Le ministère de la Santé et des Services sociaux estime qu'il y aurait de 10 à 15 % des enfants et des adolescents sans protection vaccinale contre la rougeole dans la région. Sur la photo, les Dr Francois Desbiens et Dr Roseline Thibeault.

Rougeole: les élèves non vaccinés retournés à la maison

Si une éclosion de rougeole frappe une école secondaire ou primaire de Québec dans les prochains mois, les élèves qui ne sont pas vaccinés seront forcés de rester à la maison.
C'est ce qu'a indiqué mercredi le directeur régional de santé publique de la Capitale-Nationale, François Desbiens, après avoir annoncé qu'une importante campagne de vaccination contre la rougeole sera lancée dès le 5 décembre dans les écoles secondaires et dès le retour des classes, en janvier, dans les écoles primaires.
En cas d'éclosion de la rougeole dans une école, a précisé M. Desbiens, les élèves qui n'ont pas été vaccinés ou n'ont pas encore reçu la dose adéquate seront renvoyés chez eux «le temps que l'éclosion s'estompe ou le temps qu'ils reçoivent le vaccin».
La rougeole est une maladie très contagieuse, a expliqué François Desbiens, et les élèves qui ne sont pas vaccinés risquent de contracter le virus et de le transmettre à des jeunes enfants de moins d'un an qui ne sont pas protégés ou à des adultes dont le système immunitaire est affaibli.
Le retrait, en cas d'éclosion de la maladie, des élèves qui ne sont pas vaccinés contre la rougeole a fait «consensus» parmi les directeurs de santé publique de la province, a indiqué M. Desbiens. De plus, «la politique a été discutée avec le ministère de l'Éducation et l'école prévoira un genre de soutien scolaire pour ces enfants-là», a-t-il ajouté.
Destinée à contrer l'épidémie de rougeole qui sévit dans la province depuis avril, la campagne de vaccination «de rattrapage» contre la rougeole vise les 10 à 15 % d'enfants et d'adolescents - environ 10 000 jeunes dans la région de la Capitale-Nationale - qui sont sans protection vaccinale contre la maladie.
Taux insuffisant
Pour contrôler l'épidémie, il faudrait qu'au moins 95 % des élèves aient reçu les deux doses du vaccin. Le taux de vaccination contre la rougeole en troisième secondaire, qui sert habituellement d'indice, se situe présentement à 83 % dans les écoles de la région de la Capitale-Nationale. «Ce n'est pas suffisant pour empêcher la transmission chez les non-protégés», dit François Desbiens.
La Direction régionale de santé publique possède une base de données qui lui permet de savoir quels enfants et adolescents ont été vaccinés contre la rougeole et quels sont ceux qui ont reçu les deux doses suffisantes. Dès lundi, les autres élèves - ou leurs parents, s'ils ont moins de 14 ans - recevront un formulaire d'information et de consentement à la vaccination.
Depuis avril 2011, une épidémie de rougeole frappe le Québec. Sur les 750 cas recensés dans la province, une trentaine ont été observés dans la région de la Capitale-Nationale, dont six ont mené à des hospitalisations. Il n'y a aucun cas «actif» de rougeole pour l'instant.
Après un ralentissement cet été et cet automne, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) craint une recrudescence des cas de rougeole cet hiver et au printemps, des périodes où leur nombre a tendance à augmenter.
Les deux tiers des cas
Comme les jeunes de 5 à 19 ans représentent plus des deux tiers des cas déclarés et que l'école est un milieu propice à la transmission, le MSSS estime qu'une campagne de vaccination en milieu scolaire permettra de contrecarrer l'épidémie.
La vaccination sera aussi proposée au personnel et aux autres intervenants des écoles secondaires et primaires qui n'ont pas reçu les doses de vaccin requises ou qui ne possèdent pas de preuve de vaccination.
Une maladie oubliée
Avec le succès de la vaccination, les Québécois ont oublié à quel point la rougeole est une maladie sévère, estime le directeur régional de santé publique de la Capitale-Nationale, François Desbiens. Fièvre, nez qui coule, yeux rouges et larmoyants, toux, boutons rouges sur le corps : la rougeole s'accompagne de plusieurs symptômes qui per­durent d'une à deux semaines. Elle peut entraîner des complications importantes, comme une otite, une infection des poumons ou du cerveau ou même la mort (1 cas sur 3000).
«C'est une maladie sévère qui est là et qui sera toujours là», dit M. Desbiens.
La rougeole est également très contagieuse. Il suffit de respirer les microgouttelettes qu'une personne malade a expiré dans l'air pour attraper le virus,indique Roseline Thibeault, infectiologue au CHUQ. Une personne peut transmettre la maladie quelques jours avant de noter des rougeurs sur son corps.
En 1989, le Québec avait connu une éclosion de rougeole. Sur 10 000 cas recensés, il y avait eu 656 hospitalisations, 10 encéphalites et six décès.