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Science

Coronavirus : pourquoi certains sont irresponsables et d’autres pas ?

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Tout récemment, c’est avec stupeur qu’on a vu un grand nombre de personnes ignorer les conseils des gouvernements de nombreux pays occidentaux, en envahissant les marchés, les parcs urbains, les parcs nationaux et les plages pour profiter du soleil.

À chacune de ses apparitions publiques, le premier ministre Justin Trudeau hausse le ton contre ces réfractaires à la distanciation sociale. À cela s’ajoute une autre menace de santé publique : les voyageurs canadiens qui ne s’isolent pas à leur retour au pays. «Certains ne semblent pas prendre nos recommandations au sérieux. C’est non seulement décevant, c’est dangereux», a-t-il dit.

La progression du Covid-19 a déclenché une mission de «responsabilisation » à grande échelle. Cela signifie que les dirigeants politiques, les spécialistes de la santé, des voisins, des êtres chers et même des vedettes nous ont demandé d’agir de façon responsable pour ralentir la propagation du virus et minimiser les effets préjudiciables de la pandémie.

Les comportements irresponsables et égoïstes observés dans le monde, de la Floride à Hong Kong, ont suscité beaucoup de colère. Pourquoi certaines personnes se soustraient-elles à leur responsabilité en cette période difficile ? Et d’une manière générale, peut-on compter sur les gens et s’attendre à ce qu’ils fassent des choix responsables ?

Je fais de la recherche sur la responsabilisation des consommateurs, ce qui veut dire que j’étudie la façon dont ils viennent à assumer (ou à rejeter) la responsabilité des conséquences de leurs actes. J’observe notamment l’effet des opinions culturellement prévalentes sur les problèmes sociaux, et les réactions émotionnelles à ces derniers, sur la responsabilisation des consommateurs, ainsi que la manière dont les consommateurs peuvent être motivés à accepter des responsabilités. Mon travail m’a donné l’idée d’observer les développements actuels du Covid-19 selon ce point de vue.

àAu Danemark, où je réside, la reine a lancé un cri du cœur à la nation, en soulignant que pour briser la chaîne de contamination, il faut «tous se comporter de façon raisonnable», et en déplorant que certains continuent à se comporter de façon irresponsable. On n’avait pas eu de tel discours de crise depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Comme beaucoup de gens, la reine Marguerite est préoccupée par les actes irréfléchis et irresponsables de certaines personnes.

Comportement irresponsable

La fête, le stockage de produits de première nécessité, les achats dictés par la panique et «la fuite» dans les zones rurales sont des comportements largement critiqués dans les médias et les réseaux sociaux. Ces exemples montrent certaines des difficultés auxquelles les gouvernements se heurtent en demandant au public de se montrer responsable.

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COVID-19 : censure contre la chloroquine ? Faux

DÉTECTEUR DE RUMEURS / Un médicament «prometteur» contre le coronavirus, déjà utilisé contre la malaria, est-il «censuré» comme l’ont prétendu plusieurs messages partagés sur les réseaux sociaux ? Le Détecteur de rumeurs a cherché à départager le vrai du faux.

L’origine de la rumeur

Il y a longtemps que les médecins connaissent la chloroquine (ou Nivaquinine). Dans la lutte contre la malaria, c’est un substitut à la quinine — le médicament utilisé depuis le XIXe siècle — qui a été commercialisé en 1949. Les médecins connaissent aussi l’hydroxychloroquine, un dérivé de la chloroquine, commercialisé en 1955. En plus d’être utilisés contre la malaria, on les utilise dans certaines circonstances contre l’arthrite rhumatoïde et le lupus.

Mais l’intérêt pour ces médicaments a soudain resurgi le 25 février avec une vidéo de l’infectiologue français Didier Raoult, où il faisait état «d’améliorations spectaculaires» chez des patients infectés par le nouveau coronavirus. Il ne fournissait toutefois aucune donnée à l’appui de ses dires. Le 16 mars, il récidivait avec une autre vidéo qui, depuis, a été vue plus d’un million de fois. Et de là, l’idée d’une prétendue censure de ces résultats «spectaculaires» a fait son chemin sur les réseaux sociaux.

Le président Trump a évoqué la chloroquine comme un «game-changer» le 17 mars dans sa conférence de presse quotidienne, affirmant même qu’elle avait été approuvée comme traitement anti-coronavirus par l’agence américaine des médicaments, la FDA (ce qui était faux). Il a récidivé dans les jours suivants, obligeant les directeurs de la FDA et de l’Institut national des maladies infectieuses à y aller de bémols : la preuve de l’efficacité de ces médicaments contre le coronavirus est loin d’être faite.

Les faits

Il est toutefois difficile de parler de censure: plusieurs études ont été réalisées ou sont en cours de réalisation, dans plusieurs pays. Par exemple, une étude chinoise avait déjà publié le 4 février des résultats préliminaires sur les effets, en éprouvette (in vitro), de sept médicaments, dont la chloroquine.

D’autres résultats préliminaires, positifs dans ce cas, sont parus le 18 mars, sur des tests également menés in vitro —uniquement avec l’hydroxychloroquine cette fois. Et ce n’est pas nouveau: depuis près de 15 ans, plusieurs études ont laissé entrevoir une certaine efficacité de la chloroquine comme médicament antiviral, comme celle-ci parue dans The Lancet en 2006.

Pas étonnant qu’il y ait en ce moment une vingtaine d’études annoncées ou en cours en Chine sur la chloroquine, selon le site chinois qui catalogue les essais cliniques, c’est-à-dire les tests menés cette fois sur des humains. Le site Clinical Trials recense pour sa part 5 essais cliniques avec les mots-clefs « chloroquine » et « coronavirus », dont un, en France, en phase de recrutement de ses « cobayes » depuis le 18 mars: il vise à terme 1000 participants et des résultats préliminaires pourraient être publiés en janvier 2021. Le 22 mars, un 6e essai clinique était annoncé, européen celui-là, visant 3200 patients, dont 800 en France.  

Dans le contexte d’une pandémie causée par un nouveau virus, il est normal, rappellent les médias spécialisés, que des laboratoires testent tout produit disponible ayant déjà démontré, in vitro, une certaine activité antivirale. Dans une analyse provisoire publiée dimanche, des scientifiques identifiaient, sur la base de ce qu’ils connaissent à présent de la génétique du nouveau virus, pas moins de 69 produits qui mériteraient de faire l’objet d’études dans les prochaines semaines.

Ce n’est donc pas seulement la chloroquine qui est en piste. Selon le magazine Stat News, d’autres études sont en cours, en Chine et ailleurs, sur d’autres médicaments antiviraux. Par exemple, le remdésivir, pour lequel la compagnie Gilead est en phase de recrutement de 1000 «cobayes». Deux autres essais cliniques avec le remdésivir, déjà en cours, pourraient produire des résultats préliminaires dès avril. Ce médicament avait été testé en 2012-2013 contre l’Ebola, avec une efficacité mitigée.

De plus, Stat News recense au moins quatre autres tests réalisés à partir d’anticorps prélevés sur des patients guéris de la Covid-19, et au moins 10 vaccins qui en sont aux premières étapes des tests in vitro ou sur des animaux.

L’Organisation mondiale de la santé annonçait en parallèle le lancement d’un essai clinique de plus grande ampleur autour de quatre produits ou combinaisons de produits parmi les plus prometteurs — remdésivir, chloroquine et hydroxychloroquine, lopinavir et ritonavir, et ces deux derniers combinés à de l’interféron-bêta.

Pourquoi ça prend du temps

Tests in vitro, tests sur des animaux, puis sur quelques centaines, voire quelques milliers d’humains… Toutes ces étapes ont pour but de s’assurer qu’un médicament est non seulement efficace, mais qu’il ne présente pas d’effets secondaires (« test d’inocuité »). Très souvent, un médicament qui était très prometteur in vitro ou sur des souris, se révèle inefficace chez l’humain, ou même dangereux.

C’est dans ce contexte que l’étude qu’avait annoncée Didier Raoult comme «spectaculaire» et qui a finalement été publiée le 18 mars, suscite des réserves: comme elle ne porte que sur 26 personnes, et qu’elle ne fournit des données que sur les 20 dont l’état s’est amélioré, c’est insuffisant pour tirer des conclusions (trois des six autres patients ont été transférés aux soins intensifs et un autre est décédé).

Quant aux 20 analysés, les données sur leur charge virale sont incohérentes d’un jour à l’autre, notent les experts qui l’ont analysée sur le forum spécialisé PubPeer.

L’avantage de la chloroquine et de l’hydroxychloroquine, c’est qu'elles ont plus de 60 ans d’histoire, ce qui veut dire que leurs effets secondaires sont déjà bien documentés (par exemple, chez les gens souffrant de problèmes cardiaques). Mais c’est en même temps la connaissance de ces risques qui suscite l’inquiétude de plusieurs médecins témoins de l’engouement actuel.

Le risque d’aller trop vite

Deux risques supplémentaires ont été mis en évidence aux États-Unis cette semaine: lundi, un reportage du réseau NBC révélait qu’un homme en Arizona serait décédé des suites de l’ingestion de phosphate de chloroquine, un ingrédient utilisé pour désinfecter les aquariums.

Par ailleurs, des pharmacies sont déjà en manque de chloroquine et d'hydroxychloroquine, achetées en trop grande quantité par des gens qui ne sont pas infectés par le coronavirus. Avec pour résultat que des malades qui en ont vraiment besoin, par exemple des gens atteints de lupus, commencent à avoir du mal à s’en procurer.

Verdict

Il n’y a ni censure ni complot pour empêcher des recherches sur l’efficacité de la chloroquine. Celle-ci figure parmi des dizaines de produits dont l’efficacité est actuellement testée contre la Covid-19, et il est trop tôt pour conclure que ce médicament est plus ou moins prometteur que les autres.

Science

5 mythes sur la Covid-19 et la distanciation sociale

DÉTECTEUR DE RUMEURS / Le concept de distanciation sociale, cette pratique recommandée par les autorités de la santé pour ralentir la propagation d’une maladie contagieuse, est-il bien compris ? Le Détecteur de rumeurs a repéré 5 mythes.

1. La distanciation sociale ne s’applique qu’aux aînés et aux personnes à risque ? Faux

L’objectif est certes de protéger les personnes les plus vulnérables, en ralentissant la transmission du virus, mais tout le monde peut être infecté et donc, transmettre le virus. C’est en s’éloignant des endroits populeux (surtout intérieurs) qu’on contribue au ralentissement de la propagation, en réduisant les contacts, en évitant les personnes qui toussent, et en se mettant en quarantaine complète si on a des symptômes. Toutes ces mesures aident à aplanir la fameuse courbe du nombre de nouveaux cas quotidiens.

2. Si on pratique assez la distanciation sociale, on en verra immédiatement les résultats ? Faux

La distanciation sociale est aussi encouragée pour ne pas encombrer le système de santé. En Chine, les mesures radicales qui ont été prises pendant près de deux mois pour que les gens s’isolent, viennent à peine de commencer à être allégées. Là-bas, même avec ces restrictions sévères, les admissions dans les hôpitaux et aux soins intensifs avaient continué de croître pendant des semaines. La raison étant que la contagion, quoi qu’on fasse, circule d’ores et déjà et qu’il peut s’écouler des semaines avant qu’une personne, infectée sans le savoir, devienne malade au point d’avoir besoin de soins.

3. La distanciation sociale pendant un peu plus d’un mois pourrait arrêter l’épidémie de façon permanente? On ne sait pas

S’il est vrai que des mesures de distanciation sociale efficaces contribuent à faire décliner le virus dans une ville ou une région, il reste présent. L’histoire des quarantaines démontre que quand la distanciation sociale fonctionne, les cas d’infection diminuent, mais que quand les mesures sont allégées, ils peuvent ressurgir en grand nombre. Ceci laisse croire que cette pratique doive être mise en place sur une longue période de temps.

4. Seules les personnes testées positives pour le Covid-19 devraient s’isoler ? Faux

Aux États-Unis, le nombre de tests de dépistage est de très loin insuffisant. Au Québec, certains se demandent s’il est suffisant. Avec la saison plus chaude qui approche et la diminution du nombre de personnes ayant des grippes ou des rhumes, il sera plus facile de détecter le Covid-19 chez les personnes ayant des infections respiratoires. C’est pourquoi en attendant, on conseille aux gens, particulièrement ceux qui sont malades, de rester chez eux le plus possible.

5. Toute interaction humaine doit être stoppée ? Faux

«Distanciation physique» serait probablement un terme plus approprié que «distanciation sociale», parce que l’objectif est la séparation physique des individus, pas celle qui est émotive, expliquent dans le USA Today Marc Lipsitch et Joseph Allen, respectivement professeur en épidémiologie et directeur du programme Healthy Buildings, tous deux à l’École de santé publique de l’Université Harvard.
Cela signifie qu’il faut impérativement arrêter de faire des courses qui ne sont pas urgentes, ainsi que des sorties dans des bars ou des restaurants. Mais ça ne veut pas dire de mettre fin aux conversations avec le voisin dans la rue ou de cesser son jogging avec un ami. «Distanciation physique» peut, par exemple, vouloir dire de remplacer des visites à domicile par le téléphone ou par les médias sociaux. Il faut garder un minimum de fonctionnement sociétal, et préserver notre santé mentale et physique.

Marc Lipsitch et Joseph Allen ont tous deux inspiré ces mythes.

Science

COVID-19 et fausses nouvelles : «c’est pire cette fois-ci», dit Rémi Quirion

On voit parfois (à tort) les scientifiques comme des gens reclus qui vivent dans leurs laboratoires. Rémi Quirion a beau être Scientifique en chef du Québec, il est tout sauf discret en ce temps de pandémie de COVID-19. Lui et son équipe multiplient les interventions sur la place publique et les réseaux sociaux — et ce n’est que la partie la plus visible de l’«iceberg». Le Soleil a pu s’entretenir avec lui vendredi pour faire le point.

