Réseau de la santé: le syndicat dénonce un climat d'intimidation, l'employeur réfute

Le Syndicat des travailleuses et travailleurs du CIUSSS de la Capitale-Nationale (CSN) dénonce l’intimidation et le harcèlement dont seraient victimes des dizaines, voire des centaines, de leurs membres de la part des gestionnaires du réseau de la santé… Des allégations non fondées réplique l’employeur qui y perçoit une manœuvre de négociation.

«Je ne vous parle pas d’un cas ou deux», assure le président syndical Richard Boissinot. «C’est plein d’exemples. […] Ça va de la petite intimidation, la petite phrase, à ce qui s’est passé à Saint-Brigid’s Home en mai.»

À quoi fait-il référence ? M. Boissinot soutient qu’à la fin d’un quart de travail, l’employeur a fait barrer les portes de l’établissement jusqu’à ce que les préposés aux bénéficiaires nomment un «volontaire» pour faire des heures supplémentaires «obligatoires» en soirée.

Dans un autre centre d’hébergement, la direction aurait averti les travailleurs : «Quand vous serez en congé, si on vous appelle pour rentrer, vous êtes obligés de rentrer.»

Au Jeffery Hale, on aurait «menacé» d’appeler les policiers pour forcer un salarié à poursuivre le boulot. 

À Sainte-Anne-de-Beaupré, on aurait demandé qu’une infirmière prenne la température rectale d’un employé qui demandait un congé de maladie pour vérifier s’il était vraiment malade.

Enflure syndicale

La direction du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale a une lecture totalement opposée des événements cités. Pas de tordage de bras, pas d’intimidation, pas de pression indue, assure Céline Allard, directrice du Programme soutien à l’autonomie des personnes âgées. Vrai que des gestionnaires exigent parfois qu’un employé fasse des heures supplémentaires obligatoires. «Mais il n’y a pas de portes barrées, de personnes barricadées.»

Elle rappelle que le réseau de la santé est particulier parce que les conventions collectives prévoient qu’un employé ne peut pas quitter son poste si son remplaçant n’est pas arrivé pour le quart de travail suivant. Sinon, qui donnera les soins, demande-t-elle.

Mme Allard convient cependant que la saison estivale 2018 est particulièrement pénible côté gestion de la main-d’œuvre. La pénurie serait criante. «C’est l’été le plus difficile qu’on rencontre. Surtout au niveau des CHSLD.»

La cheffe du service de recrutement et de la sélection du CIUSSS, Marleen Cameron, indique qu’il manque environ 170 préposés aux bénéficiaires, 37 infirmières auxiliaires et 70 infirmières. Mais que beaucoup ont été repêchés au cours de la dernière année.


« Je ne vous parle pas d’un cas ou deux. C’est plein d’exemples. […] Ça va de la petite intimidation, la petite phrase, à ce qui s’est passé à Saint-Brigid’s Home en mai »
Richard Boissinot, le président du Syndicat des travailleuses et travailleurs du CIUSSS de la Capitale-Nationale

Le syndicat convient que le réseau fait face à une pénurie de main-d’œuvre qui complique grandement la gestion des horaires. Mais il n’en démord pas, les «situations» qu’il décrit sont véridiques et «connues par l’employeur depuis des mois», dixit Richard Boissinot qui représenterait environ 8 000 membres dans 247 établissements. 

Le syndicat soutient même qu’il y a intensification des abus envers les employés. «Depuis cet été, les pratiques malsaines sont généralisées.»

Voilà un an que des interventions seraient faites auprès de la direction dans ce dossier, avance-t-il. «Depuis juin 2017, l’employeur a eu le temps en masse. Non seulement les réponses ne nous satisfont pas, mais il n’y a rien qui change.»

Le syndicat CSN a récemment décidé de judiciariser le débat. Un grief a été déposé pour dénoncer «les conduites vexatoires, les comportements, les paroles, les actes, les gestes répétés ainsi que l’abus de pouvoir que des représentants de l’employeur font auprès de nos membres, et qui porte atteinte à la dignité, et à l’intégrité psychologique des personnes salariées, et qui entraine pour celle-ci un milieu de travail néfaste».