Tout porte à croire que 40 des 44 lits d’hospitalisation courte durée en psychiatrie de l’Hôpital du Saint-Sacrement seront fermés d’ici juin 2019.

Vers la fin de la psychiatrie à l’Hôpital du Saint-Sacrement

C’est confirmé: l’urgence psychiatrique de l’Hôpital du Saint-Sacrement fermera bel et bien ses portes à la mi-novembre. Et la presque totalité des lits d’hospitalisation courte durée en psychiatrie de l’établissement du chemin Sainte-Foy auront vraisemblablement disparu d’ici huit mois, a appris Le Soleil.

L’annonce a été faite aux employés mercredi. Ouverte en 2008, l’urgence psychiatrique de l’Hôpital du Saint-Sacrement, qui compte huit lits et qui a enregistré 2700 visites l’an dernier, sera fermée le 16 novembre. 

Une équipe de transition sera mise en place et maintenue pendant quelques mois afin de rediriger les patients qui s’y présentent «au bon endroit», soit vers des services dans la communauté ou vers les urgences psychiatriques du CHUL ou de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus, a précisé Patrick Duchesne, directeur des programmes santé mentale et dépendances du CIUSSS de la Capitale-Nationale. 

Par ailleurs, bien que des ficelles resteraient encore à attacher, tout porte à croire que 40 des 44 lits d’hospitalisation courte durée en psychiatrie de l’Hôpital du Saint-Sacrement seront fermés d’ici juin 2019. Et ces lits ne seront pas transférés dans un autre hôpital, a confirmé Patrick Duchesne.

«Ça s’inscrit dans une démarche où l’établissement veut se coller sur les bonnes pratiques. […] On sait que l’hospitalisation en santé mentale, c’est un traumatisme pour l’usager, c’est documenté», a rappelé M. Duchesne, tout en convenant qu’on aura toujours besoin de lits d’hospitalisation dans la région. L’idée, a-t-il dit, c’est de développer des services dans la communauté «plus adaptés aux besoins des gens». 

«Les gens consultent à l’urgence parce qu’on n’a pas les services qui sont adaptés aux besoins présentement. [...] On va venir consolider les équipes en première ligne, dans la communauté, en CLSC, avec des psychologues, des psychoéducateurs, des travailleurs sociaux, des professionnels qui sont habiletés à intervenir auprès de ces clientèles-là, mais dans un milieu qui est beaucoup plus de proximité», explique Patrick Duchesne. 

Au cours des derniers mois, Le Soleil a parlé à des psychiatres inquiets de ce qui se tramait au CIUSSS. Les psychiatres, qui sont en sous-effectifs, travaillent dans des contextes de débordement, nous a-t-on dit. À l’extérieur, les services en santé mentale sont «mal organisés» et «pas assez intégrés» aux services de toxicomanie, nous a-t-on également rapporté. Et parce qu’il manque de services à l’extérieur, les taux de réadmission en psychiatrie seraient élevés. 

«Il y a de plus en plus de gens malades, il y a moins de services, et il y a de plus en plus de maladies complexes dues notamment à des problèmes de toxicomanie chez les plus jeunes», a illustré un psychiatre. Selon ce médecin, «on a énormément de patients qui sont dans des lits de soins actifs alors qu’ils devraient être dans une ressource intermédiaire non institutionnelle». 

Questionné sur les préoccupations de ces spécialistes, Patrick Duchesne a d’abord convenu qu’il manquait de psychiatres au Québec et à Québec. «Le problème est provincial. Il manque 100 psychiatres au Québec, et dans la région de Québec, il nous en manque huit», a-t-il confirmé. 

Mais, selon lui, «la transformation qu’on fait nous donne de la souplesse dans l’utilisation des ressources médicales». «Si j’ajoute 40 équivalents temps complet en première ligne en travail social, psychoéducation ou psychologie, par exemple, c’est certain que je viens donner une bouffée d’air aux psychiatres», fait-il valoir.

M. Duchesne convient également que le taux de réadmission en psychiatrie est «quand même important» et qu’il faut s’y attarder. Mais, là encore, il est confiant que les mesures contenues dans le plan de transformation du CIUSSS permettront de réduire les réadmissions.

Avant de fermer des services en hôpital, «c’est sûr et certain qu’on s’assure d’avoir mis les services en place dans la communauté», dit M. Duchesne. «On a commencé il y a plusieurs mois. On a notamment des équipes qui font de l’hospitalisation à domicile. On en a une qui est présentement en fonction dans l’est du territoire et qui suit actuellement à domicile 35 patients avec un niveau d’intensité de soins qui est très élevé, et on est en train de déployer la deuxième équipe dans l’ouest […]. On est en plus en train d’optimiser la capacité de nos hôpitaux de jour, puis on consolide en première ligne», énumère-t-il.

Patrick Duchesne insiste: le plan de transformation n’est pas une mesure d’économie. «Ce que le CIUSSS récupère avec les secteurs qui seront fermés sera réinvesti en première ligne et dans les services dans la communauté», assure-t-il.