Le Dr Girard ne remet pas en question les souffrances des personnes qui revendiquent un diagnostic de maladie de Lyme chronique, transmise par des tiques (photo). Ce dont il doute, c'est du diagnostic lui-même, «en raison de la non-fiabilité scientifique des méthodes utilisées pour le confirmer».

Un neurologue dénonce le «lobby» de la maladie de Lyme chronique

Les données scientifiques factuelles ne soutiennent pas l'existence d'une forme chronique de la maladie de Lyme, affirme un neurologue du Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM), le Dr Marc Girard, qui n'hésite pas à qualifier de «lobby» les tenants de ce concept.
Le Dr Marc Girard est connu pour avoir notamment participé à la vaste étude clinique pancanadienne qui a conclu en mars dernier que la technique du Dr Paolo Zamboni ne permettait pas de traiter la sclérose en plaques.
Dans le numéro de juin du magazine de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), le neurologue signe un article intitulé «Un exemple de pseudo-science - La maladie de Lyme chronique». C'est la multiplication des cas médiatisés de Québécois se rendant aux États-Unis pour obtenir un diagnostic et un traitement coûteux pour cette maladie qui l'a convaincu de remettre les pendules à l'heure, explique-t-il en entrevue au Soleil.
«Ce qui se passe avec la maladie de Lyme chronique, c'est exactement la même chose que ce qu'on a vu avec le traitement Zamboni, à propos duquel je disais depuis longtemps de faire attention, qu'il n'y avait pas de données scientifiques et qu'il fallait faire d'autres études», dit l'ancien président de l'Association des neurologues du Québec.
Le Québec et le Canada de plus en plus touchés
Le Dr Girard ne nie pas l'existence de la maladie de Lyme, au contraire. Avec les changements climatiques et le bouleversement des écosystèmes, il est indéniable que le Québec et le Canada seront de plus en plus touchés par les bactéries de type Borrelia, qui sont responsables de cette maladie, reconnaît le médecin.
Selon lui, il est essentiel que le corps médical soit mieux informé sur cette maladie, «surtout sur sa forme aigüe, qui se caractérise par des signes et des symptômes qui lui sont propres». Un simple traitement antibiotique permet un contrôle rapide de la maladie dans sa forme aigüe, rappelle-t-il.
Le Dr Girard ne remet pas non plus en question les souffrances physiques des personnes qui revendiquent un diagnostic de maladie de Lyme chronique. Ce dont il doute, c'est du diagnostic lui-même, «en raison de la non-fiabilité scientifique des méthodes utilisées pour le confirmer». 
«Plusieurs de ces personnes souffrent probablement de certaines conditions, comme le syndrome de fatigue chronique ou la fibromyalgie, deux conditions réelles pour lesquelles il n'existe pas de biomarqueurs permettant d'en confirmer le diagnostic», écrit le neurologue dans Le spécialiste. 
Le danger : remettre en question le diagnostic
Ce qui inquiète le neurologue, c'est l'augmentation du nombre de personnes atteintes d'autres conditions bien étayées, comme la sclérose en plaques, qui remettent en question leur diagnostic et leur traitement sur la foi de tests de dépistage de la maladie de Lyme qui sont «faussement positifs». 
Car les tests proposés par l'International Lyme and Associated Diseases Society (ILADS) sont faits par des laboratoires indépendants qui sont réputés pour faire non pas des tests plus sensibles, mais plutôt pour avoir un taux élevé de faux positifs, dit le Dr Girard. 
Même aux États-Unis, où la pratique de la médecine est «beaucoup plus libérale qu'au Québec», ces tests sont remis en question, notamment par l'Infectious Diseases Society of America, mentionne le neurologue. Les tests de dépistage officiels recommandés par les Centers of Disease Control américains sont les mêmes que ceux qui sont utilisés au Canada, souligne-t-il.
Le Dr Girard estime par ailleurs que les médecins américains qui défendent la forme chronique de la maladie de Lyme exposent leurs patients à des risques indus pour leur santé en leur proposant une antibiothérapie prolongée alors que ce traitement ne repose sur aucune preuve scientifique.
Si les tests et les traitements que demandent les personnes se disant atteintes de la maladie de Lyme ne sont pas offerts au Canada et au Québec, ce n'est pas parce que les médecins y sont incompétents ou mal formés, «mais plutôt parce qu'ils offrent une médecine de qualité répondant à des critères scientifiques reconnus», tranche le Dr Girard.