Le Soleil Un «scientifique en chef», ça fait quoi pendant une épidémie ?

Rémi Quirion C’est sûr qu’on est plus sur la ligne de feu que d’habitude. On est là pour aider les décideurs politiques à prendre les meilleures décisions possibles, éclairées par les meilleures données disponibles. Alors j’ai eu plus de contact avec le bureau du premier ministre au cours des dernières semaines que dans les 5 ou 6 dernières années ! Et c’est un travail 24 heures sur 24, ça va très vite.

LS À en juger par votre présence constante sur les réseaux sociaux, conseiller les politiciens n’est pas la seule tâche que vous et votre équipe devez accomplir. Est-ce que la lutte aux fausses rumeurs s’est imposée d’elle-même ?

RQ Ça fait un petit bout de temps qu’on est là-dedans à travers différents programmes qui visent à valoriser les données probantes, alors ce n’est que la continuité de ce qu’on faisait déjà. Et il y en a eu beaucoup, des fausses nouvelles, au sujet de la COVID-19 : il y en a qui disent que le virus a été fabriqué en laboratoire, d’autres qui disent que c’est pour nuire à Donald Trump, etc. Il y a tellement d’information qui circule que même nous, les scientifiques, avons du mal à nous y retrouver. Mais en se basant sur des sites sérieux, comme celui des National Insitutes of Health aux États-Unis et d’autres ailleurs dans le monde dont on sait qu’ils ne publient des choses qu’après les avoir vérifiées et contre-vérifiées, on y parvient.

Et je pense aussi que c’est important de ne pas donner de faux espoirs aux gens. Il y a plein de «nouvelles» qui circulent au sujet de traitements et de vaccins. Tant mieux si on en trouve, mais il ne faut pas créer de fausses attentes.

LS Si on compare à d’autres éclosions du même genre, comme le SRAS en 2002 et la grippe A(H1N1) en 2009-2010, diriez-vous que le phénomène des fausses nouvelles a une ampleur semblable ou est-ce pire cette fois-ci ?

RQ Je pense que c’est pire parce qu’il y a beaucoup plus de capacité du côté des réseaux sociaux. Ça s’est développé énormément depuis 15 ans, depuis les épidémies de SRAS et de A(H1N1), ce qui fait que l’information circule plus rapidement, tant la bonne que la mauvaise. Et la mauvaise va souvent prendre le dessus sur la bonne. Alors il faut essayer d’être encore plus présent qu’avant. Et il me semble à ce propos que, ces dernières semaines, les scientifiques québécois ont justement été plus présents sur la place publique qu’à l’habitude.

LS On entend beaucoup parler de possibles avancées, traitements et vaccins qui sont développés au Québec, mais le fait est que de nombreux autres laboratoires (et excellents) y travaillent aussi partout dans le monde. Alors est-ce que ce qui se passe ici est vraiment plus que, pour ainsi dire, une goutte d’eau dans un océan de recherche ?

RQ Je pense qu’on joue un rôle relativement important. On a des experts comme Gary Kobinger, directeur du Centre de recherche en infectiologie de l’Université Laval, qui est à peu près partout, sur de grands comités internationaux. Et on a aussi des compagnies privées qui font parler d’elles.

Mais ce que je trouve particulièrement intéressant, c’est que notre communauté de chercheurs a un accès plus facile aux données probantes. C’est parti de Chine et tout le monde met maintenant en commun ses données, ses séquençages génétiques du virus, etc. Le réflexe traditionnel en recherche a toujours été de garder ses données pour soi-même dans le but d’avoir une publication dans une revue médicale prestigieuses. Mais là, on voit de plus en plus de sites de partage de données entre chercheurs, et on a une belle présence québécoise de ce côté-là. Ce n’est pas l’équivalent des États-Unis, c’est sûr, mais c’est bien quand même.

Il faut espérer, maintenant, que ça va se poursuivre et qu’on ne répétera pas les mêmes erreurs qu’avant. Dans le cas du SRAS, par exemple, une fois l’urgence passée, on avait un peu abandonné la mise en des données et on était revenu aux anciennes habitudes, avec moins de partage. On peut espérer, cette fois-ci, que le partage va se poursuivre. En tout cas, il me semble que c’est plus dans l’air du temps.

* Certains passages de l’entrevue ont été légèrement modifiés pour des raisons de clarté et de concision.

Science

Chloroquine, hydroxychloroquine et Covid-19: où en est-on ?

PARIS - Études, essais, usages: que sait-on de la chloroquine et son dérivé l’hydroxychloroquine, actuellement expérimentées, aux côtés d’autres molécules, dans plusieurs pays contre le Covid-19 ?

Qu’est-ce que c’est ?

C’est un antipaludique prescrit depuis plusieurs décennies contre le paludisme, un parasite véhiculé par le moustique. La chloroquine est connue sous plusieurs noms commerciaux, selon les pays et les laboratoires qui les fabriquent: Nivaquine ou Resochin par exemple.

Il existe un dérivé, l’hydroxychloroquine, mieux toléré, connu en France sous le nom de Plaquenil, utilisé contre le lupus ou la polyarthrite rhumatoïde.

Les effets secondaires sont nombreux : nausées, vomissements, éruptions cutanées, mais aussi atteintes ophtalmologiques, troubles cardiaques, neurologiques... Un surdosage de chloroquine peut être particulièrement dangereux voire mortel.

Pourquoi suscitent-elles de l’espoir ?

Dans l’attente d’un hypothétique vaccin, qui pourrait être disponible dans un an voire davantage, de très nombreuses équipes scientifiques testent plusieurs médicaments existants et combinaisons de médicaments pour tenter de trouver au plus vite un traitement.

Par rapport à d’autres molécules, la chloroquine et l’hydroxychloroquine ont l’avantage d’être déjà disponibles, bon marché et bien connues, d’où l’intérêt particulier qu’elles suscitent.

Avant même l’épidémie actuelle de SARS-CoV-2, les propriétés antivirales de la chloroquine ont fait l’objet d’une multitude d’études, in vitro ou sur des animaux et sur différents virus, avec des résultats contrastés.

«Il est connu depuis bien longtemps que la chloroquine (C) et son dérivé l’hydroxychloroquine (HC) inhibent in vitro la réplication» de certains virus, rappelle Marc Lecuit, chercheur en biologie des infections à l’institut Pasteur.

Et donc, «il a été montré il y a quelques semaines que, comme attendu, la C et l’HC ont une activité antivirale sur le SARS-CoV-2 in vitro» poursuit-il.

Mais «cela n’implique pas nécessairement cependant que ces drogues ont une activité antivirale in vivo chez l’être humain», poursuit-il, rappelant qu’il «y a eu en effet moult essais décevants, concernant le virus de la dengue (pas de bénéfice) ou du chikungunya (effet délétère)» (la molécule «aide» le virus à se développer).

D’où la prudence à laquelle appellent de nombreux scientifiques ainsi que l’Organisation mondiale de la Santé ou les autorités sanitaires françaises ou américaines, qui lancent des essais cliniques encadrés, à grande échelle pour déterminer si la chloroquine - mais aussi d’autres molécules - a effectivement une efficacité sur le Covid et que son usage est sûr, avant de le généraliser.

Pourquoi fait-elle polémique ?

Deux publications, une chinoise et une française, font part de résultats positifs avec des essais cliniques, c’est-à-dire sur de vrais patients atteints du Covid.

Mais de nombreux scientifiques et l’OMS en pointent les limites, notamment parce qu’elles portent sur trop peu de patients et qu’elles n’ont pas été menées selon les protocoles scientifiques standards (tirage au sort des patients, médecins et patients ignorant qui reçoit le traitement, résultats publiés dans une revue scientifique à comité de lecture indépendant etc...).

Les essais chinois ont porté sur une centaine de personnes dans différents hôpitaux et concluaient à des effets positifs de la chloroquine.

En France, une vingtaine de patients ont reçu de l’hydroxychloroquine et, pour certains, en plus, l’antibiotique azithromycine.

«Malgré la petite taille de l’échantillon, notre étude montre que le traitement à l’hydroxychloroquine est associée, de façon significative, à une diminution/disparition de la charge virale (...) et ses effets sont renforcés par l’azithromycine», selon l’étude co-signée par le Pr Didier Raoult, de l’Institut Hospitalo-Universitaire (IHU) Méditerranée infection.

Preuve de la complexité du sujet, une autre étude clinique chinoise -parue le 6 mars- n’a en revanche pas constaté d’efficacité particulière sur 30 malades.

«Il n’y a pas d’étude qui montre quoi que ce soit quant à l’efficacité in vivo», résume Christophe D’Enfert, directeur scientifique de l’Institut Pasteur.

«Ces interrogations ne veulent absolument pas dire que l’HC n’a pas d’intérêt dans le traitement du Covid», mais «pour le savoir, il faut l’évaluer scientifiquement en suivant la méthodologie des essais cliniques», selon Marc Lecuit.

Il y a donc d’un côté certains médecins, certains pays, mais aussi des élus qui appellent à administrer largement de l’hydroxychloroquine au nom de l’urgence sanitaire.

De l’autre, une partie de la communauté scientifique et des organisations sanitaires qui appellent à attendre des résultats validés selon la stricte orthodoxie scientifique avant de généraliser le traitement.

Qui l’utilise contre le Covid-19?

Compte tenu de l’explosion de demandes de chloroquine et d’hydroxycholoroquine depuis plusieurs semaines, on peut supposer que des médecins dans le monde entier ont pu en prescrire, en leur âme et conscience, à des patients atteints du Covid ou espérant ainsi s’en protéger.

Le Pr Raoult a promis quant à lui publiquement de distribuer une combinaison d’hydroxycholoroquine et d’azythromicine à «tous les patients infectés».

Plusieurs pays autorisent son usage contre le Covid, mais reste à savoir dans quel cadre.

Par exemple, en France, l’hydroxychloroquine (mais aussi des antiviraux lopinavir/ritonavir) est autorisée à titre dérogatoire à l’hôpital, sous la responsabilité des médecins et seulement pour les cas graves de Covid-19.

Quant au Maroc, il a appelé les centres hospitaliers et directeurs régionaux de la Santé à «l’introduction» de chloroquine et d’hydroxychloroquine pour les «cas confirmés».

Pour ce qui est des essais cliniques, un essai européen baptisé Discovery a été lancé dans plusieurs pays dont la France, pour tester quatre traitements, dont l’hydroxycholoroquine, sur 3.200 patients sont 800 cas graves en France.

Des résultats sont attendus dans les prochaines semaines.

Aux États-Unis, la FDA, qui supervise la commercialisation des médicaments, a annoncé «un essai clinique étendu».

L’OMS a aussi lancé un vaste essai clinique international.

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Les conséquences qu'il y a à «aplanir la courbe»

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Je vous écris pour mentionner un point relié à la pandémie causée par la covid-19 sur lequel il me semble important de présenter au public certaines nuances. On parle beaucoup dans les médias du besoin d’«aplanir la courbe» pour ne pas surcharger les systèmes de santé. Or je pense qu’il est important d’informer la population sur certains effets  à long terme de cette mesure.

Je suis certain, comme le mentionnent la plupart des articles de presse à cet égard, qu’à court terme dans les 12 prochains mois il y aura moins de pression sur le système de santé. Cependant, je me demande si cette mesure va réduire à moyen terme le nombre de personnes qui attraperont cette maladie et donc le nombre de personne qui seront hospitalisées.  L’information que j’ai recueillie des autorités gouvernementales ne suggère pas qu’il y ait une réduction à moyen et à long terme de ces deux nombres.  Elles parlent de ralentir l’éclosion de la maladie et de permettre aux système de santé d’absorber plus facilement au fil du temps la demande de soins hospitaliers.

Une des conséquences de ce type de réponse pourrait être la suivante. Plus on aplanit la courbe, plus les mesures en place pour réduire les contacts entre personnes devront s’étirer dans le temps, et plus le retour aux échanges économiques d’avant l’arrivée de l’épidémie sera retardé. Il y aura donc un risque accru d’y avoir des faillites, et ce retour sera rendu plus difficile. Ce serait le prix à payer pour le sauvetage de vies rendu possible par le ralentissement de l’éclosion de la maladie.

Si par contre, on réussit de réduire le nombre de personnes qui pourraient attraper la maladie, cela pourrait impliquer à long terme plus de vie sauvées et des gains économiques. Ce sont-là des aspects qu’il me semble importants de préciser.

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Coronavirus : il faut cesser de se toucher le visage. Voici comment

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Les responsables de la santé publique encouragent fortement les gens à se laver les mains pour se protéger contre le nouveau coronavirus. Cependant, ce virus peut survivre sur le métal et le plastique pendant plusieurs jours, de sorte que le simple fait d’ajuster ses lunettes avec des mains non lavées peut suffire à s’infecter.

C’est pourquoi les Centres de contrôle et de prévention des maladies et l’Organisation mondiale de la santé ont demandé à tout le monde d’éviter de se toucher le visage.

Nous sommes des spécialistes des sciences psychologiques et de la santé publique. Brian Labus, expert en maladies transmissibles, sait ce qu’il faut faire pour éviter les infections. Stephen Benning, psychologue clinicien, aide ses patients à changer leurs habitudes et à gérer leur stress de manière saine. Kimberly Barchard, spécialiste en méthodes de recherche, a voulu savoir ce que disent les études sur le toucher du visage. Nous avons utilisé notre expertise clinique et la littérature scientifique pour déterminer quelles sont les bonnes pratiques pour réduire les contacts avec le visage et diminuer ainsi les risques d’attraper la COVID-19.

