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L'incroyable capacité du cerveau de bébé pour apprendre les langues

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Les gens disent souvent que les bébés sont comme de petites éponges en raison de leur capacité à apprendre différentes langues rapidement et facilement.

Pourtant, une grande partie des premières recherches sur l’acquisition du langage se sont concentrées sur les jeunes enfants qui n’apprennent qu’une seule langue. Ce choix était guidé par l’hypothèse implicite que l’apprentissage d’une langue est la façon habituelle et optimale d’apprendre à parler.

Cette idée était si forte que plusieurs se sont demandés si le fait d’exposer les bébés à plus d’une langue pouvait être trop par rapport à ce qu’ils sont en mesure d’absorber. Certains se sont même inquiétés du fait que l’exposition à plusieurs langues puisse amener de la confusion et entraver le développement de la parole et du langage chez les enfants.

Les recherches des dernières années brossent un tableau différent. Les chercheurs en acquisition du langage reconnaissent maintenant que de plus en plus de bébés grandissent dans des familles parlant deux langues ou plus. Selon Statistique Canada, en 2016, 19,4 pour cent des Canadiens ont déclaré parler plus d’une langue à la maison, comparativement à 17,5 pour cent en 2011.

La recherche remet clairement en question l’hypothèse selon laquelle l’exposition à une seule langue est nécessaire pour optimiser l’acquisition précoce du langage.

Au Laboratoire de perception de la parole chez les nourrissons, à l’Université McGill, nous étudions comment les bébés font leur premiers pas dans l’acquisition de leur langue maternelle ou d’une autre langue.

L’acquisition du langage

Bien avant que les bébés puissent prononcer leurs premiers mots, leur cerveau fait déjà beaucoup d’efforts pour apprendre le language. Notre recherche s’est attardée à l’une des premières étapes d’acquisition du langage : savoir reconnaître le début et la fin des mots pour être en mesure de les isoler dans une phrase.

Reconnaître le découpage des mots est difficile, car les gens font rarement une pause entre chaque mot lorsqu’ils parlent. En tant qu’adultes, nous pouvons sans effort isoler les mots dans notre langue maternelle. Cependant, nous perdons souvent cette capacité lorsque nous entendons une langue étrangère.

Les bébés doivent acquérir cette même compétence pour leur langue maternelle. Apprendre à isoler les mots est une compétence essentielle pour élargir son vocabulaire. Plus on acquiert cette capacité tôt dans la vie, plus riche sera notre vocabulaire ultérieurement.

Alors, comment font les bébés ? Heureusement qu’il y a une cohérence entre les règles de constitution des mots dans les différentes langues. En y étant exposés suffisamment, les bébés finissent par trouver et utiliser ces règles pour reconnaître les formes ou unités de mots dans leur langue maternelle.

Les mots dans différentes langues

Les mots sont formés différemment selon les langues. Prenons l’anglais et le français, les deux langues officielles du Canada.

En anglais, chaque syllabe d’un mot est prononcée avec un accent ou un ton différent. Par exemple, si vous dites un mot de deux syllabes en anglais, vous allez probablement prononcer la première syllabe plus longtemps, plus fort et avec une voix plus aiguë. La plupart des mots à deux syllabes en anglais suivent ce modèle (par exemple, BA-by, HAP-py, BOT-tle).

Les bébés qui ne sont exposés qu’à l’anglais peuvent détecter cette règle  - les syllabes accentuées signifient probablement le début d’un mot - et ils peuvent utiliser cette règle pour isoler des mots dans une conversation. Cependant, les bébés qui ne sont exposés qu’au français ne le font pas.

C’est parce que le français est une langue rythmée par les syllabes, où chaque syllabe d’un mot a une longueur presque égal. Les syllabes ne sont accentuées que lorsqu’elles tombent à la fin d’un mot ou d’une phrase (par exemple, donne-moi un ca-DEAU).

Néanmoins, comme l’accent tonique ne constitue pas une règle uniforme pour distinguer les mots dans la langue française, les francophones doivent se fier à d’autres règles pour trouver les mots dans la conversation.

Des recherches ont montré que les adultes francophones et les bébés suivent la cooccurrence des syllabes dans les mots. Par exemple, ils pourraient noter que la syllabe « ca » est souvent suivie de «deau», donc «cadeau» serait probablement un mot.

Bébés bilingues

Les règles ci-dessus sont utiles pour les bébés qui n’apprennent qu’une seule langue, car ils peuvent se concentrer sur l’apprentissage d’un seul ensemble de règles. Par exemple, nous savons que les bébés qui n’apprennent que le français ou l’anglais peuvent utiliser les règles ci-dessus pour isoler les mots dans leur langue maternelle avant leur premier anniversaire.

Mais il semble que les bébés qui apprennent le français et l’anglais en même temps doivent composer avec des règles contradictoires. S’ils devaient se concentrer sur les accents toniques, une syllabe accentuée marquerait-elle le début du mot, comme c’est souvent le cas en anglais ? Ou est-ce qu’elle signifierait la fin de l’expression ou de la phrase, comme dans la plupart des cas en français ?

Pour relever ce défi, les bébés nés dans un environnement bilingue doivent savoir s’ils entendent le français ou l’anglais. Mais est-ce trop difficile ou déroutant pour eux ?

L’exemple montréalais

En gardant ces questions à l’esprit, nous avons récemment mené une expérience à Montréal, où plus de la moitié de la population parle à la fois le français et l’anglais.

Nous avons observé des bébés exposés aux deux langues dans le cadre d’une tâche visant à reconnaître des mots, et nous les avons comparés à leurs pairs exposés à une seule langue. L’expérience a porté sur 84 bébés âgés de huit à dix mois. Nous avons choisi des bébés apprenant uniquement le français, des bébés apprenant uniquement l’anglais et des bébés apprenant les deux langues en même temps.

Comme nous nous y attendions, les bébés unilingues français et anglais pouvaient reconnaître les mots dans leur langue maternelle, mais pas dans l’autre langue. De façon impressionnante, les bébés bilingues étaient sur un pied d’égalité avec leurs pairs monolingues en ce qui concerne le découpage des mots en anglais et en français au même âge, même si les langues diffèrent considérablement. De plus, les bébés bilingues qui entendaient les deux langues parlées par le même parent semblaient mieux réussir dans cette tâche.

C’est un exploit impressionnant étant donné que les bébés élevés dans les deux langues doivent apprendre deux systèmes de langage différents dans le même délai que les bébés apprenant une seule langue. C’est certainement une progression d’apprentissage, mais même les jeunes enfants peuvent dire quand ils entendent deux langues.

Ces études fournissent une preuve supplémentaire que, s’ils sont suffisamment exposés, les bébés nés dans un environnement bilingue, en tant qu’éponges, peuvent évoluer également dans les deux langues. Des études récentes suggèrent que cette exposition à plus d’une langue modifie même la structure du cerveau de manière à rendre le traitement cognitif plus efficace.

Cela pourrait même être favorable aux enfants atteints de troubles du spectre de l’autisme . Nos recherches se poursuivront sur la façon dont nous parlons aux bébés bilingues afin de mieux soutenir le processus d’apprentissage des langues.


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«La science dans ses mots» est une tribune où des scientifiques de toutes les disciplines peuvent prendre la parole, que ce soit dans des lettres ouvertes ou des extraits de livres.

Ce texte est d'abord paru sur le site du Science Media Centre britannique. Reproduit avec permission.

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La menace d'«extinction silencieuse» de la girafe

LOISABA - Pendant des décennies, Lesaiton Lengoloni se posait peu de questions lorsque son chemin croisait celui du plus grand animal terrestre. «Avec une girafe, on pouvait nourrir le village pendant plus d’une semaine», se souvient ce berger samburu vivant sur le haut plateau de Laikipia, dans le centre du Kenya.

«Il n’y avait pas de fierté particulière à tuer une girafe, pas comme un lion», raconte cet homme au visage buriné par le temps, appuyé sur un bâton.

Et qu’importe si la chasse de cet animal charismatique est considérée comme du braconnage, «c’était un moyen de subsistance, on mangeait la viande, on se servait de la peau pour le cuir et pour fabriquer des remèdes, et les queues était symboliquement offertes aux aînés», explique-t-il.

Mais au fil des ans, dit-il, les girafes réticulées, la sous-espèce vivant dans cette région, se sont faites de plus en plus rares.

Sur fond de croissance démographique, leur habitat a été de plus en plus fragmenté et réduit, alors que certains continuent de tuer les girafes uniquement pour leurs os et cervelle, considérés comme des remèdes contre le sida, ou leurs queues.

À l’échelle du continent, le nombre de girafes a diminué de quelque 40% entre 1985 et 2015, pour atteindre environ 98 000 individus, selon des chiffres rassemblés par l’Union internationale pour la protection de la nature (IUCN), qui identifie toutefois des dynamiques régionales distinctes.

En Somalie, au Soudan du Sud, en République démocratique du Congo ou en Centrafrique, notamment, les conflits favorisent le braconnage et rendent quasi impossible toute tentative d’étudier et protéger les girafes.

Des hausses remarquables ont été enregistrées en Afrique australe, mais en Afrique de l’Est, la girafe réticulée a perdu quelque 60% de ses individus tandis que la girafe nubienne a connu une baisse tragique de 97%. En Afrique centrale, la girafe du Kordofan a vu sa population diminuer de 85%.

Surprise 

L’annonce par l’IUCN du classement de la girafe dans la catégorie des espèces «vulnérables» a été accueillie avec une relative surprise fin 2016. Lors de la précédente évaluation, en 2010, elle était encore classée comme «préoccupation mineure».

«La girafe est un grand animal que l’on voit assez facilement dans les parcs et réserves, ce qui a pu donner la fausse impression que tout allait bien», analyse Julian Fennessy, co-président du groupe de spécialistes de l’IUCN pour les girafes et okapis. «D’autant que le problème se situe principalement en dehors des espaces protégés».

De nombreux observateurs évoquent pour ces raisons la menace d’une «extinction silencieuse», d’autant qu’historiquement, la girafe a rarement suscité beaucoup d’intérêt pour les chercheurs.

«Si on les compare à d’autres espèces charismatiques comme les lions, éléphants et rhinocéros, on sait très peu de choses sur les girafes», relève Symon Masiaine, coordinateur du programme d’étude et de protection des girafes «Twiga Walinzi» (Gardiens des girafes en swahili), au Kenya, débuté en 2016. «On reste en retard, mais les choses évoluent».

Arthur Muneza, de la Fondation pour la préservation de la girafe, rappelle que la première recherche de longue durée sur les girafes ne date que de 2004, en Namibie, et que nombre de données sur les girafes ont été récoltées dans le cadre d’études sur d’autres animaux.

Il note également que l’IUCN, en l’absence de données fiables, a dû attendre 2018 pour être en mesure d’établir le niveau de menace pour certaines sous-espèces. La réticulée et la massaï sont désormais classées «en danger», la nubienne et la Kordofan «en danger critique d’extinction».

«Sans données fiables, c’est difficile d’établir des mesures de protection adéquates», dit-il.

Trophées

La dernière proposition en date vise à réguler le commerce international des girafes dans le cadre de la Convention sur le commerce international des espèces menacées (Cites), qui se réunit du 17 au 28 août à Genève. Mais là aussi, un manque cruel de données occupe le devant de la scène.

Six pays africains, dont le Tchad et le Kenya, proposent de classer la girafe dans la «liste des espèces qui, bien que n’étant pas nécessairement menacées actuellement d’extinction, pourraient le devenir si le commerce de leurs spécimens n’était pas étroitement contrôlé». Des «permis d’exportation ou de réexportation» seraient dès lors obligatoires.

Sauf qu’il n’y a «pas suffisamment de données fiables» sur le commerce international des girafes, qu’il s’agisse des trophées, des parties de corps ou d’artefacts, souligne Arthur Muneza. «Il faudrait d’abord une étude pour connaître l’ampleur du phénomène et son éventuelle influence sur les populations de girafes».

Les soutiens de la proposition invoquent le principe de «précaution» et soulignent qu’une classification obligerait les pays membres à récolter des données sur les exportations.

Les critiques dénoncent une proposition guidée par «l’émotion» plutôt que les «faits scientifiques», et soulignent que le peu d’informations disponibles - les Etats-unis sont le seul pays répertoriant ces importations - indiquent que l’essentiel des trophées de girafes proviennent de pays où les populations de girafes augmentent (Afrique du Sud et Namibie).

Sur le plateau de Laikipia, Symon Masiaine estime que quelle que soit la décision prise à Genève, «cela veut dire qu’on parle de la girafe, et elle a bien besoin de cela».


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Voici quelques faits étranges ou cocasses concernant la girafe, plus grand animal terrestre au monde.

Cou

La girafe peut mesurer jusqu’à 5,5 mètres de haut, et impressionne particulièrement par la taille de son cou.

Comme chez l’homme, le cou de la girafe ne compte que sept vertèbres, mais chacune d’entre elles mesure quelque 25 cm de long.

Ce cou est particulièrement utile pour atteindre les feuilles des arbres dont les girafes se nourrissent. Il est toutefois trop court pour permettre à la girafe d’atteindre le sol avec son museau pour boire de l’eau sans qu’elle plie ou écarte les pattes, une entreprise difficile pour cet animal longiligne.

Heureusement pour elle, la girafe n’a pas besoin de boire tous les jours, car elle s’hydrate avec les plantes qu’elle ingère.

Le cou est aussi utilisé pour un rituel très élaboré dans lequel les girafes s’affrontent en balançant leur cou pour établir leur domination.

Taches Avec son pelage tacheté, ses longues pattes et son cou, la girafe - animal charismatique qui ne fait toutefois pas partie du célèbre «Big Five» (lion, éléphant, rhinocéros, buffle et léopard) - a reçu le nom latin de «camelopardalis», qui veut dire chameau-léopard.

