À l'urgence du Jeffery Hale, ce sont pas moins de 54 quarts de travail, surtout de 16h à 20h, qui doivent être comblés entre le 26 mai et le 30 septembre.

Urgences sans médecin: huissiers possibles, mais pas nécessaires, dit Barrette

Les leviers mis en place par Québec pour éviter les découvertures médicales dans les urgences prévoient le recours aux huissiers pour obliger les médecins à combler les postes vacants. «Mais je ne pense pas qu'on soit obligé d'aller jusque-là» pour éviter les bris de service cet été dans les urgences du Jeffery Hale et de Chauveau, a indiqué mercredi matin le ministre de la Santé, Gaétan Barrette.
Le Soleil rapportait mercredi que le CIUSSS de la Capitale-Nationale appréhendait un risque «majeur» de découverture médicale dans ces deux urgences et qu'il sollicitait l'aide et la disponibilité de tous les médecins de famille de son territoire «pour éviter une rupture de services qui aurait un impact majeur en termes d'accessibilité sur toutes les urgences de la région de Québec».
En mêlée de presse, le ministre Barrette a dit être intervenu plus tôt en matinée pour rappeler aux administrations que «la première chose à combler en vertu du régime d'activités médicales particulières (AMP) mis en place en 2003, ce sont les urgences». «Dans la répartition des effectifs, dans l'organisation du travail, les autorités ont l'obligation de couvrir les urgences» en priorité, a-t-il dit.
À la limite, a convenu le ministre, le système permettrait d'envoyer des huissiers chez les médecins pour les forcer à combler les postes vacants dans les urgences, «mais ça fait 14 ans qu'il ne le fait pas». «Le système [d'AMP] fonctionne, et il n'y a pas de raisons qu'il ne fonctionne pas cet été», a-t-il dit.
Vérification faite, la seule fois où un médecin a reçu la visite d'un huissier pour le forcer à travailler dans une urgence remonte à septembre 2002. Un jeune médecin de Montréal avait reçu un subpoena pour aller prêter main-forte à l'urgence de Jonquière, à quelque 500 kilomètres de chez lui.
Élimination des AMP
Ce que le ministre Barrette a par ailleurs omis de préciser, mercredi, c'est que les AMP à Québec privilégient le suivi et la prise en charge de patients, pas l'urgence. Il a également omis de mentionner que les médecins ayant au moins 15 ans de pratique ne sont dorénavant plus obligés de faire des AMP. Ainsi, si l'omnipraticien désire cesser d'exercer à l'hôpital, il n'a qu'à suivre les règles de démission et à envoyer un avis indiquant qu'il partira dans les 60 jours, explique la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) dans une note publiée le 4 mai sur son site internet.
Et l'élimination des AMP ne devrait pas s'arrêter là, puisque la FMOQ et le ministère de la Santé discuteront en juin de la possibilité de supprimer ces activités pour les omnipraticiens ayant entre 10 et 15 ans d'expérience, ajoute la Fédération.
En contrepartie de l'abolition des AMP pour les médecins les plus expérimentés, le MSSS a obligé les nouveaux diplômés à faire de la prise en charge de patients pour avoir le droit de pratiquer à l'urgence (250 patients pour les médecins de famille ayant une formation en médecine d'urgence, 500 pour les autres).
«Hôpitaux déstabilisés»
«En faisant des AMP de prise en charge en 2015, ils ont complètement déstabilisé les hôpitaux», dénonce le co-porte-parole du Regroupement des médecins omnipraticiens pour une médecine engagée, le Dr Simon-Pierre Landry, qui réclame l'abolition pure et simple du système des AMP. «Il faut laisser les établissements se gérer sans l'interférence du Ministère», dit-il.
À la mi-avril, devant les bris de services constatés dans plusieurs urgences du Québec, le ministre Barrette est revenu sur sa décision d'obliger les médecins qui ont une formation en médecine d'urgence à faire de la prise en charge de patients. En contrepartie de ce droit de pratiquer à temps complet à l'urgence, ces médecins doivent consacrer quelques heures par semaine dans une super-clinique pour y voir des patients au sans rendez-vous.
Menace «inacceptable»
Pour le président de l'Association des médecins d'urgence du Québec (AMUQ), le Dr Bernard Mathieu, il est inacceptable que le ministre Barrette brandisse la menace du subpoena alors que ce sont ses réformes qui sont à l'origine des bris de service dans les urgences des hôpitaux. «Le principal problème, c'est de ne pas pouvoir recruter facilement auprès des jeunes médecins», affirme le Dr Mathieu.
Par ailleurs, à l'instar du ministre Barrette, le président de l'AMUQ rappelle que les urgences du Jeffery Hale et de Chauveau s'apparentent davantage à des super-cliniques qu'à de véritables urgences (les hôpitaux Chauveau et Jeffery Hale ne sont pas ouverts 24 heures sur 24, ne reçoivent pas d'ambulances et n'ont pas de salles de chirurgie, par exemple). «Les vraies urgences sont déjà en pénurie d'effectifs, ce sont elles qu'il faut combler en priorité. Nous sommes déjà surbookés dans nos urgences, on ne peut pas aller dépanner des petits centres comme le Jeffery Hale et Chauveau», fait valoir le Dr Mathieu. Avec Simon Boivin