Les gens portent souvent leurs mains au visage. On s’essuie les yeux, se gratte le nez, se ronge les ongles et joue avec sa moustache. On a tendance à se toucher davantage le visage lorsqu’on est anxieux, gêné ou stressé, mais on le fait aussi quand on ne ressent rien de particulier. Des études montrent que les étudiants, les employés de bureau, le personnel médical et les passagers des trains se touchent le visage en moyenne de 9 à 23 fois par heure.

Pourquoi est-ce si dur de s’empêcher de le faire ? Le toucher du visage nous satisfait en apaisant des désagréments momentanés comme des démangeaisons ou des tensions musculaires. Ces inconforts disparaissent généralement en une minute, mais on obtient un soulagement immédiat en se touchant le visage, ce qui en fait une habitude dont il est difficile de se défaire.

Science

Covid-19 : les tests, vecteurs de désinformation

DÉTECTEUR DE RUMEURS / Alors que l’épidémie devient pandémie, les canulars et fausses nouvelles semblent, à travers le monde, avoir trouvé un point d’ancrage commun: les tests de dépistage du Covid-19. Faut-il payer si on n’est pas assuré ? Qui y a droit ?

Au cours de la dernière semaine, le volume de faussetés autour de ce sujet a attiré l’attention des journalistes vérificateurs de faits qui font partie de l’alliance #CoronaVirusFacts. En Pologne par exemple, le site Demagog a dû déboulonner un message Facebook émis par nul autre qu’un candidat aux élections présidentielles, affirmant qu’une personne sans assurance-maladie devrait payer 500 PLN (environ 180$ CAN). C’est faux: le test sera gratuit pour tous. Une fausse information similaire circule au Japon, vérifiée par BuzzFeed —une série de tweets affirmaient que le gouvernement ne paierait que pour les tests positifs et que les autres citoyens recevraient une facture de 80 000 yens (plus de 1000$).

Même scénario aux États-Unis, où PolitiFact s’est attaqué à cette rumeur dès le 4 mars — là-bas, la «facture» dépasserait, prétendait-on, les 3000$. Enfin, des vérificateurs au Brésil et en Espagne ont dû corriger la même rumeur.

Interrogé par l’IFCN quant au pourquoi de ces rumeurs répétitives, le bioéthicien Arthur Caplan, de l’Université de New York, suggère que le manque d’informations fiables joue un rôle, en donnant aux faussetés davantage d’oxygène. Or, sachant combien une rumeur démarrée aux États-Unis peut facilement être reprise ailleurs, le manque d’informations fiables aux États-Unis devient un problème global: «je regrette de le dire, mais nous n’avons pas de bonnes données publiques sur les tests pour le Covid-19 aux États-Unis et l’administration ne fait pas ce qu’elle doit».
C’est ce que notait FactCheck.org la semaine dernière, en pointant que le 6 mars, le président Trump avait affirmé que «quiconque veut un test peut avoir un test», ce qui, quatre jours plus tard, était encore faux.

L’impact de telles fausses informations est plus grand sur les populations les plus vulnérables — les immigrants, les minorités, même les femmes dans certains pays. Mais à long terme, poursuit Arthur Caplan, cette forme de désinformation a un impact négatif sur les politiques autour du coronavirus et sur la façon dont elles sont appliquées: plus un citoyen reçoit (et accepte) de l’information de mauvaise qualité, et plus il fait partie de ceux qui sont susceptibles d’en recevoir encore plus.

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Pour en finir avec la «covid-19 de laboratoire»

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Que penser de l’information qui circule actuellement voulant que ce sont des chercheurs français et chinois qui auraient créé le virus de la covid-19 il y a quelques années et qui auraient déposé le brevet suivant : http://bit.ly/2Uj2ls5. Pour ma part, je crois qu’il s’agit d’une fake news, mais n’ai pas les arguments nécessaires pour démentir cette information auprès de mes proches», demande Violette Tardif, de Québec.

Il s’agit effectivement d’une fake news de calibre olympique qui circule sous une forme ou sous une autre depuis des semaines, et ce en plusieurs langues et dans bien des pays parce que pour peu qu’on y mette un brin d’imagination, on peut trouver beaucoup de brevets qui «prouveraient» que la covid-19 aurait été créée en laboratoire. Par exemple, une vidéo YouTube fort populaire ces jours-ci prétend que l’«invention» serait l’œuvre de l’Institut Pasteur en France, et elle appuie sa thèse sur un brevet uniquement français. Dans la version que me soumet Mme Tardif, c’est à la fois en France et en Chine que le fameux coronavirus aurait été fabriqué. Et j’ai aussi vu passer une autre version invoquant un brevet uniquement américain, qu’un parano (particulièrement malpoli, d’ailleurs) a mis sur ma page Facebook il y a quelques semaines.

Tous ces brevets ont un point en commun, qui fait s’écrouler les échafaudages intellectuels que sont ces thèses conspirationnistes : ils concernent tous le coronavirus apparu en 2002-03 et responsable du SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère), et pas du tout celui qui cause la covid-19.

Quand on les lit attentivement, on se rend aussi compte que ce qui est breveté n’a rien à voir avec la «création» d’un nouveau pathogène. Ainsi, celui que m’envoie Mme Tardif indique : «La présente invention est relative [au SRAS], à des molécules d'acide nucléique issues de son génome, aux protéines et peptides codés par lesdites molécules d'acide nucléique ainsi qu'à leurs applications, notamment en tant que réactifs de diagnostic et/ou comme vaccin» (mes soulignements). Le brevet américain, qui date de 2007, ne fait aucune mention d’un pathogène qui aurait été «mis au point», mais parle plutôt d’«un coronavirus humain nouvellement isolé a été identifié comme la cause du SRAS». Ces documents-là traitent explicitement de la découverte d’un virus, pas d’une fabrication, et leurs auteurs ne font que revendiquer la propriété intellectuelle d’une partie de son génome et des protéines associées.

Oui mais, me répondront sans doute certains conspirationnistes, le SRAS de 2002 est justement un proche parent du coronavirus actuel. Leurs noms officiels sont même «SRAS-cov» (pour le SRAS) et «SRAS-cov2» (pour la covid-19). C’est la pure vérité, certes, mais cela ne veut pas dire que ces brevets concernent les deux à la fois : ils portent explicitement et uniquement sur le SRAS.

Maintenant, pourquoi y a-t-il eu tant de ces brevets (ou demandes de) ? Au début des années 2000, quand le SRAS est apparu, infectant 8000 personnes et fauchant près de 800 d’entre elles, les règles entourant les brevets n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui et il n’était pas clair si le séquençage d’un gène constituait une «invention» brevetable ou non. Bien qu’il y eut un bon niveau de coopération internationale dans la recherche sur le SRAS, on assista néanmoins à une sorte de «course» pour breveter ses gènes. Cela se faisait aussi à propos d’autres microbes par ailleurs, et un débat faisait déjà rage sur ce qui était brevetable ou non. Être le premier à séquencer un gène confère-t-il la propriété intellectuelle de ce gène ? Est-il dans l’intérêt public que chaque vaccin et test diagnostique fabriqué par la suite à partir de ce gène/protéine doive verser un sorte de «droit d’auteur» à ses découvreurs ? Et de toute manière, s’agit-il vraiment d’une «invention» ou est-ce que la simple découverte de ce qui existait déjà n’est juste pas brevetable ?

Dès le départ, des experts comme le juriste australien Matthew Rimmer ont dénoncé cette situation comme nuisant à l’accès aux soins et à l’avancement de la recherche, qui demande une bonne coopération. En outre, écrivait M. Rimmer en 2004 dans le Melbourne Journal of International Law, l’application et la défense de brevet consomment beaucoup de ressources pour des institutions de recherche. La plupart des pays ont modifié leurs lois sur le brevetage dans les années qui ont suivi.

Pour en revenir à la covid-19 elle-même, mentionnons enfin qu’une étude parue la semaine dernière dans Nature – Medicine a qualifié d’«improbable» l’idée qu’il soit issu de manipulations faites en laboratoire. Ces virus ont des protéines à leur surface qui servent à «s’accrocher» à nos cellules pulmonaires pour les infecter ; or à ce jeu, celles de covid-19 sont «bonnes, mais sans plus», a vulgarisé un des auteurs sur son compte Twitter. On en connaît de bien meilleures, alors des savants voulant fabriquer un virus «efficace» pour nous rendre malades auraient assurément fait un autre choix.

En outre, une conception en labo serait partie d’un «modèle de base», un «virus de départ» qui aurait ensuite été modifié, si bien que diverses parties de son génome seraient identiques au «modèle». Mais l’étude de Nature – Medicine conclut à cet égard que «les données génétiques montrent de manière irréfutable que SRAS-cov2 n’a pas été fabriqué à partir d’aucun modèle viral précédemment utilisé». Les auteurs estiment, comme pratiquement toute la communauté scientifique d’ailleurs, que l’on a affaire à un virus qui était présent dans un réservoir animal (sans doute la chauve-souris) et qui aurait fait le saut vers l’espèce humaine récemment, mais ils disent ignorer si le virus a muté chez l’animal avant de passer à l’humain ou s’il fait le saut d’abord et s’est adapté par la suite.

Dans tous les cas, il faudrait en finir avec ces histoires de fabrication en labo, qui ne collent pas du tout à la réalité.

Science

Le «vrai» nombre de gens infectés par le coronavirus

BLOGUE / C'est la question à 1000 $ par les temps qui courent : combien y a-t-il réellement de personnes infectées par le coronavirus ? Pour vrai, là, pas seulement ce que disent les statistiques officielles, car il est absolument certain que c'est pas mal plus que les quelque 153 000 «cas confirmés en laboratoire» de l'OMS. Mais par combien, au juste ? Est-ce cinq fois plus que le nombre «officiel» ? Ou 10 fois plus ? Ou davantage encore ? Écoutez, un texte qui circule abondamment ces jours-ci sur le web avance même le chiffre atterrant de 27 fois plus !

La vérité, c'est qu'on n'en sait encore rien de manière définitive. On ne sera pas vraiment fixé avant d'avoir complété des études «sérologiques», qui regardent la présence ou non d'anticorps dans le sang d'un grand nombre de personnes. Mais des travaux comme ça prennent pas mal de temps à réaliser alors, en attendant, on en est réduit à se contenter d'estimés, de modèles mathématiques, parfois même de vulgaires règles de trois. Les résultats sont très variables et, comme c'est à peu près toujours le cas dans de ce genre de situation, ce sont les chiffres les plus spectaculaires — mais pas forcément les plus solides — qui ont le plus grand retentissement sur le web. Malheureusement...

Le plus bel exemple est sans doute ce texte qui est paru sur le site Medium la semaine dernière et qui a connu un succès littéralement planétaire, ayant été traduit dans 26 langues et comptant plus de 28 millions de «visites» (views) — sans compter d'innombrables mentions dans des médias, blogues et sites du monde entier. Une de ses principales conclusions, c'est que la véritable ampleur de l'épidémie, en termes de nombre de personnes infectées, serait 27 fois plus grande que ce que montrent les chiffres «officiels». Vingt-sept fois !

Son auteur, un certain Tomas Pueyo, a manifestement fait un sérieux effort de documentation et, de toute évidence, il sait jouer avec les chiffres. Le hic, c'est que ses compétences en la matière s'arrêtent là : il maîtrise les maths (ayant deux diplômes en génie) et il a fait beaucoup de lecture sur internet. Pour le reste, il ne connait pas particulièrement bien l'épidémiologie et ses conclusions diffèrent fortement d'analyses menées par des vrais experts — mais qui ne sont jamais devenues virales, j'y reviens tout de suite.

Son texte est un peu confus, au sens où il présente plusieurs approches différentes pour estimer le nombre réel de cas, et qu'il lance beaucoup de chiffres différents sans toujours expliquer quel chiffre a été obtenu avec quelle méthode. Mais en ce qui concerne le «fois 27», c'est assez clair. M. Pueyo est parti du cas de la ville de Wuhan, là où se trouvait le fameux marché public où sont apparus les premiers cas d'infection. Il a pris le 23 janvier (quand elle fut placée en quarantaine) comme date butoir, puis il a comparé deux stats : le nombre total de cas qui avaient été diagnostiqués avant le 23 janvier (444 cas) et le nombre de cas dont la date estimée d'infection était avant le 23 janvier (environ 12 000). Cela signifie donc qu'au 22 janvier, la Chine avait identifié 444 malades à Wuhan alors qu'en réalité, il y en avait 27 fois plus.

C'est une manière habile de procéder, qui ne méritait sans doute pas d'être qualifiée de «ramassis d'âneries» comme certains l'ont fait. Mais le problème est qu'elle ne sort pas des chiffres de cas confirmés, elle ne fait que comparer les cas confirmés comptés de deux façons différentes. D'une part, ce n'est pas ça qui nous intéresse, c'est le nombre réel qu'on veut savoir. D'autre part, c'est une méthode qui peut être biaisée pour la peine si l'effort de dépistage n'est pas constant — or justement la Chine a accru ses efforts avec le temps, ce qui a logiquement gonflé les résultats de M. Pueyo. Et puis celui-ci laisse entendre que son multiplicateur est applicable au reste de la planète, ce qui est très contestable parce que les mesures de surveillance varient d'un pays à l'autre (ce qu'il admet aussi par ailleurs).

Mais quoi qu'il en soit, si ce n'est pas 27 fois plus, alors c'est quoi ? Si je devais faire mes propres calculs de coin de table (et le reste de ce paragraphe n'est rien de plus que ça, je le souligne), je comparerais simplement le taux d'infections bénignes avec le taux d'infections graves/critiques. D'après des chiffres de la Santé publique chinoise, 81 % des gens atteints ne feraient pas grand-chose de plus qu'une grippe sans complication particulière (ni de raison d'aller consulter), mais la maladie dégénèrerait en pneumonie sévère dans 14 % des cas et mènerait le 5 % restant aux soins intensifs. C'est assez grossier, mais ça nous donne déjà ce que nos voisins du sud appellent un ballpark estimate : on peut raisonnablement supposer que la plupart des gens faisant une pneumonie sévère (ou pire) vont au moins consulter un médecin, et que ces cas-là ont une chance relativement mince de passer inaperçus. Il y en a certainement là-dedans qui échappent malgré tout aux statistiques de santé publique, mais a priori le nombre réel de malades ne devrait pas, en principe, être énormément plus élevé que ça : 20 % de cas graves, ça laisse entrevoir un taux de détection qui doit tourner autour de 1 sur 5.

