Santé

Assurances médicaments: pas loin d’une crise, dit le président de la FTQ

MONTRÉAL - Plusieurs milieux de travail sont aux prises avec une augmentation constante du prix des médicaments, ce qui met à mal les régimes d’assurance médicaments. Si rien n’est fait bientôt, on fera face à une véritable crise, estime le président de la FTQ, Daniel Boyer.

La situation que vivent les régimes d’assurance médicaments n’est pas sans rappeler celle des régimes de retraite, il y a quelques années, alors que des employeurs se plaignaient de ne plus être capables d’assumer leurs obligations et ont dû prendre des mesures draconiennes.

Au cours d’une entrevue avec La Presse canadienne, lundi, le président de la plus grande centrale syndicale du Québec a voulu tirer la sonnette d’alarme, parce que le problème va en s’amplifiant.

Un des problèmes vient de l’existence d’un système hybride comptant à la fois un régime public d’assurance médicaments et des régimes privés. Cette coexistence empêche de faire des économies d’échelle en obtenant une masse critique pour négocier de meilleurs prix. Les régimes privés paient des honoraires en pharmacie plus élevés que le régime public.

Pour M. Boyer, la solution passe par un régime universel et entièrement public, qui permettrait de générer des économies de 3 milliards $.

La FTQ tiendra justement, mardi et mercredi, un colloque sur les régimes d’assurance médicaments qui réunira 400 personnes, à Laval.

Santé

Aide psychosociale: des barrières freinent les hommes

EXCLUSIF / En détresse, un homme québécois prend son courage à deux mains et appelle pour demander l’aide d’un intervenant psychosocial, mais il atteint la boîte vocale. Que fait-il? Dans un cas sur quatre, il laisse tomber.

C’est là une des nombreuses barrières qui découragent les hommes de demander de l’aide au Québec, révèle un sondage provincial obtenu par Le Soleil. 

Mené par la firme SOM auprès d’un échantillon de plus de 2000 hommes adultes québécois, le sondage montre que près d’un quart d’entre eux (22 %) rapporte une détresse psychologique. 

L’étude, commandée par le Regroupement provincial en santé et bien-être des hommes et supervisée par un comité scientifique de chercheurs de l’UQAM, de l’Université Laval et de l’UQAR, montre aussi que seulement 10 % des hommes rapportent avoir consulté un intervenant psychosocial au cours des 12 derniers mois.

«C’est vraiment inquiétant, d’autant plus qu’on sait qu’au Québec, trois suicides sur quatre sont commis par des hommes», note Janie Houle, professeure titulaire au département de psychologie de l’UQAM, qui a piloté le comité scientifique. 

Ces résultats confirment des constats établis dans d’autres études québécoises. Mais le sondage va plus loin en permettant de voir ce qui décourage les hommes de consulter un intervenant psychosocial, comme un psychologue, un travailleur social ou un psychoéducateur. 

«Ce qu’on constate, c’est qu’il faut absolument qu’on diminue les barrières à l’accès», souligne Janie Houle. 

Certaines barrières sont très concrètes, comme celle des boîtes vocales. Le sondage demandait ainsi aux hommes ce qu’ils feraient s’ils atteignaient une boîte vocale lors d’une demande d’aide dans un organisme. Ils ont été 24 % à répondre qu’ils laisseraient tomber. 

«On voit l’importance d’avoir des ressources 24/7, qui sont capables de répondre en tout temps au téléphone», remarque Janie Houle. 

Les hommes sondés mentionnent aussi qu’ils souhaiteraient pouvoir se rendre sur place sans rendez-vous pour rencontrer un intervenant. D’autres ont aussi mentionné qu’ils aimeraient avoir la possibilité de réserver une rencontre sur Internet.

Autre résultat qui a surpris les chercheurs : près d’un homme sur deux considère qu’il serait aidant pour lui d’être accompagné d’un proche lors du premier rendez-vous — ce qui n’est pas une pratique très répandue dans le milieu, note Mme Houle.

Et si les hommes se retrouvent sur une liste d’attente, vaut mieux maintenir un lien avec eux, montre le sondage. Ainsi, 70 % des sondés ont répondu qu’ils souhaiteraient qu’on prenne de leurs nouvelles durant la période où il attendent des services psychosociaux.

Certains CLSC ont commencé à le faire, note Janie Houle. Ils rappellent les gens sur la liste d’attente régulièrement pour vérifier l’évolution de leur situation. 

Le sondage révèle aussi que la gratuité des services et leur faible coût sont le deuxième facteur en importance pour inciter les hommes à consulter.

Santé

La ministre McCann «sensible» à la clinique SABSA

Trois semaines après sa nomination à titre de ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann nous a accordé sa première entrevue de fond. Si la prudence était de mise, l’ancienne gestionnaire du réseau s’est aussi montrée encline à rouvrir des portes jusque là fermées par son prédécesseur, dont celle du financement de la clinique sans médecin SABSA.

«Je suis très sensible [...]. Je prends l’engagement de bien évaluer les besoins de la clinique. Si elle a besoin d’argent, on va regarder ça très sérieusement. Elle voit aux besoins des clientèles les plus vulnérables, et moi, dans mon livre à moi, c’est très important», a répondu la nouvelle ministre de la Santé lorsque questionnée sur son ouverture à financer la coopérative du quartier Saint-Roch. 

La clinique SABSA offre environ 3600 consultations par année à des patients qui ont pour la majorité une situation et un état de santé précaire (hépatite C, VIH, toxicomanie, problèmes de santé mentale, souvent pas de carte d’assurance maladie et sans médecin de famille dans 64 % des cas). Ses besoins s’élèvent à environ 250 000 $ par année. 

