Un pionnier de la médecine privée poursuit une de ses ex-médecins

Ça joue dur dans l'univers des cliniques privées. Le pionnier de la médecine familiale privée à Québec traîne en cour une de ses ex-médecins pour l'empêcher de drainer sa clientèle chez un compétiteur.
Le Dr Marc Lacroix, qui opère un réseau de cinq cliniques privées dans la région, dit subir un «préjudice grave et irréparable» depuis le départ d'une de ses médecins de famille. La Dre Julie Marois a travaillé plus de trois ans à sa clinique de Cap-Rouge.
En juin, elle annonce à Marc Lacroix qu'elle démissionne, en se montrant très critique des façons de faire de la clinique où les consultations ne sont pas couvertes par la Régie de l'assurance maladie (lire autre texte).
La Dre Marois reste néanmoins en fonction jusqu'au 5 septembre. Cinq jours plus tard, le propriétaire des Cliniques médicales Lacroix apprend qu'elle se joint à Médic Axion, nouvelle clinique privée appartenant au médecin des Remparts, le Dr Sylvain Boutet.
Le Dr Lacroix entame alors des recours juridiques pour faire respecter une clause de non-concurrence que la Dre Marois aurait consenti à respecter en venant pratiquer dans sa clinique. C'est ce qui ressort de documents de cour consultés par Le Soleil et présentés en Cour supérieure dans les derniers jours.
Selon la requête du Dr Lacroix, Julie Marois viole le contrat qu'elle avait paraphé avec lui en 2011 et renouvelé en 2014. Une clause prévoyait qu'à son départ, elle ne pouvait offrir des soins en clinique privée pendant 18 mois, à moins de 50 km de la clinique Lacroix de la route Jean-Gauvin. Or, il s'avère que la clinique Médic Axion est située à environ huit kilomètres, à Sainte-Foy.
Les avocats du Dr Lacroix précisent que cette clause «n'empêche aucunement» la Dre Marois de pratiquer dans le régime public. Ils allèguent d'ailleurs qu'elle aurait confié au Dr Lacroix vouloir retourner dans le système public, où elle a passé le plus clair de sa carrière.
Toujours selon la requête de Marc Lacroix, le départ de Julie Marois pour une autre clinique privée risque de lui infliger une «importante perte de clientèle», d'autant que «plusieurs clientes» auraient déjà suivi la médecin. Sans une intervention de la cour, il n'aurait «plus aucun moyen de protéger sa clientèle» et deviendrait «vulnérable au départ d'un médecin, mettant ainsi les activités de sa clinique en péril», ajoute-t-il.
Injonction provisoire
La cause a été entendue il y a deux semaines par un juge de la Cour supérieure, qui a accepté d'émettre une ordonnance d'injonction provisoire afin d'empêcher la Dre Marois de solliciter les patients actuels ou futurs du Dr Lacroix.
La semaine dernière, l'injonction a été prolongée jusqu'au 22 octobre. La juge Alicia Soldevila a alors invité les parties à «discuter entre elles [...] pour vider le débat rapidement dans l'intérêt des patients servis par la docteure Marois».
Les Cliniques médicales Lacroix ont aussi réclamé une injonction permanente pour que Julie Marois ne puisse plus joindre une clinique privée avant mars 2016 et que Médic Axion ne puisse retenir ses services. La Cour supérieure ne s'est pas encore prononcée sur ces questions.
Marc Lacroix a fait savoir par un consultant en relations publiques qu'il ne commenterait pas la cause.
Un malaise quant aux pratiques de son ancien employeur
Avant d'être poursuivie par les cliniques médicales Lacroix, la Dre Julie Marois avait exprimé sans détour son malaise par rapport aux pratiques de l'entreprise.
Le Soleil a pu consulter dans le dossier de la cour la lettre de démission de la Dre Marois, qui s'adresse au Dr Marc Lacroix.
Au fil des trois années passées au sein des cliniques privées Lacroix, elle affirme avoir «vu s'installer des façons de faire qui ne correspondent plus à mes valeurs et qui ne respectent pas mon code de déontologie».
La Dre Marois relate qu'à son arrivée, en mai 2011, le réseau de cliniques familiales privées amorçait sa croissance. Mais qu'avec le temps, «la priorité de l'entreprise s'est dirigée vers l'acquisition de profits, et ce, au détriment du client».
Ses allégations - qui n'ont pas été prouvées en cour - font notamment référence à de la «vente de forfait sous pression», de la «publicité trompeuse» et des clients qui «devraient être dirigés vers l'urgence, mais qui se voient offrir des rendez-vous» en clinique.
Julie Marois rappelle au Dr Lacroix avoir déjà fait part de ses préoccupations, mais qu'il n'y a pas donné suite.
«Développer la clientèle»
Dans sa requête en injonction, Marc Lacroix indique quant à lui que la Dre Marois n'avait «ni la responsabilité ni l'obligation de développer de la clientèle» pour la clinique de Cap-Rouge. Cela aurait d'ailleurs été inscrit à son contrat de travail renouvelé en mars dernier.
La clinique Lacroix fait valoir qu'elle «assumait entièrement la responsabilité de la mise en marché des services offerts et de développer la clientèle afin de référer suffisamment de clients au médecin».
Elle précise de plus avoir «assumé les pertes» encourues lors des deux premières années de services de la Dre Marois, qui «n'avait pas suffisamment de patients».
Il n'a pas été possible de joindre Julie Marois au moment de mettre sous presse.