du riche prix créé par des entrepreneurs de la Silicon Valley ont été annoncés jeudi. Six autres scientifiques ont été récompensés en sciences de la vie, physique fondamentale et mathématiques, et recevront trois millions de dollars chacun pour des travaux considérés comme des «percées» (le sens de «breakthrough» en anglais). La somme est le triple de celle du prix Nobel.

Catherine Dulac est professeure et directrice de laboratoire à Harvard et à l’institut médical Howard Hughes, et l’oeuvre récompensée est d’avoir identifié les circuits de neurones du cerveau qui, instinctivement, dictent à une souris femelle de généralement prendre soin des souriceaux, et au mâle de les attaquer, selon les circonstances (le comportement infanticidaire est typique des mâles).

Sa contribution majeure est d’avoir montré que mâles et femelles ont chacun en eux les circuits comportementaux des deux sexes: la différence est que leurs hormones activent l’un ou l’autre des circuits, comme un interrupteur. Parfois, c’est l’autre circuit qui s’active, conduisant par exemple une mère stressée à tuer ses petits ou, encore plus spectaculaire, un mâle à s’occuper de sa progéniture lorsqu’il devient père.

«On pense que ce qu’on a trouvé peut s’étendre à d’autres espèces» dont les humains, dit à l’AFP Catherine Dulac, 57 ans, installée depuis 25 ans aux États-Unis.

«Il y a un instinct, et l’instinct, c’est justement le fonctionnement de ces neurones, qui sont - je parie - dans le cerveau de tous les mammifères et disent à l’animal, quand il y a des signaux sur la présence de nouveaux-nés: "Tu dois t’en occuper"», poursuit la scientifique.

Questions transgenres

Ces travaux de recherche fondamentale, bien que limités à la souris comme Catherine Dulac le souligne avec insistance, intéressent évidemment tous ceux qui travaillent sur les questions transgenres, puisque Mme Dulac dit: en chacun, le câblage masculin et féminin existe (du moins chez les souris!).

Familles ou alliés de personnes transgenres l’interpellent régulièrement pour la remercier. «Je suis une scientifique, je regarde les données, je suis neutre», dit-elle, mais elle admet: «Ca me touche énormément».

«Là on se dit: j’ai été utile».

Quant à l’argent du prix, elle confie qu’elle en donnera une partie à des causes liées à la santé et l’éducation des femmes et populations défavorisées.

Originaire de Montpellier, passée par Normale Sup, elle était partie aux États-Unis après son doctorat avec la ferme intention de revenir ensuite en France.

«Mais mon post-doc a très bien marché, et j’ai eu des opportunités pour avoir mon propre labo aux États-Unis, et je n’ai eu aucune opportunité d’avoir mon propre labo en France. Là je me suis vraiment heurtée à une espèce de comportement paternaliste à la con, si je puis m’exprimer ainsi, où les gens disaient: "Oh vous êtes beaucoup trop jeune pour avoir votre propre budget, vous n’avez pas assez d’expérience pour être indépendante"».

Catherine Dulac a donc choisi Harvard et fait sa vie là-bas, obtenant in fine la double nationalité.

Elle estime que les États-Unis ont des années d’avance sur la France pour promouvoir activement l’égalité hommes-femmes, mais régulièrement, dans les conférences, elle raconte être sous-estimée, ou prise de haut, dans des conversations, par des collègues hommes.

«C’est agaçant, on ne s’attend pas à ce que moi, j’aie quelque chose d’intéressant à dire», relève la professeure Dulac, soupirant face à ce qui ressemble fort à un instinct de ses collègues mâles.

Le moment où l’on mange affecte-t-il notre poids ?

Science

Le moment où l’on mange affecte-t-il notre poids ?

Alex Johnstone
Chaire personnelle en nutrition, Université d'Aberdeen
Leonie Ruddick-Collins
Santé et nutrition, Université d'Aberdeen
LA SCIENCE DANS SES MOTS / La plupart des conseils en matière d’alimentation et de santé reposent largement sur l’hypothèse qu’une calorie, c’est une calorie, peu importe le moment de la journée où on la consomme. Mais certaines études semblent indiquer que le corps utilise les calories plus efficacement lorsqu’on les prend le matin plutôt que le soir. Cela suggère qu’il existe une approche stratégique pour la perte de poids.

Si différentes raisons peuvent expliquer ce phénomène, l’une d’elles est liée au rythme circadien — le processus interne qui régule le cycle veille-sommeil sur une période de 24 heures. En plus de faire en sorte que l’on se sente fatigué le soir et alerte le jour, le rythme circadien régule l’horaire des processus corporels — comme la digestion, le métabolisme et la régulation de l’appétit — en faisant sécréter certaines hormones en fonction de ce que l’on mange et du moment où on le fait, de l’activité physique et de l’heure de la journée.

Cependant, on peut modifier ce processus interne si l’on se nourrit ou que l’on fait de l’exercice à des moments inhabituels. Les changements du rythme circadien peuvent avoir un impact sur la santé physique et mentale, ainsi que sur l’immunité.

Étant donné l’importance du rythme circadien pour le corps et la santé générale, notre équipe a voulu connaître son effet sur notre métabolisme. Nous avons conduit une analyse qui portait sur des études menées chez des personnes dont les rythmes circadiens avaient été volontairement perturbés par des chercheurs ou qui souffraient du trouble de l’alimentation nocturne (lorsqu’on avale plus de 25 % de ses calories quotidiennes le soir ou au milieu de la nuit).

Ces études ont démontré que le corps préfère que l’on mange pendant les heures de clarté — en phase avec le rythme circadien naturel. La plupart ont aussi indiqué qu’une perturbation intentionnelle du rythme circadien et une alimentation nocturne provoquaient des modifications de nombreuses hormones importantes pour la régulation de l’appétit, de la dépense énergétique et du glucose (avec des changements dans les taux d’insuline, de leptine, de cortisol et d’autres hormones de l’appétit).

Les bouleversements de ces hormones pourraient théoriquement accroître l’appétit tout en réduisant le niveau d’énergie, ce qui entraîne une augmentation du nombre de calories consommées et une diminution de celles brûlées au cours de la journée. Ce phénomène pourrait mener à une prise de poids, mais avant de conclure, il faudrait davantage de recherches.

Étant donné que les études analysées ne portaient pas toutes sur le même sujet (avec différents résultats) et qu’elles ne mesuraient pas les changements dans l’apport et la dépense caloriques ainsi que dans le poids, on ne peut pas conclure qu’il existe forcément un lien entre la perturbation du rythme circadien et la prise de poids. Cependant, notre étude montre que les processus de l’organisme fonctionnent mieux lorsqu’on a des habitudes de sommeil régulières et qu’on suit son rythme circadien.

Métabolisme et poids

D’autres études semblent également indiquer que l’heure où l’on mange influence l’équilibre énergétique et le poids. Ainsi, le fait de consommer plus de calories en fin de soirée serait lié à une prise de poids et à l’obésité, peut-être en raison d’une moins bonne régulation de l’appétit en soirée, ou parce que les repas tardifs perturbent le rythme circadien et le niveau d’énergie — ce qui nous rend moins susceptibles de faire de l’exercice le lendemain.

D’un autre côté, en mangeant la plupart de ses calories le matin, on peut obtenir une perte de poids accrue qui semble se produire malgré un apport alimentaire total et un niveau d’activité similaires à ceux des personnes qui ont consommé davantage de calories l’après-midi ou le soir. On ne comprend pas encore exactement ce processus, mais il est possible que ceux qui ne déjeunent pas aient davantage tendance à grignoter le soir ou que la prise de nourriture tardive perturbe le rythme circadien. Il convient toutefois de noter que ce ne sont pas toutes les études qui concluent que le fait de prendre la majorité de son apport énergétique le matin renforce la perte de poids.

