Jean-François Cliche

Vivement James Webb (2)

«Habitable» ? «Bonne candidate» pour héberger la vie ? Comme à chaque fois qu'une planète d'une taille comparable à celle de la Terre est découverte sur un orbite permettant d'envisager théoriquement la présence d'eau liquide, l'annonce d'hier au sujet de l'exoplanète Ross 128 b suscite l'espoir d'y trouver de la vie. Ce qui est bien normal, d'ailleurs. Mais la vérité, c'est qu'on n'a pour l'instant aucune manière de le savoir — et qu'on ne peut même pas dire avec un tant soit peu de certitude si c'est seulement «habitable».

On trouve ici et sur le web différentes manières de dire-sans-vraiment-le-dire qu'on a de bonnes raisons d'espérer trouver de la vie sur Ross 128b. Choisissez votre favorite. Mais voici ce qu'écrivent les auteurs même de la découverte dans leur article paru dans la revue savante Astronomy and Astrophysics : comme la planète est très proche de son étoile (à un 20e de la distance Terre-Soleil, elle en fait le tour en 9,9 jours) et que la frontière intérieure de la «zone habitable» (les orbites où il existe une possibilité théorique que l'eau existe sous forme liquide) est mal définie, «il est préférable, d'ici à ce que tout cela s'éclaircisse, de parler de Ross 128b comme d'une planète tempérée plutôt que comme d'une planète se trouvant à l'intérieur de la zone habitable».

Le communiqué de presse de l'Observatoire austral d'Europe (ESO) utilise ces termes, d'ailleurs.

En outre, les planètes qui orbitent très proche de leur étoile ne sont pas des candidates idéales pour abriter la vie. Cela n'est pas forcément impossible, mais cela fait des environnements très rudes parce que la rotation des planètes qui serrent à ce point leur étoile est presque toujours «verrouillée», comme ils disent : elles montrent toujours la même face à leur étoile, comme la Lune le fait avec la Terre. Alors imaginez : d'un côté de la planète, il peut faire 200°C en permanence et alors que du côté obscur, il fait toujours –200°C.

Si ladite planète possède une atmosphère, il peut y avoir une certaine forme de «brassage d'air» qui répartit la chaleur jusqu'à un certain point — pas assez pour la rendre une uniforme, mais suffisamment pour élargir un peu la bande de climat intermédiaire qui existe entre le côté chaud et le froid. On peut imaginer qu'avec des écarts de températures extrêmes viennent des écarts de pression atmosphériques extrêmes qui déplaceraient de l'air en hauteur vers le côté froid, air qui reviendrait ensuite en basse altitude vers le côté chaud. Mais cela fait selon toute vraisemblance un climat où des tempêtes terribles sévissent continuellement.

Bref, même avec une atmosphère, ce n'est pas l'idéal pour la vie, et certains sont même carrément pessimistes à l'égard de la possibilité que la vie puisse émerger sur une planète «verrouillée». Mais leurs arguments, disons-le, ne convainquent pas tous les astrophysiciens que c'est impossible.

Le même genre de débat a lieu au sujet de l'habitabilité des systèmes qui orbitent autour des naines rouges — soit des étoiles comme Ross 128, petites et faiblement lumineuses. Certains sont pessimistes, notamment à cause des émissions de rayons X qu'elles émettent mais de toute évidence leurs arguments ne sont pas suffisants pour rallier un consensus. Notons que Ross 128 est une naine rouge apparemment fort «calme», du point de vue des radiations, ce qui est une raison d'espérer — mais sur ce point-là non plus, il n'ya pas de consensus...

Et de toute manière, on ne sait même pas si Ross 128b a une atmosphère ou non, et on n'aura pas de moyen de le savoir avant quelques années, quand le teléscope spatial James-Webb et le Teléscope géant européen entreront en fonction et permettront d'étudier l'atmosphère des exoplanètes. Alors comme je l'ai déjà écrit ici plus tôt : vivement James-Webb et l'ELT, histoire qu'on arrête de devoir se contenter de «peut-être» et de possibilités théoriques.

