L’urgence psychiatrique de l’Hôpital du Saint-Sacrement fermera le 16 novembre.

Urgence psychiatrique de Saint-Sacrement: vives inquiétudes

Loin de faire l’unanimité, la fermeture de l’urgence psychiatrique de l’Hôpital du Saint-Sacrement le 16 novembre suscite de vives inquiétudes à la fois chez les psychiatres et chez les usagers, qui déplorent le manque d’information et de consultation de la part du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale. Une pétition contre cette fermeture a d’ailleurs été lancée.

Depuis la sortie du Dr Hubert Wallot et d’autres psychiatres dans Le Soleil, la semaine dernière, le CIUSSS tente d’éteindre des feux. 

Jeudi, le directeur des services professionnels (DSP) de l’établissement, le DFrançois Aumond, a invité les psychiatres à une rencontre départementale le 21 novembre pour leur présenter le nouveau Plan de transformation de l’offre en santé mentale, dont l’essence est «de permettre une meilleure offre des services dans la communauté basée sur les meilleures pratiques», a-t-il réitéré.

«Le sujet de l’évolution de la psychiatrie à Québec suscite beaucoup d’intérêt en ce moment. Les interventions de certains d’entre vous, même si l’une d’entre elles [celle du DWallot] m’a semblé loin d’une saine compréhension de la réalité en suggérant que les changements constituent un retour vers l’asile psychiatrique, témoignent d’une nécessité tout à fait claire de mettre en commun notre compréhension de la démarche», écrit le Dr Aumond dans un courriel envoyé à un peu plus d’une centaine de destinataires et dont Le Soleil a obtenu copie.

Pour rappel, le Dr Wallot déplorait notamment dans nos pages la fermeture de services psychiatriques complets dans les hôpitaux généraux et la concentration croissante de ceux-ci autour de l’Institut universitaire de santé mentale de Québec.

L’invitation du Dr François Aumond a donné lieu à un échange de quelques dizaines de courriels au cours de la fin de semaine. 

Dans cette invitation, le DSP se dit ouvert aux discussions, qui lui apparaissent cependant «préférables de faire entre nous» plutôt que sur la place publique. Dans un message répondant à une réplique du Dr Wallot, il se dit d’avis que «déontologiquement nous devons tous nous assurer de ne pas alarmer la population et nuire à la confiance qu’elle peut avoir dans la médecine et dans notre système de santé».


« Nous ne comprenons toujours pas en quoi il serait préférable de garder un tel débat d’idées “entre nous”, alors qu’un troisième interlocuteur y devient alors forcément impliqué, en l’occurrence, la population de Québec »
Dre Valérie Trottier-Hébert

Dimanche après-midi, une jeune psychiatre, la Dre Valérie Trottier-Hébert, est intervenue dans cet échange de courriels avec une lettre qu’une quarantaine de ses collègues avaient signée en date de lundi après-midi. «Nous ne comprenons toujours pas en quoi il serait préférable de garder un tel débat d’idées “entre nous”, alors qu’un troisième interlocuteur y devient alors forcément impliqué, en l’occurrence, la population de Québec», écrit-elle.

La Dre Trottier-Hébert souligne dans sa lettre que les psychiatres ne comprennent pas pourquoi les ressources externes, communautaires et résidentielles ne sont pas, à l’heure actuelle, «en mesure de répondre efficacement aux besoins des usagers, et ce, avant même que les fermetures de lits ne soient finalisées». 

Des fermetures «qui font peur»

Une autre psychiatre, la Dre Annie Brochu-Blain, y va de ce commentaire : «Non seulement les hospitalisations demeureront toujours nécessaires pour certaines personnes, mais encore faudrait-il penser à accélérer la création de milieux de vie pour ces gens, souvent sans domicile fixe, toxicomanes et judiciarisés». La mise en place de ces ressources, écrit-elle, «est d’une lenteur telle que la coupure des lits en psychiatrie fait réellement peur». 

