Le Dr Allan Climan

Un gynécologue radié deux ans pour des propos sexuels déplacés

MONTRÉAL — Un gynécologue-obstétricien a été radié pour deux ans et condamné à une amende pour avoir tenu «des propos abusifs et déplacés à connotation sexuelle» à l’endroit d’une patiente, et ce, bien qu’il avait déjà fait l’objet d’avertissements de son ordre professionnel pour les mêmes raisons à deux reprises dans le passé.

Le docteur Allan Climan, qui exerçait à Montréal depuis 1983, avait plaidé coupable en octobre dernier aux deux infractions qui lui étaient reprochées, soit celle d’avoir tenu de tels propos, ainsi qu’une autre d’avoir accepté un peu plus de 18 000 $ sur une durée de quatre ans d’un autre médecin.

Les événements qu’on lui reproche sont survenus lors de la visite d’une patiente enceinte de 10 semaines en avril 2015, qui lui avait fait part de sa volonté de donner naissance par voie vaginale après avoir vécu des complications lors d’une césarienne pratiquée à sa dernière grossesse. Le docteur Climan lui avait répondu que sa vie sexuelle ne serait jamais plus la même et, se tournant vers le conjoint de celle-ci, lui avait dit que ce ne serait plus aussi agréable pour lui par la suite («lt won’t feel as good for you anymore»).

Propos déplacés

En discutant des conséquences d’un accouchement naturel, il lui avait ensuite dit qu’elle avait «un magnifique petit corps», qu’il «avait hâte de l’examiner» et qu’il était certain qu’elle avait un «beau vagin» («You have a great little body, I can’t wait to examine you and l’m sure you have a beautiful vagina»). En témoignant devant le Conseil de discipline du Collège des médecins, la plaignante n’avait pas caché son malaise de voir que le médecin considérait son vagin uniquement pour des relations intimes et non pour donner naissance à un enfant.

Il avait ensuite répété le même commentaire sur son «magnifique petit corps» et son empressement à l’examiner puis, lors de l’examen, la dame s’était crispée et le docteur Climan lui avait alors mentionné que, lors de relations intimes, ce serrement pouvait amener son partenaire à dire «Oh mon Dieu, oh bébé je t’aime» («Oh my God, oh baby I love you»), mais que cela rendait son examen impossible.

À l’issue de l’examen, alors que la patiente était toujours dévêtue et allongée sur la table d’examen, il lui avait dit qu’elle pouvait donner naissance naturellement, mais que ses relations intimes ne seraient plus jamais les mêmes et qu’il recommandait un accouchement par césarienne, avant d’ajouter un autre commentaire sur son «magnifique petit corps».

Le couple avait quitté le bureau en colère avant de porter plainte au Collège.

«Il parle trop»

En défense, le médecin avait dit savoir «qu’il parle trop» et que «les mots sont des outils puissants». Il avait exprimé ses regrets envers la patiente, mais avait témoigné à l’effet qu’elle était tendue et qu’il avait utilisé l’humour.

Il avait fait valoir qu’une radiation serait désastreuse pour ses patientes, dont plusieurs sont unilingues hispanophones alors qu’il parle couramment l’espagnol. Sa pratique était intense; environ 140 patientes par semaine et de 250 à 280 accouchements par année. Il demandait une radiation d’une journée.

Le syndic du Collège avait toutefois fait valoir que ces commentaires étaient lubriques, déplacés, sexuels et vulgaires et émis alors que la patiente était nue et vulnérable en plein examen gynécologique, ce qui en a décuplé la gravité.

Avertissements ignorés

Aussi, le syndic avait conclu à un risque de récidive élevé puisque des recommandations de syndics adjoints dans des circonstances similaires dans le passé étaient demeurées lettre morte.

Bien que le Conseil de discipline ait fait la distinction entre un abus qui comporte une intention sexuelle et des propos abusifs qui ne comportent pas cette intention, il n’en juge pas moins que la conduite du docteur Climan est «très grave». Il retient également le fait que le gynécologue a fait l’objet non seulement de deux plaintes similaires dans le passé - en 2003 et en 2010 - mais aussi d’une troisième survenue en 2018, soit après le dépôt de la plainte étudiée dans le cas présent. Dans les trois cas, le docteur Climan avait tenu là aussi des propos abusifs et déplacés à connotation sexuelle.

Dans sa décision, le Conseil de discipline donne raison au syndic en ce qui a trait la présence au dossier professionnel «d’éléments qui prouvent qu’un risque de récidive est présent» et que la sanction «doit tenir compte de ce facteur particulièrement aggravant.»