Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.

Une pompe contre les symptômes avancés de Parkinson

Paul Ricard
Agence France-Presse
Article réservé aux abonnés
Combattre les symptômes de Parkinson avec un dispositif d’injection en continu semblable aux pompes à insuline des diabétiques: chez certains malades à un stade avancé, ce traitement donne des résultats encourageants sur le long terme, selon une étude française.

«La qualité de vie est stabilisée et les fluctuations motrices (alternance d’amélioration/réapparition des symptômes) sont même améliorées au bout de deux ans» pour les patients concernés, déclare à l’AFP le neurologue Emmanuel Flamand-Roze, l’un des auteurs de l’étude publiée vendredi dans la revue NPJ Parkinson’s disease.

Pour autant, cela ne concerne pas tous les malades de Parkinson, insiste-t-il.

«Quand la maladie progresse, il y a deux situations. Dans l’une, ses signes [tremblements, raideur, lenteur…] ne répondent plus aux traitements» par comprimés à avaler, dit-il.

«Dans l’autre situation, les traitements gardent une bonne efficacité, mais avec des variations importantes dans la journée : les gens prennent leurs comprimés, vont mieux, puis vont moins bien une fois l’effet passé, et ainsi de suite. C’est pour ces patients-là que les traitements continus sont une bonne option», explique le spécialiste.

Pour cela, on utilise un appareil appelé pompe à apomorphine, porté soit 24 heures sur 24 soit pendant la journée - dans la poche, à la ceinture, autour du cou, etc. — et qui injecte automatiquement le traitement.

«Sous-utilisé»

«C’est comparable à une pompe à insuline pour le diabète», indique le Pr Flamand-Roze. «Dans le diabète, le sucre est trop élevé et on le fait baisser, et dans Parkinson, la dopamine [une molécule présente dans le cerveau] est trop basse et on en fournit un équivalent en continu».

«Quand on prend un comprimé, ça fait un pic dans le cerveau, puis ça retombe. C’est ce qui donne les fluctuations. Avec le traitement en continu, on est beaucoup plus proche de ce qui se passe naturellement», poursuit-il.

«L’intérêt de l’étude, c’est de montrer qu’un certain nombre de patients peuvent bénéficier de ce traitement, qui reste sous-utilisé», assure le neurologue, qui exerce à l’hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière (AP-HP).

Selon lui, seul un malade sur deux suit ce traitement parmi ceux dont l’état pourrait le justifier (après une dizaine d’années d’évolution de la maladie). Même si c’est difficile à quantifier, il estime que cela représente au plus  5% du nombre total de malades.

Parkinson est une maladie neurodégénérative, la deuxième derrière Alzheimer en termes de fréquence. Au fil de son évolution, le risque de dépendance augmente en raison de complications motrices et cognitives qui peuvent aller jusqu’à la démence.

Les autorités sanitaires estiment qu’en 2030, 260 000 personnes seront traitées pour Parkinson en France (166 000 en 2015).

«Pas une panacée» 

Pour cette étude en vie réelle, les chercheurs ont suivi l’évolution sur deux ans de 110 malades à un stade avancé, traités avec une pompe à apomorphine. L’étude conclut que le traitement est particulièrement bénéfique aux patients déjà touchés par des fluctuations motrices avant sa mise en route.

«C’est un super résultat pour une maladie dégénérative, parce que sur deux ans à un stade avancé, on s’attend plutôt à une aggravation», se félicite le Pr Flamand-Roze, qui veut toutefois faire passer «un message nuancé».

«Ça n’est pas un traitement qui soigne des signes qu’on ne soignait pas avant, mais qui peut éviter les fluctuations quand un autre traitement marche déjà», souligne-t-il. En outre, «ça ne ralentit pas l’évolution de la maladie, ça traite uniquement les symptômes».

Enfin, parmi les malades suivis, un tiers a arrêté le traitement, «soit parce qu’ils ont des effets secondaires, soit parce que ça ne marche pas assez bien, soit parce qu’ils trouvent le dispositif trop contraignant».

«C’est un traitement utile, mais ça n’est pas une panacée», conclut le neurologue, qui a déjà travaillé avec des laboratoires fabriquant le dispositif, sans que ceux-ci interviennent toutefois dans l’étude.

Selon lui, deux autres études sont en cours en France sur ce traitement : l’une pour voir s’il améliore le sommeil des malades, l’autre pour savoir s’il doit être proposé plus tôt, sans attendre un stade avancé.