Pour avoir un taux de 1 sur 27, il faudrait que la majorité des gens dans un état grave ou critique décident de ne pas aller voir de médecin et de se soigner tout seul chez eux. Cela ne me semble pas très vraisemblable.

Dans ce que j'ai pu trouver, il y a deux études sérieuses sur cette question qui ont été faites par de vrais épidémiologistes avec de vrais et solides modèles — et non des calculs de coin de table. L'une est disponible depuis ce matin sur le site de Science et elle estime qu'à Wuhan avant la quarantaine du 23 janvier, 1 cas sur 7 a été «documenté» et que les autres sont passés inaperçus. Ce ratio peut varier selon le degré de surveillance, mais de manière générale, ce serait un «scénario du pire» puisque pratiquement tous les gouvernements du monde sont en alerte depuis des semaines, voire des mois.

L'autre est disponible sur merRxiv, qui est un site de prépublication où des articles paraissent sans passer par la révision par les pairs. Ses résultats sont donc à prendre avec un certain grain de sel, mais mentionnons qu'une équipe de statisticiens l'a revue et jugée solide. Cette étude-là estime que les cas «officiels» représentaient le quart des cas totaux dans la province de Hubei au 11 février, donc un ratio 1 sur 4.

Ajoutons à cela que l'épidémiologiste Trevor Bedford du Centre Fred Hutchinson de recherche sur le cancer (Seattle) a évoqué des «taux de détection de grosso modo 1 cas sur 10» sur son compte Twitter. Encore une fois, on n'en saura rien avec certitude avant d'avoir fini une couple de grandes études sérologiques, mais tout cela nous donne une fourchette — entre 4 et 10 fois les cas officiels — qui est très, très probablement beaucoup plus proche de la réalité que le facteur de 27 qui fait tant jaser depuis la semaine dernière.

Pour être tout à fait juste, il faut préciser ici que M. Pueyo ne parle pas explicitement de taux de détection (les cas détectés vs les cas réels, sans égard au temps que cela prend pour les trouver), mais d'un ratio à un point précis dans le temps. Mettre tous ces résultats en parallèle comme je le fais ici a donc quelque chose d'un peu artificiel. Mais il faut dire que le texte de Medium n'est pas toujours clair à cet égard, et qu'il a été très largement interprété comme un taux de détection — c'est ce qui me semble le plus problématique.

Science

Fermer les écoles : ce que dit la science

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Le gouvernement irlandais a annoncé cette semaine, comme celui du Québec, la fermeture de toutes les écoles afin de freiner la progression de Covid-19. Cela a inspiré les commentaires suivants de la part de spécialistes britanniques des maladies infectieuses, commentaires que nous avons traduits. Soulignons que les pays ne se trouvent pas tous au même stade de l'épidémie, et que tous les commentaires ne sont pas applicables à tous les pays, mais nous croyons qu'une partie peut tout de même éclairer la situation québécoise.

Professeur Jimmy Whitworth, London School of Hygiene and Tropical Medicine :

«Je suis sceptique au sujet des fermetures d'école. Je n'ai pas vu de preuve concluante montrant que les enfants sont le moteur de la contagion, ici, et les fermetures d'école provoquent leur lot de disruption sociale. Si ça faisait partie d'un éventail de mesure visant à réduire les attroupements [c'est le cas au Québec mais apparemment pas en Irlande, ndlr], cela aurait plus de sens. Mais je ne ciblerais pas les écoles en particulier.»

Dr Charlotte Jackson, MRC Clinical Trials Unit, UCL :

«Choisir de fermer ou non les écoles, à partir de quand et pour combien de temps ne sont pas des décisions faciles. Il existe des preuves au sujet de l'influenza montrant qu'en freinant les contacts entre les enfant, on peut ralentir la transmission. Les effets de ce genre de mesure sont les plus grands quand les taux d'infection sont plus élevés chez les enfants, même si ça ne veut pas dire qu'il n'y aurait pas d'effet si ces taux sont plus hauts dans d'autres groupes d'âge. Un autre facteur important est : comment les mode de contact changent quand les écoles sont fermées. Est-ce qu'ils sont pas mal isolés à la maison, est-ce qu'ils entrent encore en contact avec d'autres enfants, et peut-être même avec d'autres groupes d'âges qui peuvent être plus vulnérables.

«Il y a aussi d'importants inconvénients aux fermetures d'écoles. Les parents peuvent devoir s'absenter du travail et perdre des revenus. En plus de l'impact sur les familles, cela peut empirer les perturbations en s'ajoutant à l'absentéisme dû à la maladie. (...) Les solutions d'apprentissage en ligne peuvent ne pas bien fonctionner pour tout le monde. Et cela peut être plus difficile pour certains enfants que pour d'autres.»

Keith Neal, épidémiologie et maladies infectieuses, Université de Nottingham :

«Il est trop tôt pour dire s'il s'agit d'une précaution sensée ou d'une surréaction. Différents pays se trouvent à différents stades de l'épidémie, si bien que ce qu'un pays fait ne doit pas forcément s'appliquer aux autres. Nous devons nous laisser guider par l'épidémiologie locale et par la science. C'est la raison pour laquelle le Royaume-Uni n'a pas pris de telles mesures jusqu'à présent. (...)

Les fermetures d'école viennent avec un certain nombre de conséquences connues, dont certaines peuvent empirer les choses :

  1. Réduction du nombre de travailleurs en soins de santé et sociaux, parce que certains d'entre eux doivent rester à la maison s'occuper des enfants.
  2. Plus de grands-parents qui gardent des enfants, alors que c'est justement ce groupe d'âge-là qui est le plus à risque.
  3. Plus d'enfants qui se déplacent en différents points de la ville que s'ils avaient tous été à l'école.

Les enfants ne semblent pas être sérieusement affectés par COVID-19 et nous ne savons pas encore quel rôle ils jouent dans la propagation du virus. (...)

Science

Le retour du temps chaud va-t-il stopper la propagation du coronavirus ?

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Alors que le nombre de décès dus aux coronavirus continue d’augmenter, certains ont suggéré que la chaleur printanière dans l’hémisphère nord pourrait ralentir ou même arrêter la propagation de la maladie. Le président américain Donald Trump s’est fait l’écho de cette idée, en disant : «La chaleur, en général, tue ce genre de virus.» Mais a-t-il raison ?

L’idée que l’approche du printemps puisse endiguer la propagation de la maladie vient en grande partie d’une comparaison avec la grippe. À bien des égards, la COVID-19 est semblable à la grippe : les deux virus se propagent de la même manière (sécrétions respiratoires et surfaces contaminées) et ils provoquent des maladies respiratoires typiquement légères qui peuvent évoluer vers une pneumonie mortelle. Mais la transmissibilité et la gravité de la COVID-19 sont beaucoup plus importantes que celles de la grippe. Et il n’est pas certain que la transmission de la COVID-19 soit affectée par les variations saisonnières de température.

Dans le cas de la grippe, le début du printemps provoque une baisse significative du nombre de cas. Cette situation persiste jusqu’au retour des températures plus froides en automne et elle serait due à la sensibilité du virus aux variations climatiques et aux changements saisonniers de notre système immunitaire et de nos modes de comportement.

Tout d’abord, le virus de la grippe semble mieux survivre par temps froid et sec, avec moins de lumière ultraviolette. Deuxièmement, pour beaucoup d’entre nous, les journées d’hiver plus courtes entraînent une réduction des niveaux de vitamine D et de mélatonine, ce qui peut affecter les performances de notre système immunitaire. Troisièmement, en hiver, nous passons plus de temps à l’intérieur, en compagnie de d’autres personnes, ce qui augmente les possibilités de propagation du virus.

Science

Ralentissement de l’épidémie de Covid-19 : 3 choses à savoir

Malgré les apparences, la propagation du Covid-19 est peut-être en train de ralentir. Du moins, dans les régions qui ont été infectées initialement. Combien de temps avant que les États-Unis ou le Canada voient diminuer le nombre quotidien de nouveaux cas? Le Détecteur de rumeurs résume l’essentiel en quelques graphiques.

1) Important ralentissement en Chine

Le 6 mars, la province de Hubei, épicentre de l’épidémie en Chine, connaissait sa première journée sans nouveau cas à l’extérieur de sa capitale, Wuhan. Un succès qui traduisait un ralentissement notable du nombre quotidien de nouveaux cas d’infection par rapport aux semaines précédentes. Selon le Centre européen de prévention et contrôle des maladies, ce nombre de nouveaux cas dans l’ensemble de la Chine avait atteint un sommet de 15 141  le 13 février. Il avait ensuite décru chaque jour, pour se situer à seulement 24 nouveaux cas le 12 mars.

Dans la première semaine de mars, environ 65% des Chinois ayant obtenu un diagnostic d’infection au Covid-19 au cours des trois semaines précédentes, se portaient mieux ou avaient quitté l’hôpital, selon l’agence de presse Bloomberg. Depuis cette date, le nombre de personnes guéries ou en convalescence est 20 fois plus élevé que celui des personnes infectées en Chine.

Un ralentissement similaire du nombre total d’infections a aussi été observé en Corée du Sud, comme l’illustre le graphique ci-dessous, issu de données compilées par l’Université Johns Hopkins. Dans ce pays, le nombre de nouveaux cas quotidiens est en régression depuis le début du mois.

Science

Coronavirus: les anticorps des patients guéris peuvent-ils être utiles ?

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Comme il y a des gens qui guérissent du coronavirus, on peut dire sans crainte de se tromper qu’ils ont développé les anticorps nécessaires à cette guérison. Alors ne pourrait-on pas, à partir d’une analyse sanguine, identifier ces anticorps afin d’en faire soit un vaccin ou à tout le moins un médicament contre ce virus ?», demande Martin Paradis, de Saint-Martin-de-Beauce.

Les anticorps sont des protéines que le système immunitaire fabrique afin qu’ils «s’accrochent» à un pathogène (virus, bactérie, toxine) et le désactive. Alors techniquement, on ne peut pas fabriquer un vaccin à partir d’anticorps : les vaccins sont plutôt des microbes affaiblis ou morts, voire souvent des «morceaux» de microbe que l’on présente au système immunitaire afin qu’il apprenne à produire ses propres anticorps.

Maintenant, que se passerait-il si on injectait les anticorps de patients guéris du COVID19 à quelqu’un ? Si c’est une personne saine que l’on inocule, il ne se passera pas grand-chose — les anticorps lui conféreront une immunité temporaire qui s’estompera rapidement, à mesure qu’ils seront éliminés par l’organisme. Mais si c’est un malade atteint du coronavirus, alors… eh bien ça peut marcher, ça peut être un traitement efficace. D’ailleurs, pas plus tard que jeudi dernier, le quotidien chinois Global Times annonçait qu’un avion avait décollé de Shanghai à destination de Rome avec, à son bord, du personnel soignant et «31 tonnes de matériel médical, incluant du plasma de patients guéris du coronavirus, afin d’aider l’Italie à combattre la pandémie de COVID19». Le plasma est la partie liquide du sang, ce qu’il reste quand on a retiré du sang toutes les cellules (globules rouges et cellules immunitaires) et les plaquettes. Les anticorps font partie du plasma et combattront la maladie si on les injecte à quelqu’un.

Il n’est pas encore tout à fait acquis, notons-le, que cela donnera de bons résultats contre le coronavirus. Greg Poland, spécialiste américain des maladies infectieuses, notait récemment dans une entrevue au magazine médical StatNews que «nous avons seulement quelques rapports encourageants, mais anecdotiques provenant de Chine. Rien n’a encore été publié [dans la littérature scientifique]. Mais cela vaut certainement le coup d’essayer».

Il faut dire que la technique est loin d’être nouvelle. En fait, le tout premier Prix Nobel de médecine fut accordé en 1901 au chercheur allemand Emil von Behring pour avoir mis au point la «sérothérapie», soit le traitement avec le plasma (ou «sérum») de patients guéris. Dès 1890, il a démontré qu’on pouvait sauver des animaux de laboratoire de la diphtérie et du tétanos en leur inoculant le plasma d’autres animaux qui avaient survécu à ces maladies. Et une première application à l’humain est survenue l’année suivante, quand il traita avec succès un enfant atteint de diphtérie.

Au début du XXe siècle, la sérothérapie était déjà devenue un traitement relativement répandu. Mais la fabrication de sérum à grande échelle fut toujours un problème. Les rats de laboratoire étaient trop petits pour en produire suffisamment pour traiter un seul patient humain, si bien qu’on utilisait plutôt des chevaux. Mais même à ce compte, il était impossible d’obtenir des quantités vraiment importantes.

Par la suite, avec l’arrivée massive des antibiotiques à partir des années 1940, la sérothérapie a été plus ou moins délaissée en médecine. Les antibiotiques fonctionnaient tout aussi bien (et même mieux dans certains cas) et ils étaient, eux, plus disponibles, plus pratiques et moins chers.

Ce n’est que dans les années 1970 que l’on découvrit enfin un procédé industriel pour fabriquer des anticorps dits «monoclonaux» — c’est-à-dire tous identiques, à la différence des anticorps variés que contient le plasma. Mais, encore une fois, cela restait souvent très dispendieux et les quantités produites n’étaient pas si grandes.