Ces taches ne servent pas qu’à se camoufler. Selon la Fondation pour la préservation de la girafe, chaque tache est entourée d’un système très élaboré de vaisseaux sanguins qui fonctionne comme une fenêtre thermique, permettant de réguler la température du corps.

Comme une empreinte digitale pour l’homme, chaque girafe a un pelage au motif unique.

Grosse langue, gros coeur

Chez cet animal hors de proportion, la langue peut mesurer jusqu’à 50 cm et lui permet de brouter avec plus de facilité les étages supérieurs de son arbre favori, l’acacia.

Les scientifiques pensent que la couleur bleue-noire de la langue la protège d’une exposition prolongée au soleil. Il est également largement accepté que la salive de la girafe a des propriétés antiseptiques pour protéger sa langue des épines de l’acacia.

Le coeur d’une girafe pèse 11 kilos et est assez puissant pour relever le défi d’envoyer le sang jusqu’au cerveau, situé à environ deux mètres de lui.

Afin de protéger le cerveau de changements subits de pression sanguine lorsqu’elle se penche en avant pour boire, le système coronaire de la girafe comporte des valves qui régulent le flux sanguin. Il possède également des vaisseaux sanguins élastiques qui se dilatent et se contractent pour réguler ce flux.

Les vaisseaux sanguins des pattes de la girafe ont été étudié par la Nasa pour la conception des combinaisons spatiales.

Reproduction

Parmi les mammifères, les girafes ont une des plus longues périodes de gestation: 15 mois. Elles accouchent debout, ce qui signifie que leur progéniture tombe de près de deux mètres de haut en naissant.

Cette étonnante introduction à la vie met les nouveaux-nés sur leurs pattes et prêts à courir en moins d’une heure. Un bébé girafe est plus grand que la moyenne des humains adultes.

Dans la nature, les girafes peuvent vivre jusqu’à 25 ans, contre 35 ans en captivité.

Génétique 

L’ancêtre de la girafe est un animal ressemblant à une antilope de près de 3 m de haut, qui sillonnait les forêts d’Asie et d’Europe il y a entre 30 et 50 millions d’années. L’animal vivant qui lui est le plus proche est l’okapi.

En septembre 2016, une étude scientifique a montré qu’il y avait en fait quatre espèces distinctes de girafes et non une seule séparée en neuf sous-espèces, comme on le pensait jusque-là. Des discussions sont en cours pour faire reconnaître cette taxonomie par l’IUCN, ce qui favoriserait la mise en place de mesures de protection spécifiques.

Science

L’homme de Neandertal avait développé «l’oreille du surfeur» pour pêcher

WASHINGTON — Quel est le point commun entre un surfeur, un kayakiste et l’homme de Neandertal? Une excroissance osseuse dans le conduit auditif connue du grand public sous le nom d’«oreille du surfeur», selon les résultats d’une étude publiée cette semaine.

Connu médicalement sous le nom d’exostose, ce développement touche les personnes qui pratiquent des sports aquatiques dans des zones froides.

Et comme nos anciens cousins disparus il y a maintenant 40 000 ans n’étaient probablement pas à la recherche d’une bonne vague, les chercheurs ont conclu dans la revue scientifique PLOS ONE qu’ils s’adonnaient beaucoup plus à la pêche que ce que l’on estimait jusqu’ici.

Cette découverte «conforte un certain nombre d’arguments selon lesquels l’homme de Neandertal faisait preuve de flexibilité et d’adaptation», a expliqué l’auteur principal de l’étude, Erik Trinkaus, à l’AFP.

Pour les hommes préhistoriques, être capable de pécher signifiait un minimum d’évolution. «Avoir une certaine technologie, savoir quand les poissons vont remonter la rivière ou passer près de la rive... C’est un procédé plutôt élaboré», appuie ce chercheur de l’Université Washington à St Louis (Missouri).

Erik Trinkaus et ses collègues de l’Université de Bordeaux, en France, Sebastien Villotte et Mathilde Samsel, ont étudié les conduits auditifs, bien conservés, de 77 restes d’hommes de Neandertal et des premiers Homo sapiens retrouvés en Europe et Asie occidentale.

La moitié des 23 restes de Neandertal, vieux de 40 000 à 100 000 ans, présentent ces «oreilles de surfeurs», un taux bien supérieur à celui des Hommes modernes.

En 1911, le paléontologue français Marcellin Boule avait déjà fait des observations similaires. «L’orifice gauche est rétréci vers son milieu par des productions osseuses qui lui donnent une forme en sablier», avait-il alors écrit.

Mais, selon Erik Trinkaus, le plus dur reste à convaincre la communauté paléontologiste, qui avait fait déjà preuve de scepticisme en 2018 quand il avait été découvert que les plus anciennes formes d’art découvertes dans une grotte en Espagne étaient l’oeuvre de Neandertal et non d’humains plus récents.

«Comment peut-on dire que ça a été fait par Neandertal? Ils étaient trop bêtes pour faire ça!», était alors la critique souvent émise, regrette Erik Trinkaus.

«Ce sont les mêmes qui vont dire ”Comment peut-on passer d’une excroissance osseuse dans l’oreille à la capacité de se nourrir?„», regrette-t-il.

Le but final, pour lui, est pourtant de compléter le puzzle, encore inachevé, de l’histoire de Neandertal.

«Il faut essayer de les comprendre en tant que peuple», plaide-t-il.

Science

Harvard et les universités américaines toujours les meilleures du monde

SHANGHAI — Harvard, en tête pour la 17e année consécutive, et les universités américaines continuent de dominer le classement de Shanghai publié jeudi, avec huit places dans le top 10, tandis que la première française pointe à la 37e place.

Ce classement, réalisé par le cabinet indépendant Shanghai Ranking Consultancy, distingue depuis 2003 les 500 meilleurs établissements d’enseignement supérieur du monde. Pour cette édition 2019, elle publie le classement de 1 000 universités.

Le top 10 est identique à l’an dernier, avec huit universités américaines et deux britanniques occupant le haut du classement.

Harvard est en tête pour la dix-septième année consécutive, devançant sa compatriote Stanford. L’université britannique Cambridge conserve la troisième place du podium. On trouve ensuite les Américaines MIT (4e), Berkeley (5e) et Princeton (6e).

Comme en 2018, seules quatre universités non-américaines atteignent le top 20: les Britanniques Cambridge, Oxford (7e place) et University College de Londres (15e, +2 places), tandis que l’Institut fédéral de technologie de Zurich pointe à la 19e place (inchangé).

Le classement de Shanghai prend en compte six critères, dont le nombre de Nobel et médailles Fields parmi les étudiants diplômés et professeurs, le nombre de chercheurs les plus cités dans leur discipline, ou encore le nombre de publications dans les revues Science et Nature.

Si le cabinet présente ce classement comme «le plus fiable», ces critères sont dénoncés par de nombreux responsables européens comme un biais dommageable pour leurs établissements.

Tout en saluant la 6e place mondiale de la France - avec 21 établissements classés parmi les 500 premiers-, la ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal a regretté que «certains» des choix du classement «desservent particulièrement les universités françaises».

La première université française, Paris-Sud, gagne cinq places et pointe en 37e position du classement. La Sorbonne (44e) perd huit places et l’Ecole normale supérieure (79e) en perd quinze.

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Un androïde enseigne la sagesse dans un temple japonais

KYOTO - Dans un temple japonais vieux de 400 ans, la déesse bouddhique de la compassion Kannon accueille les fidèles et visiteurs sous la forme d’un robot humanoïde, qui ne fait toutefois pas l’unanimité.

L’androïde Mindar, dont la conception a coûté près d’un million de dollars, récite à volonté des soutras et met en garde d’une voix métallique contre la vanité et les dangers du désir, de la colère et de l’ego.

Les prêtres en chair et en os sont toujours bien là au temple Kodaiji de l’ancienne capitale japonaise Kyoto, et voient avec bienveillance ce nouvel associé fait de câbles apparents et de silicone.

Il est pour eux particulièrement adapté au bouddhisme et susceptible d’évoluer au rythme des progrès technologiques et de s’enrichir des expériences enregistrées.

«Le bouddhisme n’est pas une croyance en un dieu, c’est poursuivre la voie de Bouddha, c’est s’engager sur la voie de Bouddha, et peu importe qu’il soit représenté par une machine, un morceau de ferraille ou un arbre», assure à l’AFP l’un d’eux, Tensho Goto.

De la taille d’un adulte, le haut du crâne ouvert laissant apparaître l’électronique, une minuscule caméra dans l’oeil gauche, avec seulement le visage, les mains et les épaules en silicone pour imiter la peau humaine, le «prêtre-robot» est placé dans une salle prévue pour lui. Sur un mur sont projetées des traductions en anglais et chinois des soutras qu’il prononce, ainsi que des images de la nature ou d’une foule.

«Evoluer à l’infini»

Né d’un projet commun entre ce temple zen chargé d’histoire et le roboticien connu Hiroshi Ishiguro, de l’université d’Osaka, il est entré en service cette année.

«Il peut être difficile à certains de communiquer avec des prêtres un peu ringards comme moi et j’espère que ce robot sera une manière ludique de combler le fossé», estime le prêtre Goto dans une allusion aux jeunes générations.


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Fétichismes sexuels : étranges, mais pas «anormaux»

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Les êtres humains ont découvert un nombre quasi infini de façons d’avoir des relations sexuelles – et d'objets avec lesquelles avoir ces relations. Selon le chercheur réputé en sexualité Alfred Kinsey, «le seul acte sexuel anormal est celui qui ne peut être réalisé».

Du fétichisme des pieds aux tenues ou habitudes les plus farfelues, les fétiches forment un arc-en-ciel sans fin de préférences et de pratiques). Bien que peu de recherches aient été réalisées sur les fétiches et les goûts sexuels atypiques des humains, des études de cas et des travaux sur le comportement des animaux non humains donnent une meilleure idée de la façon dont ils se développent.

Dans le fétichisme, l’objet du désir n’est pas nécessairement lié à l’acte sexuel, mais le fétiche est source d’excitation sexuelle, de fantasmes et de préférences. D’ailleurs, non seulement les fétiches peuvent s’intégrer dans une vie sexuelle saine et amusante, qu’on soit seul ou en couple, mais ils constituent aussi la base de certaines sous-cultures sexuelles.

Ne jugeons pas la vie sexuelle des autres.

Malheureusement, les fétiches sont souvent associés à tort à de la déviance sexuelle, inspirant facilement des sentiments de gêne ou de honte. Beaucoup d’entre nous jugent trop rapidement les choses que nous comprenons ou ne pratiquons pas. Et lorsqu’il est question de sexe, nous avons tendance à penser que les choses que nous ne faisons pas sont étranges, mauvaises, voire dégoûtantes.

Les marches de la fierté qui ont lieu cet été sont nées d’un mouvement social de protestation contre les pratiques répressives et discriminatoires à l’encontre des personnes LGBTQ après les émeutes de Stonewall en 1969, dans la ville de New York. Cinquante ans plus tard, le Mois de la Fierté est devenu une commémoration et une célébration des minorités et de la diversité sexuelles.

Jetons un œil sous la couette pour livrer une vision plus positive de ces soi-disant «perversions». Nous avons peut-être tous une ou deux choses un peu spéciales qui nous allument. Alors pourquoi ne faisons-nous pas plus preuve d’acceptation face à nos désirs sexuels les plus obscurs?

Que sont les fétiches?

Quand on parle de fétiches, il n’est pas juste question de fouets et de cuir. Les fétiches s’inscrivent dans une curiosité naturelle à explorer les territoires inconnus de notre sexualité.

Les premières études avançaient que les fétiches étaient des anormalités ou des perversions sexuelles. Cependant, la plupart des chercheurs et des cliniciens considèrent aujourd’hui que les fétiches ne sont nuisibles que s’ils causent une détresse ou un danger physique, ou s’ils impliquent une transgression du consentement.

Les scientifiques ont récemment commencé à comprendre comment se développe le fétichisme. Plusieurs études sur les animaux et rapports de cas sur les humains donnent à penser qu’une imprégnation dès le plus jeune âge ainsi qu’un conditionnement pavlovien ou classique peuvent façonner la formation de fétiches. Nous pensons que l’apprentissage par l’expérience joue un rôle important dans la formation de fétiches.

Selon la perspective du conditionnement pavlovien, les fétiches sont le produit d’une association entre les premières expériences sexuelles gratifiantes et des objets, des actes ou des parties du corps qui ne sont pas nécessairement de nature sexuelle. C’est peut-être la raison pour laquelle les fétichistes n’ont pas tous les mêmes fétiches.

Quant à l’imprégnation dès le plus jeune âge, les meilleurs exemples sont tirés d’une étude dans laquelle des chevreaux et des agneaux nouveau-nés ont été mélangés pour être élevés par la femelle de l’autre espèce : les chevreaux ont été confiés à des brebis, et les agneaux à des chèvres. Les résultats ont montré que les boucs et les moutons avaient des préférences sexuelles pour les femelles de l’espèce opposée, c’est-à-dire celle de leur mère nourricière, tandis que les brebis et les chèvres étaient plus ouvertes dans leur choix et avaient des relations sexuelles avec des mâles des deux espèces.

Cette étude jette la lumière sur les différences entre les fétichistes selon le sexe, car il y a en général davantage d’hommes que de femmes ayant des fétiches.

Ces différences semblent s’expliquer uniquement par la diversité des besoins sexuels. Les hommes tendent en effet à ressentir plus d’excitation ou moins de répulsion à l’égard des actes sexuels «déviants» que les femmes. Cela ne veut toutefois pas dire que les hommes ont davantage de troubles psychologiques.

