L'excès de prudence face aux pénicillines favorise entre autres la résistance aux antibiotiques et l'apparition d'infections causées par le Clostridium difficile, met en garde l'INESSS.

Trop de fausses allergies aux pénicillines

Trop de patients sont faussement étiquetés «allergiques» aux pénicillines, s'inquiète l'Institut national d'excellence en santé et en services sociaux (INESSS). Un excès de prudence qui a une incidence majeure sur les coûts de traitement, en plus de favoriser la résistance aux antibiotiques et l'apparition d'infections causées par le Clostridium difficile, met en garde l'organisme.
«Il est fréquent que des patients évoquent une allergie aux pénicillines non documentée sans savoir dans quel contexte ce médicament avait été prescrit ni les effets qui avaient été observés. Le diagnostic, posé généralement dans l'enfance, est la plupart du temps conservé jusqu'à l'âge adulte et le patient se retrouve «étiqueté allergique» à vie sans qu'il y ait aucune autre investigation complémentaire», expose l'INESSS dans un nouvel avis portant sur la standardisation des pratiques relatives aux allergies aux bêtalactamines (qui comprennent les pénicillines et les céphalosporines).
Selon lui, plusieurs réactions présumées allergiques aux pénicillines sont en fait des effets indésirables non allergiques. «La plupart des patients qui se disent "allergiques aux pénicillines" pourraient donc tolérer ce traitement [...] et en bénéficier de nouveau, sans présenter de réaction clinique grave», évalue l'INESSS, qui souligne que même en cas d'allergie avérée de type I, l'allergie peut se résoudre avec les années.
Le doute et la méconnaissance poussent cependant les cliniciens à prescrire d'autres antibiotiques à plus larges spectres, constate l'organisme. Or le traitement par ces antibiotiques conduit à une augmentation non seulement des coûts, mais aussi des cas de résistance, en plus de favoriser les infections causées par le Clostridium difficile. 
«Une étude récente menée dans trois départements de l'Hôpital Maisonneuve‐Rosemont a démontré que l'utilisation d'antibiotiques autres que les bêtalactamines chez les patients ayant des antécédents d'allergie soupçonnée à la pénicilline pouvait engendrer un coût supplémentaire de 326,50 $ par patient», note l'INESSS.
L'organisme a élaboré plusieurs outils pratiques pour guider et aider les différents professionnels non spécialisés en allergie à adopter une démarche diagnostique plus ciblée et plus efficace en première ligne, «ou d'orienter, au besoin, les patients ayant des antécédents d'allergie à la pénicilline vers un allergologue afin d'effectuer une évaluation appropriée et approfondie [...] pour confirmer ou non le diagnostic et ainsi réduire l'utilisation des antibiotiques de second choix et les coûts associés». 
«Une étude américaine a démontré que même en augmentant les coûts relatifs à une utilisation accrue des tests diagnostiques effectués au sein des services spécialisés, une économie substantielle pourrait être réalisée par rapport à la diminution des coûts relatifs à l'utilisation de la vancomycine ou des autres médicaments de remplacement», souligne l'INESSS.