Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Brian Gallant.

Transferts en santé: entente entre le Nouveau-Brunswick et Ottawa

Le Nouveau-Brunswick a conclu une entente bilatérale avec Ottawa sur les transferts fédéraux en matière de santé.
Si le geste a déçu dans certaines capitales provinciales, Ottawa soutient que jusqu'à cinq provinces ou territoires négocieraient actuellement une entente bilatérale.
L'accord entre Ottawa et le Nouveau-Brunswick prévoit un nouvel apport de «fonds dédiés» fédéraux de près de 230 millions $ sur 10 ans - soit 125 millions $ pour les soins à domicile et 104 millions $ pour des initiatives en santé mentale. Les deux gouvernements élaboreront des «indicateurs de rendement» et des mécanismes de reddition de comptes, et un plan détaillé sur la façon dont les fonds dédiés seront dépensés.
Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Brian Gallant, a expliqué jeudi matin qu'il aurait préféré la conclusion d'une entente nationale, mais il s'est dit heureux et rassuré que sa province ait pu s'entendre avec Ottawa sur les fonds dédiés. «L'accord de financement d'aujourd'hui nous assurera, ce printemps, un financement pour les soins à domicile et de santé mentale qui, autrement, aurait pu être retardé ou perdu», a-t-il estimé.
Le Nouveau-Brunswick devient la première province à conclure une entente bilatérale avec Ottawa depuis que les provinces et territoires ont rejeté en bloc l'offre fédérale globale, lundi. Le gouvernement libéral de Justin Trudeau offrait alors de verser 25 milliards $ de plus sur cinq ans dans les soins de santé, mais une grande partie de cette somme devait être consacrée spécifiquement à la santé mentale et aux soins à domicile. Or, certaines provinces, dont le Québec, estiment qu'il s'agit là d'une ingérence fédérale dans un champ de compétence provincial.
Le Nouveau-Brunswick devrait recevoir 1,2 milliard $ sur 10 ans en vertu de cette formule.
Barrette irrité
M. Gallant ne s'inquiète pas trop, par ailleurs, d'avoir été le premier à conclure une entente bilatérale avec Ottawa - et à rompre le «front commun» des provinces et territoires. Car l'accord, a-t-il rappelé, prévoit que si une autre province réussit à obtenir davantage d'Ottawa, le Nouveau-Brunswick bénéficiera des mêmes termes.
Une position qui a irrité le ministre québécois de la Santé, Gaétan Barrette. Sur son compte Twitter, il a déploré jeudi que le Nouveau-Brunswick «accepte une baisse du financement du fédéral de 23,3 à 20 %, mais se met en même temps à la remorque des autres [provinces et territoires] pour obtenir une meilleure offre».
Le premier ministre Gallant a trouvé ironique qu'un ministre québécois vienne dire aux Néo-Brunswickois comment gérer leurs affaires. «Si une autre province venait dire aux Québécois et au gouvernement du Québec comment gérer leurs soins de santé et leurs négociations avec le gouvernement fédéral, on sait tous, je pense, comment le gouvernement du Québec réagirait.»
«Houston, on a un problème»
La ministre fédérale de la Santé, Jane Philpott, s'est bien sûr réjouie, jeudi, de l'entente conclue avec le Nouveau-Brunswick. Selon elle, le gouvernement Gallant a présenté des plans «très impressionnants» afin d'améliorer l'accès aux soins à domicile et aux soins en santé mentale.
«Je suis très heureuse de constater qu'ils souhaitent le faire dans un cadre qui mettra l'accent sur les soins de base, et que la médecine familiale sera le fer de lance des initiatives en matière de soins à domicile et de santé mentale, ce qui, selon moi, constitue la formule idéale», a estimé la ministre, en entrevue avec La Presse canadienne. «Il est clairement établi que les systèmes de santé qui s'articulent autour des soins de base sont les plus efficaces, à moindres coûts.»
Sur Twitter, M. Barrette a rétorqué : «Selon @janephilpott moins de financement - meilleur accès! Bon, ben, Houston, on a vraiment un problème!!!»