Insolite

Kilo, ampère, kelvin... Petite révolution à venir dans les unités de mesure

PARIS - Un kilo, vraiment un kilo, au microgramme au près. Pour plus de fiabilité, des unités de mesure (kilo, ampère, kelvin, mole) vont être redéfinies, une nécessité dans un monde où les nouvelles technologies exigent de plus en plus de précision.

Un kilo, aujourd’hui, est défini comme étant égal à la masse du «grand K», un cylindre de platine et d’iridium conservé précieusement depuis 1889 au bureau international des poids et mesures (BIPM) à Sèvres, près de Paris.

Comme on ne peut pas étalonner toutes les balances du monde en région parisienne, des copies de cet étalon ont été fabriquées. Et c’est là que le bât blesse.

Car même si le prototype et les copies ont été fabriqués à la même époque et de la même façon, puis conservés dans les mêmes conditions, ils maigrissent ou grossissent très légèrement au fil des ans, indépendamment les uns des autres, sans que l’on sache vraiment pourquoi.

«Si on fait une moyenne de la masse des copies, on constate qu’elle a bougé de 35 microgrammes», expliquait François Nez, directeur de recherche au CNRS, à l’occasion d’une récente présentation à la presse de ces changements.

Cette variation est évidemment anecdotique pour le commun des mortels quand il s’agit de faire son marché. Mais peut devenir problématique: les sciences et l’industrie sont entrées dans l’ère de l’infiniment petit avec notamment le développement des technologies quantiques.

Atome par atome

Dans l’univers des matériaux, de l’électronique ou de la médecine, on cherche maintenant à manipuler la matière, atome par atome (un atome est 500.000 fois plus petit que l’épaisseur d’un cheveu).

Après 10 ans de réflexion, les chercheurs ont donc décidé de remplacer le «grand K». A partir de mai 2019, le kilogramme ne devrait plus être défini à partir d’un objet matériel unique mais en fonction d’une constante fondamentale.

L’ampère (unité de courant électrique), la mole (unité de quantité de matière) et le kelvin (unité de température) seront eux aussi rattachés à des constantes fondamentales, ces valeurs déterminées en observant le monde telles que la vitesse de la lumière, la masse et la charge de l’électron... Des mesures rendues possibles grâce aux avancées de la science.

Le mètre avait déjà subi le même sort. Son étalon, également conservé à Sèvres, avait été détrôné au profit de la vitesse de la lumière, ou plus précisément de la distance qu’elle parcourt en une infime fraction de seconde.

«Les unités restent toujours les mêmes, on va toujours parler en kilogramme, en mètre, en seconde ... mais leurs définitions changent», résume François Nez.

Adoption en novembre

Cette petite révolution scientifique doit être actée lors de la 26e réunion de la Conférence générale des poids et mesures (CGPM) qui se tiendra du 13 au 16  novembre à Versailles.

Cette conférence, créée à la fin du XIXe siècle, se réunit tous les 4 à 6 ans pour débattre et éventuellement modifier le Système international (SI) uniformisant les unités à l’échelle mondiale.

Des représentants de la soixantaine d’États membres adopteront les nouvelles définitions pour une application en mai.

Le kilogramme sera formulé à partir de la constante de Planck (h), le seuil d’énergie minimum que l’on puisse mesurer sur une particule. Le kelvin, mesuré à partir de l’eau, sera redéfini à partir de la constante de Boltzmann (k), liée à la mesure de l’agitation thermique des constituants fondamentaux d’un corps.

L’ampère, enfin, sera relié à la charge élémentaire (e), la charge électrique d’un proton. La mole, l’unité de quantité de matière, utilisée essentiellement en chimie sera définie directement en fixant la constante d’Avogadro (NA).

«Il faut s’assurer que toutes les mesures que l’on fait, quel que soit le pays et quel que soit l’instant, soient cohérentes les unes avec les autres, c’est un enjeu sociétal, économique et commercial», rappelle Noël Dimarcq, directeur de recherches au CNRS.

Les enjeux de ces changements feront l’objet d’un colloque organisé au siège du CNRS les 18 et 19 octobre.

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Science

Caca : à la manière des chats et des chiens

LA SCIENCE DANS SES MOTS / S’il y a un sujet qui provoque des disputes entre voisins, c’est bien le moufa de chien. Heureusement, aujourd’hui, la plupart des propriétaires de cabots se promènent avec un petit sac à la main pour ramasser leurs marques territoriales.