Science

Découverte d’une planète susceptible d’héberger de la vie

PARIS - Une nouvelle planète vient s’ajouter à la liste encore restreinte des bonnes candidates pour la recherche de signes de vie au-delà du système solaire, a annoncé mercredi l’Observatoire européen austral (ESO).

Cette petite dernière, prénommée Ross 128b, a été découverte autour d’une étoile de la constellation de la Vierge, située à seulement 11 années-lumière du Système solaire (une année-lumière équivaut à 9.460 milliards de km) de la Terre.

«Ross 128b est très proche, ce qui nous permettra de la voir avec un télescope tel que l’E-ELT en construction pour 2025», explique à l’AFP Xavier Bonfils, astronome du CNRS à l’Observatoire des sciences de l’Univers de Grenoble.

Détectée par le spectrographe HARPS, installé sur le télescope de 3,6 mètres de l’ESO au Chili, la planète orbite autour d’une étoile naine (Ross 128) en 9,9 jours.

Selon les chercheurs, Ross 128b est susceptible d’héberger des signes de vie: elle a une masse similaire à celle de la Terre (1.35 plus massive) et «sa température de surface pourrait également être proche de celle de la Terre», donc peut-être compatible avec la présence d’eau à l’état liquide indispensable à la vie telle qu’on la connaît.

De plus, cette nouvelle planète orbite autour d’une étoile «calme», son atmosphère a donc une chance d’avoir résisté aux vents et éruptions stellaires.

L’équipe de Xavier Bonfils attend avec impatience la mise en service du Télescope géant européen E-ELT (European Extremely Large Telescope) de l’ESO en construction au Chili qui permettra d’étudier plus précisément Ross 128b et de découvrir si elle possède bel est bien une atmosphère et si la densité de cette dernière est suffisante pour protéger la planète de son étoile (notamment de ses rayons X).

La présence d’une atmosphère représente «la grande inconnue pour toutes les exo-Terres (des exoplanètes dont la masse est proche de celle de la Terre, NDLR) détectées aujourd’hui», note Xavier Bonfils. Un mystère qui, pour les planètes candidates les moins loin de la Terre, pourrait être levé avec l’arrivée prochaine d’une nouvelle génération de télescopes.

Ensuite, restera à définir si cette atmosphère contient des traces de dioxygène, d’eau ou de méthane, étroitement liées à la vie.

Ross 128b représente l’exo-Terre tempérée la plus proche de nous après Proxima b, dont l’annonce de la découverte avait fait grand bruit en août 2016. Cette exoplanète avait été débusquée en orbite autour de l’étoile Proxima du Centaure, éloignée de 4,2 années-lumière en faisant une voisine à l’échelle de l’Univers.

Sur les milliers d’exoplanètes détectées à ce jour, une petite cinquantaine sont considérées comme potentiellement habitables.

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Jean-François Cliche

Encore faut-il se servir de sa tête...

BLOGUE / Pierre-Jean-Jacques croit que les vaccins sont dangereux pour la santé ? C'est sûrement parce qu'il n'a jamais été très vif entre les deux oreilles. Joe Bleau est persuadé que les traînées de condensation derrière les avions sont une opération de contrôle chimique des esprits ? Eh bien, on se doutait déjà, pour paraphraser une députée montréalaise, qu'il n'était pas l'aile de poulet la plus piquante du paquet, non ?

Quand on se bute à une théorie de la conspiration, surtout celles qui ont été plusieurs fois réfutées en sciences, on a à peu près toujours le même réflexe : on déduit (trop) souvent que notre interlocuteur doit être un peu lent. Pas de sa faute, il est né au fond de la boîte de pogos, le pauvre, là où ça dégèle le moins vite. Et jusqu'à un certain point, c'est un raisonnement qui peut se défendre puisque, après tout, si 294 éléments de preuve indubitables ne suffisent pas à convaincre notre interlocuteur que l'alunissage d'Apollo 11 n'a pas été filmé à Hollywood, il n'est a priori pas déraisonnable de se demander si l'on a vraiment affaire à la chip la plus vinaigrée dans le sac.