Troubles liés au fétichisme

Le fétichisme, comme toute autre chose dans la vie, peut aller un peu «trop loin». Les fétiches peuvent non seulement être une préférence, mais aussi un besoin pour exprimer l’excitation sexuelle, ce qui peut influer sur les schémas privilégiés d’excitation ou de performance.

Les troubles liés au fétichisme ont deux caractéristiques principales : une excitation sexuelle récurrente et intense suscitée soit par l’utilisation d’objets, soit par ou une ou plusieurs parties du corps très précises, hormis les organes génitaux. Cette excitation se manifeste par des fantasmes, des désirs intenses ou des comportements susceptibles de causer une grande détresse ou de nuire à la vie intime, sociale ou professionnelle.

Certains troubles sont particulièrement inquiétants, tels que l’exhibitionnisme ou le frotteurisme. Ces paraphilies sont considérées comme une déviation des interactions sexuelles normales avec autrui. Malheureusement, ces deux troubles sont encore peu compris.

Comme il a été mentionné plus haut, si nous pouvons pour une quelconque raison établir des associations qui guident notre excitation par des expériences d’apprentissage, la recherche a également montré que ces associations peuvent être « effacées ». Ce processus peut cependant s’avérer lent, difficile à changer et susceptible d’être spontanément déclenché par des signaux familiers.

Pas de définition de la normalité

Les fétiches ont le potentiel d’enrichir ou d’accroître le répertoire de sensations ressenties lors des rapports sexuels. D’ailleurs, selon les données expérimentales, les animaux sont davantage excités lorsqu’ils apprennent à associer le sexe avec des signaux fétiches. Au lieu de vous concentrer sur les choses que vous devriez aimer ou qui devraient vous exciter, interrogez-vous sur l’effet que vous font ces choses, à vous ou à votre partenaire. Le concept de normalité est flou, et il vous revient d’en repousser ou non les limites.

Il n’existe pas de définition exacte permettant d’établir si une chose est normale ou saine. Ces définitions dépendent grandement du contexte (époque historique et culture).

Nous restons fixés sur ce qui nous semble être plus fréquent, sain, naturel ou normal : mais qu’en est-il de ce qui nous fait simplement du bien?

Comment savoir si vous avez un fétiche? Tant que tout se déroule dans le consentement et le respect, ce que vous faites sous la couette, sur la table à manger ou à cet endroit secret et caché importe peu.

Et si vous n’avez pas de fétiche, il n’est jamais trop tard pour essayer! Tandis que les Nord-Américains célèbrent la fierté cet été, profitons-en pour repenser à notre diversité sexuelle haute en couleur – et au nombre infini de façons d’avoir des relations sexuelles, sachant qu’aucune n’est anormale.

Nous croyons que chaque personne devrait avoir la possibilité d’exprimer sa sexualité et de l’embrasser sans le poids des stéréotypes ou du concept de « normalité ». La vie est trop courte pour ne pas être vécue pleinement, surtout lorsqu’il est question d’apprécier les plaisirs de la chair!

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«La science dans ses mots» est une tribune où des scientifiques de toutes les disciplines peuvent prendre la parole, que ce soit dans des lettres ouvertes ou des extraits de livres.

Ce texte est d'abord paru sur le site du Science Media Centre britannique. Reproduit avec permission.

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La moule, un aspirateur à pollution

PARIS - Sous sa coquille noire bleutée se cache une chair orangée savoureuse mais également... microplastiques, pesticides ou bactéries: la moule aspire tout, permettant de surveiller la qualité de l’eau, et aussi peut-être un jour d’aider à l’épurer.

«C’est un superfiltreur du milieu marin, avec jusqu’à 25 litres d’eau filtrés par jour», s’enthousiasme la biologiste marine Leïla Meistertzheim. «C’est un vrai modèle de bioaccumulation des polluants de manière générale», poursuit-elle.

Pesticides, bactéries, résidus de médicaments... Les moules qui pompent et filtrent l’eau pour se nourrir de phytoplancton, stockent au passage tout ce qui passe, d’où la nécessité de règles sanitaires strictes pour celles destinées à la consommation.

Considérées comme des organismes «sentinelles» de l’environnement frappés dans les premiers par les contaminations, elles sont utilisées depuis longtemps comme «bioindicateurs» de l’état de santé des mers, lacs ou rivières qui les abritent.

Des polluants encore mal connus pourraient s’ajouter à la liste des substances «surveillées» par les mollusques: les microplastiques et leurs additifs, comme le bisphénol A ou les phtalates.

Dans le cadre d’une campagne en cours de la Fondation Tara Océan, Leïla Meistertzheim et son équipe ont placé des nasses remplies de moules sur les côtes des estuaires de la Tamise, de l’Elbe ou de la Seine.

Immergées pendant un mois, elles sont ensuite récoltées, disséquées, puis congelées ou lyophilisées, notamment pour compter les particules prises au piège et voir si certains additifs chimiques se retrouvent dans les tissus.

L’idée de couvrir la mer de parcs à moules pour absorber ces microplastiques omniprésents n’est encore qu’un lointain mirage. Mais pour d’autres polluants, les processus sont bien plus avancés.

«A certains endroits, les moules sont utilisées, avec les huitres, comme des nettoyeurs du milieu marin, pour les pesticides par exemple», note Leïla Meistertzheim.

Dans ce cas-là, les moules récoltées dans des eaux contaminées «ne doivent pas être mangées», souligne Richard Luthy, de l’université américaine de Stanford.

Mais ce n’est pas toujours le cas, assure l’ingénieur environnemental, qui a également mis en évidence les capacités «de suppression et d’inactivation» de bactéries comme l’E.coli par des moules.

«Les moules qui éliminent les bactéries fécales évacuent la bactérie sous forme d’excréments ou de mucus. Alors c’est bon», poursuit-il.

Recyclage

Pas de problème non plus pour la consommation des moules installées dans des eaux victimes d’eutrophisation, rassurent les chercheurs. Cet excès de certaines matières nutritives, comme l’azote et le phosphore issus de l’industrie et de l’agriculture, entraîne une prolifération des algues qui s’en nourrissent, et un appauvrissement en oxygène qui étouffe l’écosystème.

Les moules permettent une sorte de «recyclage» de ces nutriments en se nourrissant des algues en expansion «pour grossir et se développer», explique la chercheuse Eve Galimany, qui a participé avec le laboratoire Milford de l’agence américaine NOAA, à des expérimentations sur la rivière Bronx.

Ce principe est déjà appliqué notamment par le projet «Baltic Blue Growth» qui soutient des élevages pilotes de moules destinées à l’alimentation animale, en Suède, au Danemark et dans les pays baltes.

«Cela pourrait être une partie de la solution» contre l’eutrophisation, qui est «un des principaux problèmes de la mer Baltique», assure la chef du projet Lena Tasse.

Si ce processus est sans risque pour l’Homme, pourquoi destiner ces moules à l’alimentation des volailles ou des poissons? Plus petites en raison de faible salinité de la Baltique, elles ne font pas recette chez les amateurs de coquillages, répond Mme Tasse.

Quant aux impacts des microplastiques et de leurs additifs sur la santé humaine, ils sont pour l’instant très peu connus.

Selon un récent rapport de WWF, un être humain en ingère jusqu’à 5 grammes par semaine, soit le poids d’une carte de crédit, et on en retrouve dans tous les recoins de l’océan, y compris sous la coquille des moules.

Se basant sur des échantillons de moules récoltés au Royaume-Uni, sur la côte ou dans des supermarchés, une étude parue dans Environmental Pollution en 2018, estimait qu’on ingèrerait 70 morceaux de plastique pour 100g de chair consommée.

De quoi regarder ses moules-frites favorites d’un autre oeil ? Pas pour Leïla Meistertzheim.

«Moi, j’en mange», lance la scientifique. «Le plat de moules n’est pas forcément pire que le steak haché bio emballé dans du film plastique»...

Science

Colombie-Britannique: les feux de forêt imitent un conflit nucléaire

MONTRÉAL - Les feux de forêt qui ont ravagé la Colombie-Britannique en août 2017 ont généré tellement de fumée qu’ils ont permis aux scientifiques d’étudier l’impact que pourrait avoir un conflit nucléaire sur le climat, explique une nouvelle étude publiée par le journal Science.

Le nuage de type pyrocumulonimbus qui s’est formé était le plus gros jamais observé, estiment les chercheurs de l’université américaine Rutgers. Il aurait encerclé la majeure partie de l’hémisphère nord.

Quand la fumée a rejoint la partie inférieure de la stratosphère, la suie qu’elle contenait a commencé à absorber la radiation solaire. La chaleur ainsi générée a propulsé la fumée à une altitude variant entre 11 et 22 kilomètres en seulement deux mois. La fumée a perduré plus de huit mois, puisqu’il n’y a pas dans la stratosphère de pluie pour la dissiper.

Une telle injection de suie dans la stratosphère avait précédemment été envisagée comme le résultat d’une guerre nucléaire entre les États-Unis et la Russie. La fumée générée par les villes qui brûlent aurait un impact sur le climat de la planète.

L’auteur principal de l’étude, le professeur Alan Robock, a prévenu dans un communiqué que même un affrontement nucléaire de petite envergure entre l’Inde et le Pakistan engendrerait «des changements climatiques sans précédent dans l’histoire humaine et une crise alimentaire mondiale».

Le nuage de fumée contenait environ 300 000 tonnes de suie. En comparaison, un affrontement entre l’Inde et le Pakistan produirait 15 millions de tonnes de suie. Une guerre entre les États-Unis et la Russie engendrerait 150 millions de tonnes de suie.

L’élévation rapide du nuage de fumée, sa propagation et les réactions photochimiques dans la couche d’ozone fournissent de nouveaux indices quant à l’impact sur le climat d’un conflit nucléaire, précisent les chercheurs.

science

Des chercheurs percent le secret des requins fluorescents

Des chercheurs ont identifié les molécules à l’origine de cette fluorescence, selon leur étude publiée jeudi dans la revue iScience.

«C’est très différent de toutes les autres formes de fluorescence marine», notamment des méduses ou du corail, explique à l’AFP l’un des coauteurs, David Gruber, professeur à la City University de New York.

«C’est une petite molécule plutôt qu’une protéine. Cela montre que les animaux font indépendamment évoluer cette capacité à absorber la lumière bleue de l’océan pour la transformer en d’autres couleurs», poursuit le biologiste marin.

L’étude se penche sur deux espèces de requins, le roussette maille (Scyliorhinus retifer) et le requin-houle (Cephaloscyllium ventriosum), que le chercheur a pu observer en plongeant dans le Scripps Canyon, au large de San Diego, en Californie.

«Ils font environ un mètre de long, restent au fond, sont assez timides et ne nagent pas très bien», décrit le chercheur, qui a remarqué, avec son confrère Jason Crawford, de l’université de Yale, que leur peau avait deux tons: un clair et un foncé.

Absorber la lumière bleue

Les deux hommes ont extrait une molécule fluorescente se trouvant uniquement dans les zones les plus claires de la peau et permettant aux requins d’absorber la lumière bleue, la seule à leur parvenir dans les profondeurs (30 mètres ou plus) où ils vivent, pour émettre du vert.

David Gruber a relevé au cours de ses plongées que les requins évoluaient en groupes, de deux à dix individus. Leur fluorescence, avance-t-il, pourrait ainsi les aider à s’identifier ou à différencier les sexes.

Selon les chercheurs, une meilleure connaissance de la fluorescence des animaux marins pourrait à terme permettre des avancées en matière d’imagerie médicale.

Leur récente découverte montre en tout cas à quel point les requins, animaux pourtant ancestraux, renferment encore de nombreux secrets.

«Ce sont des créatures formidables dotées de super-pouvoirs fascinants, comme leur incroyable sens de l’odorat ou leurs ampoules de Lorenzini qui leur permettent de détecter des champs électromagnétiques», dit David Gruber.

Les requins étudiés «se trouvent tout près de la jetée de San Diego et, pourtant, nous ne perçons ce mystère que maintenant», ajoute-t-il.

SCIENCE

Nouvelle-Zélande: découverte des restes d’un perroquet géant

WELLINGTON - Les restes d’un perroquet géant qui mesurait près d’un mètre, pesait jusqu’à 7 kilogrammes et vivait il y a 19 millions d’années ont été découverts en Nouvelle-Zélande, selon une étude publiée dans la dernière livraison de la revue Biology Letters de la Royal Society par une équipe internationale de paléontologues qui l’ont baptisé Hercule.

«Nous pensons qu’il en était incapable de voler», a expliqué mercredi à l’AFP Paul Scofield, conservateur en chef au Musée de Canterbury.

Les scientifiques se sont fondés sur l’étude des os d’une patte, retrouvés en 2008. A l’époque, personne ne savait trop à quoi correspondait cette trouvaille, restée onze ans durant à prendre la poussière sur une étagère avant que des scientifiques ne s’y intéressent à nouveau cette année.

«L’idée qu’il puisse s’agir d’un perroquet géant ne nous avait pas effleuré», a poursuivi M. Scofield, «nous pensions à une sorte d’aigle, jusqu’à ce que nous les examinions à nouveau».

Le perroquet a reçu le nom d’»Heracles inexpectatus», en référence à sa taille mais également au caractère inattendu de sa découverte.

«Hercule, le plus grand perroquet connu, disposait sans aucun doute d’un bec énorme qui pouvait ouvrir en deux tout ce qu’il voulait et il a fort bien pu se régaler d’autre chose que de la nourriture habituelle des perroquets, peut être même d’autres perroquets», a expliqué Mike Archer, du Centre de recherches de paléontologie de l’Université de Nouvelle-Galles du Sud.

L’oiseau faisait à peu près deux fois la taille du kakapo, une espèce menacée de disparition qui était jusqu’alors le plus gros perroquet connu.


Science

Le chocolat protège-t-il vraiment de la dépression ?

