Sciences

Les tunnels d'Elon Musk: pas demain la veille

BLOGUE / Elon Musk a présenté un (autre) projet aux ambitions technologiques frôlant la folie, récemment, avec comme objectif de régler les problèmes de congestion de Los Angeles. Juste ça... Venant de n'importe qui d'autre, le projet ne serait rien de plus qu'un joli rêve éveillé, mais comme on avait dit ça à propos des fusées-réutilisables-qui-atterrissent-en-tandem-après-un-vol-spatial, on se contentera de dire : on verra. Mais dans l'intervalle, le magazine «Wired» vient de pondre une petite liste de questions fort éclairante pour quiconque veut se faire une idée des défis qui attendent M. Musk.

Essentiellement, M. Musk propose de creuser un réseau touffu de tunnels sous Los Angeles et d'y faire circuler des voitures pouvant accomoder 16 personnes — en plus de filer à 150 km/h — au coût absurdement modique de 1 $ le trajet. Mais il y a un petit hic : pour y parvenir, l'entreprise lancée par M. Musk, la bien nommée Boring Company, devra améliorer suffisamment les technologies actuelles de creusage pour, tenez-vous bien, couper par 10 les coûts de 1 km de tunnel et multiplier par 15 la vitesse de construction.

Sans dire que j'y crois (ni que j'ai envie de parier contre Musk), voici quelques-uns des points soulevés par Wired :

  • La Boring Company veut garder le diamètre de ses tunnels relativement petit. Cela peut aider beaucoup, selon les experts cités par Wired.
  • Musk veut automatiser la construction, un peu comme une chaîne de montage. Et sur ce point, les experts ne s'entendent pas sur les avantages à en tirer...
  • Une autre façon par laquelle la BC veut réduire les coûts est de transformer les rebuts de creusage et en faire des briques, que l'on pourrait ensuite vendre. Mais il s'agirait alors de briques dont la qualité ne serait pas aussi bien contrôlée que celles que l'on fabrique de nos jours, et donc pas particulièrement intéressante pour l'industrie de la construction, prévient Gary Brierley, un ingénieur civil qui a passé toute sa carrière dans la construction de tunnels.
  • Dernier point que je soulèverai ici, mais non le moindre : c'est une chose de bâtir des tunnels et d'y faire circuler des navettes à grande vitesse. C'en est une autre de le faire de manière suffisamment efficace pour transporter, potentiellement, des millions de personnes par jour. Faire monter et descendre les navettes dans les tunnels prendra du temps, et à seulement 16 personnes par voyage, les experts cités par Wired ont un peu de mal à saisir comment ce genre de système peut être intéressant à très grande échelle. De ce que je comprends, ou bien le système transformerait les embouteillages en longues files d'attente pour prendre la capsule (et on ne serait pas bien avancé), ou bien il faudrait construire un très, très grand nombre de points d'accès distribués partout sur le territoire afin d'éviter qu'un trop grand nombre de gens s'agglutinent en un même point, mais alors cela impliquerait un très grand nombre d'arrêts. À chaque fois, la navette devrait remonter jusqu'à la surface, puis redescendre dans les tunnels, ce qui ralentirait énormément le système, peut-être au point de lui faire perdre tout intérêt.

Bref, tant mieux si Musk remporte ce pari-là. Mais il semble qu'on est encore bien loin du compte...

Science

Si vous ne pouvez pas l'épeler, ce n'est pas bon à manger?

DÉTECTEUR DE RUMEURS / «Si vous ne pouvez pas l’épeler, nous ne le mettons pas dans nos aliments.» C’est le slogan qu’a choisi la compagnie Maple Leaf pour une récente campagne publicitaire. L’intention est peut-être bonne et se débarrasser de certains additifs de synthèse et autres agents de conservation artificiels, c’est une bonne stratégie de marketing. Mais éliminer des substances aux noms compliqués, ça ne tient pas debout : ce n’est pas parce qu’une chose a un nom compliqué qu’elle est dangereuse pour la santé.

