En 2016, à l'hôpital Saint-François-d'Assise, dans le quartier Limoilou, le taux de cas P4 et P5 à l'urgence était de 44,3 %.

Urgences pleines de cas... non urgents

La grande majorité des urgences des centres hospitaliers du Québec regorge de cas qui ne sont pas urgents, plus particulièrement en région. Dans plusieurs cas, c'est parce que les patients n'ont guère d'autre choix que de se présenter à l'urgence.
Ces chiffres, provenant du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), montrent par exemple que durant toute l'année 2016, l'urgence de l'hôpital de Baie-Saint-Paul, dans Charlevoix, a reçu 13 244 visites. Du nombre, 11 917 visites, soit 90 %, étaient classées priorité 4 et priorité 5, soit des cas qui pouvaient être traités ailleurs qu'en urgence, selon l'analyse faite par le Ministère.
Dans le même réseau de services, soit à l'hôpital Saint-François-d'Assise de Québec, ce taux de cas P4 et P5 passe à 44,3 %. Et c'est le cas partout au Québec. Plus l'urgence est centrale, pourrait-on dire, moins on retrouve de cas non urgents. À l'inverse, plus on s'éloigne des grands centres, plus l'urgence est remplie par des cas P4 et P5.
Il s'agit là d'un «ratio tout à fait normal», aux yeux de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ). «L'organisation des services médicaux en région est fort différente de celle de Montréal ou Québec», souligne le président, Louis Godin.
«En région, l'urgence est souvent la première porte d'entrée pour l'accès aux soins. L'organisation des soins est faite comme ça. À Montréal, l'accès aux soins d'urgence mineure est beaucoup mieux développé», ajoute-t-il en faisant valoir que l'accès à des services de radiographie, d'imagerie ou de prélèvement en région passe presque exclusivement par l'urgence.
Du côté du MSSS, on refuse de dire qu'il y a trop de cas P4 et P5 dans les urgences en région, mais on convient entre autres que «le fait que nombre de personnes avec des conditions non urgentes se dirigent aux urgences peut refléter un manque d'accès de la population à un médecin de famille», a souligné Marie-Claude Lacasse, de la direction des communications du Ministère, dans un échange de courriels avec Le Soleil.
Accès à un médecin de famille
Le ministère croit que le taux de cas non urgents en urgence diminuera quand 85 % de la population québécoise aura un médecin de famille, une cible qui doit être atteinte fin décembre 2017, selon l'entente MSSS-FMOQ. Cette entente prévoit aussi un «taux d'assiduité» de 80 %, soit le pourcentage ayant accès à leur médecin de famille quand ils en ont besoin.
Le docteur Godin ne croit pas que ces mesures aient une grande influence sur le nombre de cas P4 et P5 en région. Le bassin réduit de population entraîne cette situation. «C'est une question de volume et d'opportunité de le faire, lance-t-il. En région, le médecin a vraisemblablement plus de temps qu'en ville pour traiter les cas P4 et P5. Sinon, il faudra créer d'autres services ailleurs.»
Au Bas-Saint-Laurent, l'hôpital de Matane a le moins de cas non urgents de la région (68,6 %). Le CLSC de Pohénégamook (92,8 %) est à l'opposé du spectre. En Gaspésie, l'écart varie entre 70,2 % (hôpital de Sainte-Anne-des-Monts) et 89,5 % (CLSC de Murdochville).
Ce même écart est particulièrement grand dans Chaudière-Appalaches, l'hôpital de Saint-Georges montrant un taux de cas P4 et P5 à 51,6 %. Du côté du CLSC de Saint-Jean-Port-Joli, ce même taux est de 95,8 %, le plus haut de toute la province.
Au Québec, c'est l'hôpital Notre-Dame du CHUM qui remporte la palme de moins de cas non urgents qui visitent son urgence, avec 28,7 %. Évidemment, un centre de traumatologie reçoit logiquement plus de véritables urgences que de gens qui ont besoin d'une radiographie ou qui ont des maux qui pourraient attendre.
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La porte d'entrée du système de santé dans les communautés isolées
Sur la Côte-Nord,  au CSSS de la Basse-Côte-Nord, le nombre de cas P4 et P5 à l'urgence était de 94,9 % en 2016 (3569 cas sur 3760). Dans les communautés isolées, l'urgence du centre de santé est bien souvent le seul endroit où il est possible de voir un médecin, que ce soit urgent ou non.
Avec son taux de 80,4 %, l'hôpital Le Royer de Baie-Comeau montre les mêmes chiffres que les hôpitaux comparables ailleurs en province. C'est plutôt l'hôpital de Sept-Îles (60,3 %) qui détonne du lot, avec un pourcentage de cas P4 et P5 inférieur à la moyenne.
«On constate nous aussi l'écart entre les deux», a souligné la porte-parole du CISSS Côte-Nord, Sandra Morin. «Est-ce en raison de l'accueil clinique développé à Sept-Îles et qu'on commence à implanter à Baie-Comeau? Ou bien parce que des médecins de Baie-Comeau doivent superviser des étudiants universitaires? C'est ce qu'on cherche à comprendre.»
Attention aux réseaux sociaux
En cette ère de réseaux sociaux, certains affichent sur Facebook le temps d'attente à l'urgence. Mme Morin assure que le CISSS «n'est pas contre la liberté d'expression», mais indique qu'il peut être dangereux de se fier à ces sources.
«Quelqu'un peut se dire : je n'irai pas l'urgence parce qu'il y a trop d'attente, et voir son état se dégrader rapidement. Les gens qui ont vraiment besoin d'aller à l'urgence ne devraient pas se fier à une page Facebook pour savoir quand se présenter», conclut-elle.