Modification du génome d'embryons humains: la science n'est «pas encore prête»

Science

Modification du génome d'embryons humains: la science n'est «pas encore prête»

Amélie Baubeau
Agence France-Presse
PARIS — La naissance en 2018 de «bébés OGM» en Chine avait soulevé un tollé. Deux ans plus tard, une commission internationale livre ses recommandations: il faut être certain que la modification génétique d'embryons humains pour des raisons médicales n'entraîne pas d'effets indésirables, avant de songer à y avoir recours.

Cette commission, composée de 18 experts de différentes disciplines, ne rejette pas le principe de la modification génétique chez l'humain. Mais elle entend fournir un cadre et des lignes rouges à ne pas franchir aux pays qui décideraient de s'engager dans cette voie.

«La modification du génome transmissible à la descendance n'est pas encore prête à être testée de façon sûre et efficace chez l'humain», avertissent les experts dans un communiqué accompagnant leur rapport. Et toute éventuelle autorisation de son utilisation devra se faire «progressivement et prudemment», juge Richard Lifton, président de l'Université Rockefeller (États-Unis) et co-président de cette commission, créée par les académies américaines de médecine et des sciences et la Royal Society britannique.

Elle a été constituée après qu'un chercheur chinois, He Jiankui, avait provoqué un scandale planétaire en novembre 2018 en annonçant la naissance des premiers bébés génétiquement modifiés, des jumelles dont il dit avoir modifié l'ADN pour les rendre résistantes au virus du sida dont était infecté leur père. Un troisième enfant à l'ADN modifié est aussi né par la suite, selon l'agence de presse officielle Chine Nouvelle.

Unanimité contre elle

Ce chercheur, qui dirigeait un laboratoire à Shenzhen (sud), a été démis de ses fonctions et condamné en décembre à trois ans de prison pour «avoir illégalement procédé à la manipulation génétique d'embryons à des fins de reproduction». He Jiankui dit avoir utilisé la technique CRISPR-Cas9, qui a révolutionné la médecine génomique ces dernières années. Ces «ciseaux génétiques» permettent de remplacer des parties du génome, comme on corrige une faute de frappe sur ordinateur.

Beaucoup moins coûteuse et plus simple d'utilisation que les techniques jusqu'ici utilisées, la diffusion de cette technique a relancé le débat sur les implications qu'aurait son application chez l'humain.

Si l'expérience de He Jiankui avait fait l'unanimité contre elle, à cause notamment des potentielles conséquences inattendues que peut avoir l'introduction de mutations génétiques, même ciblées, le principe même de modifier le génome humain pour des raisons médicales divise scientifiques et médecins. En mars 2019, des sommités de la recherche avaient plaidé pour un moratoire sur les techniques de modification du génome, mais cette proposition a été fraîchement accueillie par d'autres scientifiques: ils redoutaient un coup d'arrêt à des recherches qui suscitent d'énormes espoirs dans le traitement des maladies génétiques.

Les recommandations de la commission internationale portent sur les modifications de l'ADN de gamètes (ovules et spermatozoïdes), d'oeufs ou d'embyrons humains destinés à mener à une grossesse à bien — et non à des seules fins de recherche. Ces modifications sont particulièrement sensibles car elles peuvent être transmises aux générations suivantes.

«Prévention de maladies graves»

Si certains pays décident d'autoriser ces modifications transmissibles du génome, cela devra être précédé par «des recherches pré-cliniques rigoureuses» pour s'assurer que les mutations introduites n'entraînent pas de conséquences négatives inattendues. «Un critère qui n'est pour l'instant rempli par aucune technologie d'édition du génome» existante, soulignent les 18 experts.

Autre préalable indispensable: organiser «un large débat sur les questions sociales et éthiques» impliquées par ces techniques. Et dans un premier temps, il faudra limiter leur utilisation à «la prévention de maladies graves causées par la mutation d'un seul gène», telles que la mucoviscidose, la drépanocytose, la thalassémie ou la maladie de Tay-Sachs, une maladie neuro-dégénérative héréditaire qui se traduit notamment par un déficit intellectuel sévère et une cécité.

Lorsqu'il n'existe pas d'alternative, «la modification transmissible du génome humain pourrait représenter une option importante pour permettre à de futurs parents avec un risque connu de transmettre une maladie génétique d'avoir un enfant qui leur est génétiquement apparenté non porteur de cette maladie», indique le rapport. Ces avis doivent alimenter le travail du comité consultatif de l'OMS sur l'édition du génome humain, qui doit émettre ses propres recommandations d'ici fin 2020.

Un match sans spectateurs affecte l’équipe locale ? Vrai

Science

Un match sans spectateurs affecte l’équipe locale ? Vrai

Catherine Couturier
Agence Science-Presse
Le Détecteur de rumeurs
Agence Science-Presse
DÉTECTEUR DE RUMEURS / En ces temps de semi-confinement, jouer devant des gradins vides peut-il désavantager l’équipe locale, dès lors qu’elle est privée de l’énergie de ses fans ? La réponse est plus subtile, a constaté le Détecteur de rumeurs : les équipes risquent de jouer à armes plus égales que d’habitude.

C’est un vieux débat chez les amateurs de sport : à quel point les supporteurs donnent-ils un avantage à leur équipe locale ? Alors que la pandémie force les équipes à jouer dans des stades ou des arénas vides, l’occasion est bonne pour tenter de trancher la question.

Avantage local

Dans le passé, les chercheurs ont souvent plongé dans les statistiques, mais ils ont dû tenir compte d’autres variables — la fatigue de l’équipe visiteuse à cause de son voyage, ou la familiarité avec les lieux pour les joueurs locaux.

C’est au soccer que l’avantage de jouer localement serait le plus évident. Une étude menée en Italie en 2014 avait analysé les performances d’équipes de soccer partageant le même stade lorsqu’elles jouaient l’une contre l’autre, éliminant ainsi de l’équation les facteurs de la fatigue ou de la non-familiarité avec les lieux. Les auteurs avaient ainsi noté que l’équipe locale, devant ses fans plus nombreux, « performait » mieux, et comptait plus de buts.

Des recherches suggèrent que « l’avantage du terrain » serait plutôt causé par les arbitres qui se laisseraient influencer par la foule. Des économistes suédois ont analysé les matchs de soccer en Italie qui se sont tenus à huis clos en 2007. Durant les matchs devant public, les équipes locales recevaient normalement des verdicts plus favorables des arbitres, moins de cartons jaunes et rouge, et moins de pénalités et de fautes. Cet avantage disparaissait lorsque les matchs se déroulaient sans public. Les arbitres seraient donc fortement (et, on le présume, inconsciemment) affectés par la pression sociale, ajoutait une étude américaine en 2005, et le désir de « satisfaire la foule ».

Cet avantage local aurait d’ailleurs décliné dans les dernières décennies dans certains sports, notamment au basketball, au baseball et au football. L’autorisation des reprises vidéo pour aider les arbitres dans leurs décisions, a contribué à « égaliser les chances », écrivait en 2019 le chercheur américain en sciences de l’information Konstantinos Pelechrinis.

Jouer en période COVID

Qu’en sera-t-il cette année ? Des chercheurs anglais ont publié une étude en juin, comparant 160 matchs de soccer européen sans public à plusieurs milliers d’autres parties pré-COVID. Leur constat ? L’avantage des joueurs locaux aurait dégringolé : les buts comptés par les équipes locales étaient moins nombreux et, alors que ces dernières gagnaient 46 % de leurs matchs lorsque leurs fans étaient présents (contre 28 % de matchs nuls et 26 % de défaites), cette proportion diminuait à 36 % devant des stades vides. L’échantillon reste toutefois limité, et les auteurs font remarquer que, si l’on tient compte de la qualité des équipes dans ces rares matchs à huis clos, l’effet « sans supporteurs » n’est pas statistiquement significatif.

