Saint-Isidore: la souffrance qui fabrique les drames

Comment un père de famille peut en arriver à tuer ses enfants? L'affaire Guy Turcotte a frappé l'imaginaire, tout comme le drame de Saint-Isidore lors duquel Martin Godin aurait abattu ses deux adolescentes en fin de semaine dernière. La maladie mentale, si elle n'est pas traitée, peut faire partie de l'explication dans de tels drames, mais c'est loin d'être le seul facteur, selon une psychiatre.
Martin Godin souffre de troubles bipolaires, ont affirmé au Soleil plusieurs personnes de son entourage. Il s'agit d'un trouble affectif qui provoque de fortes variations de l'humeur, explique la Dre Marie-Josée Poulin, psychiatre à l'Institut universitaire en santé mentale de Québec, en prenant bien soin de préciser qu'elle ne commente pas le cas de M. Godin. Le trouble peut être contrôlé par la prise de médicaments. Encore une fois, plusieurs personnes ont indiqué que M. Godin a déjà pris des médicaments pour une condition psychiatrique, sans pouvoir préciser si c'était toujours le cas au moment du drame.
«Une personne qui a une sensibilité bipolaire, si ce n'est pas contrôlé, cela peut entraîner des symptômes de dépression, de détresse, des atteintes graves au jugement» et même un état de psychose dans certains cas, c'est-à-dire «une perte de contact avec la réalité qui se manifeste par des idées délirantes. La personne n'est plus elle-même et n'est plus en mesure de différencier le bien du mal», poursuit la psychiatre.
Mais il ne faut surtout pas faire de lien direct entre la maladie mentale et la «dangerosité» d'une personne. «C'est davantage la souffrance et la douleur qui va fabriquer les drames», explique la Dre Poulin. Mais la maladie mentale peut, parfois, empirer les choses. «C'est d'abord et avant tout une personne qui a une sensibilité, qui ne collabore pas au traitement, qui vit une situation de détresse grave... C'est là que ça peut devenir dangereux», explique la Dre Poulin.
Rappelons que Martin Godin et sa conjointe Nancy Samson venaient de se séparer.
En général, «s'il y a un attachement profond à la conjointe, aux enfants et que la personne est complètement suicidaire, ça peut être dangereux pour ces gens-là», dit la Dre Poulin, qui répète qu'elle ne parle pas du cas précis de M. Godin. Ainsi, les personnes vivant une telle détresse «ne peuvent pas s'imaginer la vie se poursuivre sans la famille». Dans d'autres cas, après une séparation, la colère amène à décréter que personne d'autre n'aura le droit «d'avoir» le conjoint. «Je ne peux pas supporter que la personne que j'ai aimée ne m'appartienne plus», image la Dre Poulin.
Et pourquoi s'attaquer aux enfants? Cela peut être expliqué par un «état dissociatif», enchaîne la psychiatre. «Tout chavire, elle décide que tout se termine. Elle n'a plus la capacité de réaliser que l'autre être humain, son enfant, ne lui appartient pas.» Il n'y a donc plus de frontière entre sa vie et celle des autres.
Marie-Josée Poulin insiste pour dire que les CLSC, les hôpitaux, les urgences et le 9-1-1 sont là aussi pour les détresses et les urgences psychologiques. Des organismes comme la Fédération des familles et amis de la personne atteinte de maladie mentale et La Boussole peuvent aussi aider les proches à mieux comprendre la maladie et mieux détecter les signes quand rien ne va plus.