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Une étude est parue cette semaine dans la revue savante «Depression and Anxiety» au sujet du chocolat. Basée sur quelque 13 000 sujets, ses données montrent que ceux qui mangent du chocolat on 57 % moins de chance d'être dépressifs que ceux qui n'en mangent pas, et ses auteurs concluent que cela amène «certains éléments de preuve» sur cet effet. Voici ce qu'avait à en dire le psychiatre Anthony Cleare, qui n'a pas participé aux travaux.

«Bien qu'il y ait une association entre des taux de dépression plus bas et une consommation plus élevée de chocolat noir, le problème principal avec cette étude est qu'elle ne permet pas de dire si c'est le chocolat noir qui protège de la dépression ou si c'est la dépression qui affecte la consommation de chocolat noir. On sait que la dépression a un effet marqué sur l'appétit général et sur les types de nourriture que les gens apprécient, et il est tout à fait possible que le sens de la causalité soit l'inverse de l'interprétation des auteurs.

«L'étude ne donne en outre qu'une image instantanée de la consommation de chocolat sur 24 heures, en se fiant aux souvenirs des participants alors que la dépression a des effets connus sur la mémoire. Ainsi, ceux qui faisaient une dépression peuvent avoir été moins précis dans leur estimation de leur consommation du jour d'avant.

«Enfin, les quantités de chocolat sont minuscule (10 grammes, environ le dixième d'une barre de chocolat), ce qui signifie que les ingrédiants actifs causant les effets devraient être puissants pour fonctionner à si petites doses.

«Ce dont on a vraiment besoin, c'est d'études à long terme mesurant la consommation de chocolat sur une période plus longues — plus qu'une seule journée — et qui mesurerait ensuite la dépression, de manière à distinguer la cause et les effets avec plus de certitude.»

Science

Le mystère des sursauts radio rapides reste entier

Plus on en sait sur les sursauts radio rapides (Fast Radio Bursts ou FRB, en anglais), plus le mystère s’épaissit autour de ces signaux extraterrestres dont on ne connaît ni la nature ni la cause.

À la fin juin dans Science, des astronomes ont rapporté avoir triangulé la source d’un FRB unique dans une lointaine galaxie, située à quelque 3,6 milliards d’années-lumière de la Terre. Alors que cette découverte tend à conforter l’hypothèse voulant que ces signaux soient le résultat d’événements cosmiques cataclysmiques aux confins de l’Univers, une autre étude publiée récemment dans Nature Astronomy avance qu’il n’y a pas suffisamment de tels événements pour expliquer l’ensemble des FRB observés.

À l’aide du radiotélescope CHIME (Canadian Hydrogen Intensity Mapping Experiment), l’astronome Vikram Ravi du California Institute of Technology a analysé l’occurrence des FRB. Il en arrive à la conclusion qu’au rythme où ils se produisent, la plupart des signaux doivent provenir de sources célestes émettant plus d’une fois dans leur vie — ce qui exclut a priori l’hypothèse des cataclysmes cosmiques.

Science

Le soya augmente le risque de cancer du sein ? Faux

La rumeur voulant que le soya favorise l’apparition du cancer du sein continue de circuler bien que de nombreuses études aient démontré le contraire ces dernières années. Consommer du soya pendant l’enfance fournirait même une certaine protection contre le cancer. Le Détecteur de rumeurs fait le point.

Origine de la rumeur

Les fèves de soya et ses aliments dérivés (tofu, miso, tempeh) contiennent une forte concentration d’isoflavones, une variété de phytœstrogènes dont la structure moléculaire ressemble à celle de l’œstrogène, une hormone féminine.

Alors que l’œstrogène joue un rôle dans le développement de cancers dits hormonodépendants (sein, endomètre et prostate), les phytœstrogènes n’activeraient pas les mêmes récepteurs hormonaux dans les cellules et leur effet s’avèrerait beaucoup plus faible.

Cette similitude entre les phytœstrogènes et les œstrogènes fait toutefois craindre la consommation de soya chez de nombreuses survivantes de cancer ou même chez les femmes ménopausées qui présentent de bas taux d’œstrogène. Elles craignent en effet que les phytœstrogènes agissent de la même façon que les œstrogènes et favorisent le développement de certains types de tumeurs mammaires.

Des «anti-œstrogènes»

Des études ont déjà démontré par le passé que les phytœstrogènes pouvaient favoriser ou accélérer le développement des cellules cancéreuses hormonodépendantes, mais ces résultats ne peuvent être pris en compte puisque ces études ont été réalisées sur des modèles cellulaires ou des animaux de laboratoire et ne sont donc pas transposables chez l’humain.

L’état actuel des connaissances scientifiques, qui tient compte des études menées chez des femmes, indiquerait plutôt que les phytœstrogènes utiliseraient cette similitude avec les œstrogènes pour se lier aux récepteurs hormonaux des cellules et se comporter comme ces derniers. Mais leur activité hormonale s’avèrerait 100 fois plus faible que celle des œstrogènes produits par le corps. De plus, les phytœstrogènes ne se fixent pas sur les mêmes récepteurs. Dans le sein, l’activation de ces derniers inhiberait la stimulation et la prolifération de certaines cellules, notamment des cellules cancéreuses.

Un effet protecteur

Des études menées chez des femmes ont aussi démontré que la consommation régulière de soya par les survivantes du cancer du sein est associée à une diminution des risques de la réapparition de la maladie après le traitement. Elle pourrait même avoir un effet protecteur chez certaines, selon une revue de littérature publiée en 2014. Cet effet a été observé plus particulièrement chez les Asiatiques qui mangent des aliments à base de soya dès leur jeune âge et qui ont une incidence de cancer du sein beaucoup plus faible que les femmes occidentales qui en mangent très peu. C’est la consommation de soya durant l’enfance et l’adolescence qui serait le plus étroitement associée à cette diminution du risque.

Les aliments à base de soya semblent également réduire le taux d’hormones circulantes (comme les hormones sexuelles), ce qui pourrait expliquer leur effet protecteur contre le cancer du sein qui se manifeste davantage chez les femmes non ménopausées. Seulement, les effets antioxydants du soya varient d’une femme à une autre, selon sa génétique. Ainsi, certaines répondraient très bien aux phytœstrogènes, alors que d’autres ne parviendraient pas à les métaboliser pour en tirer les bienfaits. Les phytœstrogènes n’entraîneraient pas non plus d’effet significatif sur le risque de développer un cancer du sein après la ménopause.

Pour les survivantes d’un cancer du sein, manger du soya serait aussi associé à un plus faible risque de récidive et de mortalité, sans interférence avec les médicaments couramment utilisés pour diminuer le risque de récidive de ce type de cancer (tamoxifène/anastrozole). Par exemple, dans une étude publiée en 2017, des chercheurs de l’Université Tufts (États-Unis) ont observé, en se basant sur un suivi de neuf ans, que les femmes atteintes d’un cancer du sein qui consommaient de grandes quantités d’isoflavones étaient 21 % moins à risque de décéder prématurément que celles qui n’en mangeaient pas ou très peu.

Attention aux suppléments

À la lumière de ces données, la Société canadienne du cancer indique sur son site que les survivantes du cancer du sein ou les femmes qui sont sous hormonothérapie peuvent consommer sans risque jusqu’à trois portions quotidiennes d’aliments à base de soya. Au-delà de cette quantité, l’innocuité des phytœstrogènes n’est pas connue.

Il faut cependant éviter les suppléments alimentaires à base de soya qui peuvent contenir jusqu’à 100 mg d’isoflavones par comprimé, une dose deux à quatre fois plus élevée que celle que fournit une consommation modérée de 50 à 100 g de soya par jour.

Verdict

De nombreuses études réalisées au cours des dernières années démontrent que la consommation régulière de soya par les survivantes d’un cancer du sein, les femmes ménopausées et celles qui sont sous traitement serait sans danger et pourrait même être associée à une diminution importante du risque de récidive et de la mortalité liée à cette maladie.

Science

Génétique : le grand casse-tête

SCIENCE AU QUOTIDIEN / Les Américains ont lancé le Human Genome Project en 1990 afin de décrypter l’ADN humain. Ils y sont parvenus en 2003, ce qui a permis quelques percées du côté des maladies reliées à un seul gène. On nous a alors dit que pour les maladies plus complexes, comme le cancer ou la schizophrénie, cela prendrait «plus de temps». Or cela fait 16 ans maintenant et le coût du décryptage a fortement diminué, alors pourquoi est-il toujours si difficile d’isoler le ou les gènes responsables de ces «maladies complexes» ?», demande Pierre Sénécal, de Québec.

«Ça a quand même aidé, dans plusieurs cas, à découvrir de nouveaux médicaments parce que ça nous a permis de cibler des mécanismes. (…) La génomique est et restera utile, mais pour différentes raisons, comme les niveaux de complexité sur le phénotype [le «produit final» des gènes et de l’environnement, ndlr], c’est certain que les promesses de la génomique d’il y a 35 ou 40 ans n’ont pas encore été transférées à ces maladies complexes là, qui sont les plus coûteuses et les plus prévalentes», dit Dr Michel Maziade, psychiatre et chercheur au centre CERVO de l’Université Laval.

La première de ces raisons est la complexité du génome humain lui-même. Les estimés «classiques» parlaient jusqu’à récemment de 20 000 à 25 000 gènes, mais des travaux les plus récents ont réduit cette fourchette à 19-22 000 [https://go.nature.com/2yuU75L]. Le simple fait que l’on ne s’entende toujours pas sur le nombre exact de gènes que possède l’être humain donne déjà une idée de la complexité de la chose. En outre, chacun de ces quelque 20 000 gènes peut remplir un ou plusieurs rôles différents, et ils peuvent s’influencer les uns les autres. «Ces gènes sont ensuite traduits en protéines [ndlr : l’ADN ne sert à rien d’autre qu’à conserver de l’information pour assembler des protéines] et ça aussi, c’est d’une grande complexité aussi (…), la même mutation dans un gène peut donner 2, 3 ou même 15 protéines différentes», dit Dr Maziade.

Et encore, les gènes à proprement parler ne représentent qu’environ 1 % de notre génome. Les 99% restants, l’«ADN non codant», remplissent des fonctions dans la régulation des gènes et leur transcription en protéines, mais leurs rôles ne sont pas encore bien compris. Bref, s’il est vrai qu’il y a plus de 15 ans qu’on «lit» le génome humain, cela ne signifie pas qu’on devrait tout comprendre aujourd’hui. Cela veut simplement dire qu’on a ouvert un champ de recherche d’une complexité inouïe et qu’il faut encore se donner du temps — beaucoup de temps.

De plus, dans le cas d’afflictions comme les cancers, la schizophrénie, etc., la complexité de la maladie elle-même vient d’ajouter par-dessus. Elles sont en effet causées par des longues listes de facteurs possibles (nombreux gènes impliqués, facteurs environnementaux, habitudes de vie, etc.) pouvant varier d’un individu à l’autre, même si les symptômes sont les mêmes. Alors dans ces cas-là, par définition, même si on connaissait la génétique parfaitement (ce qui n’est pas le cas), celle-ci ne pourrait pas constituer plus qu’un morceau du casse-tête.

Prenons le cas de la schizophrénie, par exemple. «Il y a quelques centaines de gènes connus pour avoir une influence, dit Dr Maziade. Si on prend un score combiné pour ces quelque 200 mutations, c’est nettement associé à la maladie [mais cela ne fait pas une différence énorme]. Le risque de la maladie est de 1% dans la population en général, et de 1,5% chez les enfants porteurs. Donc ce n’est même pas assez puissant pour servir d’outil diagnostic». Et encore, ajoute-t-il, ce score de risque chevauche en grande partie celui de la dépression, des troubles anxieux grave et du trouble bipolaire, si bien qu’il n’est pas très spécifique.

Il faut dire qu’en ce qui concerne la maladie mentale, il y a encore une autre couche de difficulté qui vient s’ajouter aux autres : la «boîte noire» impénétrable qu’a longtemps constituée le cerveau vivant. La psychiatrie a historiquement dû se contenter d’étudier le comportement des patients (donc les «symptômes») et le cerveau de gens décédés. Cela a permis d’identifier la fonction de plusieurs zones du cerveau, mais il bien des troubles mentaux (dont possiblement la schizophrénie) ne sont pas causés par le mauvais développement de telle ou telle partie du cerveau, mais par la mauvaise communication entre ces zones. Cela demande donc d’étudier le cerveau vivant, en pleine action, ce qui était autrefois impossible — et même en 2019, ce n’est toujours pas facile.

Encore de nos jours dans le DSM-5 (manuel diagnostic le plus utilisé en psychiatrie), la définition des maladies mentales est basée sur les symptômes, et non sur ses causes. C’est un peu comme si, en santé physique, on appelait une maladie «la toux» sans égard au fait qu’elle soit causée par une bactérie, un virus, un irritant comme la cigarette, un cancer, etc. Ce n’est pas de la faute de la génétique si cet aspect de la psychiatrie n’est pas encore bien connu.

Enfin, mentionnons que pour ces maladies complexes, mentales comme physiques, les facteurs environnementaux forment eux aussi un enchevêtrement qu’il n’est pas nécessairement plus facile à démêler que le rôle des gènes. «On sait par nos études familiales et de jumeaux que les gènes doivent être là pour que la maladie apparaisse, mais qu’ils ne sont pas suffisants, explique Dr Maziade. Il faut qu’il y ait des facteurs d’adversité environnementale, qu’ils soient infectieux ou psychosociaux, dont on ignore les timings dans la trajectoire [ndlr : un même stresseur peut avoir des résultats complètement différent selon qu’il survient in utero, à 2 ans, 15 ans, etc.], mais qui viennent déclencher la vulnérabilité due aux gènes.»