N’importe quel aliment contient naturellement des substances aux noms imprononçables. Par exemple :

  • Le phosphate de pyridoxal, un dérivé de la vitamine B6
  • La cobalamine, le nom plus savant de la vitamine B12
  • L’acide octadécanoïque, présent dans toutes les graisses animales ou végétales
  • L’épimysium - la membrane recouvrant les muscles - dans le bacon et la saucisse (entre autres)
  • Le 2-hydroxy-3-methylethyl butanoate, abondant dans la banane
  • Le phénylalanine, un acide aminé, présent dans les aliments les plus courants
  • Le gallate d’épigallocatéchine, dans le thé.

Invité à trouver son «mot le plus long» préféré, le chimiste Normand Voyer, de l’Université Laval, a arrêté son choix sur : «L’acide β-(benzoylamino)-α-hydroxy -6,12b-bis(acétyloxy)-12-(benzoyloxy)- 2a,3,4,4a,5,6,9,10,11,12,12a,12b-dodécahydro-4,11-dihydroxy-4a,8,13,13-tétraméthyl-5-oxo-7,11-méthano-1''H''-cyclodéca(3,4)benz(1,2-b)oxet-9-yl ester,(2a''R''-(2a-α,4-β,4a-β,6-β,9-α(α-''R''*,β-''S''*),11-α,12-α,12a-α,''''2b-α))-benzènepropanoïque.»

Cet acide est plus connu sous le nom de taxol, c’est un produit naturel tiré de l’écorce de l’if du Pacifique, qui s’avère être un puissant agent anti-cancer.

Même Google nous vient en aide : le mot le plus long de la langue anglaise aurait 189 819 lettres (et 241 578 en français). Il faudrait apparemment trois heures et demie pour le prononcer (le Détecteur de rumeurs n’a pas relevé le défi). C’est le nom complet de la titine (ou connectine), une protéine des muscles. Qui du coup, se retrouve probablement dans la saucisse Maple Leaf.

Cette croyance voulant que «si c’est un nom compliqué, ça doit être dangereux», est un des exemples les plus connus des vulgarisateurs lorsqu’ils sont confrontés à un phénomène que certains appellent chimiophobie : la peur de tout ce qui est «chimique», ou plus exactement, l’association erronée entre «chimique» et «toxique». Une blogueuse américaine devenue une vedette dans son domaine, la Food Babe, de son vrai nom Vani Hari, vertement critiquée pour ses dérives pseudoscientifiques, s’en est fait une spécialité : « si vous ne pouvez pas le prononcer, vous ne devriez pas le manger ».

Verdict :

Le risque d’un aliment ne se mesure pas à la complexité de son nom. Plutôt que de tenter de l’épeler, il serait plus important de tenter de comprendre de quoi il s’agit.

Science

Yanny ou Laurel? Tout est dans la tête

Et vous, entendez-vous «laurel» ou «yanny»? L’explication scientifique au mystère devenu viral sur les réseaux sociaux est… qu’il ne s’agit d’aucun de ces deux mots, mais de quelque chose entre les deux. En plus d’un peu de psychologie.

La psychologie, tout d’abord. Le fait que des gens entendent un mot alors que leur voisin entend l’autre, et ce à partir du même enregistrement de 4 secondes, n’a rien à voir avec la qualité de nos oreilles ou des haut-parleurs. C’est d’abord et avant tout l’équivalent de ce qu’on appelle des «images ambiguës», ces images qui peuvent tout à la fois être un vase et le profil d’une personne. Un individu peut voir le vase et avoir toute la difficulté du monde à voir le profil, ou vice-versa. Qui plus est, le fait de lui annoncer qu’il s’agit d’un vase peut jouer en faveur du vase — de la même façon que le fait d’avoir mis «yanny» comme premier choix peut avoir joué en faveur de ce mot chez certaines personnes.

Autrement dit, et ce ne sera là une découverte pour personne, il nous arrive d’entendre ce que nous nous attendons à entendre.