En outre, c’étaient habituellement des souris que l’on infectait pour ensuite isoler leurs anticorps et les reproduire. Or, les anticorps des souris diffèrent des nôtres, si bien que le système immunitaire humain les reconnaît comme des corps étrangers et les attaque. À cause de cela, les anticorps de souris ont une «demi-vie» de 2 à 3 jours dans le corps humains — ce qui signifie que leur nombre diminue de moitié à tous les 2-3 jours, et cela réduit pas mal leur effet thérapeutique. Heureusement, on a fini par trouver des moyens de les «humaniser»  — suffisamment pour allonger leur demi-vie à 20-23 jours.

Si la thérapie par anticorps finit par être un outil de lutte contre le COVID-19, c’est probablement plus du côté de la fabrication industrielle d’anticorps monoclonaux que des injections de plasma que l’aide viendra. D’ailleurs, en plus du «candidat-vaccin» que Medicago a annoncé la semaine dernière et qui a beaucoup retenu l’attention des médias, l’entreprise biopharmaceutique a aussi indiqué qu’elle mis au point des anticorps contre le COVID-19.

Medicago utilise des plantes qu’elle parvient à «manipuler» de manière à leur faire produire de grandes quantités de «protéines complexes», comme les anticorps et les protéines virales qui servent de vaccin, explique Nathalie Charland, directrice des affaires scientifiques et médicales de l’entreprise. Les feuilles sont ensuite récoltées et les anticorps sont isolés et purifiés.

Si tout se passe bien dans les essais cliniques à venir (ce qui n’est jamais gagné d’avance, notons-le), ces anticorps pourront éventuellement servir de traitement ou, à tout le moins, de petit «coup de pouce» pour certains patients.

«C’est ce qui avait été fait [avec le plasma de convalescents] pour Ebola : l’idée, c’est que même si on n’est pas capable d’avoir des anticorps efficaces à 100% ou en quantité suffisante pour éliminer complètement le virus chez un patient, si on peut au moins réduire la charge virale [ndlr : la «dose» de virus en circulation dans l’organisme], c’est mieux que rien, ça peut améliorer les chances de guérison», dit Mme Charland.

Une histoire à suivre, donc…

Science

Glyphosate: l'herbicide qui agit comme... un engrais?

BLOGUE / Quand on pense à l'effet des pesticides sur les lacs et rivières, c'est d'emblée la toxicité qui vient à l'esprit. Et c'est normal, ils sont conçus pour être toxiques (pour certains organismes) ! Mais dans le cas du glyphosate, l'herbicide le plus vendu dans le monde, l'effet principal pourrait bien être celui d'un... engrais !

C'est du moins ce qui se dégage d'une étude de l'Université McGill parue la semaine dernière dans Nature - Ecology and Evolution, qui est intéressante à plus d'un égard, d'ailleurs. Le même groupe de recherche s'était déjà inquiété de cette possibilité dans un autre article publié en 2019 et qui avait eu un certain écho médiatique, mais il s'agissait de calculs plus ou moins théoriques sur les quantités de phosphore (un élément qui entre dans la composition chimique du glyphosate et qui agit comme un engrais dans les écosystèmes d'eau douce) que l'usage de cet herbicide ajoutait dans la nature. Leur dernière étude, c'est la «vraie affaire», pour ainsi dire : avec ses collègues, le post-doctorant et auteur principal Vincent Fugère a exposé des communautés de phytoplancton dans 70 bassins à différentes concentrations de glyphosate (administrées en deux fois) et les a surveillées pendant près de deux mois.

Pour juger de la «productivité» de chacun de ces bassins, ces chercheurs ont mesuré quotidiennement la concentration de chlorophylle dans l'eau — la chlorophylle étant la molécule qui permet aux plantes de faire de produire des sucres par photosynthèse. Sans grande surprise, après une première «injection» de glyphosate, ils ont constaté qu'à court terme (quelques jours), la quantité de phytoplancton s'est littéralement écroulée dans les bassins soumis aux plus fortes doses : les concentrations de chlorophylle y sont passées de près de 10 microgrammes par litre (µg/l) à moins de 1 µg/l. Les autres bassins ont eux aussi connu des reculs, mais moindres.

Les chercheurs ont ensuite observé que les communautés de phytoplancton ont mis environ 7-10 jours à récupérer leur «vigueur» d'avant. Mais c'est ce qui est survenu par la suite qui est le plus étonnant.

Environ trois semaines après l'application de glyphosate, les bassins soumis aux plus fortes doses n'avaient pas seulement retrouvé leur productivité initiale, ils l'avaient largement dépassées (et ce, même si l'herbicide ne s'était presque pas décomposé et demeurait très présent). Les concentrations de chlorophylle atteignaient alors les 100 µg/l dans certains cas, ce qui montre qu'il y avait environ 10 fois plus de phytoplancton qu'au départ, quand il n'y avait pas de glyphosate dans l'eau. Dans les bassins ayant reçu moins d'herbicides, cet «effet engrais» était aussi observable, mais moins prononcé.

De toute évidence, une partie du phosphore contenu dans le glyphosate était devenu disponible pour le phytoplancton, et comme en eau douce le phosphore est «l'élément limitant» (le premier qui vient à manquer), cela a stimulé la croissance.

Cependant, ce surplus de productivité s'est fait au détriment de la biodiversité, ont constaté M. Fugère et ses collègues. Aux plus fortes doses testées, les bassins ont perdu pas moins de 43 % de leurs «genres» (l'échelon de classification juste au-dessus de l'«espèce»), soit ceux qui étaient les plus sensibles à l'herbicide. Dans l'ensemble, ça n'a pas beaucoup changé la composition globale du phytoplancton puisque dès le départ, c'étaient surtout quelques grandes «familles» qui dominaient les communautés. Mais il n'empêche, m'a souligné M. Fugère lors d'un échange de courriel, que «pour la diversité, un effet de 43% est un effet très fort (imaginez si une forêt perdait [près de] la moitié de ses espèces d'oiseaux). La diversité diminue même si la composition change peu car ce sont les espèces rares, moins abondantes, qui disparaissent».

Il y a cependant un aspect très important de cette étude qu'il faut noter et que malheureusement ni le communiqué de McGill, ni les médias qui en ont parlé n'ont abordé : cette chute de la biodiversité n'est survenue, pour l'essentiel, qu'à des concentrations extrêmement fortes qui n'ont absolument rien à voir avec la situation réelle dans les rivières du Québec. On parle ici de «doses» de 5000 à 15 000 µg/l alors que le maximum mesuré dans un cours d'eau d'ici fut de 140 µg/l en 2015, dans la rivière Chibouet — qui draine un secteur très agricole à côté de Saint-Hyacinthe.

«Nous [avons utilisé] ces doses pour couvrir une grande gamme de concentrations [ndlr : les plus faibles étaient de 40 µg/l], ne sachant pas à quelle dose une résistance pourrait évoluer, explique M. Fugère. L'avantage de cette approche est de justement de pouvoir déterminer à exactement quelle concentration un effet sur la biomasse ou la diversité pourra être observé. Il n'y a pas d'avantage à se restreindre à uniquement des doses "réalistes" dans ce genre d'étude expérimentale.»

«Il faut par contre faire attention avant de généraliser à tous les organismes, poursuit-il. Nous avons étudié le phytoplancton, qui semble pas mal résilient au glyphosate. Ça ne veut pas dire que d'autres organismes plus sensibles ne sont pas affectés.»

Il est possible qu'ailleurs dans le monde — et peut-être même au Québec, dans des cours d'eau qui ne sont pas testés —, des concentrations supérieures soient atteintes à l'occasion. Mais même à 140 µg/l, l'effet sur la biodiversité est mince : les résultats de l'étude suggèrent qu'au lieu d'avoir 8,5 genres par site en moyenne, on en aurait 7, calcule M. Fugère. (Et encore, répétons qu'il s'agit du pire cas jamais enregistré chez nous, dans une de nos «pires» rivières du point de vue de la pollution au glyphosate.)

«Cependant, l'effet fertilisant à plus long terme du RoundUp est attendu à toutes les doses», notent M. Fugère et ses collègues dans leur conclusion. Ajoutons que c'est cohérent avec d'autres études, sur les algues celles-là, qui ont trouvé que les effets toxiques du glyphosate commencent à des concentrations relativement élevées (500 µg/l et plus], mais que les effets fertilisants sont observés à des doses infimes.

Bref, si paradoxal que cela puisse être pour un herbicide, il semble que le principal problème de la pollution au glyphosate dans les lacs et rivières n'est pas qu'il tue les plantes aquatiques et le phytoplancton, ni même (d'un point de vue pratique) qu'il change les communautés végétales puisqu'il n'atteint généralement pas des concentrations suffisantes, mais qu'il stimule leur croissance.

Ce n'est pas une mince affaire, remarquez bien : beaucoup de lacs du sud du Québec souffrent d'eutrophisation. Quand il y a trop de nutriments dans l'eau, des algues microscopiques deviennent surabondantes, ce qui déséquilibre tout l'écosystème — elles empêchent la lumière de pénétrer aussi profondément qu'avant, elles consomment tout l'oxygène du lac, etc. L'agriculture n'est pas le seul facteur pouvant mener à l'eutrophisation (l'érosion des sols et la fertilisation des pelouses sont souvent pointées du doigt), mais c'en est une. Et les travaux de M. Fugère viennent de nous montrer un des mécanismes par lequel l'agriculture à ce genre d'«effet secondaire».

Science

Plus de 10 pour cent des puits d'extraction fuient au nord-est de la Colombie-Britannique

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Depuis les années soixante, le nord-est de la Colombie-Britannique est un centre important de production pétrolière et gazière conventionnelle. Plus récemment, la région a été ciblée par l’industrie du gaz de schiste extrait par fracturation hydraulique (exploitation non conventionnelle).

L’un des problèmes rencontrés par l’industrie concerne les fuites de gaz venant des puits — c’est-à-dire les trous creusés dans les sols pour y découvrir ou y récupérer des gisements de pétrole et de gaz naturel. Les fuites de méthane émanant de ces puits sont un problème important, car ce gaz à effet de serre est plus nuisible que le dioxyde de carbone.

Mes collègues et moi-même avons analysé le contenu d’une base de données concernant les 21 525 puits — en activité ou abandonnés — situés dans les quatre formations de gaz de schiste au nord-est de la Colombie-Britannique : les bassins de Montney, de la rivière Horn, de Liard et de Cordova. Presque tous les puits de gaz conventionnel ou de fracturation de la région exploitent ces formations.

Notre étude est la première à examiner les données compilées dans la base de données de la British Columbia Oil & Gas Commission (B.C. OGC) qui contient les données sur les puits et la présence éventuelle de fuites. Nous avons observé que des fuites sont rapportées dans près de 11 pour cent de tous les puits de pétrole et de gaz, lâchant dans l’atmosphère 14 000 mètres cubes de méthane par jour. Ce taux de fuite est deux fois plus élevé qu’en Alberta, où le taux se situe à 4,6 pour cent, sur la base de protocoles de tests et d’exigences de déclaration possiblement moins stricts.

Science

Vidéo : à quoi ressemble la face cachée de la Lune ?

24 PAR SECONDE / La mission Apollo 13 est connue pour avoir frôlé la catastrophe après qu'un grave problème mécanique l'eut forcée à rentrer d'urgence (et tant bien que mal) sur Terre. Mais pour changer de direction, le module lunaire a dû contourner la Lune, et la NASA vient de publier une simulation montrant ce que les astronautes ont vu en survolant la célèbre «face cachée»...

Comme l'indique le texte de la vidéo (en anglais), la NASA s'est servie de données récentes recueillies par le sonde Lunar Reconnaissance Orbiter, lancée en 2009 et qui orbite autour de la Lune depuis, afin de recréer ce qu'ont pu voir les astronautes en 1970. Ils devaient alors avoir bien d'autres choses en tête que de regarder le paysage puisqu'il s'agissait pour eux d'un «détour d'urgence», mais la vidéo ne montre pas ce qui s'est passé dans leurs têtes !

À partir du moment où ils sont passés derrière la Lune et ont perdu la Terre de vue, ils ont dû passer 8 minutes dans l'obscurité totale avant d'arriver à un endroit qui était éclairé par le Soleil, explique la vidéo. C'est alors que le sol lunaire est (re)devenu visible, et c'est ce que montre le bout de film. Notons que la vitesse a été accélérée afin de limiter la durée de l'ensemble, qui se serait étiré sur plusieurs heures en temps réel.

Pendant tout ce temps, les astronautes ont été coupé de toute communication avec la Terre, la Lune faisant écran aux ondes radio. Ce n'est qu'au «lever de Terre» (vers 1min40 de la vidéo) que le lien a pu être rétabli.

La face cachée de la Lune montre une topographie beaucoup plus accidentée, plus de cratères et moins de «mers» (larges régions planes autrefois confondues avec des océans) que le côté visible de la Terre. On entend souvent que c'est parce que le côté visible est moins exposé aux astéroïdes parce qu'il fait continuellement face à notre planète, mais le fait est qu'avec les distances impliquées, la Terre constitue un écran négligeable contre ce «bombardement».

Une hypothèse récente veut que la différence s'explique par les conditions qui prévalaient tout de suite après la formation de la Lune, il y a environ 4,5 milliards d'années, quand un énorme astéroïde (de la taille de Mars !) a percuté la Terre et en a arraché un bout, qui devint ensuite la Lune. Celle-ci était alors 10 à 20 fois plus proche qu'elle ne l'est présentement, et la Terre était encore une grosse boule de roche en fusion. Le côté éloigné (la «face cachée») de la Lune aurait alors refroidit plus rapidement que celui que nous voyons. Le côté rapproché serait donc resté chaud et «mou» plus longtemps, si bien que les impacts de météorites auraient, pendant un temps, percé des «trous» dans la croûte lunaire qui auraient permis à de la lave (l'intérieur de la Lune était encore chaud) de se répandre et de former ces fameuses «mers».