Un jour, j’ai aperçu de mon balcon un adolescent branché promenant son chien en laisse. En vérité, à la démarche de l’ado, on voyait clairement que c’était le chien qui décidait de l’itinéraire. Disons donc, pour pré- ciser, que j’ai vu un chien qui tenait un adolescent en laisse. Arrivé devant ma maison, voilà le chien qui décide, comme tous les cabots qui passent par là, de forniquer avec la borne d’incendie installée juste devant chez moi pendant que l’ado pitonne sur son téléphone. Lorsqu’il m’a vu, l’ado m’a rassuré : «Inquiétez-vous pas, monsieur, mon chien fait juste prendre ses courriels!» Comme la séance de reniflage s’étirait, j’ai pensé qu’il profitait aussi de l’occasion pour visiter sa page Facebook. Après son départ, je me suis rendu à son poste de travail pour y découvrir un dégât. J’ai alors interpellé l’ado: «Excuse-moi, mon gars, mais ton chien a finalement laissé un message avec une grosse pièce jointe et il faudrait le déposer dans la corbeille.»

Les chiens et les chats sont d’excellents modèles pour nous faire comprendre la diversité des comportements animaliers en matière de... matière fécale ! On a souvent tendance à considérer le chat comme un animal propre en raison de cette habitude innée qu’il a de recouvrir ses excréments dans la litière pour les mettre à l’abri de notre regard. Dans les faits, le chat ne nous cache pas son moufa. Ce gentil félin, qui a déjà été sauvage et qui a conservé ses instincts d’antan, recouvre ses excréments pour ne pas attirer ses propres prédateurs.

Quand j’étais étudiant à Rimouski, je partageais un appartement avec deux camarades de classe, dont un propriétaire de chat. Un jour, François, qui avait une envie pressante d’aller à la salle de bain, se retrouva devant une porte close. C’est que Pierre, le troisième locataire, faisait une cérémonieuse offrande au dieu Moufa. Incapable d’attendre à cause d’une vessie au seuil de l’éclatement, François se soulagea directement dans la litière de son chat, un spectacle que le matou semblait regarder avec beaucoup d’interrogation. Peut-être se demandait-il pourquoi cette espèce animale, qui se nourrit principalement de café fort et de bière froide, violait son territoire et, surtout, pourquoi ce grand singe blanc ne recouvrait pas ce qu’il venait de laisser sur place.

Au contraire du chat, le chien – qui descend du loup – expose ses crottes pour marquer son territoire. Il les place à des endroits stratégiques pour dire à ses potentiels compétiteurs que ces lieux lui appartiennent. Pour s’assurer qu’on capte son message, il gratte autour de sa crotte. Beaucoup interprètent à tort ce geste comme une façon malhabile de vouloir enterrer son tas comme le font les chats. Ces coups de patte frénétiques ont pour fonction de disséminer les phéromones sécrétées par des glandes sises dans les coussinets. Ce faisant, il laisse des courriels qui deviennent facilement lisibles pour les autres canidés qui oseront s’aventurer dans les parages. Cette stratégie était inutile à mon ami Pierre, qui parvenait sans phéromones à dissuader les plus intrépides d’aller aux toilettes après son passage! De nous trois, c’était assurément le plus fort pour marquer son territoire. Ces agissements, hérités du loup, ne peuvent être déprogrammés en criant lapin. En somme, les chiens et les chats ont un rapport différent avec les excréments parce que leur histoire évolutive n’est pas semblable.

Insolite

Calculs rénaux et montagnes russes, singes imitant l'homme au menu des anti-Nobel 2018

NEW YORK - Qui, des chimpanzés ou des hommes, imitent le plus l'autre lors des visites au zoo? Les montagnes russes peuvent-elles aider à éliminer des calculs rénaux? La cuvée 2018 des prix "anti-Nobel" a à nouveau récompensé jeudi des recherches saugrenues, lors d'une cérémonie à Harvard.

Biologie, économie, médecine, littérature, paix...Les 10 catégories de ces Ig Nobel, surnommés les "anti-Nobel", se veulent le pendant des vraies.