Pour tout dire, il y a même des études qui ont trouvé que les gens les moins doués pour la pensée analytique sont plus susceptibles d'adhérer à ces théories loufoques, à croire au paranormal, etc. Et ils se laissent emberlificoter plus facilement quand ils lisent des phrases sans queue ni tête tournées de manière à avoir l'air philosophique. Alors, l'affaire est pinotte ?

En fait, non, l'affaire n'est pas pinotte, même pas des natures-pas-salées. Une nouvelle étude vient d'ajouter une nouvelle dimension très intéressante à cette histoire, parue en ligne cette semaine — version papier en février dans la revue savante Personality and Individual Differences. Contrairement aux autres études du même genre, ses auteurs (Tomas Stahl, de l'Université de l'Illinois, et Jan-Willem van Prooijen, de l'Université libre d'Amsterdam) n'ont pas seulement mesuré les aptitudes cognitives de leurs sujets (300 en tout), mais également la valeur que les sujets attachaient à la pensée rationnelle — par exemple, jusqu'à quel point ils jugeaient important d'appuyer ses opinions sur des faits et des données, etc.

Dans l'ensemble, ils ont trouvé que, ceux qui avaient les meilleures capacités analytiques — mesurées par quelques questions du genre : si 5 machines mettent 5 minutes à produire 5 bobines de fil, combien de temps mettront 100 machines à produire 100 bobines ? — adhéraient moins à des croyances infondées/farfelues, mais la différence s'effaçait chez ceux qui accordaient peu d'importance à la rationalité. Dans ce dernier groupe, ceux qui performaient le moins bien aux tests de cognition ont eu des scores moyens d'environ 4 pour le conspirationnisme, sur une échelle de 1 (incroyant) à 7 (adhérant pur et dur), alors que les «doués» ont obtenu une moyenne très proche, à 3,8. La différence entre les deux n'était pas statistiquement significative.

Il n'y a que chez ceux qui accordaient de l'importance à la rationalité que les capacités cognitives faisaient une différence sur l'adhésion aux théories du complot — environ 4,2 chez les pogos les moins dégelés, contre 3 chez les plus «chauds». Et notons que MM. Stahl et van Prooijen ont répété cette expérience avec des tests de cognition plus difficiles afin de voir si c'est l'inclinaison à penser analytiquement ou la capacité à le faire qui fait une différence, et ils ont obtenu des résultats similaires.

Bref, comme on dit dans les corridors de l'Assemblée nationale, il ne suffit d'avoir la palette la plus «tapée» de l'équipe, encore faut-il s'en servir...

Insolite

L’homme qui résiste au venin de serpent

LONDRES - Depuis près de trente ans, Steve Ludwin s’injecte du venin de serpent. Une pratique qui a failli lui coûter la vie, mais qui pourrait sauver celle de milliers d’autres, car grâce à lui des chercheurs tentent de créer un nouveau type d’antivenin.

Une exposition sur le venin au Musée d’histoire naturelle de Londres, qui débute vendredi, consacre un court film à cet homme grâce à qui la recherche médicale progresse.

Installé dans son salon au coeur de Londres, Steve Ludwin, un Britannique de 51 ans, tient fermement la tête d’un Trimeresurus popeiorum, serpent originaire d’Asie d’un vert éclatant. Il extrait quelques gouttes de son venin. Dans quelques minutes, il se les injectera dans le bras à l’aide d’une seringue, un geste qu’il effectue régulièrement depuis la fin des années 1980.

«Obsédé» par les serpents, Steve Ludwin a commencé à s’injecter de petites quantités de venin alors qu’il était âgé d’une vingtaine d’années, inspiré par Bill Haast, un Américain passionné de ces reptiles dont il extrayait le venin à des fins de recherche médicale.