Mais la psychologie n’est pas le seul facteur dans cet exercice qui a confondu cette semaine des millions d’internautes. Comme l’explique au magazine The Verge le neurologue de l’audition Lars Riecke, «l’information acoustique» derrière le mot «yanny» est à une fréquence plus élevée que celle du mot «laurel». Or, l’âge tend à faire perdre un peu d’audition aux fréquences plus élevées. Des internautes se sont d’ailleurs amusés à jouer avec l’enregistrement en lui retirant progressivement les plus basses fréquences : le mot «yanny» ressort alors plus nettement.

C’est encore plus subtil que ça si on décompose le tout, son par son. Chaque son est en réalité un mélange de hautes et de basses fréquences. Il est possible que la moyenne des fréquences du premier son ait été plus élevée que la normale — accentuant l’impression qu’il s’agit d’un «Y» alors qu’il s’agissait d’un «L» : un journaliste de Wired a retracé l'origine de l'enregistrement, en 2007, et il s'agissait vraiment de «laurel», dans un contexte où une personne devait enregistrer des milliers de mots pour un dictionnaire.

Toutefois, en bout de ligne, on en revient toujours à la psychologie, ou plus exactement à la neurologie. Le fait d’avoir mis tel mot à gauche plutôt qu’à droite, la couleur du fond d’écran, le fait que le mot soit sorti de son contexte, ou bien ce que vos collègues pensent avoir entendu, tout cela peut contribuer à faire pencher la balance. Dans les mots d’une experte en biologie de l’audition, Nina Kraus, interrogée par Popular Science, «ce que vous vous préparez à entendre est, en bonne partie, ce que votre cerveau va entendre — et ce que votre cerveau entend, c’est tout ce qui compte».

Et ça peut même nous amener aux frontières des fausses nouvelles : nos interprétations de la réalité sont toujours subjectives, mais nous sommes parfois capables de nous y accrocher très fort.

Science

Risque cardiaque accru pour les chiens... nés l'été ?

PARIS - Les chiens nés en plein été ont davantage de risques de développer une maladie cardiovasculaire que leurs congénères qui voient le jour à d'autres saisons, selon une étude américaine.

Cela pourrait s'expliquer par des facteurs environnementaux, notamment la pollution de l'air, indique à l'AFP Mary Regina Boland, du département biostatistique et épidémiologique de l'Université de Pennsylvanie, principale auteure de l'étude.

Le système cardiaque du chien ressemble à celui de l'homme. De précédentes études ont montré que le risque chez l'humain de développer certaines maladies, notamment cardiaques, diffère selon le mois de naissance. Cette fois, une équipe de chercheurs du département biostatistique et épidémiologique de l'Université de Pennsylvanie a travaillé sur une base de données de la Fondation Orthopédique pour les Animaux (OFA) aux Etats-Unis, qui recueille des informations sur les maladies des chiens notamment.

Les chercheurs ont étudié les données cardiovasculaires de 129 778 chiens, de 253 races différentes.

Ils ont découvert que parmi les chiens qui ne sont pas prédisposés génétiquement à avoir des problèmes cardiaques, ceux qui sont nés en juin, juillet et août présentent "un risque plus élevé" de développer une maladie cardiaque que ceux nés à d'autres moments de l'année, selon l'étude parue dans Scientific Reports (Nature).

Le risque pour ces chiens peut être accru de 74 % s'ils sont nés en juillet par rapport aux chiens nés en hiver, précise Mary Regina Boland.

Pour les chiens génétiquement prédisposés aux maladies cardiovasculaires, la variation de ce risque selon la saison de naissance est en revanche «marginale», souligne la chercheuse.

«La période de juin à août est une période de pics concernant l'exposition aux particules fines, ce qui conduit les auteurs de l'étude à suggérer que la pollution est un mécanisme possible pour ce risque accru» de maladie cardiovasculaire, avance-t-elle.

Ces résultats corroborent les résultats d'une précédente étude, cette fois sur l'homme, conduite en 2017 par l'équipe de Mary Regina Boland.

