Il n’y aura plus que trois médecins à temps partiel à l’Institut universitaire de santé mentale de Québec à compter du mois prochain.

Une pénurie de médecins qui fait mal à l'IUSMQ

L’admission en psychiatrie à l’Institut universitaire de santé mentale de Québec (IUSMQ) (anciennement l’hôpital Robert-Giffard) pourrait être interrompue dès le mois prochain en raison de la pénurie de médecins de famille, a appris Le Soleil.

La crise des effectifs en omnipratique que traverse l’IUSMQ, qui n’aura plus que trois médecins à temps partiel à compter du mois prochain alors qu’il lui en faudrait six à temps complet, a atteint un nouveau sommet. 

Dans un «mémo urgent» envoyé vendredi aux membres du Département clinique de psychiatrie de l’IUSMQ et dont Le Soleil a obtenu copie, les Drs Yvan Gauthier et François Rousseau, cochefs du département, et le Dr Jean Lemieux, chef du service de médecine familiale, demandent de restreindre les admissions en psychiatrie à l’établissement du chemin de la Canardière.

«Considérant la pénurie importante de médecins de famille, l’absence de service en neurologie et l’accès restreint en médecine spécialisée pour desservir la clientèle psychiatrique hospitalisée au site de l’IIUMSQ», plusieurs patients ne peuvent plus «dès maintenant» être admis en psychiatrie à l’IUSMQ, dont ceux présentant «une situation clinique nécessitant un suivi médical serré en médecine générale» et ceux ayant «une pathologie grave ou instable touchant le système cardiaque, pulmonaire ou rénal».

Les patients dont le diabète est débalancé, qui présentent une instabilité de la condition médicale au plan neurologique (épilepsie mal contrôlée, délirium, altération de l’état de conscience, chutes à répétition) ou qui ont une condition physique grave dont l’investigation n’est pas complétée sont également refusés, précise-t-on.

«L’admission en psychiatrie au site de l’IUSMQ risque de devoir être interrompue advenant l’interruption du service de garde en médecine générale en mai 2018. Selon l’évolution des effectifs médicaux du service de médecine familiale à l’IUSMQ, ces mesures seront renforcées à la fin mai 2018, cela pouvant aller jusqu’à l’arrêt complet des admissions sur les unités de soins en psychiatrie à l’IUSMQ», peut-on lire dans le mémo.

Les Drs Gauthier, Rousseau et Lemieux demandent aux psychiatres oeuvrant au sein des urgences psychiatriques du CIUSSS de la Capitale-Nationale et à tous les psychiatres de garde de mettre en application de façon «rigoureuse» l’ensemble de ces mesures, qui s’appliqueront «jusqu’à nouvel ordre», mais qui pourront être reconsidérées «selon la normalisation des effectifs en médecine générale». 

Une crise «prévisible»

Cette crise des effectifs est attribuable au départ à la retraite ce printemps de trois des quatre médecins les plus âgés du service de médecine familiale de l’IUSMQ et par quatre autres départs depuis mai 2017, cette fois vers d’autres secteurs ou lieux de pratique. 

La situation a été dénoncée le mois dernier dans des lettres ouvertes. Depuis le 17 mars, aucun médecin n’est présent à l’IUSMQ le soir et la fin de semaine. Les médecins de famille sont de garde sur appel parce que trop peu nombreux pour assurer une présence auprès des 320 patients hospitalisés (bientôt 340 avec le transfert de 20 lits de psychiatrie provenant de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus). 

Dans une lettre publiée dans Le Soleil, des psychiatres ont rappelé qu’ils avaient «besoin de l’expertise de médecins généralistes et de certains autres spécialistes pour traiter avec la plus grande qualité de soins des personnes présentant à la fois des maladies physiques et mentale». «La nécessité des médecins généralistes dans un hôpital est indiscutable, que ce soit pour traiter un diabète débalancé, un trouble du rythme cardiaque, une pneumonie, une allergie, un délirium et autres situations fréquentes», écrivaient-ils.

Selon le Dr Jean Lemieux, cette crise était «prévisible et annoncée depuis des années». «Les administrateurs en place sont paralysés par la rigidité des règles administratives entourant le recrutement d’omnipraticiens dans la région de la Capitale-Nationale», dénonçait le Dr Lemieux dans une lettre publiée dans La Presse en mars.