Les délais officiels pour une chirurgie dépassent souvent la cible fixée par le gouvernement.

Temps d’attente «pas fiable» pour les chirurgies

Les Québécois n’ont pas l’heure juste sur le temps d’attente pour une chirurgie dans le système public de santé.

C’est ce que constate la vérificatrice générale Guylaine Leclerc dans son rapport déposé mercredi. Selon elle, la façon de calculer le temps d’attente dans chaque hôpital est tellement différente d’un endroit à l’autre que les chiffres nationaux ne sont «pas fiables».

La VG estime que le temps d’attente pour un patient commence au moment où son médecin prend la décision de l’opérer. Toutefois, plusieurs jours, semaines ou mois peuvent s’écouler avant que ce patient ne soit officiellement inscrit sur les listes d’attente. 

À certains endroits, comme à l’Hôpital général juif de Montréal et à l’Hôpital régional de Saint-Jérôme, les gestionnaires demandent aux médecins de ne pas inscrire tout de suite leurs patients sur les listes d’attente s’ils «ne pensent pas être en mesure de les opérer dans le temps opératoire alloué», écrit la vérificatrice générale. 

Même si le temps d’attente est sous-estimé, les délais officiels dépassent souvent la cible fixée par le gouvernement. En 2015-2016, 39% des patients atteints de cancer n’étaient pas opérés dans les temps prescrits, soit en 28 jours. Mme Leclerc recommande au ministère de la Santé de diviser les cas de cancer en deux colonnes: les urgents et les non urgents, afin de mieux répondre aux besoins. Elle déplore que le ministère de la Santé n’ait pas «de vision globale de la répartition optimale des services chirurgicaux». 

Le rapport montre également que pendant que le nombre de chirurgies au Québec a augmenté de 5,5%, la rémunération des médecins qui pratiquent ces chirurgies a augmenté de 35,2%. «Donner plus d’argent aux médecins, la recette du ministre actuel, n’a pas donné plus de soins aux patients du Québec», a dénoncé la députée du Parti québécois Diane Lamarre. 

Le ministre de la Santé Gaétan Barrette rétorque qu’il est au travail pour répondre aux doléances de la vérificatrice générale. «Les réponses à toutes ces critiques-là, elles sont dans les actions qui sont en cours actuellement.» Selon lui, l’informatisation des données médicales à la grandeur du Québec permettra d’avoir bientôt un portrait plus clair. Quant au délai avant d’inscrire un patient sur une liste d’attente, le ministre le minimise, en soulignant qu’il ne s’agit souvent que d’une semaine ou deux. 

Dans son rapport, la vérificatrice générale indique également que l’Hôpital de Chicoutimi et l’Hôpital régional de Saint-Jérôme utilisent des équipements vétustes dans leurs salles de chirurgie. Des corridors encombrés et la proximité d’équipement stérile avec de l’équipement non stérile dans leurs blocs opératoires l’inquiète grandement.

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COÛTEUX, L'ÉOLIEN

La filière de l’éolien et des autres énergies alternatives est coûteuse pour Hydro-Québec. Parce qu’elle privilégie ces blocs d’énergie spécifiques, la société d’État a payé 2,5 milliards $ de plus en 8 ans. Entre 2009 et 2016, ces coûts supplémentaires ont été «inclus dans les tarifs d’électricité», note la vérificatrice générale. Les blocs d’électricité patrimoniale— qui provient des grands barrages hydro-électriques —, sont «trois fois moins chers.» La vérificatrice générale a également confirmé les chiffres qui circulaient depuis quelques mois. Hydro-Québec a puisé trop d’argent dans les poches de ses clients ces dernières années, soit 1,5 milliard $ entre 2005 et 2017. Cet écart de rendement a permis à la société d’État de verser 1,1 milliard $ de dividendes supplémentaires au gouvernement. La société d’État n’a pas l’intention de rembourser ses clients pour ces écarts de rendement, mais plutôt d’appliquer des ajustements sur les factures, à partir de 2019.

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LA DETTE SOUS-ESTIMÉE

Depuis 5 ans, le gouvernement du Québec n’utilise pas les mêmes pratiques comptables que le bureau du Vérificateur général. Si bien qu’il sous-estime sa dette nette et ses déficits de 9,6 milliards $ et surestime son surplus annuel de 215 millions $, dévoile la vérificatrice générale Guylaine Leclerc. Par exemple, lorsque le gouvernement investit sur 10 ans pour réparer une route ou des égouts, il ne calcule que l’argent qu’il décaisse l’année même, sans calculer les années à venir. Pour la VG, si les travaux sont faits, il faut calculer l’investissement total. «Pour nous, c’est clair que c’est une dette.» Même si le gouvernement Couillard défend sa façon de faire, Mme Leclerc recommande qu’il se plie aux Normes comptables canadiennes pour le secteur public. Elle demande également que les états financiers consolidés du gouvernement soient déposés plus rapidement à l’Assemblée nationale et non pas 53 jours après avoir été signés, comme ça a été le cas l’an dernier.

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BEAUCOUP DE BOULOT POUR LE VGQ

Les 260 employés du bureau du Vérificateur général du Québec ne manquent pas de pain sur la planche. Un autre volumineux rapport est attendu pour le mois de juin, qui cible plusieurs sujets d’actualité, comme le travail de l’Unité permanente anticorruption (UPAC), celui de l’Autorité des marchés financiers (AMF) et de la Commission de la construction. Cet été, l’équipe devra se mettre au travail pour écrire un rapport préélectoral sur l’état des finances publiques du Québec. Une charge que la vérificatrice générale Guylaine Leclerc s’estime en mesure d’accomplir, même s’il lui manque des joueurs. À l’heure actuelle, 32 postes sont encore vacants au VGQ, qui peine à attirer et à retenir les travailleurs. Le Conseil du trésor a octroyé en avril une hausse de salaire d’environ 10 % aux chargés de projet du VGQ, afin de favoriser leur rétention. Le manque de personnel a toutefois poussé le bureau à mettre de côté ou à reporter dans le temps certains mandats.