Le Dr Simon-Pierre Landry, chef du département de l’urgence de Sainte-Agathe-des-Monts et co-porte-parole du Regroupement des médecins omnipraticiens pour une médecine engagée, rappelle que les politiques «mur à mur» du ministre Barrette ont eu pour effet de déplacer les effectifs médicaux vers les cabinets, au détriment des CHSLD et des urgences de certaines régions.

Soins à l’extérieur de l’urgence: un accès insuffisant, déplore le PQ

L’urgence reste encore la seule porte d’entrée pour une bonne partie de la population parce que l’accès aux soins à l’extérieur est insuffisant, déplore le Parti Québécois.

La députée Diane Lamarre, porte-parole de l’opposition officielle en matière de santé, a réagi mardi à notre reportage sur le temps d’attente moyen dans les urgences du Québec pour les patients dits «ambulatoires», c’est-à-dire des cas qui ne nécessitent pas d’être placés sur une civière. 

Selon les données fournies au Soleil par le ministère de la Santé, le temps d’attente moyen entre le triage par une infirmière et l’évaluation par un médecin est à peu près stable depuis trois ans. Cette durée moyenne de séjour est actuellement de 4 heures pour l’ensemble de la province, contre 4,3 heures en 2014-2015. 

Les données du ministère révèlent également que les départs de patients avant la prise en charge médicale restent élevés. Cette année, 10 % des visites à l’urgence (204 451) se sont conclues sans prise en charge, contre 10,8 % (220 784) en 2014-2015. 

«Ça démontre que la seule porte d’entrée pour bien des patients qui ont des conditions mineures, mais néanmoins urgentes reste l’urgence, parce qu’à l’extérieur, les GMF [groupes de médecine familiale] n’offrent pas suffisamment d’accès et que les supercliniques ne sont qu’un artifice», analyse la députée Diane Lamarre.

Mme Lamarre cite l’exemple de la superclinique Pierre-Boucher qui a été annoncée lundi à Longueuil. «C’était déjà une clinique réseau dont on a changé le nom. Il [le ministre de la Santé, Gaétan Barrette] annonce qu’elle fera 40 000 consultations sans rendez-vous, mais elle en a déjà fait 44 665 en 2016-2017! C’est une fausse nouvelle!» dénonce la députée de Taillon.

Accès à des infirmières praticiennes spécialisées

Selon elle, non seulement 100 % des Québécois devraient avoir un médecin de famille, mais l’accès à d’autres professionnels de la santé, notamment et surtout à des infirmières praticiennes spécialisées (IPS), devrait aussi être augmenté. 

C’est aussi ce que croit le Dr Simon-Pierre Landry, chef du département de l’urgence de Sainte-Agathe-des-Monts et co-porte-parole du Regroupement des médecins omnipraticiens pour une médecine engagée (ROME), qui a toujours été en faveur d’une plus grande contribution des IPS, entre autres pour le suivi des maladies chroniques. 

«Le temps que le médecin met dans le suivi des maladies chroniques, c’est du temps qu’il n’a pas pour faire de l’aigu ou de l’urgence», souligne-t-il.

Le DLandry rappelle par ailleurs que les politiques «mur à mur» du ministre Barrette ont eu pour effet de déplacer les effectifs médicaux vers les cabinets, au détriment des CHSLD et des urgences de certaines régions.

«C’est une très bonne chose qu’il y ait une meilleure prise en charge des patients par les médecins de famille. Le problème, c’est qu’on a fait ces changements-là sans ajouter d’effectifs, de sorte qu’on se retrouve avec des fermetures de sans rendez-vous, des pénuries de médecins et des découvertures médicales dans des urgences», déplore le co-porte-parole de ROME, selon qui il est faux de prétendre qu’il y a trop de médecins au Québec. 

«Si on veut améliorer l’offre globale de services, il faut plus de ressources. Plus de médecins et plus d’IPS qui peuvent voir plus de patients», insiste-t-il.