La rémission d'Isabelle Aubin a été rapide : trois jours après son opération au cerveau, elle rentrait chez elle et elle avait retrouvé toutes ses facultés après un mois.

Une «nouvelle vie» en cadeau

Isabelle Aubin revient de loin. Il y a à peine plus d'un an, elle pouvait faire une vingtaine de crises d'épilepsie partielles en une journée. Aujourd'hui, grâce à une intervention chirurgicale réalisée seulement 10 fois par année au Québec, elle a repris le travail comme chargée de cours en photographie à l'Université du Québec en Outaouais (UQO).
«Le Dr (Pierre) Prud'homme du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Québec et son équipe m'ont carrément donné une nouvelle vie!» lance la femme de 47 ans, de passage dans la région de Québec, en parlant du neurochirurgien qui l'a opérée pour lui retirer trois parties de son cerveau en mars 2016.
Native de Saint-Jean-Chrysostome, où résident toujours ses parents, Isabelle se demandait jusqu'à l'âge de 25 ans pourquoi elle avait souvent de gros maux de tête, des vomissements et de la difficulté à parler. Malgré sa situation, elle avait complété deux baccalauréats.
C'est la découverte d'un angiome caverneux et l'opération qui a suivi pour le traiter en 1995 qui ont permis aux neurochirurgiens de découvrir qu'elle faisait des crises d'épilepsie partielles, moins évidentes que les crises généralisées et qui causent entre autres des troubles du langage, du système nerveux végétatif et de la sensibilité. 
Jusqu'à 20 crises par jour
«Souvent, dès que je prenais la parole, j'avais des crises», se souvient-elle. D'une à deux crises par jour, Isabelle a cependant vu sa condition se détériorer après la naissance de ses filles en 2007 et 2008. «Avec le temps, le nombre de crises augmentait jusqu'à plus de 10 crises par semaine, parfois même jusqu'à 20 par jour. J'avais de la difficulté à comprendre ce que les autres disaient, je faisais sans cesse répéter. J'étais aussi extrêmement fatiguée et je pouvais dormir 12 heures.»
À travers les années, les médecins d'Isabelle ont essayé de lui fournir une médication pour traiter ses crises, mais sans succès. «Rien ne marchait. On m'a changé ma médication plusieurs fois, des médicaments très forts qui avaient beaucoup d'effets secondaires. J'en ai essayé une quinzaine, mais mes crises ont continué d'augmenter», poursuit-elle.
En 2014, les médecins ont dit à Isabelle que l'opération était sa seule planche de salut. «Se faire retirer l'hippocampe, l'amygdale et le lobe temporal gauche, ça fait peur quand on se fait dire ça! Je me demandais si je perdrais une partie de mes facultés mentales ou intellectuelles.»
Un test passé l'année suivante a toutefois contribué à la rassurer. «On te gèle une partie du cerveau pour voir l'effet que ça a sur toi. Quand on m'a gelé le lobe temporal gauche, je n'ai rien senti de différent dans mes facultés.»
L'opération qu'Isabelle a subie se réalise en deux temps. Une première intervention de 12 heures consiste à ouvrir la boîte crânienne et à insérer des électrodes intracrâniennes afin de trouver le foyer épileptique dans le cerveau. «J'ai été hospitalisée 12 jours durant lesquels je gardais ces électrodes et alors qu'une partie de ma boîte crânienne était conservée temporairement dans un congélateur!» se souvient-elle.
L'aide de Def Leppard
Pour localiser le foyer épileptique, il fallait cependant que des crises surviennent durant les 12 jours. Une copine et... le rock des années '80 auront finalement donné un petit coup de main aux médecins.
«J'ai fini par avoir trois crises, dont une provoquée par l'odeur du parfum de ma meilleure amie et l'autre pendant que je regardais MusiquePlus, où on diffusait des vidéos des années '80. C'est Def Leppard qui a provoqué la crise!» se souvient-elle en riant.
Une fois le foyer détecté dans l'amygdale et le lobe temporal gauche, Isabelle retournait sur la table d'opération pendant 12 heures encore alors qu'on lui retirait l'amygdale, l'hippocampe et le lobe temporal gauche.
Elle craignait de perdre une partie de son champ de vision du côté droit, mais s'en est finalement sortie sans aucune séquelle. «J'ai été extrêmement chanceuse. À un point tel que plusieurs personnes ne pouvaient pas croire que j'avais subi une opération au cerveau», indique-t-elle.
Rémission rapide
La rémission a également été rapide : trois jours après l'opération, elle rentrait à la maison et elle avait retrouvé toutes ses facultés après un mois alors que la période normale de convalescence est de trois mois. 
Quant aux résultats, ils ont été concluants, presque miraculeux selon la principale intéressée. «Tout est facile pour moi maintenant! Je ne suis plus toujours fatiguée, j'ai besoin de six heures de sommeil par nuit plutôt que 12, j'ai une meilleure concentration et de meilleures facultés intellectuelles, je n'ai plus à éviter les lieux bruyants et je ne bafouille plus quand je parle», explique-t-elle. Et sa dose de médication a aussi été réduite à un niveau minime.
Près de six mois après son opération, elle pouvait d'ailleurs reprendre son boulot d'enseignante en photographie à l'UQO pour la session d'automne après deux ans d'absence. «Grâce au Dr Prud'homme et aux neurochirurgiens du CHU, je peux maintenant continuer à vivre ma passion et je peux même travailler à réaliser mes rêves, comme la création d'une maison de la photo!» conclut-elle, reconnaissante.
Une montagne pour l'équipe de neurochirurgie
Pour exprimer sa gratitude envers l'équipe de neurochirurgie du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Québec, Isabelle Aubin a tenu à inviter la population à participer à l'activité «Le Kilimandjaro à Québec» de la Fondation du CHU le 10 juin. Cette activité originale est organisée depuis sept ans par le Dr Léo Cantin, chef du département de neurochirurgie, et ses collègues les Dr Jérôme Paquet et Michel Prud'homme, qui a opéré Isabelle au printemps 2016. «C'est important, car ça permet d'amasser des fonds pour soutenir et développer la recherche en neurochirurgie, améliorer les soins et créer de nouvelles approches thérapeutiques», indique Isabelle.
Prenant la forme d'un défi sportif et amical, le «Kilimandjaro à Québec» consiste à gravir 60 fois, en équipe, les 487 marches de l'escalier du Parc de la Chute Montmorency, ce qui équivaut aux 5895 mètres de la plus haute montagne d'Afrique. À deux semaines de l'activité, plus de 94 % de l'objectif fixé à 100 000 $ a été recueilli. Les personnes intéressées à s'inscrire ou à faire un don peuvent le faire à l'adresse https://tinyurl.com/y8pc3heg.