La ligue de soccer de Bundesliga en Allemagne, la première à avoir repris du service durant la pandémie, a elle aussi constaté que la proportion des victoires à la maison avait glissé de 10 points de pourcentage, pouvait-on lire le 1er juillet dans le New York Times. Les joueurs locaux du Bundesliga ont tiré moins souvent au filet, et ont en général fait moins de jeux (passes, dribble, etc.). Même les gardiens de but ont arrêté moins de tirs à la maison que d’habitude. La firme d’analyse Gracenote avait aussi analysé, en juin, 83 matchs joués par cette même ligue allemande depuis son retour au jeu : l’équipe locale avait été plus souvent pénalisée pour des fautes que lorsque les stades étaient remplis, et plus de cartes jaunes avaient été distribuées. À l’inverse, les données récoltées par Impect, une autre firme d’analyse de données, concluent que la qualité globale du jeu depuis la reprise des parties restait la même.

S’ajouteront à cela les ligues de hockey ou de basketball qui, dans l’espoir de réussir à finir une saison déjà bien écourtée, ont créé des « bulles » ayant pour conséquence qu’aucune des équipes ne joue dans sa propre ville : une réduction radicale de tout ce qui pourrait leur rester d’avantage local. À suivre.

Jean-François Cliche
Le Soleil
Jean-François Cliche
Peut-on «cesser» d’être autiste ?

Science

Peut-on «cesser» d’être autiste ?

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Serait-il possible que l’on soit autiste léger pendant l’enfance et que l’on réussisse petit à petit, en devenant adulte, à surmonter son autisme pour revenir dans une certaine «norme» comportementale», demande Laurette Wolles, d’Écully (France).

L’autisme, s’il est besoin de le rappeler, est ce trouble du développement marqué par une difficulté d’entrer en contact et de communiquer avec les autres. On s’en rend habituellement compte avant l’âge scolaire parce que les enfants qui en sont atteints ont souvent un retard de langage, semblent peu intéressés à jouer avec leurs pairs et peuvent montrer des comportements et des façons de communiquer qui sont très répétitifs — par exemple, une tendance à empiler ou à aligner leurs jouets, l’usage de phrases toutes faites entendues à la télé ou dans d’autres conversations et qui sont difficiles à comprendre pour qui n’en connaît pas le contexte original, etc.

Maintenant, est-ce qu’un enfant peut «en revenir», comme on dit, et éventuellement vivre une vie que l’on qualifierait de «normale» ? La réponse générale est clairement oui, mais avec pas mal de nuances.

D’abord, explique Baudoin Forgeot d’Arc, chercheur et spécialiste de l’autisme de l’Université de Montréal, «l’autisme est généralement décrit comme un frein ou un retard alors qu’en réalité, c’est souvent juste que le développement de l’enfant prend une trajectoire différente. Par exemple, certains autistes vont être capables d’apprendre à lire et écrire alors qu’ils ne parlent pas encore très bien, ce qui est impensable chez les non-autistes».

Alors si l’enfant continue de se développer, il est clair qu’il peut revenir dans ce qu’on appelle la norme. «Ça ne veut pas dire que l’autisme n’est plus là», nuance M. Forgeot d’Arc, puisque ces gens-là vont souvent conserver certaines particularités de langage, de raisonnement ou de comportement, mais cela n’ira pas au-delà de la particularité — lire : ça ne les empêchera pas de bien fonctionner en société.

Alors la question est : quel est le point de départ de l’enfant ? Si l’autisme est très sévère, ou si l’enfant a aussi un des troubles associés à l’autisme, comme une déficience intellectuelle, alors son pronostic n’est pas bon, même s’il peut faire des progrès. Cependant, le mot autisme recouvre un très large spectre, une sorte de dégradé où tous les tons intermédiaires existent et où «la frontière entre les autistes et les non-autistes est plus ou moins arbitraire. Alors pour ceux qui sont au départ proche de cette frontière, oui, il est très possible de passer d’un côté à l’autre», explique M. Forgeot d’Arc.

À cet égard, d’ailleurs, lui et son collègue Laurent Mottron, qui mène lui aussi des recherches sur l’autisme à l’UdeM, dénoncent le surdiagnostic qui s’est généralisé depuis une vingtaine d’années. «Si vous prenez 100 personnes diagnostiquées autistes aux États-Unis, il y en a les trois quarts chez qui les signes d’autisme sont pratiquement imperceptibles. Il y a vraiment un surdiagnostic et c’est un gros problème. En une quinzaine d’années, la prévalence (ndlr : le pourcentage de la population qui est atteint) a été multiplié par quatre, ce qui n’a aucun sens. Alors il faut au départ différencier entre l’autisme «pur», pour ainsi dire, et les signes très mineurs qui peuvent être dus à autre chose», dit Dr Mottron.

À cet égard, renchérit d’ailleurs M. Forgeot d’Arc, cette «obsession du système scolaire pour le diagnostic d’autisme» peut même être nuisible pour l’enfant. «L’anxiété, par exemple, peut mener à un certain isolement social. Alors ça peut passer pour de l’autisme, surtout si l’enfant a également des traits autistes légers. À ce moment-là, le besoin de l’enfant, c’est de traiter le trouble anxieux, sauf que le système a tendance à mettre beaucoup de ressources sur le diagnostic d’autisme», ce qui empêche d’aider l’écolier comme on le devrait, note le chercheur.

Quoi qu’il en soit, il est évident que ces cas très légers, ou même qui n’auraient jamais dû recevoir de diagnostic, peuvent avoir des vies d’adultes essentiellement comme les autres. Or même si on ne retient que le «noyau dur de l’autisme, dit Dr Mottron, soit ceux qui ne développent quasiment pas de langage oral entre 2 et 5 ans, qui ont des comportements répétitifs importants et qui ne vont presque pas vers leurs pairs, même dans ce groupe-là, vous en avez environ 10 % qui connaîtront ce qu’on appelle le optimal outcome. À l’âge de 12 ans, ils se seront développés de telle manière qu’ils seront pratiquement indistinguables de leurs pairs du même âge».

À l’inverse, poursuit-il, un autre 10 % ne montreront essentiellement aucun progrès entre 2 et 12 ans, et le 80 % restant va inclure toutes les variations possibles entre les deux extrêmes. «L’autisme est probablement le seul trouble qui évolue de manières aussi variées», constate Dr Mottron.

Malheureusement, poursuit-il, il est pour l’instant impossible de prédire quelle direction prendra le développement un enfant autiste. «Il n’existe pas de prédicteur du pronostic à l’heure actuelle. Et ça, c’est très démoralisant pour les parents», dit le psychiatre.

Peut-être pire encore, il n’est même pas sûr que l’on est capable d’influencer le développement de ces enfants. Il y a bien des études qui suggèrent que telle et telle mesures peuvent aider mais, «quand on est très rigoureux (autant qu’on doit l’être pour prouver l’efficacité d’un médicament, par exemple) et qu’on regarde si c’est bien notre traitement qui a amené l’enfant à se développer comme il l’a fait, eh bien on se rend compte que ce n’est clair», indique Dr Mottron.

Découverte d’un trou noir hors normes

Science

Découverte d’un trou noir hors normes

Juliette Collen
Agence France-Presse
PARIS - Il a mis 7 milliards d’années-lumière à nous parvenir: un trou noir de masse inédite, issu de la fusion de deux trous noirs, a été directement observé pour la première fois grâce aux ondes gravitationnelles, une découverte majeure pour la compréhension de l’univers.

«C’est une porte qui s’ouvre sur un nouveau paysage cosmique. Tout un monde nouveau !» s’est félicité lors d’une conférence de presse Stavros Katsanevas, le directeur de Virgo, l’un des deux détecteurs d’ondes gravitationnelles qui a capté les signaux de ce nouveau trou noir.