Autre critique lue dans cet échange de courriels : le nouveau Plan de transformation de l’offre en santé mentale a été adopté par le conseil d’administration du CIUSSS en assemblée spéciale le 21 octobre, de sorte que les psychiatres seront mis devant le fait accompli lors de la rencontre du 21 novembre, qui ne sera rien de plus qu’une rencontre d’information, déplore-t-on. Surtout qu’aucun document n’a encore été transmis aux psychiatres pour se préparer à cette rencontre, souligne-t-on. 

Ce à quoi le DSP rétorque que «le plan de transformation de l’offre en santé mentale est un plan connu, antérieurement adopté par notre conseil d’administration et de ce fait tout à fait public», et que le nouveau plan change «certains échéanciers notamment du fait du manque de ressources médicales en psychiatrie». 

Pétition

Du côté de l’Association des personnes utilisatrices de services en santé mentale (APUR), on dit être inondé d’appels de membres inquiets depuis l’annonce de la fermeture de l’urgence de l’Hôpital du Saint-Sacrement. Vendredi, une pétition a été lancée pour réclamer la pérennité de cette urgence. «Le CIUSSS nous fait miroiter des promesses d’alternatives, mais rien n’a été mis en place. Une partie de la clientèle tombera littéralement dans un vide de service», dit notamment le texte de la pétition.

«Les gens sont paniqués, ils sont inquiets de perdre leur psychiatre, leur urgence, leur clinique externe. […] Ces gens-là sont malades, souffrants, ils sont anxieux, peu importe leur problème de santé mentale, et là, on s’apprête à les déstabiliser, à mettre quelque chose en place dont on ne connaît pas» la teneur, dénonce en entrevue la coordonnatrice de l’APUR, Caroline Caseault, déplorant le manque d’information et de consultation de la part du CIUSSS, et rappelant que l’attente de services en CLSC est actuellement de six mois à un an.

Le directeur de l’Alliance des groupes d’intervention pour le rétablissement (AGIR) en santé mentale, Charles Rice, affirme lui aussi être «dans le brouillard» et ne pas connaître les détails du nouveau plan du CIUSSS, bien qu’il participe depuis avril à une table de concertation réunissant le CIUSSS, le Service de police de la Ville de Québec et des organismes communautaires.

+

LA PÉNURIE DE RESSOURCES À L'ORIGINE DE LA FERMETURE

La décision de fermer les services psychiatriques de l’Hôpital du Saint-Sacrement repose sur la volonté de se conformer aux bonnes pratiques en psychiatrie, martelait le CIUSSS de la Capitale-Nationale la semaine dernière. Il semble que ce soit plutôt la pénurie de psychiatres qui a amené l’établissement à prendre cette décision. 

C’est du moins ce qu’on apprend des courriels envoyés ces derniers jours à une centaine de destinataires par le Directeur des services professionnels (DSP) du CIUSSS, le DFrançois Aumond. «La pénurie de ressources, notamment en médecins psychiatres, amène […] à prendre des décisions simultanées de fermeture de lits et d’une urgence psychiatrique aux décisions d’investissements supplémentaires dans les alternatives à l’urgence et à l’hospitalisation», écrit le Dr Aumond en réponse aux questionnements de la psychiatre Annie Brochu-Blain.

Ce changement de discours n’a pas échappé à la psychiatre Valérie Trottier-Hébert. «Dans vos derniers messages, vous identifiez le manque d’effectifs médicaux comme étant l’une des principales causes des récentes décisions de fermeture de lits. Pourtant, cet argument n’était clairement pas à l’avant plan lors des sorties médiatiques entourant l’annonce de la fermeture de l’urgence de Saint-Sacrement», note dans sa lettre collective la Dre Trottier-Hébert, qui se demande pourquoi, si le manque d’effectifs est le principal problème, le CIUSSS ne l’a pas «présenté ainsi à la population».

Par ailleurs, le sort qui sera réservé aux patients qui ont perdu ou qui perdront leur psychiatre inquiète le DHubert Wallot, qui quittera sa pratique à Québec pour aller la poursuivre à Rivière-du-Loup. «Je vis dans un contexte où actuellement, on me demande de transférer, faute d’effectifs suffisants, des patients psychiatriques à des omnipraticiens que j’ai déjà de la difficulté à trouver pour leurs soins physiques», déplore le Dr Wallot dans un courriel adressé au Dr Aumond.