C’est d’ailleurs justement ce qui donne espoir à Dr Maziade : la recherche psychiatrique a jusqu’à présent surtout étudié des patients chez qui la maladie est déjà déclarée, et qui ont derrière eux des années, sinon des décennies de médication. On n’a encore peu fait de grandes études longitudinales où l’on suivrait les enfants provenant de familles où il y a des cas de schizophrénie, et qui sont donc plus à risque. Il y a peut-être là des clefs importantes pour comprendre le développement de la maladie — et pour la prévenir, espère-t-il.

Mais, encore une fois, ce problème-là ne fait qu’illustrer de nouveau que la génétique n’est qu’un «morceau de puzzle». Certains savants (et médias) ont fait miroiter d’énormes espoirs dans les années 2000, et il y a certainement des raisons d’espérer que des percées en génétique vont nous aider à comprendre et traiter ces maladies complexes. Mais il ne faut juste pas espérer qu’un seul ou quelques «morceaux» vont résoudre le casse-tête au complet.

Science

Un peu de chimie dans... le spa

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Comme plusieurs autres, j’ai acheté l’année dernière un spa au brome avec le système In-Clear. Or j’apprends cette année que le gouvernement interdit maintenant le brome car il serait potentiellement cancérigène. Pourriez-vous m’expliquer en quoi c’est cancérigène et est-ce que je dois me départir de mon spa ? Autrement, est-ce que je peux m’en servir d’une façon sécuritaire et comment ?», demande Pierre Douville, de Cap-Rouge.

Le brome fait partie de la «famille» d’éléments chimiques des halogènes, avec le chlore, le fluor, l’iode et l’astate. Il ne réagit pas aussi agressivement que le fluor et le chlore, mais il figure quand même parmi les éléments les plus réactifs du tableau périodique. Tellement, en fait, que le brome ne se trouve jamais sous une forme «pure» (Br2) dans la nature : on le voit uniquement dans des composés, avec d’autres atomes. On peut toutefois en produire du brome «pur» de plusieurs manières, dont l’électrolyse, qui consiste à exposer une molécule contenant du brome à un léger courant électrique. La molécule s’en trouve «brisée» et le brome, libéré.

C’est ce qui est fait dans les systèmes d’assainissement des eaux de piscine et de spa comme celui de M. Douville, qui fait l’électrolyse du bromure de sodium (NaBr). Comme le brome est un «javellisant» au même titre que le chlore, il est lui aussi efficace pour tuer les germes. Et de la même manière, il peut également être un irritant pour les yeux et pour la peau.

Comme l’indique M. Douville, Santé Canada a effectivement rendu une décision au sujet du bromure de sodium l’automne dernier [http://bit.ly/312xTUX]. Le ministère est tenu par la loi de réévaluer à tous les 15 ans ses autorisations pour tous les «produits antiparasitaires», et cette échéance était arrivée pour le NaBr. La littérature scientifique pertinente des 15 dernières années est alors passée en revue pour voir si de nouvelles études n’auraient pas identifié des dangers que l’on ignorait quand le feu vert a été donné. «C’est ce qu’on a fait pour le NaBr, et c’est ce qui nous a fait conclure qu’il pouvait y avoir des problèmes», dit  Frédéric Bissonnette, de Santé Canada.

Il n’est pas tout à fait juste de dire que «le gouvernement interdit maintenant le brome», car la plupart de ses applications passées ont été maintenues. Ce ne sont que certains usages du NaBr qui ont été bannis — mais, oui, l’électrolyse dans les spas et piscines en fait partie.

La raison, explique M. Bissonnette, est que quand on fait l’électrolyse du bromure de sodium, les réactions voulues ne se produisent pas toujours parfaitement comme prévu et il y en a toujours une partie qui ne se transforme pas en brome, mais en «ions bromates» (BrO3-). Or les bromates sont considérés comme des «cancérigènes possibles» par le Comité international de recherche sur le cancer, un organisme relié à l’Organisation mondiale de la santé [http://bit.ly/2LLCebe].

«Je ne suis pas sûr qu’il y avait des études précisément sur les appareils dans les piscines ou les spas, les données venaient surtout d’études sur l’eau potable. (...) Certaines sources d’eau potable contiennent du bromure de manière naturelle, il y a des normes pour ça. Et dans certains cas, il y a de l’ozonation [ndlr : pour désinfecter] ou de l’exposition à des ultraviolets, et ça peut créer des bromates. (...) On a fait des extrapolations à partir de ça pour connaître les concentrations dans les spas, et ces concentrations-là étaient problématiques», explique M. Bissonnette.

C’est pour cette raison qu’en plus de retirer du marché les électrolyseurs qui produisent du brome, Santé Canada oblige maintenant les fabricants à «indiquer sur l’étiquette de tous les autres produits contenant du bromure de sodium pour piscines et spas qu’ils ne doivent pas être utilisés en association avec l’électrolyse, l’ozonation ou le rayonnement ultraviolet», lit-on dans la réévaluation.

Enfin, une autre nouvelle restriction est d’interdire l’utilisation du NaBr avec une autre substance nommée monopersulfate de potassium. «Le problème principal avec le monopersulfate, c’est que quand on s’en sert, ça prend des concentrations plus élevées de bromure de sodium dans l’eau pour que ça fonctionne bien. Et c’est au point que les concentrations de brome deviennent suffisamment élevées pour que ça crée des problèmes pour la glande thyroïde», explique M. Bissonnette.

Cette glande, comme on le sait, a une grande affinité pour l’iode, qu’elle absorbe bien et dont elle a besoin pour fonctionner correctement. Or comme le brome fait partie de la même «famille chimique» que l’iode et partagent avec lui plusieurs caractéristiques, il peut entrer (quand il est assez concentré) en compétition avec l’iode et prendre sa place dans la glande thyroïde. Quand il est utilisé avec le monopersulfate de potassium, le NaBr peut atteindre de telles concentrations, et c’est ce qui a motivé cette interdiction supplémentaire.

«Maintenant, ajoute M. Bissonnette, à la question de savoir si la personne doit se débarrasser de son spa, il faut dire qu’il y a d’autres produits qui peuvent être utilisés (...et) il y a d’autres produits à base de brome qui sont toujours permis.» Il revient au propriétaire de voir avec son détaillant ou avec le fabricant quel produit peut bien faire avec le modèle qu’il possède.

* * * * *

Vous vous posez des questions sur le monde qui vous entoure ? Qu’elles concernent la physique, la biologie ou toute autre discipline, notre journaliste se fera un plaisir d’y répondre. À nos yeux, il n’existe aucune «question idiote», aucune question «trop petite» pour être intéressante ! Alors écrivez-nous à : jfcliche@lesoleil.com.

Science

Comment caresser un chat (selon la science)

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Plusieurs d'entre nous avons déjà fait cette expérience : nous caressons un chat en apparence super sympathique, il semble aimer ça durant une minute, puis bang: il nous mord ou nous griffe l'instant d'après. Il pourrait être facile à ce stade de blâmer le chat. Mais ce qui se passe probablement ici, c'est que nous ne les caressons pas comme il faut.

Pour comprendre pourquoi, nous devons d'abord en savoir un peu plus sur l'ascendance de Minou. Il est probable que les ancêtres du chat domestique (le chat sauvage africain) étaient considérés comme de simples parasites. Mais les chats des temps modernes sont souvent traités comme de précieux compagnons ou même comme des «bébés fourrure».

Ce changement social dans la relation humain-chat se serait produit il y a environ 4000 ans — un peu plus tard que le «meilleur ami de l'homme», le chien domestique. Bien que cela puisse sembler suffisant pour qu'une espèce s'adapte complètement aux exigences sociales, il est peu probable que ce soit le cas pour votre ami félin. Les chats domestiques présentent également une divergence génétique relativement modeste par rapport à leurs ancêtres, ce qui signifie que leur cerveau est probablement encore branché pour penser comme celui d'un chat sauvage.

Les chats sauvages sont des êtres solitaires et investissent beaucoup de temps et d'efforts à communiquer indirectement — par le biais de messages visuels et chimiques — et ce, juste pour éviter d'avoir à se voir les uns les autres. Il est donc peu probable que les chats domestiques aient hérité de leurs parents lointains de nombreuses aptitudes sociales complexes.

L'être humain, en revanche, est une espèce intrinsèquement sociale, qui favorise la proximité et le toucher lors des manifestations d'affection. Nous sommes également attirés par des caractéristiques d'apparence infantile — de grands yeux et un front large, un petit nez et un visage rond — c'est pourquoi la plupart d'entre nous trouvons les visages des chats si mignons.

Il n'est donc pas surprenant que notre première réaction lorsque nous voyons un chat ou un chaton soit de vouloir le caresser, le câliner, et le tâter partout. Il ne faut donc pas s'étonner que de nombreux chats puissent trouver ce type d'interaction un peu lourde.

Affections félines

Bien que beaucoup de chats aiment être caressés, et dans certains contextes nous choisiront plutôt que la nourriture, l'interaction humaine est quelque chose qu'ils doivent apprendre à apprécier pendant une période sensible relativement courte — entre deux et sept semaines.

Science

Vers un été arctique sans glace ?

On risque fort de connaître des étés arctiques sans banquises, indique une étude récente parue dans la revue Nature Communications.

À l’aide d’une nouvelle méthode statistique croisant les données issues de plus de 31 modèles climatiques différents, l’étude est parvenue à déterminer les probabilités que les banquises disparaissent complètement durant l’été arctique selon les différents scénarios d’augmentation des températures globales.

Même en limitant le réchauffement global à 1,5 degré Celsius, comme le prévoit la limite inférieure de l’accord de Paris sur le climat, la probabilité d’une fonte complète de la banquise en septembre s’élève à 6 %. À 2 degrés Celsius, la limite supérieure fixée dans l’accord de 2015, la probabilité d’un été arctique sans glace augmente à 28 %.

«La prise de décisions dans un monde en proie au réchauffement requiert une compréhension des probabilités que certains événements climatiques se produisent =», avance le communiqué diffusé lors de la publication de l’étude qui représente une première expérience de projection probabiliste multimodèle des augmentations moyennes de température globale et de leurs effets sur la fonte des glaces arctiques.

Science

Le transport maritime est moins polluant ? 4 choses à savoir

DÉTECTEUR DE RUMEURS / Si le transport de marchandises par bateau est plus «propre» que celui par avion, camion ou train, la marine marchande a besoin d’un coup de barre pour réduire son empreinte carbone, constatent le Détecteur de rumeurs et Unpointcinq. Quatre choses à savoir pour bien comprendre l’enjeu.

1) Un mode de transport en augmentation

À l’échelle mondiale, 80 % du transport de marchandises se fait par voie maritime, d’après un rapport de 2017 du Forum international des transports de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE). De son côté, la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) prévoit une croissance annuelle de 3,2 % d’ici à 2022. Le Québec ne fait pas exception : en 2017, le tonnage total sur le Saint-Laurent a progressé de 9,3 % par rapport à 2016, selon la Corporation de gestion de la voie maritime du Saint-Laurent. La tendance devrait s’accentuer avec le projet de construction d’un terminal d’une capacité de 500 000 conteneurs à Québec et la volonté affichée dans la Stratégie maritime du Québec d’encourager ce mode de transport à l’intérieur de la province.

La Stratégie vise à ce que le «transport maritime courte distance» (c’est-à-dire celui qui ne traverse pas les océans), qui représente 20 % du trafic maritime des ports du Saint-Laurent, «atteigne son plein potentiel» d’ici 2030, sans toutefois chiffrer l’objectif.

2) Le plus propre, de loin

Le transport maritime est, de loin, le plus sobre en gaz à effet de serre par tonne de marchandise déplacée.

Science

Noirs abattus par la police : (un peu) plus de données...

BLOGUE / C'est une étude qui est un brin désespérante. Mais le sujet, les civils noirs qui sont abattus par la police, est trop important (et trop émotif) pour qu'on se passe de nouvelles données. Voyons voir...

Les cas relayés par les médias s'empilent à un rythme épouvantable, sur un mode qui semble toujours le même : un jeune Noir est arrêté par des policiers (souvent blancs), et il finit par mourir sous leurs balles même s'il ne portait aucune arme. Le comportement de certains pouvait sans doute être interprété comme menaçant par un policier nerveux (nervosité qui peut se comprendre dans certaines circonstances, disons-le), mais d'autres ont été «tirés» alors qu'ils tentaient de fuir. Certains policiers ont été condamnés, d'autres non. Et il n'y a pas qu'au pays de l'Oncle Sam que la police est accusée de profilage raciale : le même genre de débat a lieu dans des villes canadiennes comme Toronto et Montréal.

Ce qui rend l'étude qui vient de paraître dans les PNAS particulièrement intéressante, c'est que ses auteurs — des chercheurs en psychologie des universités du Maryland et Michigan State menés par David J. Johnson — y dévoilent des données inédites sur les policiers qui ont été impliqués dans les fusillades mortelles. Ces informations n'étant pas toujours disponibles, aucune autre analyse que celle-ci n'en a tenu compte jusqu'à présent, en tout cas pas à si grande échelle. Les auteurs ont dû les colliger eux-mêmes, un cas à la fois, puisque aucune banque de données ne les conserve.

Cela permet, écrivent M. Johnson et ses collègues, de dépasser la simple «méthode du benchmark», qui consiste par exemple à comparer la proportion des Noirs parmi les victimes et à la proportion des Afro-Américains dans la population générale. Comme ceux-ci représentent 26 % des gens abattus par la police mais seulement 12 % de la population, il est très tentant de conclure que les policiers sont, dans l'ensemble, biaisés contre les gens de couleurs.