Il s’agit de la première preuve directe de l’existence de trous noirs de masse intermédiaire (entre 100 et 100.000 fois plus massifs que le Soleil), qui pourrait expliquer l’une des énigmes de la cosmologie: la formation des trous noirs supermassifs, ces monstres cosmiques tapis au coeur de certaines galaxies, dont la Voie lactée.

L’objet mystérieux, décrit dans Physical Review Letters et Astrophysical Journal Letters par une équipe internationale de plus de 1.500 scientifiques, s’appelle «GW190521». Issu très probablement de la fusion de deux trous noirs, il fait 142 fois la masse du soleil et forme le trou noir le plus massif jamais détecté par ondes gravitationnelles (les supermassifs, des milliards de fois plus gros, sont détectés autrement).

Prédites par Albert Einstein en 1915 dans sa théorie de la relativité générale et observées directement un siècle plus tard, les ondes gravitationnelles sont d’infimes déformations de l’espace-temps, semblables à des ondulations de l’eau à la surface d’un étang. Elles naissent sous l’effet de phénomènes cosmiques violents, tels que la collision de deux trous noirs qui émet une quantité d’énergie phénoménale.

L’onde gravitationnelle de GW190521 a mis 7 milliards d’années à nous atteindre: c’est le trou noir le plus distant, et donc le plus ancien, jamais découvert.

Un trou noir primordial ?

Le signal a été enregistré le 21 mai 2019 par les instruments américain Ligo et européen Virgo, qui signent «la plus grosse prise de leur tableau de chasse» depuis leurs premières découvertes en 2015 et 2017, détaille le CNRS, dont plusieurs chercheurs ont contribué aux études.

Ce signal était ultra-court (un dixième de seconde), et de très basse fréquence (plus on remonte dans le passé, plus les fréquences diminuent): «un défi pour l’analyser», a souligné Nelson Christensen, pour la collaboration Ligo.

Jusqu’à ce jour, seules des preuves indirectes, par observations électromagnétiques, laissaient présager l’existence de cette population de trous noirs intermédiaires.

Plus lourds que les trous noirs issus de l’effondrement d’étoiles, mais bien plus légers que les monstres supermassifs, ils pourraient être «la clé d’une des énigmes de l’astrophysique et de la cosmologie: l’origine des trous noirs supermassifs», selon le CNRS. L’une des hypothèses expliquant la naissance de ces derniers serait, justement, la fusion à répétition de trous noirs de masse intermédiaire.

Autre phénomène intriguant: d’où viennent les deux trous noirs qui ont fusionné? D’après les théories actuelles, l’effondrement d’une étoile ne peut pas donner naissance à des trous noirs de 60 à 120 fois la masse du Soleil, soit précisément la taille des deux objets qui ont fusionné. Y aurait-il un trou noir primordial formé lors du Big Bang, il y a 13,8 milliards d’années? Ou sont-ils eux-mêmes le résultat d’une fusion ?

La détection de GW190521 pose de nouvelles questions. Confirmant «qu’il existe un vaste pan de l’univers qui est resté invisible pour nous», a commenté l’astrophysicien Karan Jani, pour Ligo.

Contagion

Science

Contagion

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
BLOGUE / Les uns diront que c'était inévitable. Les autres répondront qu'au contraire, si les dirigeants des bras médicaux et scientifiques du gouvernement américain s'étaient tenus debout, ça ne serait pas arrivé. Mais quoi qu'il en soit, here we are, comme ils disent au sud de la frontière : c'est arrivé. Cette habitude qu'a l'administration Trump de faire pression sur des parties du gouvernement qui devraient rester indépendantes a fini par entacher la crédibilité du futur vaccin contre la COVID-19 (entre autres choses).

Deux développements récents le montrent assez clairement, je pense. D'abord, ce sondage commandé par le magazine médical STAT, qui indique qu'une vaste majorité (78 %) d'Américains s'inquiètent désormais de ce que l'approbation du futur vaccin contre la COVID-19 sera surtout déterminée par la politique plutôt que par la science. Sans surprise, les électeurs démocrates sont plus nombreux (82 %) à le penser, mais l'idée rallie également une bonne majorité de républicains (72 %).

Malgré cela, plus des deux tiers (68 %) estiment que la Food and Drug Administration (FDA), à qui reviendra la décision finale, n'autorisera pas la mise en marché d'un vaccin qui ne serait pas sécuritaire. Mais ils sont quand même 83 % à s'inquiéter de l'innocuité du vaccin s'il est mis en marché trop rapidement.

STAT suggère un lien (juste, il me semble) entre cette méfiance et le fait que la FDA a semblé céder à des pressions du président Donald Trump à deux reprises ces derniers mois. En mars dernier, quand elle a donné une «autorisation d'urgence» au médicament anti-paludique qu'est l'hydroxychloroquine, malgré des preuves très minces d'efficacité contre la COVID-19 — la FDA est éventuellement revenue sur sa décision après la publication de plusieurs études négatives. Puis, la semaine dernière, quand la FDA a donné le même genre d'approbation d'urgence à l'utilisation de plasma de patients guéris de la COVID-19 (qui contiennent donc des anticorps contre le coronavirus).

La FDA a alors parlé d'une «percée médicale» et M. Trump a évoqué «des milliers et des milliers de vies sauvées», mais dans les faits, l'efficacité de ce plasma, si elle est manifestement plus réelle que celle de l'hydroxychloroquine, n'est pas encore bien mesurée. Ajoutons que la columnist de STAT qui résume la situation n'est pas le premier à faire un lien entre ces pressions du président et la perte de crédibilité de la FDA.

Le second développement récent est cette lettre ouverte publiée hier dans le New York Times, intitulée «On en est là : ignorez le CDC (la santé publique américaine)». Le texte fait référence aux nouvelles lignes directrices du CDC au sujet du dépistage de la COVID-19, lignes qui semblent écarter les asymptomatiques — alors qu'à peu près tout ce qui se fait d'épidémiologistes dans le monde insiste depuis des mois pour qu'on les teste davantage, puisque on les soupçonne d'être des acteurs-clef dans la transmission de la maladie. D'autres, avant cette lettre ouverte, avaient dénoncé cette décision, mais ses auteurs sont des gens dont l'avis risque de porter : Harold Varmus, ancien directeur des National Institutes of Health (NIH, principal bailleur de fonds de la recherche biomédicale aux États-Unis) et Rajiv Shah, président de la Rockfeller Foundation, organisme qui subventionne lui aussi la recherche en sciences de la vie.

Bref, il semble effectivement qu'on soit rendu là : à un point où non seulement ceux qui se méfiaient déjà des instances scientifiques et sanitaires le font toujours autant, mais où même les milieux médicaux et scientifiques ne leur reconnaissent plus la même crédibilité qu'avant. À une époque où les réseaux sociaux amplifient toutes sortes de rumeurs, offrant aux anti-vaccin un champ de bataille qui les avantage : On. N'avait. Pas. Besoin. De. Ça. Jeez...

Tout n'est pas perdu, remarquez. Aux dernières nouvelles, Dr Anthony Fauci, l'actuel directeur du NIH, jouissait encore d'une certaine aura pour avoir «osé» corriger des remarques fausses de M. Trump au sujet du coronavirus. Près des deux tiers des Américains lui faisaient toujours confiance en juillet.

Mais dans l'ensemble, rien de tout cela ne laisse présager grand-chose de bon. Pour bien gérer les questions de santé publique, les autorités sanitaires ont souvent besoin de convaincre la population, du moins autant de gens que possible. Pour ce faire, elles doivent inspirer confiance, on doit pouvoir raisonnablement penser que ses conseils sont motivés par des résultats scientifiques. Pas par des impératifs politiciens.