Science

Une ère glaciaire imminente ? Faux

DÉTECTEUR DE RUMEURS / Si l’activité solaire se mettait à diminuer, comme elle l’a fait il y a 350 ans, irions-nous vers un âge glaciaire ? Le Détecteur de rumeurs distingue les faits de la spéculation.

L’origine de la rumeur

La Terre serait sur le point d’entrer dans une courte ère glaciaire de 30 ans, « selon les scientifiques » —du moins, s’il faut en croire ce qu’ont relayé plusieurs messages sur les médias sociaux depuis janvier. La cause serait un « grand minimum » solaire, c’est-à-dire une période pendant laquelle l’activité du Soleil diminue de façon significative.

La théorie est défendue par l’astrophysicienne Valentina Zharkova, de l’Université britannique de Northumbria, qui en parle depuis au moins 2015. À l’époque, une déclaration à ce sujet avait attiré l’attention de plusieurs médias, avant que la chercheure ne se rétracte pour affirmer qu’elle n’avait pas prédit une ère glaciaire, tout en disant qu’il pourrait y en avoir une.

Elle a récidivé dans un article scientifique publié en juin 2019 où, cette fois, elle prédisait clairement une diminution imminente de la température planétaire de pas moins de 1 degré, à cause d’une diminution selon elle imminente de l’activité solaire. Pour pallier la contradiction entre son calcul et les données qui concluent depuis longtemps à un rôle marginal des cycles solaires, elle a construit une théorie sur des variations supposées de l’orbite de la Terre qui expliqueraient cette baisse de température. En dépit des nombreuses critiques et des appels à étayer sa théorie, elle n’a pas fourni jusqu’ici les données nécessaires. Le 4 mars, la revue Scientific Reports annonçait qu’elle retirait l’article.

En janvier, la rumeur était réapparue sur les médias sociaux, jusqu’à être reprise par deux des journaux britanniques réputés pour leurs titres sensationnalistes. Le 2 février par exemple, le Sun titrait «La Terre est sur le point d’entrer dans un mini âge glaciaire avec des pointes de moins 50 degrés, préviennent des scientifiques». Son titre a été modifié le 10 février pour «Les affirmations selon lesquelles la Terre va entrer dans un âge glaciaire de 30 ans sont fausses, révèlent des scientifiques réputés».

À propos de l’activité solaire

En réalité, seule une petite poignée de scientifiques affirme que l’activité solaire serait « sur le point » de diminuer de façon significative. Mais ce n’est pas parce que le scénario est invraisemblable : de telles diminutions se sont déjà produites, et elles vont se produire à nouveau. C’est plutôt parce qu’on est incapable de prédire l’arrivée d’un tel « grand minimum ».

Ce que l’on sait :

- le Soleil suit des cycles d’environ 11 ans, caractérisés par des hauts et des bas dans son activité; les taches à sa surface sont des indicateurs de la vigueur de cette activité;

- il y a débat sur le moment exact où se terminera le cycle actuel, mais les astrophysiciens semblent s’entendre pour le placer d’ici la fin de 2020;
à des intervalles plus longs, qui nous sont inconnus, l’activité solaire diminue de façon importante et le dernier événement de ce genre, appelé «minimum de Maunder», a duré de 1645 à 1715.

«Les scientifiques» évoqués dans cette rumeur s’appuient sur le fait que le présent cycle a été de plus faible magnitude que les précédents. Ils en déduisent que sa fin coïncidera avec une diminution encore plus importante de l’activité solaire. Aucune donnée probante ne permet de soutenir cette idée.

À propos de l’impact de l’activité solaire sur le climat

Certains associent le « minimum de Maunder » à ce que les historiens appellent le « petit âge glaciaire », une époque qui, bien qu’elle n’ait rien de « glaciaire », est effectivement caractérisée par trois courtes périodes de refroidissement par rapport à la moyenne des siècles précédents.

Il y a deux problèmes avec cette association : le premier est qu’on évoque aussi parmi les causes de ce refroidissement une activité volcanique accrue et des changements dans la circulation des grands courants océaniques. Et le deuxième est qu’il existe plusieurs définitions contradictoires du petit âge glaciaire. Ses dates de début et de fin ne font pas l’unanimité. Mais elles couvrent chaque fois une période plus longue que les années 1645-1715.  

Si on supposait, malgré tout, que le Soleil aurait bel et bien pu avoir un impact sur ce refroidissement, quel impact un « grand minimum » solaire pourrait-il avoir sur nous, aujourd’hui ?

Il faut d’abord savoir qu’il y a deux objections à une influence dominante des cycles solaires. La première est qu’il n’y a aucune corrélation entre les cycles de 11 ans et les variations de la température moyenne sur Terre. Autrement dit, les années où nous recevons davantage de ce que les experts appellent l’irradiance, ou l’énergie émise par le Soleil, ne correspondent pas aux années où il fait plus chaud. La deuxième objection est que même les différences entre ces cycles ne montrent pas de corrélation avec l’évolution des températures moyennes: par exemple, bien que le cycle actuel soit plus faible que le précédent, cela n’a pas empêché que les cinq années les plus chaudes depuis un siècle et demi ont été enregistrées… depuis cinq ans.

S’il n’a pas un rôle dominant, quel rôle le Soleil a-t-il ? En tenant compte entre autres des variations régionales, des nuages, des volcans, des gaz à effet de serre, des polluants dans l’air, différentes études (par exemple, ici et ici) lui ont attribué un rôle marginal dans le réchauffement climatique de la deuxième moitié du 20e siècle.

En 2010, une étude allemande avait  évalué que si un « grand minimum » devait durer jusqu’à la fin du siècle, cela se traduirait par une baisse de la température moyenne de 0,2 à 0,3 degré Celsius: suffisamment pour ralentir le réchauffement, mais pas pour l’interrompre puisque, dans l’état actuel des choses, c’est d’au moins un degré, et peut-être même de deux degrés, que la température pourrait croître d’ici 2100. D’autres études, comme celle-ci et celle-ci, sont arrivées également à des estimations de moins de 0,3 degré.

Verdict

Il est impossible de le prévoir à l’avance si le Soleil nous prépare un «grand minimum». Et s’il y en a un, son impact sera insuffisant pour contrer l’effet de nos gaz à effet de serre.

Science

Vers la «fin de la civilisation»?

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «J'ai été fort surpris de lire récemment un article citant Dominic Champagne qui disait :  «Une des sommités climatiques au monde, John Schellnhuber, nous dit que la différence entre 2 °C et 4 °C de réchauffement, savez-vous c’est quoi? Pis c’est pas une joke! C’est la fin de la civilisation humaine !» Ça me semble un peu gros comme affirmation, non ?», demande Daniel Bouchard, de Québec.

Hans Joachim Schellnhuber, de son vrai nom, est effectivement une (très) grosse pointure de la climatologie : spécialiste de la physique atmosphérique, directeur et fondateur du réputé Institut de recherche de Potsdam sur les effets des changements climatiques, coauteur d’une série de rapports de la Banque mondiale de 2012 sur les effets d’un réchauffement de 4 °C, etc.

Je n’ai toutefois trouvé nulle part de citation de lui annonçant la «fin de la civilisation» si le réchauffement atteint les 4 °C. Les rapports de la Banque mondiale pressent ardemment de tout mettre en œuvre pour ne pas dépasser les 2°C, mais n’utilisent pas ce genre de langage apocalyptique. Ce que j’ai trouvé de plus proche est la préface d’un rapport passablement alarmiste de 2018, What Lies Beneath, rédigé par deux militants qui ne sont pas des scientifiques. M. Schellnhuber y écrit que le document amène une «nouvelle perspective» sur la «crise existentielle» que constituent les changements climatiques, et qu’il peut être intéressant de la considérer même si elle se situe «à la marge» de la communauté scientifique. «C’est particulièrement vrai quand ce qui est en jeu est la survie même de notre civilisation, où les méthodes d’analyse conventionnelles peuvent devenir dépassées», avertit-il. Mais il ne mentionne pas le seuil des 4 °C dans ce texte.

[Erratum, 10 mars 2020 : À la suite de la publication de cette chronique, Dominic Champagne m'a signalé que M. Schellnhuber a bel et bien fait le lien entre la fin de la civilisation humaine et l'écart de 2 à 4°C, lors d'une conférence en 2011. Vérification faite, je dois lui donner raison sur ce point puisque des sources fiables, que je n'avais pas trouvées initialement, le mentionnent. Les sources que j'avais consultées pour la rédaction de cette chronique, plus récentes, ne faisaient pas ce lien explicitement, même si elles traçaient un portrait très sombre de l'avenir, comme je l'ai mentionné. J'ai donc retiré de la présente chronique un paragraphe où je disais que M. Champagne devait avoir mal interprété les propos du célèbre climatologue, et je l'ai remplacé par cet erratum. Je maintiens l'essentiel de mon propos, soit qu'un réchauffement de 4°C amènera des conséquences graves sans aller forcément jusqu'à la fin de la civilisation, mais je présente tout de même mes excuses à M. Champagne pour ce passage erroné.]

Cela dit, cependant, rien de tout cela ne signifie qu’un réchauffement de 4 °C serait bénin : entre «pas la fin de la civilisation» et «pas grave», il y a une sacrée marge. Certains balaient parfois ces projections avec des boutades du genre : «au lieu de faire -20 en janvier, il va faire -16°C», mais c’est beaucoup, beaucoup plus que ça. Pour donner une idée de ce que cela représente, il suffit de mentionner que lorsque la Terre sort d’un âge glaciaire, elle se réchauffe généralement de 4 à 7 °C. Imaginez un peu, un écart de 4 degrés à l’échelle planétaire peut faire la différence entre une calotte glaciaire qui descend sur le Québec et le climat tempéré comme nous avons de nos jours. À cette différence près que cette fois-ci, il n’y a pas de glacier qui recouvre le tiers ou la moitié de l’hémisphère nord : nous sommes déjà sortis de la dernière glaciation, alors le 4°C (si on en arrive là) va s’ajouter au reste. C’est énorme.

Les travaux de M. Schellnhuber, entre bien d’autres, le démontrent amplement. Par exemple, à 2 °C, on s’attend à ce que le niveau des océans monte d’environ 20 cm d’ici 2100, mais à 4 °C, ce serait plutôt 50 à 100 cm «avec plusieurs mètres de plus qui s’ajouteront dans les siècles suivants» à cause de la fonte des glaciers du Groendland et de l’Antarctique, lit-on dans un rapport publié en 2012 par la Banque mondiale. Tout cela implique le déplacement de millions, voire de centaines de millions de personnes.

De même, l’Académie nationale des sciences des États-Unis (NAS) prévoyait en 2011 que pour chaque degré de réchauffement mondial, le maïs devrait perdre 11 % de sa productivité chez l’Oncle Sam [http://bit.ly/39sHfhg]. Pour le soya, la productivité resterait à peu près stable à +2°C, mais chuterait de près de 30 % à + 4 °C.

Ces prévisions, il faut le souligner, ne valent pas pour toute la planète, mais seulement pour le «Corn Belt», soit les états du Mid-West, et elles présument que les cultivars utilisés ne changeront pas ou ne seront pas adaptés. En outre, les conséquences du réchauffement ne seront pas uniformément les mêmes partout : certaines régions deviendraient plus arides, d’autres plus humides, d’autres subiraient plus d’ouragans, etc. Ainsi, d’un point de vue agricole, les changements climatiques n’ont pas été que négatifs jusqu’à maintenant dans le sud du Québec, où la «saison de croissance» (température quotidienne moyenne de 5 °C ou plus pendant au moins 6 jours consécutifs) a allongé de quelques jours à deux semaines depuis 1971, et l’on prévoit d’ici 2050 un rallongement supplémentaire de 10 à 30 jours selon l’intensité qu’aura le réchauffement, lit-on dans un rapport du consortium québécois de recherche en climatologie Ouranos (p. 23 sur 115).

Mais rien ne dit qu’on n’atteindra jamais un seuil où les retombées positives de ce type seront annulées par d’autres conséquences, même dans des régions plus nordiques comme les nôtres. Et à l’échelle globale, tant la NAS que la Banque mondiale et nombre d’autres sources s’attendent à ce que les changements climatiques réduisent la productivité agricole dans l’ensemble,à cause de sécheresses et de canicules plus fréquentes, de ravageurs plus abondants, etc. [http://bit.ly/2vKVZth]. Et plus le réchauffement sera intense, plus sévères seront les conséquences.

Rien de tout cela, je le répète, ne signifie que la «fin de la civilisation» arrivera d’ici la fin du siècle. Ça veut juste dire qu’il ne faut pas sous-estimer non plus ce que représente un réchauffement de 4°C : c’est énorme et, si l’on se rend jusque là, il faudra s’attendre à devoir gérer de graves répercussions.

Science

Du béton chauffant au lieu du déneigement

Ce sont des journées comme on en a connu plusieurs depuis deux semaines, avec de la pluie verglaçante et bien de la glace sur les trottoirs, qui font croire au chercheur de l’Université Laval Luca Sorelli que son invention pourrait devenir bien utile un jour : des dalles de béton chauffant qui font fondre la neige et la glace, le tout à un coût souvent moindre que le déblaiement manuel.

Fait curieux, c’est une chronique publiée dans Le Soleil en 2017, abordant la possibilité de chauffer le pont de Québec afin d’éviter d’y épandre des sels de déglaçage qui font rouiller sa structure, qui a servi d’inspiration de départ à M. Sorelli. La chronique citait un chercheur de l’Université du Nebraska, Christopher Tuan, qui avait testé un béton chauffant sur un pont aux États-Unis. Au lieu de faire passer des fils ou des tuyaux de liquide chauffant dans le béton, méthodes qui ne réchauffent pas uniformément, M. Tuan avait introduit des morceaux de fer et de carbone dans le béton. Cela permettait de faire passer un courant électrique directement dans le béton, mais comme celui-ci n’est pas un bon conducteur, il offrait encore une résistance qui transformait le courant électrique en chaleur. En outre, il s’agissait de dalles préfabriquées et non de béton à couler sur place, ce qui facilite les éventuelles réparations.