Or à l’heure actuelle, l’entente entre le gouvernement du Québec et la coopérative ne prévoit que le paiement des fournitures médicales et du salaire de l’infirmière praticienne spécialisée (IPS) Isabelle Têtu. Une travailleuse sociale est également «prêtée» par le CIUSSS de la Capitale-Nationale à la clinique trois jours par semaine. Le reste, notamment les frais d’opération, doit être assumé par la coopérative, qui doit organiser des campagnes de financement chaque année pour assurer sa survie.

À propos des IPS, Danielle McCann a dit vouloir qu’elles jouent leur rôle «pleinement». Un rôle qu’elles peuvent très bien jouer en dehors des murs des groupes de médecine familiale, selon elle. «On est à l’ère numérique, on n’est pas obligé d’être dans le même édifice», a dit l’ex-présidente-directrice générale de l’Agence de santé de Montréal, qui voit très bien les IPS pratiquer dans les CLSC, par exemple, et se référer à des médecins au besoin. 

Décloisonnement des pratiques et révision de la rémunération des médecins

Son parti en a parlé abondamment pendant la campagne électorale, Mme McCann l’a martelé en entrevue : l’amélioration de l’accès à la première ligne passe beaucoup par le décloisonnement des pratiques médicales et la révision du mode de rémunération des médecins de famille. 

«Il y a des choses qui peuvent être faites par des travailleurs sociaux, des psychologues, des infirmières, des pharmaciens… Il va falloir réviser certains éléments, dont le mode de rémunération des médecins de famille, qui sont payés à l’acte dans une forte proportion de leur rémunération. Il n’y a pas là un gros incitatif de déléguer des actes. Ils le font déjà [déléguer des actes], mais nous on pense qu’ils pourraient le faire davantage», dit la ministre de la Santé, qui veut que le médecin soit majoritairement (à 75 %) rémunéré en fonction du nombre de patients qu’il a (pondérés selon leur vulnérabilité). 

«Nous, notre seul but, c’est d’augmenter l’accès, insiste Mme McCann. On a besoin de tout le monde, de nos médecins, de nos infirmières, de nos pharmaciens... Les pharmaciens, c’est souvent eux qu’on voit le plus, qui nous donnent des conseils. Pour le suivi des médicaments, ce sont les personnes expertes. Il y a vraiment des choses à faire avec les pharmaciens, et nous sommes actuellement en discussion avec eux» pour qu’ils jouent un plus grand rôle en première ligne.

Santé

37 postes de sociothérapeutes sacrifiés à l'institut Philippe-Pinel

MONTRÉAL - L’Institut Philippe-Pinel abolira finalement 37 postes de sociothérapeute - des professionnels voués à la rééducation et à la réadaptation des patients de l’établissement.

Dans les faits, le nombre de sociothérapeutes passera de trois à deux par unité, la semaine. Les week-ends, il n’y aura qu’un sociothérapeute par unité au lieu de deux. En revanche, il y aura davantage d’infirmières et d’agents d’intervention.

«Toutes les structures de poste partout ailleurs dans l’institut sont augmentées. On réduit 37 postes de sociothérapeutes et on augmente 37 postes d’agent d’intervention. Donc, c’est vraiment la rééducation et la réadaptation qui sont mises à mal. Et on remplace ça par des gens qui assurent la sécurité - chose qui est importante, mais qui ne peut pas remplacer tout l’aspect que les éducateurs et les sociothérapeutes font», a déploré le président du syndicat, Sylvain Lemieux, au cours d’une entrevue vendredi.

Ce sont ces agents d’intervention qui ont pour fonction d’assurer la sécurité, d’appliquer des contentions, par exemple, et d’intervenir de façon plus physique auprès des patients.

Pour ce qui est de l’augmentation du nombre d’infirmières, M. Lemieux s’en dit satisfait, car cela était requis

Pour améliorer les soins, affirme la direction

La semaine dernière, la direction de Pinel avait expliqué qu’elle voulait ainsi mieux recentrer sa mission, faire une «consolidation».

Elle disait qu’elle avait même embauché plusieurs ressources «dans un objectif bien précis d’amélioration des soins et des services offerts aux patients», tout en tenant compte des aspects de sécurité, tant pour les patients que pour les employés et les citoyens.

Elle disait aussi comprendre l’inquiétude chez son personnel, à cause du changement, mais assurait qu’elle a mis tout en oeuvre «pour que tout soit mis en place le mieux possible, le plus rapidement possible», grâce à des «mesures d’atténuation».

M. Lemieux dit n’y rien comprendre, d’autant plus que cette réduction du nombre de sociothérapeutes survient alors qu’une injection de 12 millions $ a été faite dans l’établissement, qui dispense des soins en santé mentale aux personnes violentes, agressives, qui ont commis des actes criminels.

Les changements prévus pour les sociothérapeutes devraient voir le jour vers le mois d’avril 2019.

Selon M. Lemieux, ce plan de la direction n’est pas dénoncé seulement par son syndicat, mais aussi par des médecins.

Quant aux 37 postes de sociothérapeutes, il précise que 14 postes étaient déjà vacants depuis plusieurs mois, puisque l’employeur n’avait pas affiché les postes, même si des travailleurs effectuaient ces tâches. Les 23 autres postes seront aussi abolis, mais les titulaires seront réaffectés dans des équipes volantes ou pour exécuter des contrats de services avec d’autres établissements, a expliqué M. Lemieux.

Le SCFP espère que la nouvelle ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, changera de cap.