Élections 2018

Débat de science : de (belles) paroles et quelques chiffres

Il en fallait au moins un pour parler de science ! Ce débat entre des candidats aux élections québécoises organisé par l'Association francophone pour le savoir (Acfas) a même réussi à remplir un bar de Montréal, un lundi soir avec, outre de nombreux partisans de la culture scientifique et du milieu de la recherche, des jeunes et des curieux.

C’est là qu’on a pu entendre de belles paroles d’encouragement, quelques promesses et aussi le rappel de principes incontournables — mais peu de solutions aux enjeux rencontrés par ceux qui sont sur le terrain : le manque de soutien que reçoivent les professeurs de science (de tous les cycles), le sous-financement des organismes de culture scientifique, le besoin de simplifier les demandes de subventions des chercheurs débordés, la nécessité de soutenir les étudiants aux cycles supérieurs, mais aussi les chargés de cours, les assistants et autres auxiliaires de recherche…

Ce Bar des sciences, animé — avec brio — par l’ancienne directrice de l’information au quotidien Le Devoir, Josée Boileau, en a sans doute laissé plusieurs sur leur faim. Le panel était composé des deux candidats déjà annoncés, Jean-François Roberge, de la Coalition Avenir Québec (CAQ) dans Chambly et Alejandra Zada Mendez, de Québec Solidaire (QS) dans Bourassa-Sauvé, et deux autres qui ont remplacé au pied levé leurs confrères : le candidat du Parti québécois (PQ) dans Saint-Henri-Sainte-Anne, Dieudonné Ella Oyono et la candidate du Parti libéral du Québec (PLQ), aussi ministre responsable de l’Enseignement supérieur et ministre responsable de la Condition féminine, Hélène David.

La salle a particulièrement regretté l’absence de Dominique Anglade, ministre sortante de l'Économie, de la Science et de l'Innovation, candidate du PLQ dans Saint-Henri-Sainte-Anne — la personne sans doute la mieux placée pour répondre aux questions sur le bilan des années libérales en matière de science et d’innovation au Québec.

D’autant que la science n’a plus son propre ministère depuis 2001 — avec alors à sa tête Pauline Marois — et a du mal à rester dans le giron du Ministère de l’Éducation : notre courte recherche révèle qu’elle en faisait partie entre 1964 et 1981, de 1984 à 1993, de 2012 à 2014 et en 2015. La science navigue depuis entre le ministère de l’Industrie et du commerce (1994-1998) et celui du Développement économique et de l’exportation. Bref, le ministère en charge de l’économie.

Hélène David, interrogée à ce sujet par Josée Boileau, n’a pas émis l’envie d’un retour de la science au sein de son ministère de l’enseignement supérieur — un choix pourtant désiré par le milieu scientifique depuis bon nombre d’années.

Question très attendue

Il a été question d’inculture scientifique et certains chiffres ont été apportés : seulement 26 % des Québécois seraient compétents en matière de science, a soutenu Jean-François Roberge de la CAQ. Mais Dieudonné Ella Oyono du Parti Québécois a rappelé que 50 % sont analphabètes fonctionnels — 34,3 % selon la Fondation pour l’alphabétisation. Pour eux, comprendre la science et ses enjeux reste donc une énorme marche à gravir.

Venue de la salle, par la bouche de la directrice du magazine Québec Science, Marie Lambert-Chan, la question très attendue sur un vrai soutien à la communication scientifique, les médias en tête, a suscité une salve d’applaudissements. Comment éveiller le sens de l’émerveillement à la science chez les petits, mais aussi combattre la désinformation, si l’on n’investit pas plus dans les médias, les musées et tous les organismes de culture scientifique, eux qui rapprochent la science des citoyens, et qui sont par ailleurs appelés à évaluer la pertinence des politiques mises de l’avant par ces mêmes partis.

Rappelée à cette même soirée, la décision libérale, en 2014, de couper au sein des subventions de fonctionnement des Débrouillards, de Québec Science et de l’Agence Science-Presse, si elle n’a pas pris effet, a secoué fortement le milieu de la culture scientifique et rappelé la fragilité de ces organismes.

Depuis quelques semaines, c’est au tour des musées de science de s’inquiéter à cause des coupures dans les budgets des sorties scolaires. Certains enfants n’ont d’ailleurs que cette opportunité pour découvrir que la science n’est pas confinée à leurs manuels, mais qu’elle peut se voir, se toucher et s’expérimenter.

