«Ce qu’on note depuis quelques mois, c’est une augmentation du nombre de personnes qui vont dans les ressources communautaires en itinérance [comme Lauberivière], mais aussi un alourdissement de la clientèle», rapporte Pierre Maheux, du Regroupement pour l’aide aux itinérants et itinérantes de Québec.

Santé mentale: les organismes communautaires en itinérance sont débordés

Après le Centre de crise de Québec et PECH (Programme d’encadrement et d’hébergement clinique), c’est au tour des organismes en itinérance de signaler une augmentation et un alourdissement de la clientèle qui leur est référée. Pour le Regroupement pour l’aide aux itinérants et itinérantes de Québec (RAIIQ), «il est clair que le débordement dans les refuges est en partie lié au dysfonctionnement du réseau institutionnel en santé mentale».

Depuis le début de l’année 2019, le taux d’occupation des refuges en itinérance a été supérieur à 100 % tant chez les hommes que chez les femmes, rapporte le coordonnateur par intérim du RAIIQ, Pierre Maheux. 

Que ce soit à Lauberivière, au YWCA, à l’Armée du Salut ou au Projet Lune, «le nombre de lits disponibles ne permet pas de répondre à la demande, et ce, malgré l’ajout de places en hébergement», souligne M. Maheux.

Pour le mois de janvier, le nombre de refus dans ces refuges s’élevait à 133 chez les hommes et à 184 chez les femmes. En mai, ce sont 202 refus chez les hommes et 237 chez les femmes qui ont été signalés au RAIIQ. Pour le mois de juin, on dénombre déjà 141 refus chez les hommes et 147 chez les femmes, détaille Pierre Maheux.

«Ce qu’on note depuis quelques mois, c’est une augmentation du nombre de personnes qui vont dans les ressources communautaires en itinérance, mais aussi un alourdissement de la clientèle. Dans les milieux de vie [ou centres de jour] jeunesse notamment, on remarque qu’il y a plus de jeunes adultes avec des problèmes de santé mentale, diagnostiqués ou pas, qui présentent des troubles de comportement sévères», dit le coordonnateur par intérim du RAIIQ. 

«Trou de service»

M. Maheux estime que fermer des lits en psychiatrie quand les urgences psychiatriques débordent et qu’il y a une liste d’attente en santé mentale, «ce n’est pas une bonne idée». 

À l’instar du directeur général de PECH, Benoît Côté, Pierre Maheux déplore le «trou de service» pour le traitement des troubles concomitants de santé mentale et de toxicomanie. «Il est identifié depuis plusieurs années et rien n’a été fait par le CIUSSS», dénonce-t-il.

Selon lui, «quand il y a des problèmes dans le réseau en santé mentale, ça finit toujours par déborder dans le communautaire», sous-financé et en manque de ressources. 

M. Maheux rappelle à cet effet que même si le dernier budget provincial a prévu 30 millions $ d’argent neuf au Programme de soutien aux organismes communautaires, «on sort d’une période de 10 ans de gel du financement des organismes et d’une période où l’enveloppe du fédéral en itinérance a été gelée» pendant six ans, entre 1999 et 2015.

Lourdeur bureaucratique

«Le support financier aujour­d’hui, c’est du financement par projet, par problématique, des programmes non récurrents avec des objectifs, des priorités, des redditions de compte, des rapports à faire… Ça alourdit terriblement le travail des organismes quand ils ont des redditions de compte à faire aux trois mois», laisse tomber Pierre Maheux, qui doute d’ailleurs que le personnel du ministère de la Santé et des Services sociaux «puisse lire tous ces rapports tellement il y en a, à moins d’en faire de la lecture de chevet».

+

UN DÉFI QUOTIDIEN POUR LES POLICIERS

Dans son rapport annuel déposé jeudi, le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) souligne que les interventions auprès de personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale «représentent un enjeu autant par le nombre que par la complexité de la réponse à cet effet».

Le SPVQ se déplace en moyenne pour une quinzaine d’appels de ce type par jour, chaque intervention durant généralement entre une et deux heures et nécessitant l’expertise de partenaires communautaires spécialisées en santé mentale, note l’organisation dans son rapport 2018.

Afin de susciter une intervention concertée et une meilleure prise en charge des «cas récurrents», la coordonnatrice en santé mentale du SPVQ est en lien avec les ministères, le CIUSSS et les organismes communautaires, en plus de travailler en partenariat avec les responsables des programmes de justice alternative qui ont vu le jour pour soutenir cette clientèle vulnérable, mentionne le SPVQ.

«L’intégration des pratiques de collaboration avec le milieu communautaire aide les policiers à mieux référer la clientèle dès la première intervention. Des formations en continu sur les façons d’intervenir avec des personnes en crise sont dispensées à l’ensemble des intervenants», souligne encore l’organisation.

Le SPVQ indique aussi avoir amélioré son «réseau d’agents diffuseurs en santé mentale», qui reçoivent de la formation plus spécifique leur permettant d’agir comme personnes-ressources auprès de leurs collègues. Élisabeth Fleury