Pendant ses 19 mois sur les bancs de l'opposition, Yves Bolduc a touché 215000 $ en incitatif salarial, son salaire d'omnipraticien d'environ 151000 $ et un salaire de 89950 $ comme député.

Un séjour payant en clinique pour Yves Bolduc

Lors de son séjour dans l'opposition, le Dr Yves Bolduc, ministre de l'Éducation, a touché quelque 215 000 $ en incitatif salarial pour prendre en charge 1500 patients, renvoyés 19 mois plus tard sur une liste d'attente. Une somme qui s'est ajoutée à sa rémunération à l'acte et à sa paie de député libéral.
Après la défaite du gouvernement Charest, en septembre 2012, M. Bolduc, réélu dans sa circonscription de Jean-Talon, a repris le sarrau à la Cité médicale, une clinique privée de Sainte-Foy.
Ce faisant, il a pu bénéficier d'un incitatif salarial proposé aux médecins omnipraticiens et mis en place alors qu'il était lui-même ministre de la Santé, un an auparavant.
La lettre d'entente 245 prévoit un forfait pour chaque «patient orphelin» supplémentaire qu'un médecin accepte de prendre en charge. Un patient «non vulnérable», soit une personne en relativement bonne santé, rapportait un montant supplémentaire de 100 $. Pour une personne «vulnérable», qui présente des problématiques plus sévères, le forfait passait à 208,60 $.
Le Dr Bolduc a pris plus de 1500 patients. Il évalue sa proportion des patients vulnérables et non vulnérables à 40 %/60 %. L'incitatif qui s'élève donc dans son cas à 215000 $ s'est ajouté à son salaire de médecin omnipraticien (moyenne de 151000 $ en 2010), et à celui de député de l'opposition (89950 $). Total: plus de 450 000 $.
La parenthèse médicale de M. Bolduc s'est inscrite dans le contexte du gouvernement minoritaire de Pauline Marois, toujours à risque d'être renversé.
Dans les règles
Le ministre Bolduc convient qu'il y a dans la prise en charge une notion d'engagement à plus long terme. «Mais, quand tu reviens ou que tu commences une nouvelle pratique, à l'époque, les règles étaient que quand tu inscrivais un patient, tu avais un montant forfaitaire, explique le Dr Bolduc. Je me suis prévalu de ça. [...] Moi, j'ai pris ces gens-là en charge. Ça avait été salué parce qu'il y avait beaucoup de personnes qui avaient besoin d'un médecin de famille.»
Depuis la mi-juin 2013, les médecins ne peuvent plus se référer eux-mêmes des patients et le nombre de nouvelles inscriptions a été limité à 150 par année.
«C'est une décision qui a été prise par le précédent gouvernement que j'ai respectée, mais tout le temps, j'ai respecté les règles de l'époque», réitère le ministre Bolduc.
De retour sur la liste d'attente
La lettre d'entente mentionne que la Régie de l'assurance maladie (RAMQ) peut exiger un remboursement du médecin dans deux cas de figure : s'il y a incompatibilité entre le patient et le médecin ou si ce dernier change sa pratique ou déménage. Mais seulement si cela se produit «dans les 12 mois» qui suivent la prise en charge. M. Bolduc a pratiqué pendant 19 mois.
Le retour du député libéral au Conseil des ministres est incompatible avec la poursuite de sa pratique en cabinet. Cela a forcé la plupart de ses 1500 patients à retourner sur une liste d'attente. Certains de ses anciens patients se sont plaints publiquement des inconvénients causés par la nomination du Dr Bolduc.
«J'ai eu beaucoup de patients parce que j'ai travaillé les fins de semaine et les soirs, note le ministre Bolduc. Je n'ai pratiquement pas pris de congé. Mais j'ai toujours fait mon travail au parlement. J'ai toujours été l'un des plus présents.»
Il ne voit pas de problème avec l'idée que l'incitatif salarial a été instauré lorsqu'il était ministre de la Santé. «À ce moment-là, personne ne pouvait prédire l'avenir, dit-il. Même moi, je ne m'attendais pas à retourner en pratique aussi rapidement.»
En novembre 2012, un an après l'instauration de l'incitatif salarial, la Fédération des médecins omnipraticiens a assuré que 227000 Québécois de plus avaient trouvé un médecin de famille.
Selon le ministère de la Santé, il y avait en avril au Québec 331708 personnes inscrites à un guichet en attente d'une référence.