Espérons maintenant que cette «contagion» ne nous affectera pas trop de ce côté-ci de la frontière...

Le mystère de la «mouche-zombie»… [VIDÉO]

Science

Le mystère de la «mouche-zombie»… [VIDÉO]

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
24 PAR SECONDE / En principe, quand une mouche de laboratoire passe trop de temps dans l’alcool, elle meurt. Toujours en théorie, quand une mouche se fait congeler, elle ne survit pas longtemps non plus. Alors logiquement, quand une mouche passe 4 ans et demi congelée dans de l’alcool, on est en droit de s’attendre à ce qu’elle comprenne ce qu’elle supposée faire…

Et c’est bien ce que la technicienne de recherche Rowan Connell, de l’Université de Liverpool, avait toujours observé chez les drosophiles de son labo, qui mouraient toutes bien sagement au congélateur. Du moins, jusqu’en mars dernier, lorsqu’elle filma la «scène» ci-dessus, montrant une mouche qui semble se «réveiller» après 4 ans et demi (!) passés à -20 °C dans l’éthanol.

«Elle était là-dedans avec des centaines d’autres mouches qui ne s’en sont pas remises. Elles ont toutes été récupérées en même temps et de la même manière, alors je ne sais pas pourquoi celle-ci a survécu. Ces mouches peuvent survivre à un hiver, soit, mais pendant plusieurs années et dans l’éthanol ?», s’est demandé Mme Connell sur son compte Twitter.

Il pourrait s’agir d’une simple aberration statistique (fluke est le terme anglais qu’elle utilise) : on peut imaginer que les chances de survie de ces mouches en pareilles conditions sont infinitésimales, mais pas complètement nulles, si bien qu’à force de congeler et de dégeler des drosophiles, on peut finir par en voir une qui s’en sort. Et encore, «survivre» est un bien grand mot puisque l’insecte en question était manifestement mal en point (on lui pardonne…), tombant sur le dos à plusieurs reprises et décédant au bout de quelques heures.

Plusieurs biologistes ont réagi sur Twitter en disant que les mouvements que l’on voit dans la vidéo peuvent n’être que de simples réflexes ou d’un effet de la décongélation. Mais Mme Connell en doute puisque «l’insecte a été capable de marcher par lui-même de manière apparemment coordonnée plusieurs fois. Malheureusement, je n’ai pas pu filmer ces moments-là, et je ne sais pas s’il peut s’agir de contractions musculaires automatiques. Et, encore plus malheureux, la mouche est morte avant que je puisse prendre d’autres images», m’a-t-elle dit lors d’un échange de courriels.

Quoi qu’il en soit, Mme Connell se promet bien — sitôt que les restrictions liées à la COVID-19 permettront à son labo de fonctionner à plein — d’essayer de reproduire cet apparent coup de chance, question d’en avoir le cœur net. Histoire à suivre, donc...

Réinfection au coronavirus: pourquoi vous ne devriez pas paniquer

Science

Réinfection au coronavirus: pourquoi vous ne devriez pas paniquer

Zania Stamataki
Immunologie virale, Université de Birmingham
LA SCIENCE DANS SES MOTS / Des scientifiques de Hongkong ont rapporté lundi dernier le premier cas confirmé de réinfection au coronavirus SARS-CoV-2, responsable de la COVID-19. Celle-ci a été attestée par les séquences génétiques provenant d’échantillons prélevés lors des deux épisodes d’infection (survenus en mars et en août 2020) subit par l’homme de 33 ans concerné.

Deux autres cas de recontamination viennent aussi d’être identifiés en Europe, l’un aux Pays-Bas et l’autre en Belgique.

Naturellement, les gens s’inquiètent de ce que ces nouvelles pourraient signifier quant à nos chances de venir à bout de la pandémie.

Voici pourquoi ils ne devraient pas s’en faire.

Près de neuf mois après la première infection par le nouveau coronavirus, nous n’avons connaissance que très peu de cas de réinfection. Les virologistes savent cependant qu’une recontamination par les virus de la famille des coronavirus est courante. Les immunologistes s’efforcent de déterminer la durée de l’immunité protectrice chez les patients guéris.

Quoi qu’il en soit, les rares cas de réinfection signalés jusqu’à présent étaient tout à fait prévisibles et il n’y a pas lieu de s’alarmer.

Hôtes inhospitaliers

Lorsque nous nous remettons d’une infection, notre corps ne devient pas imperméable aux virus qui l’ont causée. Cependant, dans de nombreux cas, il devient pour eux un hôte inhospitalier. Après la guérison, notre corps contient en effet souvent les mêmes types de cellules qu’avant la maladie et les virus demeurent capables de s’y accrocher (c’est le cas par exemple des cellules des voies respiratoires). En effet, ces cellules cibles ne sont pas modifiées de manière substantielle, et elles ne peuvent éviter les futures infections, dans les mois qui suivent l’élimination du virus par la réponse immunitaire.

Cependant si, après une infection récente, des anticorps et des cellules mémoires (lymphocytes B et T) demeurent dans l’organisme, la nouvelle expansion du virus s’avère généralement plutôt de courte durée. L’infection est maîtrisée avant que l’hôte ne souffre trop — ou même ne s’en rende compte.

Cela semble être le cas du patient de Hongkong, qui n’a présenté que peu de symptômes de sa première infection, et aucun de la seconde infection. Celle-ci a été découverte à la suite de tests de routine à l’aéroport. Aurait-il jamais su qu’il avait été réinfecté s’il n’avait pas voyagé ? Probablement pas. Une question plus intéressante est de savoir s’il était contagieux pendant sa seconde infection asymptomatique.

Il s’avère de plus en plus évident que les personnes asymptomatiques et présymptomatiques sont contagieuses. C’est la raison pour laquelle les recommandations officielles — et raisonnables — sont de porter un masque, afin d’éviter d’infecter d’autres personnes, et de garder nos distances, afin d’éviter d’être infecté. Les autres coronavirus avec lesquels certains d’entre nous ont été en contact lors de précédents rhumes les ont doté de cellules T mémoires qui pourraient également se mobiliser contre le nouveau coronavirus SARS-CoV-2, ce qui expliquerait pourquoi certaines personnes ne développent pas de symptômes graves.

Nouvelle théorie sur l'origine de l'eau sur Terre

Science

Nouvelle théorie sur l'origine de l'eau sur Terre

Issam Ahmed
Agence France-Presse
WASHINGTON — L'eau recouvre 70% de la surface de la Terre et est cruciale à la vie, mais comment elle y est arrivée fait l'objet d'un vieux débat scientifique.

Une équipe de chercheurs français a apporté sa pierre à l'édifice jeudi en affirmant que notre planète aurait été, dès son origine, riche en eau, vraisemblablement contenue en abondance dans les roches qui l'ont constituée. La cosmochimiste Laurette Piani, qui a dirigé cette étude du Centre de recherches pétrographiques et géochimiques (CNRS/Université de Lorraine) publiée dans la revue Science, a expliqué à l'AFP que cette découverte battait en brèche la thèse dominante selon laquelle l'eau aurait été apportée plus tardivement par des astéroïdes et comètes ayant bombardé une Terre initialement sèche.

Cette hypothèse était favorisée par les températures trop élevées du Système solaire qui auraient empêché que l'eau condense et s'agglomère aux autres solides sous forme de glace. Les chercheurs français se sont penchés sur des météorites appelées chondrites à enstatite qui ont la particularité d'avoir une composition chimique proche de celle de la Terre. Ce qui indique qu'elles sont similaires aux roches qui en faisaient partie dès sa formation.