L'analyse de données concernant 10,5 millions de patients dans plusieurs pays de climats différents (États-Unis, Corée du Sud, Taïwan) a établi un lien entre l'exposition aux particules fines au premier trimestre de la grossesse — comme celles émises par les usines — et une hausse de 9 % du risque de développer plus tard une fibrillation atriale, un trouble du rythme cardiaque, dit-elle.

Science

Ce que les dents d'Hitler disent sur sa mort

PARIS — Adolf Hitler est bien mort en 1945 à Berlin, sans doute sous l'effet du cyanure mais aussi d'une balle, selon des chercheurs français qui ont examiné des fragments de ses dents et d'un crâne du dictateur conservés à Moscou.

«Les dents sont authentiques, il n'y a aucun doute possible. Notre étude prouve bien que Hitler est mort en 1945», a déclaré à l'AFP le professeur Philippe Charlier. L'étude qu'il cosigne avec quatre autres chercheurs a été publiée vendredi dans la revue scientifique European Journal of Internal Medicine.

L'analyse des prélèvements effectués sur la mauvaise dentition d'Hitler et ses nombreuses prothèses montre que les dépôts blancs sont bien du tartre, et qu'il n'y a pas de traces de fibres carnées (le dictateur était végétarien), selon la même source.

Avec cette découverte, dont avait fait état fin mars un documentaire de la chaîne de télévision France 2, «on peut arrêter toutes les théories conspirationnistes et «survivantistes» sur Hitler. Il n'a pas fui en Argentine dans un sous-marin, il n'est pas dans une base cachée en Antarctique ou sur la face cachée de la Lune», ironise Philippe Charlier.

En mars et juillet 2017, les services secrets (FSB) et les archives d'État russes ont autorisé l'équipe de chercheurs à examiner des ossements du dictateur, une première depuis 1946, selon le scientifique.

L'équipe française a pu étudier le fragment de crâne présenté comme étant celui du Führer, qui présente un orifice à gauche vraisemblablement causé par le passage d'une balle. Mais les scientifiques n'ont pas été autorisés à effectuer des prélèvements sur ce fragment.

En l'état, sa morphologie est «totalement comparable» à des radiographies du crâne d'Hitler qui datent d'un an avant sa mort, affirme le scientifique.

Si cette étude conforte la version généralement admise d'une mort d'Hitler le 30 avril 1945 dans son bunker berlinois, avec sa compagne Eva Braun, elle apporte de nouveaux éléments sur les causes de la mort, selon Philippe Charlier.

«On ne savait pas très bien s'il avait utilisé une ampoule de cyanure pour se suicider ou s'il s'était tiré une balle dans la tête. C'est vraisemblablement les deux», affirme-t-il.

L'examen de la dentition n'a pas permis de relever la présence de poudre, ce qui exclut un tir de revolver dans la bouche, et fait plutôt penser à un tir dans le cou ou dans la tempe. Parallèlement, des dépôts bleuâtres observés sur les prothèses peuvent «vraisemblablement» être liés à une «réaction chimique entre le cyanure et le métal des prothèses», selon le chercheur.

Le docteur Charlier, spécialiste d'anthropologie médico-légale, est notamment à l'origine de l'authentification du cœur de Richard Cœur de Lion, de Saint Louis et de celle (contestée) de la tête momifiée du roi de France Henri IV.

Science

Des probiotiques pour... les abeilles?

À vue de nez, tester des bactéries probiotiques sur des abeilles peut sembler aussi étrange que de jouer au basket avec un bâton de hockey. Mais le fait est que tous les animaux vivent dans une mer de bactéries depuis la nuit des temps : une équipe de l’Université Laval l’a essayé et elle vient, disons, de marquer un panier de trois points avec sa méthode. Ou un tour du chapeau, selon les préférences…

Les hivers sont longs pour les abeilles québécoises. «Pendant l’hivernage, les abeilles ne se débarrassent pas du contenu de leurs intestins, alors cela met leur microbiote intestinal à rude épreuve et ça se traduit par des épisodes de nosémose [maladie causée par un champignon microscopique], surtout dans des endroits où les hivers sont longs, comme ici», dit le biologiste Nicolas Derome, qui cosigne l’étude avec une dizaine d’autres chercheurs de l’UL et de France. L’article est paru jeudi dans la revue savante Frontiers in Ecology and Evolution.