Peu d’enjeux scientifiques

Il était bon d’entendre parler d’indépendance des scientifiques, de transparence et de la nécessité de soutenir la recherche fondamentale — mais « en parité » avec la recherche appliquée, a tout de même soutenu le candidat de la CAQ.

Et même si les candidats ont rappelé l’essentiel soutien aux étudiants, ils divergeaient sur les moyens : par des crédits d’impôt (CAQ) aux entreprises lors d’embauches et de stages, en soutenant des initiatives comme Thèsez-vous, contre l’isolement des doctorants (PLQ), mais aussi en leur donnant la chance d’acquérir de l’expérience en entreprise (PQ). En bout de ligne, on n’a toutefois pas su comment ils seraient aidés financièrement — mis à part Québec Solidaire, en faveur de la gratuité.

Tout le monde est favorable à ce qu’on aide les universités et pourtant, comme a rappelé Luc-Alain Giraldeau, le directeur général de l’INRS, lors de la création de cette université, en 1969, on y comptait 147 professeurs et aujourd’hui, presque 50 ans plus tard, cela n’a pas changé.

Par contre, les cégeps sont dans la mire du Parti libéral — particulièrement les cégeps des régions qui, eux aussi, mettent l’épaule à la roue de la science pour développer de l’innovation. Rappelons que le développement des régions fait l’objet d’un plan de soutien de la part de l’actuel gouvernement. Et les régions en ont cruellement besoin, elles qui vivent les contrecoups des fermetures industrielles, de l’exode des jeunes et de la précarité économique.

On a également parlé du nerf de la guerre, le financement de la science, que certains ont jugé insuffisant (QS, CAQ) bien que Mme David du PLQ ait jugé l’actuel budget comme « très généreux avec 2,8 milliards pour la recherche et développement ». Sur l’ensemble du budget du Québec (l’actuel gouvernement prévoit des revenus de 109,6 milliards de dollars en 2018-19), ce qui est alloué à la science représente donc moins de 3 %.

Et le climat ? On a peu parlé de la nécessité de s’adapter aux changements climatiques ou de lutter contre les gaz à effet de serre. On a, en fait, peu parlé d’environnement — hormis QS — ou de l’apport des femmes en science, des sujets d’importance parce que l’avenir du Québec passe aussi par là.

Science

Grâce au réchauffement climatique, on livre vos éoliennes plus vite!

En lice pour le prix de la nouvelle ironique de l’année : un convoi de quatre navires chinois est allé livrer des pales d’éoliennes en Europe, en passant par la route de l’Arctique.

Il s’agit du « passage du Nord-Est », c’est-à-dire celui qui serpente au nord de la Russie et qui, à l’instar du « passage du Nord-Ouest », au nord du Canada, est de plus en plus libre de glace en été. Pas entièrement libre de glace, puisqu’il a fallu l’aide de deux brise-glaces russes — à propulsion nucléaire —, mais tout de même suffisant pour que la compagnie chinoise Cosco (China Cosco Holdings) ait pu ainsi raccourcir son voyage de quelques semaines.

L’un des navires, le Tian En, est arrivé à Rouen, France, le 5 septembre. C’était son premier voyage par l’Arctique, et ce serait même la première livraison maritime commerciale entre la Chine et la France via l’Arctique, selon le magazine Mer et Marine. Pas la dernière, puisque la compagnie chinoise a déjà une entente pour 2019 avec l’agence gouvernementale russe Rosatom, qui gère les centrales nucléaires et les brise-glaces à propulsion nucléaire. 

À bord du Tian En, entre autres : 21 pales pour des éoliennes. Un peu d’énergie propre pour compenser tout ça ?

Environnement

Et si 40 millions d’Américains manquaient d’eau?

L’hiver dernier, la métropole du Cap, en Afrique du Sud, faisait face à une telle pénurie d’eau qu’on envisageait d’en couper l’approvisionnement et de rationner la distribution de bouteilles d’eau à ses 4 millions d’habitants. Le Cap a fini par y échapper. Mais qu’arriverait-il si la prochaine victime, dans un pays riche, était non pas une, mais plusieurs grandes villes des États-Unis ?

