La ministre de la santé et des services sociaux, Danielle McCann, demande aux établissements de la santé de laisser les employés s’exprimer librement.

Réseau de la santé: terminée l’omertà dans la région de Québec?

Terminée l’omertà dans le réseau de la santé, a martelé encore lundi la ministre de la Santé, Danielle McCann. Dans la région de Québec, les établissements n’ont mis en place aucune mesure particulière pour faire écho à la directive de la ministre.

Le quotidien La Tribune a fait état au cours des derniers jours de deux cas d’employés du CIUSSS de l’Estrie qui, peu avant les Fêtes, ont reçu des suspensions de trois et de quatre semaines sans solde pour avoir tenu des propos sur les réseaux sociaux. Dans l’un des cas, l’infirmier a dénoncé, dans un long cri du cœur sur Facebook, les conditions de travail qui prévalent dans le département de psychiatrie de l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke.

Sans commenter ces cas particuliers, le cabinet de la ministre Danielle McCann a répété lundi que l’omertà dans le réseau de la santé était «inacceptable» et que les pdg des établissements devaient laisser les employés s’exprimer sans crainte de représailles. 

L’attaché de presse de la ministre, Alexandre Lahaie, a mentionné au Soleil que la ministre était sortie publiquement en novembre, «mais aussi avant», pour que cesse cette omertà et qu’elle avait eu l’occasion de transmettre le message aux pdg lors de comités de gestion du réseau. «Elle a demandé aux pdg d’écouter leurs suggestions et critiques sans qu’ils aient de crainte de représailles», a résumé M. Lahaie, ajoutant que le message serait répété «s’il le faut».

Alexandre Lahaie a toutefois refusé de s’avancer sur ce qui est précisément attendu des établissements, sur ce qu’ils devraient faire ou ne pas faire pour se conformer à la demande de la ministre McCann. 

Tant au CHU de Québec qu’au CIUSSS de la Capitale-Nationale et au CISSS de Chaudière-Appalaches, aucune mesure particulière n’a été mise en place pour faire écho à la directive de la ministre. 

Le CISSS de Chaudière-Appalaches et le CIUSSS de la Capitale-Nationale nous ont toutefois mentionné cette semaine avoir invité en décembre leurs employés à prendre part aux travaux entourant la commission sur la DPJ présidée par Régine Laurent. Celle-ci avait dénoncé le 5 décembre l’omertà dans laquelle vivent les intervenants de la DPJ. 

Au CISSS de Chaudière-Appalaches, on fait signer aux employés un «engagement de confidentialité et au respect de la politique de sécurité de l’information», qui a surtout trait à la confidentialité des renseignements personnels et à la sécurité des actifs «informationnels» et de télécommunication de l’organisme.

Médias sociaux

L’établissement nous a aussi fait parvenir une fiche synthèse de sa directive d’utilisation des médias sociaux. On peut y lire que «le devoir de loyauté envers l’établissement s’applique sur les réseaux sociaux». «L’obligation de loyauté implique que vous agissiez avec discrétion, bonne foi et fidélité en tout temps, même sur les médias sociaux et à titre personnel», indique-t-on. 

Le CISSS de Chaudière-Appalaches proscrit également «tout jugement ou propos désobligeant, vexant, médisant, blessant ou calomnieux à l’endroit d’un collègue, de l’établissement, d’un usager ou de toute autre personne». 

Au CIUSSS de la Capitale-Nationale, on affirme encourager et souhaiter la libre expression des employés, «tant que celle-ci est respectueuse des usagers, des collègues et de l’organisation afin de ne pas porter préjudice à ceux-ci». 

«D’ailleurs, divers mécanismes en place permettent aux employés de s’exprimer en toute confidentialité, et ce, peu importe la situation», indique par courriel le directeur adjoint des communications, Vincent Lamontagne.

Selon lui, aucune entente de confidentialité n’est soumise aux employés du CIUSSS. 

«Nous préférons les sensibiliser et les outiller quant à l’importance du respect et de la civilité dans l’exercice de leurs fonctions, entre autres, via notre Code d’éthique, notre Politique relative à la promotion de la civilité et à la prévention du harcèlement et de la violence en milieu de travail, notre Politique sur la lutte contre la maltraitance, et notre Procédure relative à l’utilisation des médias sociaux. Il est très rare et exceptionnel que des situations mènent à des mesures disciplinaires», souligne M. Lamontagne.

Au CHU de Québec, on dit prôner la transparence et encourager les employés à dénoncer les actes répréhensibles. 

«On n’a pas de politique d’omertà, on ne musèle pas. Jamais on ne va sanctionner une personne qui donne son opinion sur les réseaux sociaux ou dans les médias. On n’a aucun cas de mesure disciplinaire pour quelqu’un qui a dénoncé quelque chose publiquement. […] Là où on est beaucoup moins tolérants et où des mesures disciplinaires peuvent être appliquées, c’est si des informations confidentielles sur des usagers transparaissent, ou s’il y a de la violence verbale ou physique, ou du harcèlement», indique la porte-parole Geneviève Dupuis.