Environ 74% des personnes interrogées prévoient que les coûts médicaux représenteront leurs plus importantes dépenses plus tard dans leur vie.

Sida: antirétroviraux à titre préventif recommandés

L'organisme qui vient en aide aux personnes infectées par le virus du sida à Québec voit d'un bon oeil la recommandation faite aux homosexuels à risque de prendre des médicaments antirétroviraux comme mesure préventive.
«C'est un outil supplémentaire de prévention mais ce n'est pas le moyen de prévention principal. Et ce n'est certainement pas un outil grand public comme le condom peut l'être», a indiqué lundi au Soleil la directrice générale du Mouvement d'information et d'entraide dans la lutte contre le VIH-sida à Québec (MIELS), Thérèse Richer.
Récemment, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a recommandé la prise de médicaments antirétroviraux - qui sont prescrits aux personnes ayant le VIH - aux homosexuels qui ne sont pas infectés mais qui sont considérés à risque. Les couples homosexuels qui ont une relation stable ne sont nullement visés par cette recommandation.
«Ça va toucher une minorité d'homosexuels. La prise de médicaments doit être assortie d'autres choses. Si c'est un médicament qui prévient le VIH, il ne prévient absolument pas la syphilis, la gonorrhée, et d'autres infections. Ça implique que la personne devra aller passer des tests de dépistage sur une base régulière. La syphilis et la gonorrhée, c'est en hausse au Québec», a souligné Mme Richer.
Au Québec, on privilégie la prise du médicament contre le VIH de façon sporadique et non de façon continue en raison des risques des effets secondaires à moyen et long terme et aussi des coûts élevés du médicament. «C'est un médicament qui fait effet très rapidement. Si on sait qu'on a une soirée, qu'on part en voyage, et qu'il risque d'y avoir des rencontres et qu'on n'est pas quelqu'un qui souhaite porter le condom, ou qui ne veut absolument pas le porter, ça peut être une solution», a indiqué la directrice générale de MIELS Québec.
Stigmatisation
Elle reconnaît que la prise de position de l'OMS risque de stigmatiser davantage les homosexuels. «C'est sûr que ça met encore la loupe sur cette portion de population. Par contre, il y a 50 % des personnes infectées qui sont des hommes gais. Ça fait encore partie de la réalité», a-t-elle dit.
Elle déplore toutefois le manque de nuances de l'Organisation mondiale de la santé. «Cette recommandation peut aussi s'appliquer à de nombreux hommes hétérosexuels en Afrique où on retrouve 71 % de toutes les personnes infectées dans le monde.»
Les médicaments antirétroviraux pourraient aussi être prescrits à des travailleuses du sexe par mesure préventive. «Toutefois, pour ces femmes, la question du port du condom est très bien intégrée. La très grande majorité d'entre elles ont moins de difficultés à exiger des clients qu'ils portent le condom.»
Le VIH-sida toujours présent à Québec
De 30 à 40 personnes - dont certaines ont 50 et 60 ans - reçoivent chaque année, depuis une dizaine d'années, un diagnostic de VIH-sida dans la région de Québec.
«La moitié sont des hommes gais, des jeunes de moins de 25 ans. L'autre moitié, ce sont des hétéros, des personnes qui s'injectent et des personnes qui viennent de pays où le VIH-sida est endémique», a indiqué la directrice générale de MIELS-Québec, Thérèse Richer.
Une personne nouvellement contaminée sur cinq est une femme, bien souvent dans la cinquantaine. «C'est surtout par des relations sexuelles. Bien souvent, elles ont plus de 50 ans. Elles ont vécu une situation stable pendant plusieurs années et elles se retrouvent célibataires. Elles n'ont pas pris l'habitude du condom, de le négocier. Ce ne sont pas nécessairement des gens à l'aise de négocier le condom et elles vont céder», a expliqué Mme Richer.
D'autre part, elle déplore la stigmatisation et la discrimination faites aux personnes ayant le virus du sida. «C'est toujours présent malheureusement. Il y a encore de la stigmatisation quand des gens apprennent que quelqu'un est séropositif au VIH. Il y a encore des pertes d'emploi, des problèmes au travail. C'est dû à l'ignorance sur la maladie», a-t-elle affirmé.
«Des gens disent à tort que c'est dangereux d'être contaminé si on travaille au poste d'une personne qui a le VIH. Or, tout ce qu'on fait dans la vie quotidienne, au travail, ce n'est absolument pas à risque. Une personne qui est sous médicaments antirétroviraux et qui a une charge virale indétectable ne peut pas transmettre le VIH par le sang ou par relations sexuelles. Les gens ne sont pas nécessairement au courant de ça, ni même des modes de transmission», a-t-elle ajouté.
Mme Richer encourage les gens à passer le test de dépistage du VIH particulièrement pour les personnes qui ont une vie sexuelle active. «Une personne qui est active sexuellement et qui a plus d'un partenaire dans une année aurait intérêt à se faire dépister une fois par année et si elle a cinq, six partenaires par mois, de le faire aux trois mois. Si jamais il y a un test positif que ce soit pour la gonorrhée, la syphilis et pas uniquement pour le VIH, on arrête de propager la maladie et on se soigne.»
En plus de donner de l'information, des conseils de prévention et de supporter les personnes ayant le virus du sida, MIELS-Québec a cinq chambres pour la convalescence et du répit. L'organisme compte plus de 200 membres.