La nosémose rend les abeilles moins coopératives et diminue leur résistance immunitaire, menant parfois à des pertes importantes. M. Derome et son équipe ont donc testé quatre probiotiques (des bactéries de souches spécifiques qui vivent dans l’intestin des abeilles) différents sur un total de 4000 abeilles gardées pendant 27 jours dans des cages (par groupe de 20) et qui étaient nourries avec un sirop de sucre. Toutes ont été infectées à la nosémose et, selon le groupe, le sirop était enrichi (ou non) de l’un ou l’autre des probiotiques — des souches de bactéries connues pour combattre le champignon qui cause la nosémose.

À point nommé

Résultat : dans les cages qui n’avaient pas de sirop enrichi avec de «bonnes bactéries», les abeilles ont commencé à mourir massivement après 14 jours, au point où seulement 20 à 25 % étaient toujours vivantes au bout de trois semaines. Mais chez celles qui avaient reçu le traitement probiotique, les taux de survie atteignaient de 45 à 55 %, selon le type de bactérie testé.

Ce succès ne surprend toutefois pas M. Derome outre mesure. Lui-même un spécialiste non pas des abeilles, mais des microbiotes dans l’élevage, il a déjà observé des effets bien plus spectaculaires. «Les tout premiers résultats qu’on avait obtenus, c’était en aquaculture avec l’omble de fontaine, et on avait eu une amélioration des taux de survie de 84 %. C’était assez exceptionnel, d’autres résultats qu’on avait obtenus pour le doré jaune, par exemple, tournaient plutôt autour de 20 à 30 %, et là on a jusqu’à 40 % pour l’abeille […mais] notre étude tombe vraiment à point nommé pour les apiculteurs. Le fabricant de l’antibiotique qui servait à combattre la nosémose a mis la clef sous la porte récemment. Ça a d’ailleurs créé tout un séisme dans l’apiculture canadienne et dans le nord des États-Unis, où la nosémose est plus fréquente.»

Combiné au fait que le champignon commençait à montrer une résistance audit antibiotique, il était en effet grand temps qu’une solution de rechange potentielle soit trouvée…

Science

De lourds dinosaures couvaient leurs oeufs sans faire d’omelette

PARIS — Mais comment s’y prenaient certains gros dinosaures pour prendre soin de leurs oeufs sans les écraser ? Ils les disposaient tout autour d’eux et s’installaient dans l’espace au centre resté libre, selon une étude publiée mercredi.

Si la plupart des dinosaures se contentaient vraisemblablement d’enterrer leurs oeufs après la ponte - comme le font les crocodiles de nos jours - , certains théropodes non aviaires confectionnaient des nids et s’occupaient de leurs oeufs.

«Certaines espèces d’oviraptorosaures et troodontidés, couvaient vraisemblablement leurs oeufs comme le font les oiseaux modernes», déclare à l’AFP Kohei Tanaka, chercheur à l’Université de Nagoya (Japon) et auteur principal de l’étude publiée dans Biology Letters (Royal Society).

Une équipe de chercheurs a étudié des couvées fossiles d’oviraptorosaures de différentes sortes, retrouvées en Chine, pour comprendre l’impact de la taille sur le comportement d’incubation des dinosaures.

Chez les oviraptorosaures, la disposition des oeufs se faisait toujours en anneau, mais la physionomie du centre du nid variait, souligne l’étude.

L’espace central était petit ou absent pour les plus petites espèces d’oviraptorosaures puis il s’agrandissait avec la taille de ces dinosaures et allait jusqu’à occuper la plus grande partie du nid pour les espèces géantes, ajoute l’étude.