En mesurant le contenu en hydrogène de 13 de ces météorites relativement rares, l'équipe a constaté que les roches primitives de la planète bleue en décelaient suffisamment pour lui fournir au moins trois fois la masse d'eau de ses océans, voire plus encore.

«Nous avons découvert que la composition isotopique de l'hydrogène des chondrites à enstatite était similaire à celle de l'eau stockée dans le manteau terrestre», a dit Laurette Piani.

La composition isotopique des océans est pour sa part compatible avec un mélange contenant 95% d'eau de ces chondrites, un élément supplémentaire étayant la thèse selon laquelle elles sont à l'origine de l'eau terrestre. Les auteurs ont également trouvé que les isotopes de l'azote de ces météorites sont similaires à ceux de l'azote de la Terre.

Selon Laurette Piani, cette étude n'exclut pas un apport ultérieur en eau par d'autres sources, comme des comètes, mais elle insiste sur le fait que les chondrites à enstatite ont contribué de manière significative dès la formation de la planète. Ce travail «apporte une pièce cruciale et élégante à ce puzzle», a écrit Anne Peslier, chercheuse à la NASA, dans un éditorial qui accompagne l'étude.

Quelle est l’efficacité du confinement? 7 choses à savoir

Science

Quelle est l’efficacité du confinement? 7 choses à savoir

Catherine Couturier
Agence Science-Presse
Le Détecteur de rumeurs
Agence Science-Presse
DÉTECTEUR DE RUMEURS / Le confinement n’a-t-il « servi à rien », comme plusieurs protestataires le proclament haut et fort ? S’il a certainement aidé à aplatir la courbe de propagation de la COVID-19, il reste délicat de mesurer l’effet exact de chaque mesure. Le Détecteur de rumeurs examine les questions qui restent en suspens.

1) Comment définir le confinement ?

La première difficulté pour les chercheurs est que « confinement » ou, en anglais, lockdown, n’a pas eu la même signification partout. La plupart des pays ont fermé les écoles et certains lieux de travail non essentiels, mais d’autres ont aussi limité le nombre de sorties quotidiennes des citoyens et leurs déplacements. Tout au plus les chercheurs peuvent-ils utiliser une date comme point de départ, celle à partir de laquelle une grande partie des citoyens d’un pays donné a vu sa mobilité réduite et, avec elle, le nombre de contacts quotidiens.

2) Les mesures ont-elles été efficaces ? Oui

En juin, des scientifiques de l’Imperial College de Londres ont publié une analyse des principales mesures prises dans 11 pays d’Europe. Dans le jargon de la santé publique, il s’agit des « mesures non pharmaceutiques », que l’on veut donc distinguer de toutes les formes de traitements médicaux employés pendant la pandémie.

Leur conclusion : l’ensemble de ces mesures aurait évité 3,1 millions de morts entre le mois de février et le 4 mai (moment où les politiques de confinement ont commencé à être levées), et le confinement à grande échelle aurait eu l’effet le plus important. Toutefois, les auteurs n’ont pas pu évaluer séparément l’impact des différentes mesures, plusieurs ayant été implantées simultanément : par exemple, ils ne peuvent pas affirmer si la fermeture des écoles et des commerces a permis de sauver plus de vies que la distanciation sociale, ou vice-versa.

3) La mesure : le taux de contagion

La clef de la réussite de toute mesure repose sur un chiffre moins souvent cité que le nombre de morts, le taux de contagion, qu’on appelle aussi le taux de reproduction du virus : un taux de 3, par exemple, signifie que chaque malade en contamine en moyenne 3 autres. Selon les chercheurs du Collège impérial de Londres, les différentes mesures combinées ont permis, pendant ces quelques semaines, de faire baisser le taux de reproduction, qui était à 2 ou 3 selon les pays européens, à moins de 1. Autrement dit, estiment-ils, sans ces mesures, le virus aurait continué de se multiplier de manière exponentielle, d’où leur « pronostic » de 3,1 millions de morts de plus.

Beaucoup d’autres équipes se sont penchées spécifiquement sur ce taux de reproduction. Par exemple, une étude néo-zélandaise qui avait comparé les chiffres de 25 pays ou provinces (dont le Québec) avait conclu dès avril qu’entre le début de la pandémie sur chaque territoire donné et la mi-avril, les différentes mesures avaient permis des réductions du taux de reproduction variant de 40 % (en Ontario) à 80 % (au Québec et dans l’État de New York). Mais là non plus, l’intention des chercheurs n’était pas d’évaluer l’impact séparé de chaque mesure.

4) Classer par degré de sévérité ?

Pour arriver à distinguer l’impact de chaque mesure, certains proposent de les classer par leur degré de sévérité : par exemple, entre le lockdown complet imposé à Wuhan et les mesures « recommandées », mais pas « imposées », dans plusieurs États américains. Serait-il alors possible de développer une formule mathématique permettant d’observer comment l’addition ou la soustraction d’une mesure affecterait le taux de contagion du coronavirus ?

Des chercheurs de l’Université d’Oxford ont créé une telle formule, utilisant neuf variables : fermeture des écoles, restriction du travail, interdiction de rassemblements et contrôles aux frontières, etc. Les données semblent bien pointer vers une relation entre la sévérité de ces mesures et la diminution des décès : autrement dit, plus l’indice de sévérité d’un pays est élevé, moins nombreux sont les décès.

Mais là encore, départager l’effet de chaque mesure reste une tâche extrêmement complexe — à supposer qu’elle soit réalisable. Pour Hong Kong, comme pour Wuhan ou l’Italie, les chercheurs n’ont pas réussi à démêler les effets des différentes mesures adoptées — sans parler de l’impact des changements de comportements volontaires.

Une étude parue le 16 juin dans The Lancet a proposé une modélisation des effets de différents scénarios, dont le traçage, la distanciation physique, l’isolation, le dépistage : sa conclusion est que la combinaison de l’isolation et du traçage systématique serait plus efficace pour réduire la transmission que le dépistage de masse et l’auto-isolation. Cette efficacité serait améliorée lorsque combinée à des mesures de distanciation physique (réduction des contacts au travail, limitation des contacts à l’intérieur de la maison, du travail ou de l’école).

5) Agir tôt

Plusieurs chercheurs se sont également penchés sur l’importance du facteur temps dans l’équation. Ainsi, certains pays, comme la France, ont appliqué des mesures strictes de confinement très rapidement, alors que d’autres, comme la Grande-Bretagne, ont mis du temps à appliquer des mesures plus sévères.

Une étude publiée en mai par trois chercheurs indiens et comparant l’impact du confinement dans une quinzaine de pays d’Europe et d’Asie conclut à une réduction des taux d’infection de 61 % à 43 % dans la semaine suivant l’entrée en vigueur du confinement. Elle ajoute aussi que les pays qui ont implanté ces mesures plus tôt sont ceux qui s’en sont mieux sortis.

Une autre étude, parue dans Nature le 1er juillet, a tenté pour sa part de modéliser l’impact des mesures adoptées de manières inégales dans les différents États des États-Unis. Les auteurs ont ainsi conclu que la distanciation physique et le confinement seraient plus efficaces lorsque implantés plus tôt, mais que la mise en quarantaine des personnes infectées serait la mesure ayant le plus grand impact.

6) Tous les confinés ne sont pas égaux

À l’aide de données rendues publiques par la Santé publique de Toronto, des journalistes du Star ont par ailleurs fait ressortir une tendance : le confinement à Toronto a protégé les quartiers les plus riches et blancs de la métropole, mais n’a pas eu le même effet dans les quartiers racialisés et pauvres. Dans les 20 quartiers les plus blancs et riches, la courbe s’est aplatie presque instantanément. Les journalistes remarquent que les habitants des quartiers plus aisés ont plus de possibilités de pouvoir travailler de la maison.

La même logique vaut à l’international : le confinement à grande échelle est plus difficile à imposer dans les pays en développement, comme ça s’est avéré le cas en Inde.