«Cependant, écrivent M. Johnson et son équipe, se servir de la population comme point de référence revient à présumer que les Blancs et les Noirs sont également exposés aux situations qui mène à des [policiers qui abattent quelqu'un].» Or c'est une grosse (et fausse) présomption, remarquent-ils : les Afro-Américains sont en moyenne plus pauvres et vivent donc plus souvent que les Blancs dans des quartiers où la criminalité est élevée. C'est un contexte qui peut changer la fréquence et la nature des contacts avec les policiers (je reviens sur ce point plus bas), et il faut donc en tenir compte pour savoir si ceux-ci ont vraiment des biais raciaux.

C'est essentiellement ce qu'ils font dans leur étude, en se basant sur toutes les fusillades impliquant des policiers qui se sont soldées par des décès de civils en 2015, dans tous les États-Unis. Pour chacun de ces cas individuellement, Johnson et al. ont noté certaines caractéristiques de la victime (blanc/noir/hispanique, armé ou non, etc.), des policiers impliqués dans la fusillade (couleur, sexe, expérience, etc.) et du quartier dans lequel la fusillade a eu lieu. Puis ils ont mené des analyses statistiques (pour les intéressés : ils ont fait des régressions) pour voir si l'une ou l'autre de ces variables accroissait le risque que les civils tués par les policiers soient noirs ou latinos.

Leurs résultats auront de quoi en étonner plusieurs (et peut-être en choquer quelques uns) : «Nous n'avons trouvé aucun signe de disparités anti-Noirs ou anti-Latinos dans les fusillades, et les officiers blancs ne sont pas plus susceptibles d'abattre des civils issus de minorités que les officiers non-blancs.» Ces chiffres-là, tiennent à souligner les auteurs, ne signifient pas qu'il n'existe aucun policier blanc raciste ni que tel ou tel cas spécifique n'était pas problématique, mais simplement qu'il n'y a pas de signe probant de biais racial généralisé quand on regarde l'ensemble des fusillades mortelles et que l'on tient compte du «degré d'exposition» de chaque groupe racial.

En fait, le facteur le plus déterminant que Johnson et ses collègues ont trouvé était le pourcentage des crimes violents (les homicides ont servi d'indicateur) commis par telle ou telle «race» dans les quartiers où les fusillades ont eu lieu. Dans les quartiers où ces crimes étaient surtout commis par des Noirs, les personnes abattues par la police avait près de 4 fois plus de chance d'être noires. Inversement, dans les quartiers où la criminalité violente était surtout le fait des Blancs, les personnes abattues par la police avaient 4 fois moins de chances d'être noires.

Science

Génétique: les Inuits du Québec uniques au monde

Si les Inuits du Nunavik partagent leur culture avec les autres Inuits du monde, leurs gènes sont une autre paire de manches, selon une étude de l’Université McGill parue lundi. L’analyse du génome de 170 Inuits du Grand Nord québécois suggère qu’ils seraient génétiquement distincts des Inuits du Groenland, formant un groupe unique au monde à cet égard.

«Nos résultats montrent que les Inuits du Nunavik sont une population très homogène. […] Hormis quelques cas de mélange récents avec des Européens, les Inuits du Nunavik ne partagent presque pas d’ancêtres avec d’autres populations contemporaines et sont distincts des autres populations indigènes de l’Arctique, incluant les Inuits du Groenland», lit-on dans l’article qui vient de paraître dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS). Dirigée par les chercheurs de McGill Sirui Zhou et Guy Rouleau, la recherche a consisté à lire le génome de 170 Inuits du Nunavik et à le comparer à celui d’autres populations de l’Arctique. 

De manière générale, ceux que l’on nomme «Inuits» de nos jours sont les descendants des «Thuléens», des chasseurs de baleines originaires de l’Alaska qui ont commencé à essaimer dans tout le Grand Nord il y a environ 1000 ans, et qui se sont rendus jusqu’au Groenland. Ce faisant, ils ont complètement remplacé une population qui était déjà présente, les «Dorsétiens», qui chassaient les petits mammifères marins, mais pas les baleines, et qui sont aujourd’hui disparus. Les Thuléens ont migré en plusieurs vagues successives et leur arrivée dans le nord du Québec remonte à il y a 700 à 800 ans, d’après l’Institut culturel Avataq.

Cependant, M. Rouleau et son équipe ont trouvé que même si leur culture est la même, les Inuits du Nunavik sont beaucoup moins apparentés qu’on pourrait le penser, génétiquement parlant, aux autres Inuits du monde. Ce sont les Inuits du Groenland et des Yupiks de Sibérie qui sont leurs plus proches parents, mais le lien de parenté remonterait à plus de 10 000 ans.

En fait, ils sont plus proches des «Paléo-Eskimos» (les Dorsétiens et d’autres avant eux) que des Thuléens, selon le communiqué de presse de McGill. L’article des PNAS est muet sur ce qui a pu se passer, et il n’a pas été possible de s’entretenir avec M. Rouleau au moment d’écrire ces lignes, mais on peut imaginer que les Dorsétiens du Québec n’ont pas été remplacés par les Thuléens, mais qu’ils auraient plutôt été assimilés.

Quoi qu’il en soit, les chercheurs ont par ailleurs identifié des variantes génétiques chez les Inuits du Nunavik qui suggèrent une adaptation à une diète riche en graisses — les autres populations inuites du monde montrent elles aussi le même genre d’adaptation. Ceux du Québec montrent toutefois d’autres variantes génétiques qui les rendent plus vulnérables aux anévrismes intracrâniens, une déformation d’artères du cerveau qui peut avoir de très graves conséquences.

Science

Oubliez Lyme, les tiques peuvent faire bien pire...

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Lorsqu'il s'agit de problèmes de santé causés par les tiques, la maladie de Lyme retient toute l'attention. Mais diverses espèces de tiques transportent et transmettent une multitude d'autres agents pathogènes, dont certains causent des maladies graves, voire mortelles.

En fait, le nombre de cas de maladies transmises par les tiques est en hausse aux États-Unis et au Canada. L'aire de répartition de diverses espèces de tiques en Amérique du Nord pourrait être en expansion en raison des changements climatiques. L'Agence de la santé publique du Canada vient d'émettre un avis sur l'augmentation du risque de maladies transmises par les tiques dans le contexte des changements environnementaux. « L’augmentation de la température au Canada crée un environnement plus favorable pour les tiques et prolonge leur saison d’activité. »

Les chercheurs découvrent sans cesse de nouveaux pathogènes qui vivent dans les tiques. Et de nouvelles espèces de tiques envahissantes continuent d'apparaître.

Au cours de ma carrière comme entomologiste en santé publique, j'ai été étonné par la capacité d'adaptation des tiques. Elles se remettent des multiples agressions que nous leur faisons subir, y compris des pesticides. Les tiques excellent à trouver de nouvelles niches écologiques pour survivre. Les humains et les tiques se croisent donc fréquemment, nous exposant ainsi à leurs morsures et aux maladies qu'elles véhiculent.

Voici quelques-unes des menaces moins connues, mais de plus en plus nombreuses, que représentent les tiques.

Maladies bactériennes

Certaines très petites espèces de bactéries, qui peuvent causer des maladies comme la rickettsie, l’ehrlichia et l’anaplasma, vivent dans les tiques. Celles-ci ingèrent ces bactéries lorsqu'elles absorbent le sang des animaux. Puis, les tiques transmettent par la suite la bactérie à l'animal ou à la personne dont elles se nourrissent.

La plus connue de ces maladies bactériennes est sans doute la fièvre pourprée des montagnes Rocheuses, la maladie rickettsiale la plus fréquemment signalée aux États-Unis, avec environ 6000 cas chaque année. Le nombre de diagnostics semble augmenter à l'échelle nationale, en particulier chez les autochtones, probablement en raison de l'exposition à des chiens en liberté qui peuvent être porteurs de tiques.

Quand les gens contractent la fièvre pourprée des montagnes Rocheuses, ils se présentent habituellement en clinique avec trois symptômes : fièvre, éruption cutanée et antécédents de piqûre de tique. Ils peuvent également signaler de graves maux de tête, des frissons et des douleurs musculaires, ainsi que des symptômes gastro-intestinaux comme des douleurs abdominales et la diarrhée. Une éruption cutanée est habituellement présente après quelques jours, mais pas toujours. La confusion mentale, le coma et la mort peuvent survenir dans les cas graves. En l'absence de traitement, le taux de mortalité est d'environ 20 pour cent; et même avec le traitement, 4 pour cent des personnes infectées meurent.

Toutes les espèces de tiques ne sont pas des transmetteurs de la bactérie rickettsia. Même à l'intérieur des espèces vectrices, seulement 1 à 5 pour cent des tiques d'une zone sont infectées. Se faire mordre par une tique qui vous transmet la bactérie de la rickettsie, c'est comme se faire piquer par une aiguille dans une botte de foin. Les principaux porteurs sont la tique américaine du chien, dans l'est des États-Unis, et la tique des Rocheuses dans l'Ouest. La tique brune du chien a aussi été récemment identifiée comme étant vectrice.

Dans la plupart des maladies transmises par les tiques, la tique doit se nourrir pendant un certain temps avant que les agents pathogènes qu'elle porte ne soient transmis à l'animal dont elle absorbe le sang. Dans le cas de la fièvre pourprée des montagnes Rocheuses, cela prend généralement entre une et trois heures pour que la transmission se produise, de sorte que les tiques qui s'agrippent à la peau doivent être enlevées rapidement. Les médecins prescrivent habituellement l'antibiotique doxycycline pour traiter la fièvre pourprée des montagnes Rocheuses, qui fonctionne très bien si la maladie est détectée tôt.

L'ehrlichiose est une autre maladie bactérienne transmise des tiques aux humains. Aux États-Unis, elle est le plus souvent causée par la bactérie Ehrlichia chaffeensis, transportée par des tiques solitaires, répandues dans l'est des États-Unis. Cette bactérie infecte un type de cellules sanguines appelé leucocytes. L'ehrlichiose monocytaire humaine se produit surtout dans le sud et le centre-sud des États-Unis ; 1 642 cas ont été signalés au CDC (Centers for Disease Control and Prevention) en 2017.

Les patients atteints d'ehrlichiose ont généralement de la fièvre, des maux de tête, des douleurs musculaires et une diminution progressive du nombre de globules blancs. Contrairement à la fièvre pourprée des montagnes Rocheuses, les gens atteints ne voient apparaître des éruptions cutanées qu'environ 20 à 40 pour cent du temps. Les médecins traitent habituellement l'ehrlichiose avec de la doxycycline.

Une autre maladie bactérienne transmise par les tiques dont il faut se préoccuper est l'anaplasmose granulocytaire humaine. La bactérie Anaplasma phagocytophilum infecte un type de globules blancs appelés granulocytes. Elle est présente surtout dans le nord du Midwest et le nord-est des États-Unis, et son incidence augmente, avec 5762 cas d'anaplasmose granulocytaire anaplastique humaine signalés au CDC en 2017.

Science

Ils ont marché sur la Lune: 7 arguments pour qui n’y croit pas

DÉTECTEUR DE RUMEURS / Y a-t-il, dans votre entourage, des gens qui pourraient profiter du 50e anniversaire des premiers pas sur la Lune, pour vous faire savoir qu'ils n'y croient pas, et pour vous présenter ce qu’ils estiment être des «preuves» ? Le Détecteur de rumeurs ne prétend pas que le dialogue sera facile... mais passe tout de même en revue les plus populaires de ces «preuves».

1. On ne voit pas d'étoiles sur les photos prises sur la Lune, c'est la preuve qu'elles ont été prises en studio

Réponse en deux mots : temps d'exposition.

Avez-vous déjà vu des étoiles sur vos photos nocturnes ? Pour y arriver, il faut un appareil réglé avec un temps d'exposition de quelques minutes. Prendre des clichés sur la Lune n’était pas une tâche facile : soit le Soleil était bas à l’horizon, produisant un paysage lunaire brillamment éclairé, soit les astronautes prenaient des photos de leur collègue au scaphandre tout blanc, ou d'un phénomène géologique proche. Toutes des conditions nécessitant un temps d'exposition se mesurant en fraction de seconde, et non pas en minutes.

Comme l'expliquait (en 2001 !) l’auteur et blogueur Keith Mayes, «si l’obturateur de la caméra avait été gardé ouvert assez longtemps pour que les étoiles apparaissent, tout le reste aurait été surexposé dans un blanc éblouissant».

2. Puisque le module lunaire a balayé toute la poussière en alunissant, il ne devrait plus en rester assez dans les parages pour que les bottes des astronautes laissent des empreintes.

Réponse en deux mots : absence d'air.

Sur les films montrant les dernières secondes avant les alunissages, on voit effectivement un nuage de poussière soulevé par le réacteur qui freine alors la descente. Ce réacteur ne devrait-il pas avoir été l'équivalent d'un aspirateur géant laissant une surface toute propre ?

Sur Terre, un tel aspirateur ne serait pas seul à déplacer la poussière : l'air qui nous entoure serait lui aussi «déplacé» par l'aspirateur et ajouterait ainsi aux mouvements de la poussière. Mais sur la Lune, en l'absence d'air, les seuls grains de poussière «perturbés» sont ceux qui se retrouvent directement sous le flux du réacteur. Tous les autres restent sagement là où ils sont. On remarque d’ailleurs sur certaines images un halo immédiatement sous le module.

3. Sur les photos, les ombres ne sont pas parallèles, comme elles devraient l'être si le Soleil était la seule source d'éclairage. Donc, on est dans un studio avec des projecteurs.

Réponse en un seul mot : perspective.

Science

On chauffe pas le dehors (mais des fois oui)

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Lors des périodes de canicule de cette année, des scientifiques ont prétendu que l’utilisation de climatiseurs résidentiels aggrave la situation en rejetant l’air chaud à l’extérieur. D’après eux, cela aurait pour conséquence d’empirer le problème des îlots de chaleur. Mais quand on songe au volume d’air qu’il y a à l’extérieur, il me semble que cette conclusion est exagérée, non ?», demande Jean-Pierre le Bel, de Rimouski.