«Les grandes espèces d’oviraptorosaures ne devaient pas s’asseoir directement sur les oeufs. Elles devaient vraisemblablement se poser au milieu du nid, afin de ne pas écraser les oeufs», souligne Kohei Tanaka.

Ces grands oviraptorosaures pondaient des oeufs de forme allongée qui pouvaient mesurer 50 centimètres de long et peser jusqu’à 7 kilos, précise le chercheur.

Dans la mesure où ils ne s’asseyaient pas directement sur leurs oeufs, ils n’étaient pas à même de leur procurer une vraie chaleur, mais leur attitude devait les protéger des prédateurs et des intempéries, ajoute-t-il.

Les théropodes forment un vaste groupe incluant la plupart des grands dinosaures carnassiers - dont le redoutable Tyrannosaure Rex -, mais aussi les ancêtres des oiseaux modernes.

Les oviraptorosaures étaient de tailles diverses. Le Caudipteryx avait la taille d’un dindon alors que le Gigantoraptor mesurait 8 mètres et pesait dans les 1400 kilos.

Jean-François Cliche

L'acupuncture pour tomber enceinte?

BLOGUE / «Pour moi, c'est l'acupuncture qui a marché.» Combien de fois ai-je entendu cette phrase au cours des dernières années, de la part de femmes de mon entourage qui cherchaient à tomber enceinte et qui avaient l'impression que des séances d'acupuncture les avaient aidées ?

Je suis bien content pour elles si elles sont devenues maman : avoir des enfants et les élever est à mon sens la chose la plus merveilleuse qui puisse possiblement arriver à quelqu'un. (À quatre enfants, j'ai perdu le droit de dire le contraire il y a longtemps, n'est-ce pas ?) Et je peux comprendre qu'elles soient persuadées que c'est grâce à l'acupuncture qu'elles ont fini par réaliser que la vie est une longue brassée de lavage que t'as jamais vraiment fini de plier ce rêve fabuleux.

Après tout, un couple qui peine à concevoir essaiera typiquement une série de solutions jusqu'à ce que ça «colle», comme on dit. Dans pareilles circonstances, il apparaît logique que ce qui a fonctionné est la dernière chose tentée avant de tomber enceinte, même s'il demeure entièrement possible que ce soit un hasard. Et peut-être même que l'acupuncture les a véritablement aidées, ne serait-ce que par l'effet placebo. Encore une fois, tant mieux pour elles si c'est le cas.

Mais plus la recherche s'accumule, plus il semble qu'il n'y a justement rien d'autre qu'un effet placebo (au maximum) dans toute cette histoire, et une étude parue ce matin dans le Journal of the American Medical Association vient en rajouter une couche. Il s'agit d'un essai clinique randomisé, soit le type le plus rigoureux d'études médicales, menée sur près de 850 femmes qui entamaient un cycle de fécondation in vitro — ce qui est un échantillon de bonne taille. La moitié a reçu des traitements d'acupuncture et l'autre moitié a reçu un placebo, soit de la fausse acupuncture, qui consiste à insérer des aiguilles moins profondément et hors des points jugés «efficaces» par l'acupuncture.

Résultat : 18,3 % des participantes qui ont reçu de vrais traitements d'acupuncture sont tombées enceintes, ce qui n'est pas vraiment mieux que la fausse acupuncture (17,8 %). Même en présumant que les participantes du groupe «vraie acupuncture» qui ont abandonné en cours de route (et dont les chercheurs n'ont plus eu de nouvelles) ont toutes donné naissance à des enfants, la différence avec le placebo n'est pas statistiquement significative. C'est tout dire...

Notons que cette étude va dans le même sens que le reste de la littérature scientifique : non, l'acupuncture n'est pas meilleure qu'un placebo pour avoir des enfants. Oh, certes, il y a bien eu cette méta-analyse parue en 2007 dans le British Medical Journal, qui concluait que «les données préliminaires suggèrent que l'acupuncture [...] améliore le taux de grossesse», mais une mise à jour parue en 2013, avec plus d'études et un échantillon beaucoup plus gros, a complètement déssoufflé la balloune : «Nous n'avons trouvé à l'acupuncture aucun bénéfice pour la FIV.»