7) La seule solution ? Non

Si le confinement strict a bel et bien été efficace, est-ce que d’autres approches auraient pu être adoptées ?

C’est que le confinement reste une solution de dernier recours en santé publique. La préparation et la réaction rapide auraient peut-être pu éviter le confinement à grande échelle. L’anthropologue Carlo Caduff avance que le confinement n’est pas nécessairement une réponse au virus, mais une décision politique, qui résulterait notamment du manque de financement chronique des infrastructures publiques et de santé.

On voit d’ailleurs que certains pays ont rapidement endigué les cas grâce à une réponse rapide. La Corée du Sud par exemple, a contrôlé son épidémie sans imposer de confinement, mais a eu recours à un isolement très strict des personnes infectées, doublé d’une politique de traçage massif des contacts et d’une vaste campagne de tests de dépistage.

Au Japon, les instances politiques n’ayant pas l’autorité pour imposer un confinement strict, l’approche a plutôt été basée sur le changement de comportements (se laver les mains, adopter une étiquette respiratoire), en plus du dépistage des cas et de la restriction volontaire des contacts sociaux. Mais comme ces mesures incitatives ont été mises en place très tôt, avant même le premier cas déclaré, elles ont eu un effet protecteur marqué.

D’autres pays asiatiques (Singapour, Taïwan, Hong Kong), qui n’avaient pas oublié l’épidémie de H1N1 en 2009, ont aussi instauré très tôt des mesures de distanciation sociale personnalisées, de dépistage et de traçage, avec les mêmes résultats positifs.

Verdict

Sévère ou non, combiné à d’autres mesures ou pas, le confinement a dans tous les cas des impacts négatifs partout dans le monde, sur la santé physique et psychologique des populations. C’est la raison pour laquelle établir quelles mesures plus ciblées fonctionnent le mieux devient important, spécialement dans la perspective d’une deuxième vague… ou de la prochaine pandémie.

Jean-François Cliche
Le Soleil
Jean-François Cliche
Pourquoi la COVID-19 frappe-t-elle les noirs plus durement?

Science

Pourquoi la COVID-19 frappe-t-elle les noirs plus durement?

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Considérant le fait que les noirs aux États-Unis représentent environ 13 % de la population américaine, serait-il possible de connaître leur proportion parmi les quelque 180 000 morts de la COVID-19 recensés à ce jour? Je pose cette question car on rapporte que la population noire est plus pauvre et moins instruite en plus de souffrir de surpoids, à cause d’un mauvais régime alimentaire. Est-ce que cela témoigne de "racisme systémique"?», demande Pierre Sénécal, de Saint-Lambert.

Les Afro-Américains sont bel et bien surreprésentés parmi les cas, les hospitalisations et les décès liés à la COVID-19. L’écart peut certainement s’expliquer en bonne partie par le racisme, puisque les populations défavorisées succombent plus au coronavirus et que les noirs sont clairement plus pauvres que la moyenne aux États-Unis. Mais il n’y a pas que cela non plus.

D’après des statistiques de la santé publique américaine (CDC) datant du 19 août, les «noirs non-latino» comptent pour près de 13 % de la population américaine, mais pour 22 % des décès liés à la COVID-19. C’est donc dire qu’en proportion, les Afro-Américains meurent 1,7 fois plus du coronavirus que la moyenne. C’est l’inverse chez les blancs : 60 % de la population, mais seulement 52 % des décès. Cela vaut aussi pour d’autres minorités visibles, disons-le, mais la question qui m’est adressée concerne les Afro-Américains, alors je m’en tiendrai à eux.

La disparité est encore pire quand on tient compte de la pyramide d’âge, puisque les Américains blancs sont de manière générale plus vieux que les «non-blancs». Leur âge médian (la moitié de la population est plus jeune que la médiane, et l’autre moitié est plus vieille) est de 44 ans, contre 31 ans pour les minorités ethniques et raciales — Afro-Américains, latinos, asiatiques, etc. Comme la COVID-19 fauche davantage chez les personnes âgées, cela implique que ce sont les blancs qui auraient en principe dû être sur-représentés dans les statistiques de mortalité. Et quand le CDC ajuste ses données pour en tenir compte, les noirs ne meurent plus 1,7 fois plus, mais bien 2,2 fois plus que la moyenne américaine.

(D’ailleurs, tout indique que cela vaut pour ce côté-ci de la frontière aussi, d’après des données de la Santé publique obtenues la semaine dernière par ma collègue de La Presse Isabelle Hachey. Dans les quartiers de Montréal où les noirs représentent 3,6 % ou moins des résidants, les cas de COVID-19 sont de 555 par 100 000 personnes, alors que c’est trois fois plus, soit 1509 par 100 000, dans les quartiers où ils sont 14 % et plus de la population.)

Comment l’expliquer? Une partie de la différence tient simplement au fait que les Afro-Américains s’adonnent vivre disproportionnellement dans plusieurs des régions des États-Unis qui ont été les plus durement touchées par la pandémie. New York, par exemple, est de loin l’endroit où la COVID-19 a fauché le plus de vies aux États-Unis, avec 281 décès par 100 000 habitants — soit de 100 décès par 100 000 de plus que n’importe où ailleurs. Or les Afro-Américains représentent le quart (24,3%) des habitants de la Grosse Pomme, soit presque le double de leur proportion dans l’ensemble des États-Unis (13 %). De même, la Louisiane vient au quatrième rang des États où le taux de mortalité est le plus élevé (102 par 100 000 hab.), et les noirs y comptent pour environ le tiers de la population. Et l’on pourrait allonger longtemps la liste des exemples par État, par ville ou par quartier.

Quand le CDC intègre la répartition géographique à ses calculs, les Afro-Américains ne meurent plus du coronavirus 2,2 fois plus que la moyenne, mais bien 1,8. C’est donc moindre, mais un écart substantiel persiste.

Il est possible, comme M. Sénécal l’indique, que l’obésité plus fréquente chez les noirs américains soit en cause. En ajustant pour les différences d’âge entre les groupes «raciaux» (puisque vieillir augmente le risque de surpoids), près de 50 % des Afro-Américains sont obèses, contre seulement 42 % chez les caucasiens. Or l’obésité accroît justement le risque de faire une forme sévère de la COVID-19. Il est donc tentant de faire le lien.

Cependant, un rapport de l’Agence pour la recherche et la qualité des soins de santé (rattachée au CDC) paru cet été s’est penchée sur la question et a conclu que «les disparités de santé pré-COVID-19 [entre blancs et noirs […] semblent trop petites pour expliquer des taux de mortalité par deux fois supérieurs ou plus».

Les auteurs de ce rapport proposent plutôt de regarder du côté de la composition des ménages et des secteurs d’emplois où sont concentrés les noirs. Ceux-ci sont sur-représentés parmi les travailleurs de la santé (16 % y travaillent contre 10% des blancs). D’autres travaux ont par ailleurs montré qu’ils sont aussi sur-représentés parmi les employés d’épicerie et de pharmacie, les transports en commun, la conciergerie et les employés de livraison et d’entrepôt. Bref, les Afro-Américains étaient plus susceptibles que la moyenne d’occuper des emplois qui se sont retrouvés «sur la ligne de front» pendant le pire de la pandémie. Et si l’on ajoute à cela qu’ils vivent dans des ménages en moyenne plus populeux que les blancs (3,1 personnes par logement pour les premiers, 2,8 pour les seconds), alors il s’ensuit forcément que les Afro-Américains les plus à risque de faire une forme sévère de la COVID-19 vivaient plus souvent sous le même toit qu’un travailleur qui ne pouvait pas travailler de la maison : 57 % chez les noirs à risque, contre 47 % chez les blancs à risque, selon le rapport paru cet été. Ça aussi, ça peut être une bonne partie de l’explication.

