Pour la Coalition québécoise sur la problématique du poids, il faut décourager la consommation d'aliments n'ayant qu'une faible valeur nutritive.

Taxe et subventions pour lutter contre l'obésité

Il est temps pour le Canada d'imposer une taxe sur les boissons sucrées et même de subventionner les fruits et les légumes afin d'abaisser le taux d'obésité, conclut une vaste étude réalisée par sept scientifiques ontariens et financée par la Fondation des maladies du coeur.
Le panel d'experts dirigé par le Dr Guy Faulkner, de l'Université de Toronto, a déposé lundi un rapport très attendu au Congrès canadien sur la santé cardiovasculaire, qui réunit environ 3800 professionnels et spécialistes de la santé cardiovasculaire à Montréal ces jours-ci. Après avoir fait le tour des politiques économiques utilisées pour lutter contre l'épidémie mondiale d'obésité, les chercheurs suggèrent deux mesures immédiates pour améliorer le bilan du Canada.
Ils recommandent d'abord l'instauration d'une taxe sur les boissons sucrées. L'expression englobe les jus sucrés, les thés glacés ainsi que les boissons gazeuses et énergisantes, mais exclut les versions diète, les jus sans sucre ajouté et les laits aromatisés.
S'il faut viser ces produits plus que toute autre forme de malbouffe, c'est parce qu'ils n'ont aucune valeur nutritive et qu'ils sont plus faciles à cerner, indique le rapport. Les aliments «à haute densité énergétique» sont beaucoup plus difficiles à définir en raison de la grande diversité des catégories et des ingrédients.
Pour un maximum d'effet sur la consommation, les experts estiment que la future taxe devrait représenter au moins 20 % du prix des produits visés. Ils suggèrent également d'utiliser les revenus pour financer des activités de prévention de l'obésité. Ces précisions sont nécessaires car les taxes sur les boissons sucrées se sont révélées modestement efficaces jusqu'à présent pour faire maigrir les gens. Par contre, elles peuvent avoir un effet positif sur le bilan de santé général.
La Coalition québécoise sur la problématique du poids (Coalition Poids), qui milite depuis des mois en faveur de l'adoption d'une taxe sur les boissons gazeuses et énergisantes, se réjouissait lundi de ce nouvel appui. Sa directrice générale, Suzie Pellerin, invite d'ailleurs le gouvernement du Québec à inclure cette mesure dans le prochain budget provincial.
À la Fondation des maladies du coeur, qui a financé la réalisation de cette étude, la réaction est plus tempérée. L'organisation ne s'est toujours pas prononcée sur l'opportunité de taxer les boissons sucrées. «Ce que le rapport nous apprend, c'est que l'obésité est multifactorielle et qu'uniquement une taxe ne serait pas la solution miracle», insiste sa porte-parole au Québec, Alexandra Beaudry.
Enfants et citoyens à faible revenu visés
L'équipe du Dr Faulkner a d'ailleurs identifié une autre solution prometteuse pour freiner la prise de poids des Canadiens, soit les subventions de fruits et de légumes, particulièrement pour les enfants et les citoyens à faible revenu. Les petits pourraient recevoir une partie de leurs portions quotidiennes à l'école tandis que les adultes défavorisés pourraient recevoir des cartes de débit ou des bons de réduction leur permettant d'acheter des fruits et des légumes frais, congelés ou en conserve au supermarché du coin. Une partie de l'argent récolté par le biais de la taxe sur les boissons sucrées pourrait servir à financer la mesure.
Les autres idées écartées par manque d'efficacité ou manque de preuves vont d'une réforme des subventions agricoles, vaste sujet qui mérite d'être davantage étudié au Canada, aux mesures fiscales encourageant l'activité physique et une saine alimentation, qui ne semblent pas avoir d'effet sur le poids des contribuables.