Science

De la vapeur sur une lune de Jupiter?

PARIS — Des jets de vapeur d’eau pourraient bel et bien s’échapper de la surface gelée d’Europe, une des lunes de Jupiter, selon de nouvelles données publiées lundi qui relancent l’espoir de trouver de la vie ailleurs dans le système solaire.

La sonde américaine, qui avait exploré Jupiter et ses lunes de 1995 à 2003, avait déjà permis de détecter les premiers indices de la présence d’un vaste océan sur ce satellite naturel de Jupiter.

Depuis, la NASA estime qu’Europe est l’un des meilleurs endroits du système solaire pour accueillir la vie en dehors de la Terre.

Cet océan sub-glaciaire contiendrait deux fois plus d’eau que tous les océans terrestres réunis sous une croute de glace extrêmement froide et très dure, dont l’épaisseur est à ce stade inconnue.

Depuis 2012 et des données récoltées par le télescope spatial Hubble, la possible présence de vapeur d’eau autours de la planète est évoquée par certains astronomes.Sans aller jusqu’à prouver leur existence, de nouvelles données, cette fois obtenues par la sonde Galileo lors de son survol d’Europe en 1997, font de nouveau pencher la balance vers cette possibilité.

Selon cette dernière étude, publiée dans la revue Nature Astronomy, «les changements observés dans le champ magnétique et le plasma autour d’Europe s’expliquent facilement par la présence de jets de vapeur d’eau».

Ces geysers, si leur existence est confirmée, pourraient offrir un jour un moyen d’obtenir, grâce à l’envoi de robots, des échantillons de l’eau se trouvant sous la glace pour les analyser sans avoir à faire de forage dans des kilomètres de glace.

Cela permettrait aussi de faire des recherches pour y trouver des signes de l’existence de la vie.

La NASA avec la sonde «Europa Clipper» et l’Agence spatiale européenne (ESA) avec «Juice» projettent d’aller justement à nouveau survoler Europe. Les deux sondes devraient s’approcher de Jupiter et ses lunes entre la fin des années 2020 et le début des années 2030.

Science

Jardiner dans l'espace: tout un défi!

Pas facile d'avoir la main verte dans l'espace. Sans gravité, les graines peuvent voleter de-ci, de-là. L'eau ne s'écoule pas, elle s'agglutine en gouttes pouvant noyer les racines. Et lumière artificielle et ventilateurs doivent être finement réglés pour reproduire rayons solaires et vent. Mais pour la NASA, jardiner dans l'espace sera crucial pour la prochaine génération d'explorateurs.

Ces derniers devront se nourrir pendant des missions de plusieurs mois voire plusieurs années sur la Lune ou sur Mars. Or des éléments nutritifs essentiels, comme les vitamines C et K, disparaissent avec le temps dans les produits lyophilisés.

Si les astronautes en sont privés, le risque s'accroît qu'ils développent des infections, des cancers et des maladies cardiaques ou encore qu'ils aient une mauvaise coagulation sanguine.

L'agence spatiale américaine s'est ainsi tournée vers des botanistes et des jardiniers en herbe — des lycéens en l'occurrence — pour mener des expérimentations.

«Il existe des dizaines de milliers de plantes comestibles sur Terre qui pourraient être utiles et il est difficile de choisir celles qui seront les meilleures pour la production d'aliments destinés aux astronautes, explique Carl Lewis, directeur du Jardin botanique tropical de Fairchild en Floride, en première ligne dans ces recherches. Et c'est là que nous entrons en jeu.»

Ce jardin botanique de Miami a identifié 106 variétés de plantes qui pourraient bien réagir dans l'espace, dont le chou rustique et la laitue. Puis plus de 15 000 élèves de 150 établissements scolaires ont été mis à contribution pour faire pousser dans leurs salles de classe des plantes dans les mêmes conditions que dans l'espace.