«Ça a l’air dingue, mais en fait ça a potentiellement des effets positifs sur la santé», assure le quinquagénaire aux longs cheveux bruns. «Ça a renforcé mon système immunitaire. Je n’ai pas eu de rhume depuis quinze ans»,  assure-t-il, évoquant aussi des «effets anti-âge».

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Science

Des chercheurs réclament des congés de maternité pour les éléphantes

PARIS — Pour enrayer la disparition des éléphants au Laos, des chercheurs préconisent la mise en place de «congés maternité» pour que les éleveurs ne fassent plus travailler les femelles pendant la période de gestation.

«Le travail des éléphants domestiques impacte fortement leur fécondité», explique Gilles Maurer, chercheur au CNRS et coauteur de l’étude parue dans Scientific Reports.

«La longue gestation [22 mois] et la période d’allaitement [deux ans] ne sont pas compatibles avec le travail de la femelle, en particulier pour l’industrie de débardage du bois», ajoute-t-il. Or le travail des éléphants s’est intensifié au Laos.

Les chercheurs estiment qu’il faudrait mettre en place des «congés maternité» compensant la perte financière des éleveurs, ce qui leur permettrait de se passer des services des femelles pendant cette longue période et de sauver le petit à naître.

Le Laos, autrefois surnommé le «pays du million d’éléphants», ne compte plus qu’environ 800 éléphants. La moitié vivent à l’état sauvage, l’autre moitié domestiquée.

Autre facteur dommageable et en forte hausse: l’exportation des éléphants, notamment des plus jeunes, pour le tourisme.

Pour réaliser leur étude, les chercheurs du CNRS et de Beauval Nature se sont basés sur l’évolution des effectifs de la population d’éléphants ces dernières années ainsi que sur une cinquantaine de témoignages d’éleveurs pour mieux comprendre leurs pratiques face à la gestation de leurs animaux.

L’extinction de l’espèce

Le traitement de ces données via un modèle leur a permis de faire des projections sur 100 ans. Le constat est sans appel. «Si l’exportation actuelle des éléphants ne change pas, celle-ci mènera irrémédiablement à l’extinction de l’espèce au Laos», précise un communiqué du CNRS.

Ces travaux ont également permis de mettre en évidence l’importance de la protection des éléphants sauvages pour la survie des domestiques. «Au Laos, la plupart des naissances d’éléphanteaux domestiques sont dues à la reproduction de leur mère avec des mâles sauvages», explique Gilles Maurer.

Science

Découverte de dents de «rats» de 145 millions d’années

LONDRES - Des dents d’animaux ressemblant au rat et vivant il y a 145 millions d’années, qui ferait partie de la lignée de mammifères liés à l’Homme, ont été découvertes par un étudiant dans le sud-ouest de l’Angleterre, a annoncé mardi l’université de Portsmouth.

«Ce sont les premiers fossiles incontestés de mammifères appartenant à la lignée qui mène à l’espèce humaine. Ils sont aussi les ancêtres de la plupart des mammifères vivants aujourd’hui, y compris des créatures aussi diverses que la baleine bleue et la musaraigne pygmée», indique l’université dans un communiqué.

C’est un étudiant de premier cycle de l’université de Portsmouth, Grant Smith, qui a fait cette découverte en passant en revue de petits échantillons de roches du Crétacé prélevées sur la côte jurassique du Dorset, un endroit où ont été trouvés de nombreux fossiles préhistoriques.

«De manière tout à fait inattendue, il n’a pas trouvé une, mais deux dents assez remarquables, d’un type jamais vu sur des roches de cet âge. On m’a demandé de les regarder et de donner un avis et au premier coup d’oeil, je suis resté bouche bée!», raconte le Dr Steve Sweetman, chercheur à l’université, qui a identifié la découverte.

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Science

Bye bye bibittes?

