Olivier Bouchard a pris soin de sa grand-mère pendant deux ans pour lui permettre de demeurer à la maison le plus longtemps possible.

Un aidant naturel de 25 ans privé d'un crédit d'impôt par Revenu Canada

Le jeune Lévisien Olivier Bouchard a pris soin pendant deux ans de sa grand-mère atteinte de paralysie supranucléaire progressive, une maladie neurologique dégénérative qui la force aujourd'hui à vivre dans un centre d'hébergement. Deux ans pendant lesquels le jeune homme dans la vingtaine a vécu avec son aïeule, l'aidant à faire ses tâches domestiques, à entretenir le terrain de sa résidence, à se lever quand elle tombait la nuit... La deuxième année, Revenu Canada lui a refusé le crédit d'impôt pour aidant naturel parce que sa grand-mère avait gagné... 1951 $ de trop.
La mère d'Olivier Bouchard, Johanne Paradis, dénonce cette décision qui «ne tient pas debout», selon elle. Pour l'année 2014, raconte Mme Paradis, son fils avait obtenu de l'agence fédérale un crédit d'impôt de 4530 $ pour aidant naturel, non sans difficultés. «Ça avait été compliqué, il avait fallu travailler fort, mais ça avait finalement été accepté», relate-t-elle.
Pour l'année d'imposition 2015, Olivier Bouchard s'est vu retirer le droit d'obtenir un crédit fédéral de 6701 $ sous prétexte que le revenu net de sa grand-mère - un maigre 22 558 $ - avait excédé les 20 607 $ règlementaires. Au-delà de ce montant, aucun crédit d'impôt pour aidant naturel ne peut être demandé, explique dans un courriel une porte-parole de Revenu Canada, Julie Pronovost.
«On n'avait jamais entendu parler de cette règle. Mais qu'est-ce que le revenu de la personne à charge a à voir avec le crédit d'impôt qu'on donne aux aidants naturels? Et 22 558 $, on s'entend pour dire que ce n'est pas une fortune et que ma mère, qui était sur la liste d'attente du CLSC, n'aurait jamais pu se payer de l'aide à domicile avec ça!» dénonce Johanne Paradis, qui a elle-même pris un congé de six mois pour s'occuper de sa mère. 
Mme Paradis souligne que la présence d'Olivier Bouchard chez sa grand-mère a permis à celle-ci de retarder son entrée en centre d'hébergement, «où ça coûte pas mal plus cher». «Avec le crédit d'impôt pour aidant naturel, mon fils avait droit au final à un montant de 600 $ ou 800 $. Ce n'est pas énorme pour permettre à une personne âgée et malade de vivre plus longtemps à la maison», ajoute-t-elle.
Pas le bon message
Selon Mme Paradis, c'est un bien drôle de message que le gouvernement fédéral envoie aux aidants naturels. «Ce qu'on constate, c'est que c'est très difficile d'obtenir ces crédits-là. Il faut se battre pour les avoir, et en bout de ligne, il n'y a pas grand monde qui y a droit», s'indigne-t-elle. 
«Je trouve qu'on n'est pas reconnaissant. On a un jeune homme de 25 ans qui prenait soin de sa grand-mère, qui faisait les repas, l'épicerie, le ménage, qui s'occupait du gazon et tout. C'est admirable, et il me semble qu'on devrait valoriser ça», insiste Mme Paradis, qui a voulu dénoncer publiquement la situation vécue par son fils «pour l'aider à mon tour et pour peut-être en aider d'autres».
Olivier Bouchard n'a pas encore remboursé le montant de 862,32 $ que lui réclame Revenu Canada (qui lui avait accordé le fameux crédit d'impôt avant de réexaminer son dossier et de le lui retirer). Comme il conteste la décision de l'agence fédérale, c'est maintenant à la Cour canadienne de l'impôt qu'il doit s'adresser. «Mais on est épuisé par toutes ces démarches...» laisse tomber Johanne Paradis. 
Dans son courriel au Soleil, la porte-parole de Revenu Canada précise que le dernier budget fédéral propose des changements aux crédits pour aidants naturels à compter de l'année d'imposition 2017. 
Le nouveau crédit d'impôt unifié pour aidants naturels, qui englobera les trois crédits existants, «ciblera mieux les personnes qui en ont le plus besoin, et il étendra les allègements fiscaux à certains aidants naturels qui peuvent ne pas y être admissibles présentement en raison du niveau de revenu de la personne à charge», écrivait le ministre des Finances, Bill Morneau, dans son budget.