Soins palliatifs: difficile de trouver des milieux de stage

Autre effet de la loi 20: le Réseau universitaire québécois de soins palliatifs constate une «fragilisation» de ses ressources enseignantes en raison notamment des contraintes imposées aux médecins de famille, qui sont moins disponibles pour accueillir des stagiaires.

Les quatre facultés de médecine du Québec ont noté qu’avec les fusions des établissements, qui ont eu pour effet de diminuer le nombre de lits en soins palliatifs dans certains hôpitaux, et les règles de prise en charge imposées par la loi 20 aux médecins de famille, il est de plus en plus difficile de trouver des milieux de stage pour les étudiants qui veulent développer des compétences avancées en soins palliatifs, rapporte Andréanne Côté, médecin aux soins palliatifs du CHUM et directrice du programme de compétences avancées en soins palliatifs à l’Université de Montréal.

«Il y a une volonté claire [de la part du ministère de la Santé] de faire en sorte que les médecins de famille, qui sont ceux qui font le plus de soins palliatifs, prennent des patients en charge dans les cabinets. Ils ne sont donc plus aussi libres qu’avant pour accueillir des stagiaires», se désole la Dre Côté, qui s’est adressée au Soleil à titre de représentante du Réseau universitaire québécois de soins palliatifs.

De la même façon que les contraintes imposées aux médecins nouvellement formés ont un impact sur leur intention de prendre part au programme de compétences avancées en soins palliatifs, remarque encore la médecin.

Si on reconnaît de plus en plus au Québec la nécessité que les médecins aient au moins une formation de base en soins palliatifs, «il est difficile de placer les compétences avancées dans le curriculum des étudiants déjà surchargés, qui doivent absorber une grande quantité d’informations et acquérir des compétences exponentielles», souligne la Dre Andréanne Côté.

Compétences additionnelles

La médecin souligne que plus on approche dans la fin de vie, plus on a besoin d’un médecin qui a des compétences additionnelles. «Il nous faut des médecins qui ont des compétences en deuxième et troisième ligne, des médecins qui consacrent une part importante de leur pratique en soins palliatifs. Or la troisième ligne est appelée à disparaître, alors que nos mentors vont prendre leur retraite. C’est l’expertise qui est menacée», s’inquiète la Dre Côté, selon qui une quarantaine de médecins consacrent actuellement 100% de leur pratique en soins palliatifs, 85 en accordent plus de 40% et 205 en font moins de 40%.

«S’il nous est impossible de recruter de nouveaux médecins pouvant absorber les soins palliatifs de façon substantielle dans leur pratique, nous craignons de ne pouvoir absorber les tâches cliniques, d’enseignement et de recherche dans les prochaines années avec les départs à la retraite et la croissance démographique de la population plus âgée», prévient la Dre Côté, qui rappelle qu’«une discipline où il n’y a pas de recherche est une discipline qui va finir par mourir».

«Pour des soins de qualité, ça passe par des professionnels. Il faut permettre aux médecins qui en ont l’intérêt de pouvoir consacrer une part importante de leur pratique aux soins palliatifs, faire en sorte qu’ils n’aient pas constamment des bâtons dans les roues», dit la médecin.