BLOGUE / Est-ce que les trois quarts des insectes ont disparu ? Est-il seulement possible que cela soit arrivé sans qu'on s'en rende vraiment compte ? C'est en tout cas ce que suggère une étude parue récemment dans la revue savante PLoS-ONE. Et ça fait deux semaines que ça me travaille...

Disons-le tout de suite : si c'est vraiment ce qui est en train de se passer, alors ça va mal. Très mal. Les insectes sont un des principaux socles sur lesquels reposent les écosystèmes terrestres. Ils servent de nourriture à une grande partie de tous les autres animaux plus gros qu'eux ; et parmi ceux qui ne les mangent pas, les herbivores en dépendent quand même parce que les «bibittes» fécondent les plantes, et les carnivores dépendent des herbivores.

Bref, il en va des partie d'un écosystème comme des pièces d'auto : une voiture peut continuer de fonctionner sans problème si on lui enlève son antenne radio, mais comme les insectes sont l'équivalent d'une roue — et même deux —, leur déclin ne peut qu'entraîner tout le reste vers le bas.

Ce qu'une équipe de chercheurs européens a fait dans le dernier numéro de la Public Library of Science – One (PLoS-ONE), c'est d'analyser les données d'un projet de science citoyenne à long terme. Pendant plus d'un quart de siècle, des entomologistes amateurs ont installé des pièges Malaise (des sortes de «tentes» en filet conçues pour capturer des insectes volants) dans 63 aires protégées d'Allemagne, et ont systématiquement identifié et pesé leurs captures. Résultat : en 1989, ces pièges attrapaient en moyenne autour de 8 grammes d'insectes par jour, alors qu'il n'en restait plus que 2 g/j en 2016, un déclin de quelque 75 %. Les auteurs attribuent cette tendance à l'usage de pesticide, notamment.

Encore une fois : si le phénomène est réel, ça va pas bien. Alors là, pas bien du tout. Mais une étude, ce n'est jamais qu'une étude. Il faut donc chercher ailleurs d'autres «points de données» pour voir si d'autres chercheurs, dans d'autres labos et avec d'autres méthodes, discernent la même tendance.

Mais malheureusement, il n'y a pas grand-chose sur le possible déclin à long terme de la biomasse des insectes — d'où le délai entre la parution de l'étude et celle de ce billet. Ce que j'ai trouvé peut se résumer en trois points :

– Il existe quelques travaux qui indiquent une baisse marquée des populations d'insectes. Cet article paru dans Science en 2014, par exemple, suggère qu'à l'échelle planétaire, environ les deux tiers des espèces d'invertébrés (donc pas seulement les insectes ici, notons-le) ont vu leur population reculer au cours des dernières décennies, par une (impressionnante) moyenne de 45 %. Le hic, c'est qu'il existe 1,4 millions d'espèces d'invertébrés dans le monde et qu'on n'a fait des inventaires que pour une infime poignée d'entre elles — moins de 1 %. Ces inventaires peuvent avoir été faits préférentiellement pour des espèces dont on craignait déjà le déclin, ou qui sont plus facilement accessibles que les autres (proximité des humains qui les rendraient plus vulnérables). Et comme on n'en a qu'un petit nombre, cela peut noircir artificiellement le portrait général.

– Ce que j'ai trouvé qui s'approche le plus de l'exercice publié dans PLoS-ONE, c'est ceci : le Rothamsted Insect Survey, en Angleterre. Contrairement à l'étude allemande, celle-ci a été faite avec des pièges à succion qui aspirent continuellement l'air (et les insectes en même temps, bien sûr) à une hauteur de 12,2 mètres, installés en quatre endroits de la campagne anglaise. Cette méthode a d'ailleurs le mérite de ne pas être trop dépendante des erreurs de manipulation/observation qui viennent avec la «science citoyenne» — même si celle-ci, ainsi que l'étude allemande, ont leurs mérites. Or sur 30 ans (1973-2002), les chercheurs de l'institut de recherche agricole Rothamsted n'ont trouvé aucune tendance à la baisse dans la biomasse d'insectes volants dans trois de leurs quatre pièges.

