Gaétan Barrette a accepté de prolonger pour un an le financement afin d'éviter la fermeture de plusieurs cliniques réseau, mais il les somme d'adhérer à son programme de supercliniques.

Un an pour devenir supercliniques

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, accepte de prolonger le financement global des cliniques réseau jusqu'au 1er avril 2018 à condition qu'elles démontrent leur intention claire et ferme de devenir supercliniques, a appris Le Soleil.
«C'est vraiment du cas par cas. Le prolongement du financement des cliniques réseau est conditionnel à ce qu'elles démontrent de façon convaincante le sérieux de leurs démarches pour se transformer en supercliniques d'ici le 1er avril 2018. On va réévaluer ces démarches le 1er octobre 2017 pour voir si elles sont bien entreprises. Une clinique réseau doit vraiment avoir l'objectif de devenir superclinique pour pouvoir continuer», a annoncé l'attachée de presse du ministre Barrette, Julie White, au cours d'un entretien avec le Soleil, lundi matin.
Début novembre, Le Soleil révélait que le ministre Barrette avait décidé d'abolir le 1er avril prochain plutôt que le 1er avril 2018 le modèle actuel des cliniques réseau, qui permet aux patients non-inscrits dans un GMF de voir un médecin sans devoir se rendre à l'urgence. Le ministre de la Santé avait admis avoir pris cette décision pour forcer les cliniques réseau à adhérer à son programme de supercliniques.
Devant le risque de fermeture de plusieurs cliniques réseau, qui aurait entraîné un bris de services pour la population, le ministère de la Santé et la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) ont intensifié leurs discussions au cours des dernières semaines afin de trouver une solution.
Selon nos informations, une trentaine de cliniques réseau pourraient intégrer le programme de supercliniques d'ici l'été. Le ministre Barrette s'est engagé à en ouvrir 50 pour la fin 2018.
À Québec, La Cité médicale, la Clinique médicale Saint-Louis, ProActive Santé, le Centre médical Le Mesnil et MAclinique Lebourgneuf seraient sur les rangs pour devenir supercliniques. Une demande a également été faite pour le Centre médical Charlesbourg, mais il manque de médecins pour satisfaire la condition des heures élargies. Une pénurie qui affecte plusieurs cliniques de Québec, particulièrement dans la couronne nord, et qui devra être au centre des préoccupations au cours des prochains mois, rappelle-t-on dans le réseau.
«Il y a plusieurs cliniques réseau qui veulent devenir supercliniques mais qui n'ont pas les effectifs suffisants pour le devenir. Le gouvernement devra s'engager à travailler avec elles pour régler ce problème. Est-ce qu'une année c'est suffisant pour trouver les effectifs qui manquent? On sait par ailleurs qu'il y a des cliniques réseau qui ne veulent pas devenir supercliniques et qui vont préférer se replier sur leur statut de GMF», comme c'est le cas de la Clinique médicale Pierre-Bertrand à Québec, précise le porte-parole de la FMOQ, Jean-Pierre Dion.
Si elle est soulagée de l'issue des négociations et du fait qu'il n'y aura pas de baisse de services le 1er avril prochain, la FMOQ souhaite que le «bon sens continue de primer dans ce dossier au cours de la prochaine année».
3095 consultations par jour
La Coalition Avenir Québec se réjouit elle aussi de la volte-face du ministre Barrette. «En 2016, les 52 cliniques réseau ont reçu 1 130 000 visites de patients non-inscrits dans le GMF, soit 3095 visites par jour de patients orphelins. Ces gens-là n'auraient eu d'autre choix que d'aller consulter dans les urgences» si le ministre avait maintenu sa décision de devancer d'un an la fin du financement des cliniques réseau, a commenté au Soleil le député François Paradis.
Pour le député de Lévis, le ministre a agi dans le dossier des cliniques réseau comme il a trop souvent l'habitude d'agir, c'est-à-dire comme «un taureau qui fonce sur la couverte rouge» sans penser aux dommages collatéraux. «Il n'avait pas le choix de reculer pour éviter un bris de services. Tu ne peux prendre des décisions aussi hâtives dans des dossiers aussi importants», a sermonné M. Paradis.
Du côté du Parti québécois, on réclame que les négociations entre le ministre et les médecins se fassent dans la transparence, «et non derrière des portes closes». «Combien d'argent encore le ministre va-t-il donner à des cliniques privées pour ouvrir quatre heures de plus le samedi et le dimanche?» demande la députée Diane Lamarre.
Mme Lamarre estime que le ministre devrait envisager d'équiper les CLSC d'infirmières praticiennes spécialisées qui pourraient répondre à des situations d'urgence mineure. «Il pourrait aussi déployer davantage de services à domicile pour les patients qui souffrent de maladies chroniques (d'insuffisance cardiaque ou de problèmes respiratoires, par exemple), ce qui contribuerait à désengorger les urgences», propose la députée de Taillon, pour qui «les fameuses supercliniques n'ont rien de super».