L’hiver dernier, la métropole du Cap, en Afrique du Sud, faisait face à une telle pénurie d’eau qu’on envisageait d’en couper l’approvisionnement et de rationner la distribution de bouteilles d’eau à ses 4 millions d’habitants. Le Cap a fini par y échapper. Mais qu’arriverait-il si la prochaine victime, dans un pays riche, était non pas une, mais plusieurs grandes villes des États-Unis ?

Il y a longtemps que ceux qui évoquent ce genre de scénario jettent un oeil inquiet sur le fleuve Colorado : cette source d’eau potable pour 40 millions de personnes est exploitée au-delà de ses capacités depuis deux décennies, en raison de sécheresses intermittentes et de précipitations insuffisantes : en d’autres termes, la neige et la pluie qui tombent sur les montagnes et alimentent en retour ce fleuve, ne suffisent pas à la demande.

À la fin du mois d’août, un rapport du Centre du climat du Colorado — un organisme de recherche universitaire — prévenait qu’une partie de cet État et de son voisin, l’Utah, était confrontée à deux ennemis susceptibles d’entraîner « un rapide retrait des réserves d’eau » : les sécheresses plus fréquentes et la diminution des chutes de neige sur les sommets.

Même le Bureau des réclamations, une agence du gouvernement fédéral créée en 1902 et qui gère les barrages, canaux et autres réservoirs dans 13 États de l’ouest, a écrit le 24 août que le risque d’une pénurie d’eau en 2020, dans le bassin sud du fleuve, était passé de 52 à 57 %. L’agence évalue aussi que la sécheresse des dernières années était la pire des 12 derniers siècles.

À court terme, la variable inconnue est El Nino : certaines prévisions pointent dans la direction d’un hiver El Nino pour cette année. Ce réchauffement intermittent des eaux du Pacifique entraîne généralement un hiver plus froid avec davantage de précipitations dans le Sud-Ouest des États-Unis. Toutefois, une étude du National Center for Atmospheric Research — un organisme de recherche financé par des fonds publics — parue le 22 août souligne qu’à long terme, plus le climat se réchauffera et plus l’impact d’un hiver El Nino risque d’être intense et imprévisible.

Science

Des chercheurs veulent cartographier le génome de milliers d’animaux

Des scientifiques ont dévoilé jeudi les premiers résultats d’un effort ambitieux visant à cartographier les gènes de dizaines de milliers d’espèces animales - un projet qui, selon eux, pourrait aider à sauver des animaux de l’extinction.

Les scientifiques travaillent avec le consortium Genome 10 000 à un projet qui cherche à recenser le génome des 66 000 espèces de mammifères, d’oiseaux, de reptiles, d’amphibiens et de poissons connus sur Terre. Le projet Genome 10 000 compte des membres dans plus de 50 institutions à travers le monde.

Environnement

Climat: «zéro», le nouveau mot d'ordre des villes

SAN FRANCISCO — Zéro carbone, zéro voiture à essence, zéro déchet: de nombreuses villes représentées au sommet climat de San Francisco visent désormais une suppression totale des gaz à effet de serre en quelques décennies, un objectif encore utopique il y a quelques années.

Europe, Asie, Amériques, Afrique et Océanie sont représentés au Sommet mondial pour l'action climatique qui a commencé mercredi et rassemble le plus grand nombre de maires, gouverneurs et responsables territoriaux jamais vu sur le thème du climat.

Science

Un «hashtag» préhistorique serait le plus ancien dessin au crayon

PARIS — C’est un croisillon formé de plusieurs traits de couleur rouge: «le plus ancien dessin au crayon» connu à ce jour, daté de 73.000 ans, a été découvert dans une grotte d’Afrique du Sud, ont annoncé mercredi des chercheurs.

Cette sorte de «hashtag» de l’âge de la pierre, dessiné avec un crayon d’ocre sur un fragment de roche siliceuse, précède d’au moins 30.000 ans les plus anciens dessins abstraits ou figuratifs connus jusqu’à présent et réalisés avec la même technique, souligne une étude publiée par la revue Nature.

Il y a des gravures plus anciennes, rappelle l’archéologue Francesco d’Errico, l’un des auteurs de la publication. Un «zigzag» gravé dans un coquillage, retrouvé à Java, est daté d’il y a plus de 540.000 ans et a sans doute été réalisé par Homo erectus, ajoute le chercheur qui avait participé à cette autre découverte publiée en 2014.

Le dessin au crayon a été retrouvé dans la petite grotte de Blombos, située à 300 kilomètres à l’est de la ville du Cap.