À partir d’une certaine taille, pratiquement toutes les villes ont des secteurs où il n’y a pas d’arbres pour faire de l’ombre. Le béton, l’asphalte et d’autres matériaux du genre (souvent foncés) y dominent, et comme ils captent et emmagasinent plus de rayonnement solaire que ne le feraient des surfaces végétales, cela augmente la température aux environs. Sans compter le fait que les végétaux peuvent rejeter des quantités étonnantes de vapeur d’eau dans les airs, vapeur qui emmène beaucoup d’énergie (lire : «de chaleur») avec elle. L’effet est très local, mais il peut être considérable : s’il tourne généralement autour de quelques degrés, l’agence américaine de protection de l’environnement parle de différences pouvant aller jusqu’à 12°C. Dans des cas extrêmes, des écarts de près de 15°C sur à peine 500 mètres de distance ont déjà été documentés à Montréal (pdf, p. 104/144).

Maintenant, les climatiseurs fonctionnent essentiellement comme des réfrigérateurs : ils ne détruisent pas de chaleur ni ne créent de fraîcheur (deux choses physiquement impossibles de toute manière), mais ils absorbent de la chaleur à l’intérieur et la libèrent dehors. Cela demande bien sûr de l'énergie, et la consommation d'électricité que cela implique produit une certaine quantité de chaleur. Alors d’un point de vue strictement mathématique, il est certain que cela ne peut qu'augmenter la température ambiante, ne serait-ce que de manière infinitésimale. La question est : est-ce suffisant pour être ressenti, ou à tout le moins mesuré ?

Et il semble que la réponse soit quelque chose comme «plutôt oui». Il existe plusieurs études à ce sujet, qui sont surtout des modélisations puisqu’on ne peut pas, dans la «vraie vie», reproduire deux fois la même météo dans une ville donnée, avec et sans air climatisé. Mais leurs résultats se recoupent à plusieurs égards.

D’abord, elles trouvent toutes que le «réchauffement» causé par les systèmes d’air climatisés survient surtout la nuit. Pendant le jour, la météo est dominée par le rayonnement solaire. D’après cet article d’une équipe française qui a examiné le cas de Paris, cela s’explique par le fait que la «couche limite» de l’atmosphère (celle qui est directement influencée par le sol) est beaucoup plus haute pendant le jour que pendant la nuit (2300 mètres contre 250 mètres d’altitude dans l’article) et qu’il y a plus de brassage atmosphérique durant le jour. La nuit, le volume d’air influencé par ce qui se passe au sol est donc réduit et il est plus calme. Cela signifie que la chaleur relâchée par les climatiseurs a plus tendance à rester au même endroit, ce qui amplifie son effet.

Ensuite, ces travaux concluent tous à un effet de la même amplitude, ou presque. L’étude parisienne indique que les climatiseurs font une différence de 0,5 à 1°C sur la température ressentie dans la rue (la nuit). Cette autre étude, qui portait sur la région de Phoenix, arrive elle aussi à un écart de 0,5 à 1°C dans ses simulations les plus réalistes. Cette dernière cite également plusieurs autres recherches qui arrivent à des résultats comparables.

Maintenant, est-ce beaucoup ? Est-ce peu ? Le mathématicien Francisco Salamanca, auteur principal de l’étude sur Phoenix, parle d’«un rôle important qui exacerbe les îlots de chaleur urbains nocturnes». Cependant, son article indique aussi que les différences de températures entre les zones urbaines et rurales de la région de Phoenix atteignent jusqu’à 5 à 7 °C — si bien que les 0,5 à 1°C de chaleur rejetée par les climatiseurs n’en représentent pas une grosse partie. Ce qui n’est pas très étonnant, puisque la liste des principales causes des îlots de chaleur (surfaces asphaltées/bétonnées, absence de végétaux, etc.) est essentiellement la même chez toutes les sources scientifiques et gouvernementales, et elle ne mentionne presque jamais la chaleur déplacée par les systèmes de climatisation. Celle-ci serait donc un facteur, mais pas parmi les plus déterminants.

Du point de vue du réchauffement, c’est plus l’électricité que la climatisation demande qui inquiète. Dans un rapport paru l’an dernier, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) avertit que 20 % de l’énergie consommée par les bâtiments de la planète est consacrée à les rafraîchir, et que cette consommation est appelée à tripler d’ici 2050 ; elle égalerait alors la demande totale en électricité de la Chine d’aujourd’hui !

Comme beaucoup de pays produisent une grande partie de leur électricité en brûlant du gaz naturel ou du charbon, c’est appelé à devenir un fort contributeur au réchauffement planétaire, ce qui fait dire à l’AIE que «la climatisation représente un mur dans lequel le monde se dirige» (cooling crunch). Notons cependant que cette règle générale ne s’applique pas bien au Québec, qui tire presque toute son électricité de source hydraulique.

Science

La méthode scientifique oubliée dans les médias

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Nous, scientifiques, journalistes et citoyen·ne·s préoccupé·e·s, lançons un cri d’alerte sur le traitement de l’information scientifique dans les médias, ainsi que sur la place qui lui est réservée dans les débats de société. À l’heure où la défiance envers les médias et les institutions atteint des sommets, nous appelons à une profonde remise en question de toute la chaîne de l’information, afin que les sujets à caractère scientifique puissent être restitués à tous et à toutes sans déformation sensationnaliste ni idéologique et que la confiance puisse être restaurée sur le long terme entre scientifiques, médias et citoyen·ne·s.

Dans une démocratie, les journalistes portent une lourde responsabilité, puisque de la liberté dont ils et elles disposent, ainsi que de la qualité de l’information livrée, dépend la qualité du débat public et des choix qui en découlent. La méthode scientifique, de son côté, permet de produire des connaissances fiables pouvant servir de base de réflexion pour les politiques publiques portant sur des questions complexes telles que l’alimentation, la santé publique ou l’écologie. Il apparaît alors évident que scientifiques et journalistes doivent travailler main dans la main : les premier·e·s ne devant pas s’isoler médiatiquement par crainte de voir leurs travaux déformés, les second·e·s ne pouvant se permettre de travestir ni le travail des premier·e·s, ni les faits.

C’est sur ce dernier point que nous alertons les acteurs et actrices des médias. Nous assistons aujourd’hui à un dévoiement grandissant du travail des scientifiques. Leurs résultats ne sont bien souvent mis en avant que s’ils confortent des opinions préexistantes. Dans le cas contraire, certain·e·s iront sous-entendre leur rémunération par un lobby malveillant. Soyons clair·e·s : l’état de nos connaissances ne saurait être un supermarché dans lequel on pourrait ne choisir que ce qui nous convient et laisser en rayon ce qui contredit nos opinions. Il existe en effet des consensus scientifiques sur des sujets aussi divers que :

● La santé :

- La balance bénéfice/risque des principaux vaccins est sans appel en faveur de la vaccination.

- Il n’existe aucune preuve de l’efficacité propre des produits homéopathiques.

● L’agriculture :

- Aux expositions professionnelles et alimentaires courantes, les différentes instances chargées d’évaluer le risque lié à l’usage de glyphosate considèrent improbable qu'il présente un risque cancérigène pour l’homme.

- Le fait qu'un organisme soit génétiquement modifié (OGM) ne présente pas en soi de risque pour la santé.

● Le changement climatique

- Le changement climatique est réel et d’origine principalement humaine.

- L’énergie nucléaire est une technologie à faible émission de CO2 et peut contribuer à la lutte contre le changement climatique.

Ce ne sont pas de simples opinions. Ce sont les conclusions issues de la littérature scientifique et soutenues par des institutions scientifiques fiables, comme l’OMS, l’Académie Européenne des Sciences, l’Académie Nationale de Médecine, l’Académie d’Agriculture, ou encore le GIEC.

Bien entendu, la science n’a pas réponse à tout. Il existe des questions qui n’ont pas conduit à un consensus clair, voire qui restent sans réponse. Il est alors tout à fait légitime pour un média de présenter et d’expliquer le débat qui a lieu. Si un consensus existe, le ou la journaliste doit être capable de l’identifier, de chercher à le comprendre et à en rendre compte. Il n'est pas souhaitable de donner autant de poids à un fait scientifique dûment établi qu’à sa négation. Il serait par exemple impensable qu’après 15 minutes d’un sujet sur la station spatiale internationale, l’on donne 15 minutes d’antenne à un·e adepte de la Terre plate.

Nous comprenons que des « marchand·e·s de doute », y compris certain·e·s scientifiques, aient tenté et tentent encore de détourner le public du consensus. Cependant, les journalistes se trompent de cible s’ils et elles croient que les scientifiques sont leurs ennemi·e·s. Ces dernier·e·s risqueraient de s’éloigner plus encore des journalistes. Enfin, nous soulignons la différence entre les échelles de temps scientifique et médiatique. La surinterprétation de résultats préliminaires et petites avancées sitôt contredits ou nuancés brouille le message adressé au public. S'il est légitime de chercher à informer dans les délais les plus brefs, cette réactivité peut s'avérer contre-productive, en particulier sans les clés de compréhension de l’actualité scientifique.

Il est urgent que la place de l’information scientifique dans nos médias et dans le débat public soit revue, pour éviter de creuser le fossé entre scientifiques et journalistes. Réfléchissons ensemble à la façon de rendre à la science la place qu’elle mérite. Pour un débat public apaisé et rationnel, pour le bien de notre vie politique, pour nos concitoyen·ne·s. «La science n’a pas de patrie», nous dit Louis Pasteur. Nous ajoutons qu’elle ne saurait avoir de parti-pris idéologique.

Science

Planter des arbres: une solution, mais pas la solution

Il y aurait suffisamment d'espace sur Terre pour planter 900 millions d'hectares d'arbres, l'équivalent de la superficie des États-Unis. Un projet pharaonique qui serait sûrement d'une grande aide pour lutter contre le réchauffement — mais qui ne serait pas «la meilleure» des solutions à notre disposition, comme les chercheurs, dans un élan d'enthousiasme, l'ont proclamé.

À la base, leur travail, paru jeudi dans la revue Science, est presque un exercice mathématique : combien d'arbres supplémentaires notre planète pourrait-elle soutenir. Le total théorique de 900 millions d'hectares s'ajouterait donc aux actuels 2,8 milliards d'hectares, si on restaurait à peu près toutes les forêts perdues des derniers siècles, sans grignoter sur les terres agricoles ou les villes. Ces forêts supplémentaires, lit-on sous la plume des chercheurs de l'Université ETH de Zurich, en Suisse, pourraient absorber 205 gigatonnes de CO2, un chiffre qui a enflammé l'imagination

Le chiffre n'a pas été contesté par les critiques, ce sont ses implications qui l'ont été — «la meilleure des solutions». Tout d'abord, note le climatologue Zeke Hausfather, une importante partie de ces gigatonnes serait de toutes façons absorbée par les sols, avec ou sans arbres, et par les océans. La reforestation est une stratégie essentielle, renchérit l’Australien Pep Canadell, directeur du Carbon Global Project, mais elle est une partie de la solution, pas «la» solution. S'il y a «une» solution prioritaire, calcule le Norvégien Glen Peters, c'est la réduction des émissions de CO2.

Et c’est sans compter le fait que même si on se mettait demain à planter tous ces arbres, il leur faudrait des décennies pour arriver à maturité…

Science

Poêles antiadhésives: faut-il se méfier de l’APFO?

Une poêle antiadhésive écorchée fait-elle grimper les risques de cancer? Devrait-on rechercher la mention «sans acide perfluorooctanoïque (APFO)» quand vient le temps de la remplacer? Le Détecteur de rumeurs et Extenso mettent ces deux questions sur le gril.

Le principal suspect

La fabrication du revêtement antiadhésif des poêles en Téflon requérait jadis, entre autres, de l’acide perfluorooctanoïque (APFO). Cet acide a été reconnu par l’Agence de protection de l’environnement des États-Unis (EPA) comme étant un cancérigène probable chez le rat. Cela n’a jamais été démontré chez l’humain.

Toutefois, dès 2006, l’Agence américaine de protection de l’environnement avait identifié cette substance comme étant dangereuse pour l’environnement et avait demandé aux compagnies qui utilisent de l’APFO de réduire l’utilisation de cette substance d’ici 2010 et de cesser complètement de l’utiliser en 2015.

Le Canada a implanté en 2010 la même politique, imposant un délai de cinq ans pour l’interdiction de «la fabrication, l'utilisation, la vente, la mise en vente, l'importation et l'exportation de l’APFO» dans tous les produits. La multinationale DuPont, propriétaire de la marque Téflon et son plus grand fabricant, en a cessé l’utilisation dans la fabrication de ses ustensiles de cuisine en 2013.

Des poêles sans APFO

Depuis le 31 décembre 2015, il est donc interdit de vendre des ustensiles de cuisine en Téflon qui contiennent de l’APFO, partout en Amérique du Nord. Nul besoin donc de rechercher la mention «sans APFO» qu’on retrouve sur les emballages de nombreuses marques.

Bien sûr, si votre poêle antiadhésive date d’avant l’application de cette réglementation, il est possible qu’elle en contienne toujours. Et encore ! Il faut savoir que les poêles en céramique n’ont jamais contenu d’APFO.

Science

Les «aimants» à moustiques

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Il y a longtemps que je me pose cette question : pourquoi certaines personnes se font piquer sans cesse par des maringouins et d'autres pas du tout, ou presque ? Il suffit que je sorte quelques minutes dans mon jardin et, déjà, j’ai quelques piqûres, alors que mon conjoint, lui, les maringouins lui tournent autour mais ne le piquent jamais. Nous avons fait une petite recherche sur le sujet mais n’avons pas trouvé grand-chose de concret», demande Sophie Lemarier, de Gatineau.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les moustiques ne se nourrissent pas de sang, en général. Leur appareil buccal est plutôt fait pour aspirer la sève des plantes et le nectar des fleurs. Oui oui, comme les jolis papillons, les sympathiques abeilles, les pucerons mignons et tant d’autres espèces dont les noms ne sont jamais maudits avec autant de régularité et de hargne.

