Dans une sortie virulente mardi, la présidente de la FIQ, Nancy Bédard, accuse le premier ministre d’avoir «déjà dans sa tête la piste d’atterrissage» avant même le début des négociations.

Surplus budgétaires: les infirmières veulent leur part du gâteau

François Legault nuit au processus de négociation en vue du renouvellement des conventions collectives des employés du secteur public, du jamais vu, dénonce la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ).

Dans une sortie virulente à La Presse canadienne mardi, la présidente de la FIQ, Nancy Bédard, accuse le premier ministre d’avoir «déjà dans sa tête la piste d’atterrissage» avant même le début des négociations.

«Les infirmières ne comprennent pas», a-t-elle laissé tomber au bout du fil. La Coalition avenir Québec (CAQ) avait promis de tout faire pour abolir le temps supplémentaire obligatoire, en plus d’évoquer un rattrapage salarial avec les infirmières ontariennes.

La semaine dernière, M. Legault a déclaré que le surplus budgétaire n’appartenait ni aux syndicats ni aux groupes de pression. Il a prévenu les employés du secteur public qu’ils ne devaient pas s’attendre à obtenir des augmentations salariales supérieures à l’inflation.

Il prévoit toutefois des exceptions pour les préposés aux bénéficiaires et les enseignants en début de carrière. «Pour l’instant, il n’y a pas d’autres groupes», a-t-il précisé, mardi.

«Comment peut-il dès lors nommer deux types d’emploi dans tout le réseau actuellement qu’il va privilégier? a réagi Mme Bédard. Ça ne se peut pas en début de négos, ça ne se peut pas quand il n’y a aucune représentation de faite, nos travaux ne sont pas là. On fait ça de façon rigoureuse, il faut regarder l’ensemble de l’œuvre avant de dire d’ores et déjà qu’avant une négociation, lui a déjà dans sa tête la piste d’atterrissage, c’est du jamais vu.

«Est-ce qu’on va pouvoir négocier? Est-ce que ça va être de bonne foi? Qu’est-ce qu’il est en train de dire comme message? Ça n’a aucun sens au Québec actuellement. Je ne peux pas croire que ça fait partie d’une stratégie. C’est assez particulier», a-t-elle fulminé.

Legault veut utiliser le surplus à sa guise

Plus tôt en point de presse, M. Legault a dit se sentir parfaitement en droit de consacrer le surplus budgétaire à la réalisation de certaines promesses électorales de son parti, la CAQ.

L’opposition officielle le prie plutôt de faire passer le bien commun avant ses intérêts partisans.

M. Legault s’est défendu en affirmant que les Québécois qui ont voté pour la CAQ s’attendent à ce qu’il respecte ses engagements, notamment ceux visant à réduire la taxe scolaire et les tarifs de garderie.

«Je tiens pour acquis que les Québécois qui ont voté pour la CAQ s’attendent à ce que les promesses faites par la CAQ soient respectées, a-t-il déclaré. Une fois qu’on a un gouvernement majoritaire, oui, moi je me sens lié par ce que j’ai promis.»

Au dernier scrutin, la CAQ a obtenu 37,5 % des votes exprimés. Le Parti libéral du Québec (PLQ) a formé l’opposition officielle avec 25 % des voix, le Parti québécois (PQ) en a récolté 17 % et Québec solidaire (QS), 16 %.

Le surplus budgétaire devrait atteindre cette année 4,3 milliards $, selon l’Institut du Québec, après le versement au Fonds des générations de quelque 3,1 milliards $. Il pourrait même dépasser les 5 milliards $, selon certaines estimations.

Le premier ministre a demandé d’être «prudent» en évoquant un surplus budgétaire de 4,3 milliards $. Selon lui, «on ne peut pas parler d’une marge de manœuvre de 4 milliards $» parce que des sommes ont déjà été affectées et parce qu’une partie du surplus est circonstancielle et non structurelle.

Conflit de travail ABI, prise deux?

Les déclarations de M. Legault ont fait bondir le chef intérimaire du PLQ, Pierre Arcand, qui estime que le surplus budgétaire appartient «à l’ensemble des Québécois».

Selon lui, le Québec est en train de revivre le conflit de travail à l’aluminerie ABI. Rappelons que ce lock-out a duré des mois et que M. Legault s’est publiquement prononcé en faveur de la partie patronale.

Le dossier ABI «a probablement traîné quelques mois de plus à cause de l’intervention du premier ministre qui a fait en sorte que les parties ne se sont pas parlé pendant plusieurs semaines», analyse M. Arcand.

«J’ai l’impression de revivre ça, ça n’augure rien de bon, a-t-il déclaré en mêlée de presse mardi, jour de rentrée parlementaire à Québec. Il faut absolument [...] amener des politiques qui sont d’intérêt public.»

Nancy Bédard partage le même avis. «Pour moi, [le dossier ABI] c’est la même chose. Très mauvais message», a-t-elle lancé.

Les libéraux ont plaidé pour que les employés de l’État soient rémunérés «de façon convenable». «Avant de commercer une négociation, la première chose, c’est qu’il faut créer un climat de confiance. Je ne crois pas que par ses déclarations, le premier ministre va créer ce climat de confiance à la table de négociations», a renchéri Pierre Arcand.