Cependant, dans le dernier cas — à Hereford, dans le sud-ouest de l'Angleterre —, ils ont observé une baisse à peu près aussi brutale que celle décrite dans l'étude allemande. Il est possible, écrivent les chercheurs anglais, que les grands changements qui ont transformé l'agriculture après la Seconde Guerre mondiale soient en cause. Ces changements sont survenus plus tard dans l'ouest de l'Angleterre que dans l'est, et la biomasse mesurée à Hereford était justement beaucoup plus élevée qu'ailleurs au début de l'étude. Alors peut-être que c'est l'agriculture moderne qui doit être blâmée, ici, mais que la chute drastique était déjà arrivée (sauf à Hereford) quand le Rothamsted a installé ses pièges à succion, au début des années 70. C'est possible... mais cette étude-là comptait également une autre station d'échantillonnage dans l'ouest anglais, à Starcross, qui n'a enregistré aucune baisse. Allez savoir...

Bref, il y a certainement quelque chose d'inquiétant dans tout ça, mais il existe peu de données et celles dont on dispose sont un peu équivoque. Et personnellement, c'est ce qui me fait le plus peur : que sur une question aussi fondamentale que celle-là — la base de nos écosystèmes ! —, on soit à ce point dans le noir...

Monde

Ces animaux de l'espace

PARIS — Souris, poissons, mouches... Dans l’espace, les animaux sont utilisés pour faire progresser la recherche médicale notamment sur le vieillissement, explique à l’AFP la biologiste Julie Robinson, scientifique en chef pour la Nasa de la Station spatiale internationale.

À notre époque, serait-il envisageable d’envoyer des chiens, des chats ou des singes dans l’espace comme cela a été le cas dans les premières décennies de la conquête spatiale?

Nous ne prévoyons vraiment pas de le faire pour une série de raisons. L’une, c’est que nous n’avons plus les mêmes objectifs lorsque nous envoyions des animaux dans l’espace. Au départ, on a utilisé ces espèces parce que l’on craignait que les mammifères en général ne soient pas capables de survivre en l’absence de gravité. On pensait que les humains risquaient par exemple de s’étouffer. On ne savait pas du tout ce que cela pouvait donner.

Désormais, on sait que les humains survivent dans l’espace. Donc, on n’a plus besoin d’avoir recours à ce genre d’animaux.

Aujourd’hui nous envoyons dans l’espace des petits animaux, en nombre, pour faire de la recherche biomédicale. Typiquement nous utilisons des rongeurs, des mouches drosophiles, des poissons, des vers. Nous voulons disposer de larges échantillons. Nous cherchons à avoir 20 à 40 animaux pour mener des études statistiquement valides. Chacune de ces études vise à résoudre une question médicale en particulier, généralement dans le but de progresser dans le domaine de la santé humaine.

Q Ces petits animaux s’entraînent-ils avant de partir et comment se passe leur adaptation dans l’espace?

R Pour chaque expérience réalisée dans l’espace, les astronautes doivent s’entraîner, et c’est pareil pour les expériences avec les animaux. Ils doivent apprendre comment opérer dans leur habitat et comment réaliser les activités prévues.

Les rongeurs vivent dans des cages spéciales, où ils ont de l’eau et de la nourriture. Les poissons nagent dans des aquariums dont le haut est fermé pour que l’eau ne s’échappe pas en raison de l’apesanteur. Ils s’adaptent très rapidement à la vie dans l’espace. 

Les souris vivent un peu ce que ressent l’équipage. Quand elles arrivent dans l’ISS et qu’elles commencent à flotter, elles sont surprises, mais rapidement, elles apprennent à utiliser leur habitat, à boire, manger et dormir de façon assez normale. Il y en a environ 10 par habitat. Le lancement est une expérience stressante pour elles comme pour les astronautes. Mais une fois dans l’espace, elles vivent une expérience relativement paisible. Elles s’adaptent plutôt bien.