Science

Sexe dans l’espace : la technologie au «secours» des astronautes ?

Sorti en 2018, le film A.I. Rising examine la façon dont les machines pourraient accompagner les humains et satisfaire leurs désirs durant un voyage dans l’espace. Or, c’est bien vrai, l'érobotique pourrait apporter la solution à certains problèmes liés à l’exploration spatiale.

Les astronautes, malgré leur entraînement rigoureux, sont avant tout des êtres humains. Pour que le projet d’exploration et de colonisation de l’espace réussisse, il faut briser des tabous, tenir compte des besoins et des désirs humains, et trouver des solutions concrètes et réalistes fondées sur la science plutôt que sur des règles morales traditionnelles.

Les humains peuvent-ils s’épanouir à long terme en vivant en petits groupes dans des milieux isolés ? Peuvent-ils composer avec des possibilités très limitées de relations humaines, d’intimité et de sexualité ?

La technologie sexuelle pourrait fournir une solution.

Dans le cadre de nos recherches sur les interactions érotiques entre l’humain et la machine, nous nous intéressons aux implications de ces rapports et aux emplois possibles de la technologie pour assurer le bien-être des humains, y compris ailleurs que sur notre planète.

Le sexe dans l’espace

L’exploration et la colonisation de l’espace sont un des plus ambitieux projets de l’histoire de l’humanité, mais le parcours est constellé d’obstacles. L’un d’eux est de rendre les voyages spatiaux compatibles avec la nature humaine, c’est-à-dire viables sur le plan physique et psychologique. Puisque l’intimité et la sexualité sont des besoins fondamentaux, elles constituent des aspects primordiaux de la compatibilité entre l’humain et l’espace.

À quoi ressemblera le sexe dans l’espace ? Pouvons-nous assurer la reproduction de l’espèce au-delà des confins de la Terre ? Quelle forme prendront les relations intimes à bord des vaisseaux spatiaux et dans les colonies extraterrestres ?

À ce jour, la NASA et les autres agences spatiales affirment qu’aucune activité sexuelle n’a jamais eu lieu dans le cadre d’une mission spatiale. On peut en conclure soit qu’il n’y a en effet jamais eu de rapports sexuels dans l’espace, soit que oui, mais que personne n’en parle. Quoi qu’il en soit, l’imminence de missions humaines prolongées vers la lune et vers mars soulève la question des rapports intimes et sexuels dans l’espace.

La nécessité de composer pendant de longues périodes avec des possibilités limitées de relations personnelles, intimes et sexuelles figure parmi les grandes préoccupations liées à l’exploration et à la colonisation de l’espace. Les premières missions spatiales habitées seront sans doute formées de petits groupes. Il sera donc particulièrement difficile pour les astronautes de nouer des relations intimes, ce qui pourrait susciter des tensions entre les membres d’équipage.

En effet, les chances de trouver un partenaire compatible sur le plan de la personnalité, des préférences et de l’orientation sexuelle seront nettement réduites. Sans compter que les gens devront continuer de cohabiter après une rupture, ce qui pourrait fragiliser le moral des membres d’équipage et miner leur capacité à survivre dans des conditions dangereuses.

Science

Vidéo : sur (et sous) les ailes d'un oiseau

24 PAR SECONDE / Il existe un phénomène qui intrigue beaucoup de gens : pourquoi les avions provoquent-ils des «tourbillons» derrière eux en volant ? Et la réponse, comme le montre la vidéo de cette semaine, est que c'est parce que les ailes d'avions «copient» essentiellement la forme des ailes d'oiseaux, avec les mêmes conséquences...

Essentiellement, toutes ces ailes (naturelles et artificielles) procèdent de la même façon. Leur forme plus courbée sur le dessus et plutôt droite en dessous fait en sorte que l'air doit emprunter un chemin plus long pour passer par-dessus qu'en dessous. À cause de cela, il se crée une basse pression par-dessus l'aile qui «aspire» l'aile vers le haut, et une haute pression en-dessous.

Or, la tendance naturelle de tout gaz est de se déplacer des endroits où la pression est la plus haute vers ceux où elle est plus basse. Et cela implique qu'au bout des ailes, il y a continuellement de l'air qui passe du dessous (haute pression) vers le dessus (basse pression). C'est ce qui actionne les tourbillons que les avions laissent derrière eux, comme le montre cette photo :

Science

La Terre a une «2e lune» !

Nous avons une nouvelle lune ! Mais elle est tellement petite qu’elle est probablement là depuis trois ans, en toute discrétion.

De son nom peu poétique 2020 CD3, l’objet dont la découverte a dû être confirmée par sept observatoires entre le 19 et le 25 février, fait à peu près la taille d’une voiture — et ce n’est pas la Tesla envoyée dans l’espace en 2018. Il s’agit vraisemblablement d’un astéroïde qui a été capturé par la force gravitationnelle de notre planète. Et qui s’en échappera à un moment donné, moment sur lequel les astronomes ne s’entendent pas pour l’instant.

Un tel «satellite temporaire» (c’est comme ça que ça s’appelle) avait été observé en 2006: cet autre astéroïde, 2006 TH120, était devenu notre deuxième lune de septembre 2006 à juin 2007, avant que sa trajectoire et sa vitesse ne le fassent échapper à l’attraction terrestre.

L’orbite du nouveau venu fait à peu près un ovale — irrégulier à cause de l’influence de la « vraie » Lune — qui à son point le plus éloigné, l’envoie jusqu’à un million de kilomètres de nous, plus loin que l’orbite lunaire. C’est à ce point le plus éloigné que, peut-être dès ce printemps, il échappera à notre voisinage.

Science

Les voitures électriques dérèglent le pacemaker ? Faux

DÉTECTEUR DE RUMEURS / Les personnes qui portent un cardiostimulateur, ou «pacemaker », ne devraient pas conduire de véhicule électrique en raison des interférences que celui-ci pourrait causer… Du moins, selon une rumeur qui circule sur internet. Mythe ou réalité, s’est demandé le Détecteur de rumeurs.

Il est exact qu’en présence de champs électromagnétiques, les cardiostimulateurs peuvent mal interpréter les signaux électriques du cœur — ou même, cesser momentanément de fonctionner. C’est pourquoi le guide Implantation d'un stimulateur cardiaque de l'Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec, déconseille à celui qui en porte de se pencher au-dessus «d’un moteur électrique en marche qui contient des aimants, tel que l’alternateur d’une voiture» conventionnelle. Mais le guide ne dit rien sur les véhicules électriques.

Plusieurs études concluent pourtant que les champs électromagnétiques des véhicules électriques n’interfèrent pas dans le fonctionnement des stimulateurs cardiaques, mais leurs auteurs soulignent généralement que d’autres études sont nécessaires pour tirer des conclusions claires.

Par exemple, des chercheurs de l’Institut de technologie automobile de Munich ont, en 2014-2015, exposé 108 porteurs de cardiostimulateurs à des champs électromagnétiques générés par les quatre voitures électriques alors les plus courantes (Nissan Lead, Tesla Model S, BMW i3, VW eUp). Ils ont conclu que la conduite et la recharge de voitures électriques sont probablement sécuritaires pour les porteurs d’un stimulateur cardiaque, tout en soulignant qu’il s’agit d’une petite étude dont les conclusions ne peuvent être définitives. Ils sont aussi incapables de dire ce qui pourrait arriver avec les câbles de super-recharge qui pourraient être adoptés à l’avenir.

Une étude menée auprès de 30 personnes par le département de cardiologie de la clinique américaine Mayo a révélé, après des tests réalisés à différentes vitesses et à divers emplacements à bord d’une Toyota Prius, que les interférences du champ électromagnétique produites par le moteur, ne sont pas assez puissantes pour que le stimulateur les interprète comme un signe de détresse cardiaque. Le fait d’être assis plus ou moins près de la batterie ne semble pas faire de différence non plus. Les auteurs ne tirent cependant pas de conclusions définitives, précisant là encore que d’autres études sont nécessaires pour évaluer différents modèles de véhicules ou de moteurs électriques.

Qu’en est-il des équipements de recharge de ces véhicules électriques ? Une autre étude a conclu que ces appareils ne provoquent pas d’effets indésirables sur les porteurs de stimulateurs cardiaques, après que 34 volontaires se soient tenus à l’intérieur ou à proximité d’une Tesla S P90D en cours de recharge sur une station de 220 volts. Les experts estiment toutefois, encore une fois, que cette enquête ne constitue qu’une première étape dans la démonstration de l’innocuité des véhicules électriques pour les porteurs d’implants cardiaques. Pour confirmer les résultats, il faudrait reproduire l’étude avec d’autres modèles de bornes et de véhicules.

Verdict

Le champ électromagnétique généré par la batterie des voitures électriques ne semble pas interférer dans le fonctionnement des stimulateurs cardiaques et est «probablement sécuritaire». Toutefois, les études menées jusqu’ici ont porté sur des petits groupes ou sur une seule voiture.

Science

Faut-il avoir peur du COVID-19 ?

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Pourquoi faut-il craindre le coronavirus davantage que la grippe saisonnière ? J’ai lu récemment que notre bonne vieille grippe saisonnière avait déjà tué 10 000 personnes aux États-Unis depuis l’automne, des gens de tous âges. Alors pourquoi cette panique mondiale et tous ces reportages sur le coronavirus chinois ? Si les médias du monde entier et l’OMS nous faisaient des rapports quotidiens sur les ravages de la grippe, ne serions-nous pas totalement paniqués à chaque année ?», demande Flore Fournier, de Saint-Augustin-de-Desmaures.

Grosso modo, il y a deux choses qui font (ou défont) la gravité d’une épidémie : la facilité du pathogène à se transmettre entre humains et la sévérité des symptômes qu’il engendre.

Ces dernières semaines, on a vu circuler un indicateur couramment utilisé en épidémiologie, le poétiquement nommé «R0», qui est le nombre moyen de personne(s) que chaque malade va infecter. Pour la grippe saisonnière, une étude canadienne toute récente a trouvé un R0 de près de 1,5 [http://bit.ly/3ae6mEt], ce qui signifie que chaque personne grippée refile son virus à 1,5 autres personnes en moyenne. À cet égard, le COVID-19 semble un peu plus contagieux que la grippe : l’OMS a publié un R0 entre 1,4 et 2,5 en janvier, et plusieurs équipes de recherche dans le monde sont arrivées à des R0 oscillant généralement entre 2 et 3.

Il y a, remarquez, des virus qui sont beaucoup plus contagieux que ça — la rougeole, par exemple, a un R0 de 12 à 18 ! Mais tout de même : «un peu plus transmissible que la grippe», ça n’est pas banal non plus puisque l’influenza est elle-même «très contagieuse de par son mode de transmission (gouttelettes et aérosols) et sa courte période d’incubation (1-4 jours avec une moyenne de 1-2 jours). Elle peut aussi être transmise 24 h avant le début des symptômes», m’a dit le chercheur du CHUQ Dr Guy Boivin, titulaire de la Chaire sur les virus en émergence, lors d’un échange de courriels.

Voilà donc déjà un motif objectif d’inquiétude. Bien sûr, si ce COVID-19 se comportait comme la plupart des autres coronavirus humains (hormis le SRAS et le MERS, qui sont très graves), c’est-à-dire s’il ne provoquait qu’un rhume très bénin, ce nouveau virus pourrait bien avoir un R0 de 50, il n’y aurait pas de quoi fouetter un chat. Cependant, tout indique pour l’instant qu’il est beaucoup plus virulent que ça.

Certes, en nombre absolu, l’influenza fait chaque année beaucoup plus de victimes que le COVID-19 : juste aux États-Unis, la grippe a tué entre 16 000 et 41 000 personnes cette année, estime la santé publique américaine, ce qui est de l’ordre de 10 fois plus que le coronavirus chinois sur toute la planète (un peu plus de 2800 victimes en date de jeudi). Mais il faut garder à l’esprit que l’influenza circule très, très largement et a infecté bien plus de gens (lire : des centaines de millions dans le monde) que le COVID-19 (moins de 100 000).

Alors c’est plutôt par le taux de mortalité, et non par le nombre absolu de décès, qu’il faut juger de la sévérité d’une maladie. Et de ce point de vue-là aussi, le coronavirus chinois semble plus grave que la grippe saisonnière. Celle-ci tue bon an mal an entre 0,05 et 0,1 % des gens qu’elle infecte, surtout chez les jeunes enfants et les personnes très âgées, indique Dr Boivin. Par comparaison, le taux de décès du COVID-19, contre lequel pratiquement personne n’a d’anticorps puisqu’il vient d’apparaître, est de 3,4 %, selon les dernières données disponibles.

Ce chiffre, notons-le, est sans doute exagéré parce que quand un nouveau pathogène apparaît, les premières statistiques portent souvent surtout sur des hospitalisations et «échappent» de nombreux cas bénins. Ce fut le cas, par exemple, de la grippe porcine de 2009 : les premières statistiques provenant du Mexique (premier pays touché) suggéraient un taux de mortalité effarant de 10 % alors qu’en réalité, il fut éventuellement revu à 0,1 % quand des chiffres plus fiables devinrent disponibles.

C’est vraisemblablement ce qui arrive présentement avec le COVID-19. «Il faudra des bonnes études séroépidémiologiques, avec mesure des anticorps spécifiques, pour régler cette question», dit Dr Boivin. Mais mener de telles études prend du temps, alors il faudra attendre encore avant d’être fixé pour de bon.