Maintenant, est-ce un signe de racisme systémique? Encore une fois, certains aspects de tout cela relèvent très manifestement du racisme : revenus moindres qui poussent à vivre plus nombreux sous un même toit, concentration dans des emplois peu qualifiés, mal payés et déconsidérés (caissières, concierge, etc.), etc. Mais c’est un peu moins clair pour d’autres aspects (concentration dans les services de santé et les transports en commun), du moins du strict point de vue de l’exposition accrue à la COVID-19.

Des scientifiques ont intentionnellement déversé du pétrole dans un lac canadien

SCIENCE

Des scientifiques ont intentionnellement déversé du pétrole dans un lac canadien

Jeffrey Cederwall
Étudiant au doctorat en biologie, Université Queen’s
Sawyer Stoyanovich
Candidat au doctorat en biologie, Université d’Ottawa
LA SCIENCE DANS SES MOTS / Le Canada possède la troisième plus grande réserve de pétrole au monde. La majeure partie se trouve dans les sables bitumineux de l’Alberta, où l’on extrait du bitume, un pétrole brut ayant la consistance du beurre d’arachide.

Pour que le bitume puisse couler dans les oléoducs, les ingénieurs pétroliers lui ajoutent des composants plus légers — généralement des sous-produits de la production de gaz naturel — pour le diluer et le liquéfier. Ce mélange est appelé « bitume dilué ».

L’Alberta est une province enclavée. Pour atteindre les raffineries et le marché international, le pétrole est transporté par un réseau d’oléoducs et de chemins de fer sur de vastes étendues de terre, parsemées de lacs, de rivières et de zones humides.

Cependant, les oléoducs peuvent rompre ou avoir des fuites, et répandre alors leur contenu dans l’environnement. En juillet 2010, à Marshall, au Michigan, un oléoduc de la compagnie Enbridge a répandu au moins trois millions de litres de bitume dilué dans la rivière Kalamazoo, dont 680 000 litres auraient coulé au fond.

Les problèmes de déversement dans les eaux intérieures ne sont pas nouveaux. Ils sont plus fréquents que ceux qui se produisent en mer, mais ils passent souvent sous le radar. En général, nous connaissons beaucoup moins les effets des déversements dans des écosystèmes d’eau douce que dans les océans et, lorsqu’il s’agit de bitume dilué, nous en savons encore moins.

À des fins de recherche, notre équipe a versé du bitume dilué dans des mini-lacs afin de découvrir ce qu’il advient dans la réalité du pétrole et quel est son impact sur la vie aquatique.

Reconstituer un déversement en eau douce

Nous avons créé des mini-lacs en remplissant des réservoirs de 1 400 litres de sédiments lacustres, d’eau et de plancton microscopique récupéré dans un lac du bouclier boréal canadien. Nous avons ensuite déversé un faible volume de bitume dilué — moins de deux litres — dans ce faux lac.

Nous avons laissé les réservoirs exposés à la lumière du soleil, aux changements de température et aux intempéries tout en observant la viscosité et la densité de la nappe de pétrole à la surface de l’eau. Ces paramètres sont importants pour comprendre à quel moment le pétrole risque de couler et comment le nettoyer. Nous avons également analysé le pétrole sous la surface, sa composition chimique et son impact sur le plancton qui y vit.

Le pétrole brut flotte parce qu’il est moins dense que l’eau, ce qui permet de l’écumer à la surface de l’eau. Mais cela ne fonctionne pas toujours pour le pétrole brut lourd.

Le bitume dilué peut couler dans certaines conditions, comme lorsqu’il est dans une rivière turbulente avec beaucoup de sédiments et d’autres particules en suspension. Ces particules peuvent se lier au pétrole et le rendre plus dense, comme cela s’est produit dans la rivière Kalamazoo en 2010.

Des recherches antérieures effectuées avec des réservoirs à vagues ont conclu que le bitume dilué ne coulerait pas dans un lac. D’autres études en éprouvettes ont montré qu’il pouvait couler, mais seulement s’il était vigoureusement mélangé à beaucoup plus de sédiments en suspension que ce que l’on trouve habituellement dans la nature.

Notre étude a démontré qu’en un jour, le bitume dilué pouvait devenir trop visqueux pour que les méthodes de nettoyage conventionnelles soient efficaces. Lorsqu’il a plu, huit jours après notre déversement expérimental, les nappes se sont séparées et environ la moitié des hydrocarbures a coulé dans les sédiments des mini-lacs.

Détecteur de rumeurs: Mars apparaîtra aussi grande que la Lune ? Faux

Science

Détecteur de rumeurs: Mars apparaîtra aussi grande que la Lune ? Faux

Ariane Chevrier
Agence Science-Presse
Tous les ans, au mois d’août, depuis maintenant 17 ans, réapparaît l’affirmation voulant qu’à la fin du mois, la planète Mars apparaîtra dans le ciel «comme une deuxième lune». Le Détecteur de rumeurs en explique l’origine.

«Le 27 août, vous pourrez observer deux lunes dans le ciel, mais une seule sera la Lune. L’autre sera Mars. Cela n’arrivera plus avant 2287. » Ces phrases sont une des variantes de la fausse croyance qui circule sur Internet tous les ans.

Lorsqu’elle a commencé à circuler sous la forme d’une chaîne de courriels, en 2003, l’information était pourtant en partie inspirée d’un phénomène réel.

La Terre et Mars orbitent toutes les deux autour du Soleil dans une trajectoire en ovale. Cette trajectoire fait en sorte que la distance entre les deux planètes varie considérablement. Mais tous les 26 mois, elles sont à leur point le plus rapproché. Ce phénomène est appelé « l’opposition de Mars », parce qu’à ce moment, de notre point de vue, le Soleil et Mars sont en opposition, chacun de son côté du ciel.

Le 27 août 2003, la planète rouge était donc à son point le plus rapproché de la Terre, soit à 55,8 millions de kilomètres. Qui plus est, comme cette distance varie elle-même légèrement d’un « rapprochement» à l’autre, l’opposition de Mars de 2003 constituait un record, qui ne sera battu qu’en 2287 : assez pour impressionner les astronomes, mais pas assez pour faire un changement perceptible à l’œil nu.

En effet, même à cette «faible » distance, il fallait utiliser un télescope grossissant Mars 75 fois pour l’observer semblable à une pleine Lune.

Trop loin

Mars ne peut jamais apparaître aussi grosse que la Lune dans le ciel. La distance moyenne est de 225 millions de kilomètres, et lorsque les deux planètes sont à leurs points les plus éloignés, elle est de 400 millions de kilomètres. La Lune, quant à elle, est située en moyenne à 384 000 kilomètres. Certes, Mars est deux fois plus grosse que la Lune, mais tellement loin qu’elle ne fait jamais plus que la grosseur d’une étoile dans le ciel.

Les astronomes utilisent la seconde d’arc pour mesurer la grosseur d’un astre dans le ciel. Le ciel est divisé en 360 degrés et la seconde d’arc équivaut à un degré divisé par 60 (minutes d’arc) puis encore par 60. À titre de comparaison, une seconde d’arc représente la taille apparente qu’aurait un ballon de basketball situé à 50 kilomètres de son observateur.

Au mois d’août 2003, la taille apparente de Mars était de 25,11 secondes d’arc. La Lune, elle, a en moyenne un diamètre apparent de 1800 secondes d’arc. Mars apparaissait donc presque 70 fois plus petite que la Lune au moment où elle était pourtant à son point le plus rapproché de la Terre.

Pour les amateurs d’astronomie par contre, l’automne 2020 sera une période propice à l’observation de Mars. La prochaine opposition aura lieu le 6 octobre.

Lien vers l’article original de l'Agence Science Presse