La différence, c’est que chez le maringouin, la femelle a besoin d’une diète riche en protéines pour fabriquer ses œufs, et c’est dans ce but qu’elle suce le sang des autres animaux. Ce ne sont pas tous les moustiques qui «s’intéressent» aux humains, remarquez bien, mais sur les 52 espèces présentes au Québec, une trentaine nous piquent, selon le site de la Société d’entomologie du Québec [http://bit.ly/2JINXUy]. Alors on peut dire qu’on fait «notre grosse part», mettons…

C’est par une série d’indices que les moustiques femelles trouvent leur chemin jusqu’à nous, d’après la SEQ et un (excellent) résumé paru récemment sur le site de l’Office for Science and Society (OSS) de l’Université McGill [http://bit.ly/2xKZPA0]. Les mouvements et la forme du corps en feraient partie, de même que la traînée de gaz carbonique (CO2) que nous laissons derrière nous en respirant. La peau et la sueur contiennent également des composés, notamment des acides lactiques, qui attirent les moustiques — lesquels sont aussi sensibles à la chaleur de notre corps. C’est par les antennes que la femelle perçoit ces odeurs.

(Précisons ici que les antennes des moustiques mâles ne sont pas équipées pour détecter nos odeurs, mais plutôt pour entendre les battements d’ailes des femelles et capter leurs phéromones, en vue de l’accouplement.)

Mais cela ne répond pas vraiment à la question de Mme Lemarier : tout le monde exhale du CO2, tout le monde sue (encore que pas tous également, mais bon), tout le monde émet de la chaleur. Alors pourquoi certaines personnes seraient plus «tentantes» pour les maringouins ?

Ça n’est pas encore compris de manière précise et complète. Il faut dire que la «recette» de l’odeur humaine est faite de plus de 300 composés différents, ce qui ne simplifie rien. Mais la génétique semble être impliquée. Dans une étude récente [http://bit.ly/2XHwJfi], des chercheurs ont conçu une cage à moustiques menant à un tunnel en «Y». Au bout de chacune des deux branches du «Y» se trouvait un endroit où un humain pouvait glisser la main (protégée par un moustiquaire), et une quarantaine de paires de jumeaux ont accepté de se prêter au jeu. Pendant qu’un jumeau se plaçait la main dans une branche du «Y», l’autre faisait pareil dans l’autre branche, afin de voir si les moustiques allaient préférer l’un ou l’autre.

Résultats : les jumeaux identiques (qui ont exactement les mêmes gènes) attiraient les piqueurs de manière assez égale alors que pour les jumeaux fraternels (qui ne sont pas plus «pareils» que des frères et sœurs), les moustiques montraient souvent une préférence claire et constante pour un des deux. L’étude a conclu qu’environ 67 % de la différence était génétique.

L’article ne dit pas quels gènes sont impliqués, cependant, ni par quels mécanismes ils peuvent attirer les moustiques, à part en influençant notre odeur corporelle. Mais dans un commentaire à son sujet [http://bit.ly/2xJvEcr], le chercheur britannique Tim Spector, qui n’avait pas participé à cette étude, propose deux mécanismes possibles. D’abord, il confirme que des recherches (dont les siennes) ont montré que la génétique a un effet sur nos odeurs — en tout cas, celle de nos aisselles. Il est donc bien possible que certaines personnes possèdent des variantes de gènes qui rendent leurs senteurs plus ou moins attirantes pour les maringouins.

Et ensuite, d’autres gènes ont une influence sur la flore bactérienne qui vit sur notre peau et qui «sont aussi responsables d’une bonne partie de nos odeurs. Même en se lavant les mains, nous ne sommes pas capables de nous en débarrasser», écrit M. Spector. Ce qui fait donc une deuxième manière dont les gènes peuvent nous transformer en aimants à moustiques (ou en repoussoirs, pour les chanceux).

Mentionnons une dernière chose, pour finir : non seulement y a-t-il plusieurs facteurs humains qui sont impliqués, mais ce que nous appelons «moustiques» recouvre en fait des dizaines d’espèces différentes (juste au Québec, parce qu’il y en a 3000 dans le monde) qui ne sont pas toutes attirées exactement par les mêmes choses, même si certaines se recoupent. Certaines ignorent complètement les humains, et parmi la trentaine qui nous piquent, toutes n’ont pas les mêmes comportements et préférences. Comme l’écrit Ada McVean, de l’OSS, certaines espèces de moustiques sont plus actives le soir, d’autres pendant le jour, d’autres en début de saison, d’autres quelques semaines plus tard, etc. Et, ajoute M. Spector, il y en a qui sont plus attirées par l’odeur de nos mains et de nos pieds, et il y en a qui préfèrent d’autres parties de notre corps.

Bref, cela ajoute une couche de complexité supplémentaire à l’histoire : selon le moment de la journée ou de l’été, et selon les espèces de moustiques présentes, les «aimants» ne seront pas forcément toujours les mêmes.

Science

D’où vient l’habitude de pointer du doigt?

Quand vous montrez quelque chose du doigt, est-ce que votre index pointe directement vers l’objet en question ? Il y a de bonnes chances que non, que votre index pointe à côté de la «cible», et ce n’est pas simplement parce que vous manquez de «visou». Ce serait plutôt parce que vous avez pris cette habitude en tentant de toucher des objets quand vous étiez bébé, et non en voulant montrer leur position, d’après une étude parue mercredi dans revue savante Science Advances.

«Dans toutes les cultures humaines qui ont été étudiées, les nourrissons commencent à montrer du doigt vers l’âge de 9 à 14 mois, typiquement. (...Et pourtant) nous ne savons presque rien des origines de ce comportement», écrivent les trois auteurs de l’article, dirigés par la chercheuse en psychologie Cathal O’Madagain, de l’Institut Max Planck, en Allemagne.

Par le passé, des scientifiques ont suggéré plusieurs hypothèses : par exemple, cela pouvait simplement découler du fait que les enfants voient leurs parents montrer des choses du doigt et les imitent. Mais s’il ne s’agissait que d’imitation, soulignent M. O’Madagain et ses collègues, de grandes différences entre les cultures auraient forcément fini par apparaître. Or ce n’est pas le cas : toutes les cultures pointent à peu près à l’identique.

D’autres ont avancé que cela pouvait provenir de l’habitude qu’ont les bébés d’étirer le bras pour attraper quelque chose. Mais les différences entre prendre et pointer — main ouverte dans un cas et fermée (hormis l’index) dans l’autre, intention d’informer absente dans un cas et présente dans l’autre, etc. — sont trop importantes pour que l’un mène à l’autre, estiment les auteurs de l’étude de Science Advances.

Habitude de toucher

Eux croient plutôt que ce comportement vient de l’habitude de toucher, souvent avec l’index, qu’ont les bébés. Pour le savoir, ils ont fait trois expériences. Dans l’une d’elle, 55 personnes d’âges différents (18 mois, 3 ans, 6 ans et adultes) ont été filmées en train de pointer une série d’objets à 1,5 mètre d’elles. En analysant ensuite la direction que montrait l’index sur des images arrêtées, le trio d’auteurs a réalisé qu’elle n’était pas particulièrement juste : même chez les adultes, elle s’écartait typiquement de 10 à 20 degrés de la «cible». C’était plutôt l’axe entre l’œil et le bout de l’index qui pointait le plus précisément vers l’objet, ne s’en écartant que de 1 à 10 degrés.

C’est là, selon M. O’Madagain et ses collègues, un indice montrant clairement que c’est le fait de toucher qui mène à pointer.

Les auteurs ont fait deux autres expériences (l’une sur l’angle du poignet selon l’emplacement d’une cible à pointer sur une boîte, et l’autre sur l’interprétation d’image montrant une personne qui pouvait être en train de montrer ou sur le point de toucher des objets), qui ont corroboré l’hypothèse du toucher.

Le passage du toucher au pointage viendrait de la «ritualisation» du geste, un peu comme l’habitude de lever les mains chez les enfants humains et primates.

«Un nourrisson va commencer par lever ses mains pour tenter de grimper, littéralement, à sa mère. Le voyant faire, la mère va le prendre au lieu de le laisser grimper tout seul. L’enfant finit par réaliser qu’il n’a qu’à lever les bras pour que sa mère le prenne, et le comportement de lever les mains est acquis», écrivent-ils. Le même genre de «ritualisation» pourrait expliquer que le toucher mène au pointage.

Science

Les mouettes australiennes porteuses de «superbactéries» humaines

SYDNEY - Les mouettes argentées australiennes sont porteuses de «superbactéries» résistantes aux antibiotiques qui pourraient éventuellement provoquer des infections graves chez les êtres humains, a-t-on appris mercredi auprès d’une équipe de chercheurs.

La publication de cette étude menée par une équipe dirigée par des scientifiques de l’Université Murdoch de Perth intervient au moment où l’Organisation mondiale de la santé sonne l’alarme sur les bactéries que les médicaments modernes ne parviennent plus à vaincre.

Environ 20% des mouettes argentées australiennes seraient infectées par des bactéries ultrarésistantes comme le E. Coli, selon cette étude publiée cette semaine dans le Journal of Antimicrobial Chemotherapy.

Les chercheurs avancent que les oiseaux ont été infectés en entrant en contact avec des excréments humains, vraisemblablement par le biais des eaux d’égout ou de couches pour bébés abandonnées dans les décharges.

L’étude a porté sur 550 échantillons prélevés sur des mouettes argentées dans toute l’Australie et testés pour diverses bactéries.

«Ce que nous avons trouvé, et ce que nous ne nous attendions pas  à trouver, ce sont ces hauts niveaux de E. Coli résistants, c’était très inhabituel», a déclaré à l’AFP Mark O’Dea, de l’Université Murdoch.

«Un grand nombre de ces bactéries étaient en fait des clones humains, des bactéries humaines, les mouettes avaient été contaminées d’une manière ou d’une autre par les humains, ce n’était pas directement des bactéries de mouettes».

Les bactéries E. Coli peuvent provoquer des infections urinaires, des méningites ou des septicémies.

L’OMS a averti que le monde allait manquer d’antibiotiques efficaces et l’an dernier, l’agence spécialisée de l’ONU a demandé aux États et aux grands groupes pharmaceutiques de créer une nouvelle génération de médicaments capables de lutter contre ces «superbactéries».

Mark O’Dea a expliqué que le risque de voir les mouettes infecter les humains était «plutôt minime», mais qu’il existait néanmoins. Certaines des bactéries détectées chez les oiseaux étaient résistantes «à des antibiotiques plutôt importants», a-t-il dit.

Santé

Est-ce que le sexe ralentit la maladie de Parkinson?

MONTRÉAL — Une vie sexuelle active est associée à une incapacité moins importante, à une meilleure qualité de vie et à une progression de la maladie plus lente chez les hommes qui présentent les premiers symptômes de la maladie de Parkinson, selon une nouvelle étude.

L’étude portait sur 355 sujets (228 hommes et 117 femmes) souffrant de la maladie de Parkinson. Parmi les hommes qui étaient actifs sexuellement, les chercheurs ont constaté des taux plus faibles d’apathie, de dépression et de problèmes de mémoire ou d’attention, ainsi qu’une fatigue moins importante.

Aucune association du genre n’a été mesurée chez les femmes, possiblement parce que l’étude comptait moins de participantes que de participants.

Des chercheurs européens affirment dans le European Journal of Neurology qu’il s’agit de la «première étude prospective longitudinale» à constater une telle association. Ils estiment que cela devrait inciter les spécialistes à interroger périodiquement leurs patients au sujet de leur vie sexuelle.

Une preuve?

«On pourrait se dire voilà, c’est une “preuve” que si on [promeut] les activités sexuelles régulières on va diminuer la maladie de Parkinson, mais ce n’est pas ça que l’étude démontre, a commenté le professeur Louis-Éric Trudeau, du département de pharmacologie et physiologie de l’Université de Montréal. Ce qu’on peut en tirer pour l’instant, c’est que parmi les patients qui ont une forme de maladie de Parkinson moins forte, qui ont des symptômes moins importants, ces gens-là ont globalement une activité sexuelle plus régulière, donc ce sont des gens qui ont un meilleur état de santé.»

D’autant plus, rappelle-t-il, que les participants à cette étude qui avaient une activité sexuelle plus régulière avaient également un niveau de médicamentation pour la maladie de Parkinson plus bas, «ce qui nous indique aussi qu’ils sont dans un état de maladie moins sévère».

Il faudrait donc voir le tout par l’autre bout de la lunette : les sujets ne doivent pas nécessairement leur meilleure santé à leur activité sexuelle; ils doivent possiblement leur activité sexuelle à leur meilleure santé.

À moins que...

«On ne peut pas exclure que ces gens-là depuis le début ce sont des gens qui ont une activité sexuelle plus régulière et que ça les a protégés dès le début, et là finalement ils ont une maladie de Parkinson qui est moins sévère, a rappelé M. Trudeau. Ça aussi c’est possible techniquement, mais cette étude ne permet pas de le dire.»

Une telle possibilité s’insérerait bien dans la littérature générale qui montre qu’une activité physique régulière aide à minimiser les symptômes de la maladie de Parkinson; et dans l’activité physique, on peut inclure l’activité sexuelle, poursuit-il.

«Mais évidemment, ce qui a été démontré dans l’amélioration des symptômes de la maladie de Parkinson, ça prend une activité physique très vigoureuse et qu’on fait très régulièrement pour des durées quand même substantielles, a-t-il conclu. Un petit dix ou quinze minutes ici et là, ce n’est pas suffisant.»