La base première du traitement d'un trouble alimentaire est aussi simple que brutale : l'exposition alimentaire. Comme celui qui a une phobie des ascenseurs ne pourra vaincre sa peur qu'en s'y exposant peu à peu, celui qui a développé une «peur» de la nourriture devra réapprendre à manger normalement.

Troubles alimentaires: déceler l'obsession

La présence d'un trouble alimentaire ne se traduit pas uniquement à travers un corps émacié. C'est souvent derrière une foule de petites stratégies d'apparence anodine que se cachent les obsessions envers la nourriture et le poids.
Le psychologue François Bernier et l'ergothérapeute Nathalie Saint-Jacques de l'équipe du Programme d'intervention des troubles de conduite alimentaire (PITCA) du CHUL prononceront mercredi soir une conférence grand public intitulée Alimentation et minceur : lorsque préoccupation devient obsession.
Quand votre meilleure amie se met à refuser les invitations au restaurant, que certains sujets alimentaires deviennent obsessifs ou, au contraire, tabous, qu'elle semble avoir développé toutes sortes de petits rituels, manger très lentement, couper sa nourriture en bouchées minuscules, qu'elle refuse un nombre croissant d'aliments, qu'elle se découvre tout à coup une foule d'intolérances, au gluten, au lactose, qu'elle se met à faire de l'exercice de façon effrénée, ou, bien sûr, qu'elle perd du poids de façon importante, il y a lieu de se poser des questions.
Bien sûr, faire de l'exercice et chercher à avoir un poids santé sont des comportements louables, dit le psychologue François Bernier. Mais là où une lumière jaune doit s'allumer, c'est lorsqu'ils deviennent obsessifs que tout le quotidien tourne autour de ces objectifs. Quand la vie devient une foule d'interdits, que le plaisir cède toute la place au perfectionnisme et au contrôle...
«Si votre amie vient avec vous au restaurant, mais qu'elle cherche à tout prix à choisir ce qui sera le moins calorique et qu'elle fait ensuite de l'exercice pendant des heures pour compenser, il y a un problème. C'est légitime de vouloir perdre du poids. Mais pas quand ça déclenche une peur panique, irrationnelle...»
Perceptions faussées
Les perceptions peuvent être à ce point faussées que même les personnes en état d'anorexie, ayant atteint une extrême maigreur, peuvent se trouver grosses.
Au début, les raisons d'amorcer un changement peuvent être légitimes. «On le voit en thérapie, les gens ne sont pas de mauvaise foi.» Ils ont commencé à faire de l'exercice pour être en forme, sont devenus végétariens par réelle conviction. Mais quand leur nouvelle vie est devenue un «régime» de privation, ils ont dévié vers le déséquilibre.
La base première du traitement d'un trouble alimentaire est aussi simple que brutale : l'exposition alimentaire. Comme celui qui a une phobie des ascenseurs ne pourra vaincre sa peur qu'en s'y exposant peu à peu, celui qui a développé une «peur» de la nourriture devra réapprendre à manger normalement.
Un réapprentissage qui se fait dans un cadre thérapeutique en traitant aussi bien la dimension émotive que les gestes du quotidien.
Ouvrir le dialogue
Mais François Bernier l'admet, l'équipe de soins du CHUL ne peut prétendre accueillir demain matin toutes les personnes qui le souhaiteraient. Il croit néanmoins que les personnes aux prises avec un tel trouble peuvent amorcer une démarche avec le soutien de leurs proches pour modifier des comportements. Il recommande surtout d'ouvrir le dialogue sur la base de l'ouverture, sans jugement.
À Québec, l'organisme communautaire L'Éclaircie apporte également un soutien (maisoneclaircie.qc.ca).
La conférence a lieu mercredi à 19h à l'amphithéâtre Fisher du CHUL, au 2705, boulevard Laurier à Québec.