Cependant, il y a quand même un aspect très intéressant des chiffres de l’OMS qui n’a pas attiré l’attention qu’il mérite jusqu’à maintenant : le taux global de mortalité est clairement grossi par la province de Hubei, qui est le ground zero de l’épidémie. Dans cette province chinoise, 65 600 personnes ont été officiellement diagnostiquées, dont 2641 sont décédées, ce qui donne un taux de mortalité de 4 %. Dans le reste de la Chine, cependant, on recense 106 décès pour 13 000 malades, donc un taux de seulement 0,8 %. Et hors de la Chine, le virus a fauché 57 personnes sur 3664 cas, ou 1,5 %.

Il est difficile de savoir pourquoi le taux de mortalité est quatre fois plus élevé dans Hubei que partout ailleurs. Peut-être que le réseau de surveillance de la province a été submergé par l’épidémie et que de nombreux cas bénins n’ont pas été comptabilisés. Peut-être que les services de santé ont été débordés et ne soignent pas aussi efficacement qu’à l’habitude. Peut-être est-ce un mélange des deux, ou autre chose complètement. Mais quoi qu’il en soit, «le taux de mortalité (…) dans la province de Hubei est sans doute exagéré», estime Dr Boivin. Le vrai taux, quand on le saura, sera vraisemblablement plus proche du 1 % que l’on observe ailleurs en Chine et dans le monde que du 4 % de Hubei.

Or 1 %, c’est peu et c’est beaucoup à la fois. C’est considérablement moins que les deux derniers coronavirus qui ont fait le saut chez l’humains, soit le SRAS (10 % de mortalité) et le MERS (35 %), ce qui est toujours ça de pris. Mais c’est aussi 10 à 20 fois plus que la grippe — et ce, pour un virus qui se transmet encore mieux que l’influenza. Alors sans être aussi effrayant que d’autres épidémies dans le passé, ce COVID-19 semble bien mériter le «traitement particulier» que les autorités de santé publique lui accorde. Ce qui n’empêche pas, par ailleurs, que certains médias en «beurrent» un peu épais, mais c’est une autre question…

Science

Religion et science : comme le feu et l'eau ?

BLOGUE / C'est un texte très intéressant que les chercheurs de l'UQAM Yves Gingras et Kristoff Talin viennent de publier dans Le Devoir, intitulé «Plus de religion, moins de science». Intéressant, et je dirais aussi éclairant à plusieurs égards, mais qui conclut de manière peut-être un peu trop catégorique à mon goût. On en discutera...

Comme on pouvait s'y attendre compte tenu du sujet — fort sensible en ces temps de «laïcité» militante —, le texte connaît un bon succès populaire sur le site du Devoir. Il s'agit de toute évidence d'un résumé d'une note de recherche que MM. Gingras et Talin ont publié la semaine dernière, plus longue mais bien sûr plus complète.

Essentiellement, le duo de chercheurs prend appui sur de grandes enquêtes sociales aux États-Unis et en Europe qui montrent toutes la même chose : en moyenne, les gens plus religieux accordent moins d'importance à la science que les autres. On le constate quand on mesure les connaissances scientifiques, c'est vrai pour la confiance à l'égard de la science, c'est vrai pour la manière (positive ou non) de voir les retombées de la science dans la société, et ce lien demeure clair que l'on compare les athées aux religieux ou que l'on examine le degré de religiosité des répondants.

Parmi tous les chiffres présentés dans la «Note», les plus frappants sont ceux qui montrent une sorte de relation dose-effet (ou une apparence de, j'y reviens tout de suite) entre la religion et l'absence de science dans la vie des gens. On pourrait multiplier les exemples, mais ce tableau-ci, qui montre le score moyen sur un maximum de 13 à un test de connaissances scientifiques, en est l'illustration parfaite :

Science

On sait maintenant pourquoi l'Arctique se réchauffe à une vitesse record

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Un des premiers modèles climatiques qui a servi à étudier les effets des changements climatiques provoqués par l’humain sur notre planète a prédit que l’Arctique allait se réchauffer de deux à trois fois plus vite que la moyenne mondiale.

Quarante ans plus tard, cette «amplification arctique» a été constatée de visu.

Le réchauffement record de l’Arctique et la fonte spectaculaire de la banquise ont de graves conséquences sur les écosystèmes fragiles de la région.

Mais pourquoi l’Arctique s’est-il davantage réchauffé que les tropiques et les latitudes moyennes ?

Nous savons maintenant que c’est en partie causé par de faibles concentrations de gaz à effet de serre très puissants, des substances qui appauvrissent la couche d’ozone (SACO) telles que les chlorofluorocarbures (CFC).

Un gaz miraculeux ?

La couche d’ozone est une partie de la stratosphère située à une distance de 20 à 50 kilomètres de la surface de la Terre et qui absorbe les rayons ultraviolets nocifs du soleil. Les substances qui appauvrissent la couche d’ozone sont de puissants gaz à effet de serre qu’on connaît surtout pour leur impact dévastateur sur la couche d’ozone.

Les SACO ont été inventés dans les années 1920. On les a présentées comme des «gaz miraculeux» pouvant servir de réfrigérants, de solvants et de propulseurs dans les réfrigérateurs, les climatiseurs et les matériaux d’emballage. Ce n’est que dans les années 1980, après avoir découvert un trou dans la couche d’ozone au-dessus de l’Antarctique, que les scientifiques ont compris à quel point ces produits étaient dangereux pour la couche d’ozone.

En 1987, 197 pays ont accepté de cesser progressivement leur consommation de substances qui appauvrissent la couche d’ozone en ratifiant le protocole de Montréal. Le succès de cet accord international historique a permis de réduire les émissions de CFC à près de zéro. Cependant, le rétablissement de la couche d’ozone se fait lentement, car les CFC restent dans l’atmosphère pendant des décennies.

Les climatologues qui s’intéressent aux SACO et à leurs conséquences sur le climat ont surtout observé leur effet sur la couche d’ozone. L’impact climatique direct de ces substances a été considéré comme peu important, étant donné leur faible concentration dans l’atmosphère, et a été très peu étudié.

Expériences à l’aide de modèles climatiques

Mes collègues et moi-même avons cherché à savoir comment les SACO ont pu influencer le réchauffement climatique de la fin du 20e siècle, de 1995 à 2005. Nous avons choisi cette période à cause de l’augmentation rapide de ces substances dans l’atmosphère qu’on a pu y observer. Depuis le début des années 2000, leur concentration atmosphérique a diminué.

Pour aborder ce genre de problèmes, les climatologues peuvent avoir recours à des modèles informatiques de la Terre afin de comprendre les effets de différents phénomènes (comme les éruptions volcaniques) et des gaz à effet de serre (comme le méthane) sur la température de l’air, la circulation océanique, les précipitations, et ainsi de suite.

Science

En vidéo: un petit iceberg de 30 km de large...

24 PAR SECONDE / Chers lecteurs, chères lectrices, nous lançons aujourd'hui une nouvelle rubrique vidéo de notre cahier Science : «24 par seconde», en référence au nombre d'images qui défilent chaque seconde dans une vidéo typique. Chaque dimanche, nous vous proposerons ici une vidéo à saveur scientifique que nous aurons trouvé au cours de la semaine.

Nous commençons «24 par seconde» par une séquence fascinante montrant, en accéléré, environ 3 ans et demi de l'écoulement du glacier de l'île du Pin, en Antarctique. Plus tôt ce mois-ci, des médias ont relaté le fait qu'un iceberg gigantesque, faisant deux fois la taille de la capitale américaine de Washington, s'était détaché de ce glacier.

La vidéo qui suit, tirée (avec permission) du blogue du chercheur Adrian Luckman, de l'Université Swansea, montre que c'était loin d'être la première fois que ce glacier accouchait de pareils «géants». On y voit des images prises par le satellite européen Sentinel-1 de la mi-2017 jusqu'au 11 février, que M. Luckman a mises bout à bout.

Notons que le glacier de l'île du Pin draine pas moins de 10 % de tout l'inlandsis de l'ouest de l'Antarctique, ce qui en fait l'un des cinq principaux glaciers du continent.

Science

Les bourdons reconnaissent aussi les objets en les touchant

WASHINGTON — Comme les humains savent reconnaître par le toucher un objet au fond d'un sac encombré, les bourdons ont la capacité de reconnaître dans le noir des objets qu'ils ont vus précédemment, selon une étude parue jeudi dans la revue Science.

Ces insectes rejoignent d'autres espèces animales qui savent utiliser plusieurs sens pour identifier des objets — bien que leurs cerveaux fassent la taille d'une graine de sésame, et ne contiennent qu'un million de neurones contre 100 milliards chez les humains. Auparavant, cette capacité de «reconnaissance intermodale» avait été observée chez les primates et les rats (vue et toucher), les dauphins (grâce à l'écholocalisation), et certains poissons (sens électrique).

L'expérience pour les bourdons, menée par Cwyn Solvi, de l'université Queen Mary de Londres, et des collègues, a consisté à lâcher une quarantaine de bourdons dans une pièce noire, où se trouvaient de l'eau sucrée (récompense positive) et une solution amère à la quinine, chaque liquide remplissant soit un cube, soit une sphère. Les bourdons ont donc appris, dans le noir, à associer une forme (un cube ou une sphère) à un liquide (bon ou mauvais).

Puis les bourdons ont été lâchés dans une pièce illuminée, avec les cubes et sphères recouverts d'une plaque de plexiglas percée de trous: les bourdons pouvaient donc voir les cubes et les sphères, mais pas les toucher. Les bourdons ont convergé vers les objets contenant de l'eau sucrée, associant leur souvenir par le toucher à la nouvelle image visuelle. L'expérience a été réalisée dans l'autre sens (lumière puis noir) et avec les liquides inversés, avec les mêmes résultats.

«Les bourdons ont des représentations internes unifiées des objets dans le monde, explique à l'AFP Cwyn Solvi. Leur perspective sur le monde est plus complète que s'ils répondaient seulement comme des machines.» Cela ne veut pas nécessairement dire que les bourdons ont un même degré de conscience que nous. Mais selon la chercheuse, cela montre qu'il se passe plus de choses dans leur tête qu'on le croyait.

Science

Le traitement par le froid fait maigrir? Pas prouvé

DÉTECTEUR DE RUMEURS / L’humoriste Dominic Paquet a entrepris en janvier une cryothérapie pour perdre du poids, devant les caméras de l’émission de Julie Snyder. Mais sait-on vraiment si le fait de soumettre son corps à une température inférieure à -110°C fait maigrir? Le Détecteur de rumeurs a vérifié.

L’origine de la rumeur

La cryothérapie consiste à exposer le corps à un froid extrême pendant environ trois minutes. La température de cet air, refroidi électriquement ou avec de l'azote liquide, est habituellement de -70 °C à -140 °C, et peut même descendre jusqu’à -160°C. Confronté au froid, l'organisme consomme plus d'énergie. Il se met à produire de la chaleur en puisant dans ses ressources énergétiques et il pourrait —selon les promoteurs— brûler en moyenne 500 kcal par session de trois minutes.

Les séances ont lieu dans une chambre dont l’air est refroidi (corps entier) ou dans un caisson dont seule la tête dépasse (corps partiel).

Bénéfices incertains

S’il est exact que notre corps dépense plus d’énergie quand il est exposé au froid et que les muscles deviennent plus toniques, l’idée qu’il brûle 500 kcal par session de 3 minutes n’a jamais été prouvée. Aucune étude n’a démontré que la cryothérapie entraînait une variation de poids.

Certaines cliniques qui offrent la cryothérapie avancent qu’accompagnée d’un massage, elle pourrait raffermir la peau au point de lui faire perdre quelques centimètres de tour de hanches. Encore là, rien n’a été démontré scientifiquement. Santé Canada met d’ailleurs en garde contre la cryothérapie, précisant que les autres bienfaits allégués, comme la réduction de la douleur ou de la cellulite, n’ont pas été prouvés non plus.

Risques réels

Bien que le corps puisse supporter un froid extrême pendant quelques minutes, à la condition que l'air soit froid, sec et qu’il n’y ait pas de vent, la cryothérapie n’est pas sans danger. En 2015, une employée de 24 ans d’un centre de cryothérapie est morte dans un spa de Las Vegas. En France, plusieurs accidents sont rapportés, dont celui d’un homme aux pieds brûlés en raison d’une fuite d’azote liquide.

Un rapport de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM), publié en 2019, pointe des problèmes de sécurité et des effets secondaires tels que brûlures locales aux 1er et 2e degrés, maux de tête, urticaire chronique au froid et intolérances digestives. L’Institut français conclut à l’importance de faire le point sur les effets thérapeutiques de la cryothérapie avec des études méthodologiquement fiables.

C’est également la raison pour laquelle Santé Canada déconseille la pratique : l’utilisation «d’un appareil de cryothérapie, lit-on sur son site, qu’il soit homologué ou non, peut mettre votre santé et votre sécurité en danger». Les risques vont des gelures à la mort de tissus, en passant par les problèmes de cœur, de circulation sanguine ou neurologiques. «Si l’appareil fait défaut, cela pourrait entraîner la suffocation ou aggraver» ces problèmes. Santé Canada précise ne pas avoir «confirmé les allégations» au sujet des appareils «parce qu'aucune demande d'homologation n'a été soumise et que les données scientifiques n'ont pas été validées».

Verdict

Bien que l’idée de maigrir par le froid soit séduisante, la cryothérapie a peu de chances de faire disparaître votre culotte de cheval. Elle pourrait cependant avoir certains effets bénéfiques, notamment sur la douleur chronique et les rhumatismes. Le Détecteur de rumeurs y revient dans un prochain article.

Ne pas confondre cryothérapie avec cryogénisation, qui consiste à congeler le corps après la mort. Le sang est alors retiré du corps et remplacé par un cryoprotecteur pour empêcher la cristallisation des vaisseaux, en vue d’un éventuel réveil.