L’accès aux services pour les enfants présentant un trouble du langage est «problématique», confirme un récent avis de l’Institut d’excellence en santé et en services sociaux, qui y va de 13 recommandations pour que ces services soient mieux organisés et dispensés.

Trouble du langage: un hic dans l'accès aux services

Délai moyen d’attente de plus de cinq mois pour accéder aux services. Disparités entre les régions. Lacunes dans la collaboration et l’arrimage entre les établissements ou les équipes d’intervention. L’accès aux services pour les enfants présentant un trouble du langage est «problématique», confirme un récent avis de l’Institut d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS), qui y va de 13 recommandations pour que ces services soient mieux organisés et dispensés. Aucune ne propose toutefois une hausse des ressources ou du financement.

L’avis d’une centaine de pages présente un portrait peu reluisant de la situation pour les enfants présentant un trouble du langage, dont le taux de prévalence est estimé à environ 6 % des enfants (âgés de cinq ans), avec un ratio garçon/fille d’environ 2 pour 1.

En 2013, 8695 élèves (tous groupes d’âge confondus, du préscolaire à l’éducation aux adultes) présentaient un trouble du langage attesté par une évaluation orthophonique.

Cette même année, le nombre moyen d’équivalent temps plein (ETP) orthophoniste variait selon les régions de 0,2 à 0,8 ETP orthophoniste par 1000 élèves.  

Selon les données du ministère de la Santé, le délai moyen d’attente entre l’assignation du dossier d’un enfant à un intervenant et le premier service offert est de plus de cinq mois. Au 31 mars 2015, 1675 enfants présentant une déficience du langage attendaient pour recevoir un premier service spécialisé en réadaptation.

L’avis de l’INESSS fait également état d’un sondage mené en 2015 qui révèle que les parents d’enfants présentant un trouble du langage estiment en très grande majorité (93 %) que l’offre de service orthophonique devrait être améliorée au Québec.

Pas moins de 81 % des répondants ont dit vivre un haut niveau d’inquiétude face au trouble du langage de leur enfant, et plusieurs ont affirmé que ce trouble bouleversait leur vie familiale.

La majorité des répondants (60 %) ont eu recours à des services orthophoniques privés, soit parce que les délais d’attente au public étaient trop longs (43 %), soit parce que la quantité d’interventions orthophoniques était jugée insuffisante (23 %).

L’INESSS constate dans son avis que l’organisation des services est actuellement basée sur une logique diagnostique et que «cela crée des goulots d’étranglement importants […] puisqu’il faut attendre que les évaluations diagnostiques soient réalisées avant que soit orchestrée la poursuite des services». 

Visions divergentes

Selon l’organisme, le continuum de services devrait s’aligner sur les besoins des enfants plutôt qu’être axé sur leur diagnostic. «Bien que l’établissement d’un diagnostic demeure important, il ne doit en rien freiner la mise en place des premiers services requis par les enfants», écrit l’INESSS.

L’Institut note par ailleurs que la collaboration entre les équipes des réseaux de la santé, de l’éducation et des services de garde est «parfois difficile», et que ces difficultés semblent attribuables «à une vision et à des valeurs divergentes» ainsi qu’à «une méconnaissance des rôles respectifs». 

Selon lui, le ministère de la Santé devrait, de concert avec le ministère de l’Éducation et le ministère de la Famille, «entamer des travaux relatifs à la révision des modes d’allocation des ressources en fonction des besoins de l’enfant et à l’identification des meilleurs prestataires de services, selon les différentes étapes de vie de l’enfant».

L’INESSS recommande également que les intervenants et les parents travaillent davantage en tandem, ce qui suppose que les intervenants enseignent aux parents diverses stratégies ou techniques de stimulation pouvant s’intégrer à la vie quotidienne de l’enfant. 

L’organisme propose aussi que les intervenants incluent la télépratique (ou pratique à distance) dans leurs stratégies d’intervention. Une façon de faire qui aurait «le potentiel d’améliorer l’accès aux services dans un contexte où les délais sont importants». 

D’autres recommandations concernent l’organisation et la dispensation des services, mais aucune ne propose directement un meilleur financement de ceux-ci.