PECH possède l’édifice coloré Sherpa sur le boulevard Charest Est. Sa clientèle, en grande majorité marginalisée, vit des problèmes multiples : santé mentale, judiciarisation et instabilité résidentielle.

Un projet «fou» pour les 25 ans de PECH

L’organisme en santé mentale PECH a un projet «fou» pour célébrer ses 25 ans. Il veut implanter un centre de psychiatrie et de santé communautaire «avant-gardiste», doublé d’une cinquantaine de logements communautaires mixtes d’ici trois ans.

«Je rencontre mon psychiatre, j’ai une médication et je le revois dans trois mois. Il y a un problème avec ce modèle parce qu’on s’adresse juste à la tête des personnes.»

Le directeur du Programme d’encadrement clinique et d’hébergement (PECH), Benoît Côté, mène la barque de l’organisme depuis un quart de siècle. Ça ne le rajeunit pas, mais ça lui confère certainement une expertise reconnue en santé mentale.

PECH possède l’édifice coloré Sherpa sur le boulevard Charest Est. Sa clientèle, en grande majorité marginalisée, vit des problèmes multiples : santé mentale, judiciarisation et instabilité résidentielle.

Depuis 1993, PECH a implanté plusieurs volets d’intervention. «Il y a quelques années, les clients nous disaient que leur pire moment était lorsqu’ils se trouvaient en cellule et qu’ils entendaient des voix. On a alors développé un service avec la police qui nous confie les personnes en crise plutôt que de les incarcérer. D’autres nous racontaient qu’ils étaient tannés de vivre dans des milieux insalubres. On a construit 77 logements sociaux mixtes avec Sherpa.»

S’il est fier du chemin parcouru, M. Côté a l’intime conviction qu’il faut maintenant aller plus loin dans la réintégration sociale de ceux perçus trop souvent comme des «fous, des misérables, des nobodies», dit-il.

«On s’est demandé où on s’en allait pour les prochains 25 ans. Notre projet s’inscrit dans la mouvance actuelle en santé mentale. La maladie mentale est la principale cause de la situation sociale des personnes atteintes. Mais elle n’est pas la seule.»

L’approche Bifrost

Le projet «fou» s’appelle Bifrost. Dans la mythologie nordique, il réfère à un pont qui prend l’aspect d’un arc-en-ciel, faisant office de lien entre ciel et terre.

Le centre de psychiatrie et de santé communautaire en santé mentale sur la planche à dessin regrouperait des professionnels qui permettent de faire le lien entre la santé du corps et de l’esprit. «Les gens qui fréquentent nos services n’ont pas les moyens de s’offrir des cours de yoga, un message ou des séances de gestion du stress. C’est pourtant documenté que ça a un effet positif», lance M. Côté.

Ainsi, psychiatres, omnipraticiens, diététistes, acupuncteurs et autres professionnels en médecine douce, selon les besoins et disponibilités, travailleraient conjointement dans une approche globale en santé.

«On n’est pas dans un garage avec une porte pour la réparation des freins et une autre porte pour la suspension. Nous, on offre une inspection en plusieurs points», illustre le directeur.

PECH ne se lance pas les yeux fermés dans l’aventure. Déjà, il expérimente cette approche, avec succès, estime M. Côté, même s’il est difficile d’obtenir des chiffres faute de pouvoir faire un suivi de la clientèle une fois qu’elle ne fréquente plus les services de l’organisme.

L’an passé, 3500 personnes ont eu recours à l’un ou l’autre des services de PECH. Les efforts déployés pour les réintégrer en valent la peine, soutient M. Côté, rappelant qu’une personne judiciarisée et hospitalisée pour ses problèmes en santé mentale peut coûter jusqu’à 60 000 $ par année. De plus, le sentiment de sécurité est renforcé lorsque la population constate que cette clientèle est prise en charge.

L’approche Bifrost favorise les activités de groupe comme les «cercles de parole», qui ont pris naissance dans les favelas brésiliennes. Un peu à l’image des Alcooliques anonymes, les gens parlent d’eux, peu importe leur problématique. Il pourrait aussi y avoir des cours sur l’estime de soi et sur la gestion autonome de la médication.

«C’est difficile de faire des activités de groupes avec des gens qui ont perdu leurs habiletés sociales. Mais c’est là qu’il faut aller», est convaincu le directeur.

À sa connaissance, il n’y a aucune initiative intégrée du genre au Québec. Il reste encore beaucoup d’étapes à franchir. Cependant, il croit que la pertinence du projet permettra de trouver les sommes nécessaires. Il y a aussi la question de la localisation. À ce jour, rien n’est encore fixé. «Nous sommes à la recherche d’un site. La Ville est ouverte. On va le faire», conclut-il, confiant.