Dans le futur, nous envisageons également d’envoyer des rats dans la station.

Jean-François Cliche

Hippocrate dans le club des mal cités

«Que tes aliments soient tes médicaments et tes médicaments, tes aliments.» De toutes les citations d'Hippocrate, le «père de la médecine» qui a vécu dans la Grèce antique, celle-là est probablement la plus célèbre. Et il apparaît maintenant qu'elle est aussi la plus fausse...

La chercheuse en nutrition Diane Cardenas en a fait la démonstration récemment dans la revue Clinical Nutrition ESPEN : après avoir cherché dans la soixantaine de textes historiques dont on dispose et qui sont attribués à Hippocrate, écrivait-elle en 2013, «la phrase : Que tes aliments soient tes médicaments» (...) n'apparaît nulle part dans le corpus». Cela contredirait d'ailleurs la philosophie hippocratique, précise-t-elle, qui distinguait très clairement la nourriture et les médicaments — même si elle accordait beaucoup d'importance à la première.

Or un nutritionniste anglais, Matthew Dalby, vient d'ajouter une tournure bien intéressante à ce «fake news avant la lettre» : il s'est servi de l'outil nGram de Google, qui permet de chercher des mots ou des expressions parmi des millions de livres publiés depuis 1800, pour retracer les premières occurences de cette fausse citation.

Et le résultat, disons-le tout de suite, tombe dans la catégorie ah-ouais-eux-autres-j'aurais-dû-m'en-douter : selon la formulation exacte employée, les premières apparitions remontent aux années 20 à 50, mais elles ont toutes un point en commun, soit d'émaner des premiers gourous de la santé, de naturopathes et d'autres «pionniers» des médecines alternatives. Ce n'est pas un hasard non plus, j'imagine, si c'est à partir des années 60 et 70 que la popularité de l'expression a fini par exploser. C'est aussi à cette époque que le mouvement de la «santé naturelle» s'est mis à gonfler.

Actualités

Pour les nouveaux papas, des sites de... mamans

Les nouveaux pères cherchent autant que les femmes de l’information sur leur rôle de parent, mais à travers les innombrables «blogues de maman» et autres sites faits par et pour les mères, ils peinent à trouver chaussure à leur pied, a trouvé une étude de l’Université McGill.

La plupart des renseignements dont ont besoin les nouveaux parents sont les mêmes pour les pères et les mères, mais «si on veut que cette information ait un impact, elle doit se présenter sous une forme qui accroche les lecteurs. Or les jeunes pères décrochent rapidement quand ils consultent un site fait pour les mamans», dit Deborah Da Costa, chercheuse à la faculté de médecine de l’Université McGill et première auteure de l’article, qui vient de paraître dans le Journal of Medical Internet Research.

Ils ont pourtant besoin de cette information — c’est un fait peu connu, mais près de 1 homme sur 5 (18 %) éprouve des symptômes dépressifs ou anxieux quand il devient parent. L’équipe dirigée par Mme Da Costa a donc interviewé 174 nouveaux papas du Québec, de l’Ontario et de l’Alberta pour savoir où ils prennent leur information — au sujet de la grossesse mais aussi de leur propre bien-être. L’écrasante majorité (89 %) a inclus, bien sûr, internet dans ses réponses, passant même en moyenne environ 6 heures par mois à naviguer la Toile à la recherche de conseils parentaux/conjugaux.

Parmi les facteurs identifiés comme importants pour les garder «accrochés», la perception du site comme étant «pertinent pour moi» est arrivée en tête de liste, avec 87 % des réponses. Cela peut, dans certains cas du moins, exclure les sites conçus pour les mamans.

Notons que les résultats de cette recherche ont mené à la création d’un site web dédié à donner de l’information aux jeunes papas, healthydads.ca.