Le sirop de maïs est présent dans les boissons gazeuses sucrées.

Une taxe sur les boissons sucrées jugée inefficace pour combattre l'obésité

Taxer les boissons gazeuses ou sucrées n'a aucun effet sur les taux d'obésité, affirme l'Institut économique de Montréal (IEDM) dans une note économique rendue publique aujourd'hui.
L'organisation s'inscrit en faux contre l'idée qu'une telle taxe constituerait une politique efficace pour combattre ce qui est par ailleurs un réel enjeu de santé publique. C'est aussi ce que sont en train de constater certains pays qui se sont aventurés sur cette voie, souligne le vice-président de l'IEDM, Jasmin Guénette, lors d'un entretien téléphonique.
Il donne en exemple le Danemark, qui, il y a un an, a adopté une taxe sur les aliments gras et vient de l'abandonner en raison de son inefficacité. Il croit en outre qu'une telle politique a pour conséquence néfaste de créer un précédent en matière de taxation alimentaire.
Depuis le début des années 2000, la consommation de boissons gazeuses a diminué de 32 % au Canada, souligne M. Guénette, ce qui est déjà «significatif». Par ailleurs, Statistique Canada évalue que les Canadiens obtiennent moins de 2,5 % de leurs calories à partir des boissons gazeuses. Donc, même en supposant une réduction sensible de la consommation à la suite d'une hausse de prix, l'impact sur le poids serait négligeable. En outre, selon l'avis signé par le Dr David Gratzer, il y a de fortes chances pour que les consommateurs remplacent ladite boisson par une autre tout aussi calorique, sinon plus.
Il souligne par exemple qu'un grand café avec deux crèmes et deux sucres de Tim Hortons contient 270 calories, et 405 avec trois crèmes et trois sucres.
La question de savoir quoi taxer est aussi discutée. S'il s'agit de toutes les boissons sucrées, cela aurait pour effet de s'étendre à des produits qui comportent aussi des avantages pour la santé, par exemple le jus de canneberges. Tout cela est sans compter, souligne l'étude, que les fabricants pourraient facilement contourner l'effet de la taxe avec des promotions diverses.
Fonds santé
Si, par ailleurs, le but d'une telle taxe est d'amasser des fonds pour promouvoir des aliments plus sains, «il faut le dire clairement, car c'est un autre débat», mentionne M. Guénette.
L'étude conclut à la nécessité de développer plutôt des incitatifs financiers à adopter de bonnes habitudes de vie. Ce peut être, dit M. Guénette, des crédits fiscaux pour l'inscription à des activités physiques. Il mentionne aussi l'importance de sensibiliser la population, et particulièrement les jeunes, à une saine alimentation.
Il faudrait également mieux former les médecins généralistes, qui, dit-il en citant un sondage, ignorent dans une proportion de 45 % comment traiter ce sujet avec leurs patients présentant un problème de poids.
Au Québec, la Coalition Poids et l'Association de santé publique défendent l'idée d'imposer une taxe sur les boissons gazeuses et énergisantes. À travers la province, au moins 15 villes interdisent la vente de boissons énergisantes dans leurs établissements. Elles ont suivi l'exemple d'Amqui, dont le maire Gaëtan Ruest vient justement de demander au ministre des Finances Nicolas Marceau d'imposer une telle taxe sur ces boissons dans le budget qu'il présentera le 20 novembre.
De son côté, la France vient d'adopter cette mesure pour toutes les boissons sucrées.