Ce projet sur quatre ans, financé par une subvention de la NASA à hauteur de 1,24 million $, en est à mi-parcours.

Jardinage high-tech

Utilisant des plateaux équipés de lampes qui s'apparentent aux caissons installés dans l'espace, les élèves doivent prendre soin des plantes et relever les données sur leur évolution, qui sont ensuite communiquées à la NASA.

«Nous ne nous servons pas de matériel classique de jardinage, explique Rhys Campo, une lycéenne de 17 ans dont la classe est responsable d'une laitue rouge. Nous avons des installations beaucoup plus high-tech

L'expérience n'est pas exempte de certaines difficultés : des plantes peuvent être trop arrosées; la température dans les classes varie de l'une à l'autre; des cultures peuvent être délaissées le temps de vacances scolaires...

Dans la classe de Rhys Campo, la laitue s'est desséchée. Les élèves n'ont pas pu la déguster mais ont néanmoins transmis leurs relevés à la Nasa.
De telles mésaventures ont contribué de manière inattendue au programme : «Si une plante réagit bien avec toutes ces variations, la probabilité est que cette plante réagira bien dans l'espace», explique Gioia Massa, spécialiste de botanique à la NASA.

«On ne peut pas apprendre quelque chose de nouveau sans faire d'erreur, a noté JoLynne Woodmanssee, enseignante au lycée BIOTech à Miami. Les élèves apprennent que faire des erreurs est acceptable.»

Les astronautes vivant à bord de la Station spatiale internationale (ISS), en orbite autour de la Terre à 400 kilomètres d'altitude, ont aussi connu moult échecs en matière de jardinage spatial. Le premier caisson portatif pour cultiver dans l'espace, équipé d'ampoules LED et baptisé Veggie (raccourci pour vegetable, «légume» en anglais), est testé depuis 2014 dans l'ISS : une partie des laitues n'ont pas germé, d'autres ont succombé à la sécheresse.

Laitue made in space

Mais les astronautes ont persévéré et ont pu savourer en 2015 la toute première feuille de salade ayant poussé dans l'espace.
L'avant-poste orbital dispose désormais de deux caissons Veggie et d'un troisième, appelé Advanced Plant Habitat.

La récolte n'est qu'occasionnelle et ne représente qu'une feuille ou deux par astronaute, mais cela en vaut la peine, a confié l'astronaute Ricky Arnold, lors d'une liaison vidéo avec le lycée Fairchild en avril.

«La texture des aliments quels qu'ils soient est très similaire» quand ils sont lyophilisés, a-t-il expliqué. «Lorsque vous êtes en mesure de récolter votre propre laitue, le simple fait de goûter une texture différente est une distraction très agréable par rapport au menu standard.»

Les plantes n'ont pas besoin de gravité pour pousser, simplement d'une source de lumière vers laquelle s'orienter.

Pour Mme Massa, une bonne plante de l'espace doit être peu encombrante et très productive. Elle doit également prospérer dans la température ambiante d'un vaisseau — 22 degrés Celsius dans l'ISS —, où règne une humidité de 40% et un niveau élevé de dioxyde de carbone.
Elle doit aussi germer avec très peu de terre, bien réagir aux lampes LED et être peu microbienne car il est difficile de nettoyer les légumes dans l'espace.

Plusieurs légumes testés par des élèves devraient être lancés vers l'ISS dans les prochains mois, comme une variété de laitue et un mini-chou chinois. L'année prochaine, la tomate pourrait même être au menu.

La NASA envisage d'utiliser des robots jardiniers pour automatiser le processus afin que l'équipage puisse se consacrer à d'autres tâches. Mais de nombreux astronautes ont confié qu'ils appréciaient de veiller sur les plantes car cela leur permet de maintenir une connexion avec la Terre.
«Les avantages psychologiques peuvent être importants pour les astronautes», estime Trent Smith, chercheur de l'agence spatiale américaine.