Fouillée depuis 1991 par le chercheur sud-africain Christopher Henshilwood, premier auteur de l’étude, cette grotte a déjà permis de découvrir toute une série d’objets travaillés par l’homme moderne (gravures, objets de parure, outils en os...).

Parmi divers outils en pierre, un morceau de roche siliceuse (silcrète) de 4 centimètres de long a attiré l’attention de l’équipe, raconte à l’AFP Francesco d’Errico, directeur de recherche CNRS (Centre national de la recherche scientifique) à l’université de Bordeaux.

L’objet provient d’une couche archéologique datant d’il y a 73.000 ans et il porte sur l’une de ses faces un motif composé de neuf fines lignes entrecroisées.

«Vocation symbolique»

Comment savoir si elles ont été volontairement tracées par des humains? Et avec quoi? L’équipe a mené une série d’expériences en France, pour essayer de reproduire ces traits selon diverses techniques. Ils ont ensuite comparé leurs productions au dessin original grâce à des techniques d’analyses microscopique et chimique.

«Leurs résultats indiquent que les lignes ont été délibérément tracées avec un crayon d’ocre pointu, sur une surface préalablement lissée par frottement», souligne le CNRS. La pointe devait faire 1 à 3 millimètres de large.

Ce morceau de roche «faisait partie d’un objet plus grand, qui était peut-être une meule pour produire de la poudre d’ocre», selon Francesco d’Errico. «Le fragment est tout petit. C’est une performance d’avoir réussi à le faire parler».

À ses yeux, la découverte de ce dessin au crayon est d’autant plus «intéressante que dans ces mêmes couches archéologiques, l’équipe a déjà retrouvé des croisillons semblables gravés sur des morceaux d’ocre avec des pointes en pierre».

«C’est la première fois que l’on voit le même type de motifs reproduit sur des supports différents, avec des techniques différentes», souligne-t-il.

«Cela renforce l’idée que ces croisillons étaient vraiment quelque chose qui existait dans l’esprit de ces chasseurs-cueilleurs» et qu’ils n’étaient pas faits «par hasard». Ces signes avaient sans doute une «vocation symbolique», selon lui. «Mais très probablement, ils ne les considéraient pas comme une forme d’art».

Science

Une invasion d’algues rouges de 10 mois

Ça fait maintenant 10 mois qu’une invasion d’algues rouges ronge les côtes du sud de la Floride, tuant oiseaux et tortues marines, et rendant certaines plages carrément toxiques pour les humains.

Les algues rouges ou «marées rouges» — dangereuses pour la santé, à ne pas confondre avec les algues bleues-vertes — ne sont pas une rareté en Floride : des témoignages en font état dès le XVIIIe siècle, d’ordinaire à la fin de l’été ou au début de l’automne. Tout dépendant de la densité de ces formes de vie microscopiques, l’eau prendra une teinte plus ou moins rougeâtre. Mais une «invasion» qui est aussi longue pose des questions : est-ce voué à devenir plus fréquent ? Faut-il encore blâmer le réchauffement climatique, la pollution, ou les deux ?

Si on sait en effet que les éclosions d’algues bleues-vertes un peu partout dans le monde — des rivages des océans jusqu’à l’intérieur des lacs — sont causées par un mélange de températures plus chaudes et de nutriments déversés dans l’eau par nos engrais, les causes de ces éclosions d’algues rouges toxiques sont moins claires. Certains experts évoquent la possibilité que, à l’instar des invasions d’algues bleues, les algues rouges ne «durent» pas plus longtemps qu’avant, mais que leurs séjours soient plus intenses : un biologiste marin de l’Université de Miami interrogé par le New York Times affirme qu’elles sont «15 fois pires» qu’il y a 50 ans.

La côte du Pacifique en avait connu une, en 2015, qui avait couvert un territoire particulièrement étendu, du nord de la Californie jusqu’à la Colombie-Britannique — le fait qu’elle s’étende aussi loin au nord était d’ailleurs une autre rareté.

Chose certaine, le bilan sera élevé en Floride : les autorités locales recensent plus de 300 tortues marines dont le décès, depuis janvier, pourrait être attribué à l’ingestion de cette algue, et au moins 115 lamantins — un mammifère marin herbivore devenu emblématique de la Floride — contre 67 l’an dernier.