Selon le Dr Guy Boivin «le vaccin antigrippal, c'est un peu comme les actions qu'on a en Bourse. Il faut voir ça sur un horizon de 10 ans, sur le long terme».

Vaccin contre la grippe: inefficace un jour, pas toujours

Mine de rien, la saison de la grippe approche. Et avec la grippe vient le vaccin, dont l'absence exceptionnelle d'efficacité l'an dernier pourrait décourager les gens de se faire piquer cette année. En entrevue au Soleil, deux spécialistes se sont voulus rassurants.
«Le vaccin antigrippal, c'est un peu comme les actions qu'on a en Bourse. Il faut voir ça sur un horizon de 10 ans, sur le long terme. Sur 10 ans, ça se peut que le vaccin soit moins efficace pendant trois ou quatre ans. Mais il faut toujours se rappeler que moins efficace ne signifie pas zéro efficacité. Il peut réduire la sévérité des symptômes et prévenir les complications liées à la grippe», souligne le Dr Guy Boivin, microbiologiste-infectiologue au CHU de Québec et professeur de microbiologie à l'Université Laval.
Il est vrai que le vaccin 2014-2015 a déçu, avec un taux d'efficacité de... 0 %. «Normalement, le taux d'efficacité du vaccin contre la grippe saisonnière se situe autour de 40 à 60 %. Quand on a un rendement de 70 %, c'est très exceptionnel», dit le Dr Gaston De Serres, médecin épidémiologiste à l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). L'an dernier, rappelle-t-il, le vaccin protégeait contre les souches B et H1N1, alors que c'est surtout la H3N2 qui a frappé.
Cela étant, ce n'est pas parce que la nature a déjoué la science l'an dernier qu'elle recommencera cette année. 
Imprévisible
«On s'attend à une meilleure protection que l'an dernier, mais c'est sûr que ça va dépendre du mélange d'influenza qui va circuler. C'est imprévisible», dit le Dr De Serres, précisant que la composition du vaccin 2015-2016 remonte à février dernier. 
«Une des souches choisies n'est pas aussi proche qu'on le souhaiterait de la H3N2. Ce sont des cousins, mais on aimerait mieux que ce soit des frères», vulgarise le médecin, expliquant qu'«il y a parfois des problèmes techniques qui peuvent être rencontrés ou des tests qui ne sont pas complétés».
Quoi qu'il en soit, tant les Drs Boivin que De Serres encouragent les personnes de plus de 65 ans, celles souffrant de maladies chroniques ou immunosupprimées, les femmes enceintes (deuxième et troisième trimestre) et les travailleurs de la santé à se faire vacciner contre la grippe dès le début du mois de novembre.
Un vaccin antigrippal quadrivalent (VAQ), qui confère une protection contre quatre souches différentes du virus de la grippe (deux A et deux B), est par ailleurs offert au Canada cette année dans certains programmes publics de vaccination. 
Alors que le Manitoba, le Yukon et plusieurs provinces de l'Atlantique ont adopté le VAQ, le Québec n'offre pour l'heure aux adultes qu'un trivalent, qui coûte moins cher la dose que le quadrivalent mais qui protège contre seulement trois souches (deux A et une B). Plus vulnérables aux souches B de l'influenza, les jeunes enfants québécois ont cependant droit à un vaccin intranasal quadrivalent. 
«C'est sûr que c'est plus dispendieux le quadrivalent, mais ce n'est rien à côté des conséquences de la grippe», fait valoir le Dr Guy Boivin, qui croit qu'un vaccin quadrivalent plus performant inciterait plus de gens à se faire vacciner.
Au ministère de la Santé, on précise que le Comité sur l'immunisation du Québec n'a pas recommandé d'étendre l'offre du vaccin quadrivalent à l'ensemble de la population.
Quadrivalent peu avantageux
Selon le Dr De Serres, il y a très peu d'avantages à débourser plus cher pour un vaccin quadrivalent qui n'est pas aussi efficace que le laissent croire les compagnies pharmaceutiques. «Compte tenu de l'ensemble des virus qui circulent, le gain additionnel qu'on aurait serait très petit. On parle d'un rendement additionnel de 5 à 10 %, sans plus», affirme le médecin épidémiologiste de l'INSPQ, précisant que «le trivalent offre quand même une protection croisée de 50 % contre la lignée de B qui n'est pas dans le vaccin».