L’objectif du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) est d’atteindre, en 2023, 600 000 rendez-vous comblés directement par le citoyen en ligne sur Rendez-vous santé Québec. En date du 17 septembre, le MSSS avait enregistré 326 166 rendez-vous pris en ligne par les citoyens.

Rendez-vous santé Québec boudée par les cliniques

La majorité des groupes de médecine familiale universitaires (GMF-U) et plusieurs supercliniques n’utilisent toujours pas Rendez-vous santé Québec (RVSQ), la plate-forme de rendez-vous en ligne du gouvernement, alors qu’ils en ont pourtant l’obligation pour maintenir leur désignation (et leur financement).

Actuellement, seulement 69 cliniques (GMF, GMF-U et supercliniques confondus) utilisent le système du gouvernement, mis en service à la fin de l’année 2018. À titre de comparaison, plus de 1000 cliniques font appel à l’un ou l’autre des services de gestion des rendez-vous de l’entreprise Bonjour-santé, dont les débuts remontent à 2010 et qui exige des frais dans certains cas. 

On compte au Québec autour de 1400 établissements, dont 342 GMF, 50 supercliniques (ou GMF-Réseau) et 45 GMF-U. Depuis le 1er novembre 2018, les GMF-U qui font de l’inscription et du suivi de patients doivent inscrire l’ensemble de leurs plages horaires dans RVSQ, stipule une circulaire du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) envoyée l’an dernier aux Centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS) et aux Centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux (CIUSSS). 

Idem pour les supercliniques, qui doivent «utiliser le système RVSQ dans la mesure où il est maintenant rendu disponible et y afficher la totalité des plages de rendez-vous offertes dans le cadre de la mission réseau», précise au Soleil une porte-parole du MSSS, Noémie Vanheuverzwijn. 

Quant aux cliniques et aux GMF qui ne sont ni réseau ni universitaires, ils n’ont aucune obligation d’utiliser la plate-forme du gouvernement, bien qu’elle demeure «recommandée». Actuellement, 35 cliniques qui ne sont ni GMF-R ni GMF-U utilisent RVSQ.

Selon une compilation faite par Le Soleil, seulement 7 des 45 GMF-U du Québec utilisent RVSQ. Sur la douzaine de GMF associés à l’Université Laval, par exemple, aucun ne s’en sert. Quant aux supercliniques, elles sont plus nombreuses à avoir adhéré au système de rendez-vous du gouvernement. Sur les 50 GMF-R qu’on compte au Québec, 27 se servent du RVSQ. Dans la capitale, cinq supercliniques sur sept utilisent ce système. 

Et que fait le ministère pour s’assurer que les GMF-U et GMF-R honorent leurs obligations? Il mise sur une approche «collaborative» plutôt que «coercitive», indique Noémie Vanheuverzwijn. 

«Dans le cadre du déploiement en cours de RVSQ, nous soutenons le réseau face aux obstacles et enjeux vécus par ceux-ci. Chacune des régions a mis en place des équipes de gestion de changement qui sont responsables de soutenir les cliniques dans ce déploiement», précise-t-elle.

Selon la porte-parole du ministère, il appartient aux établissements (CISSS et CIUSSS) de s’assurer que les GMF-U utilisent RVSQ. «Pour les GMF-R, nous validons qu’ils respectent l’entente à la révision annuelle», précise-t-elle.

En octobre 2018, une porte-parole du MSSS avait affirmé à La Presse que les supercliniques devaient adhérer à la plate-forme, sans quoi elles s’exposaient à des «avis de manquement» pouvant mener au retrait de leur financement. Le MSSS ne tient plus ce discours aujourd’hui. 

Au CIUSSS de la Capitale-Nationale, on assure être «à pied d’œuvre» pour intégrer graduellement RVSQ au sein des GMF-U. La porte-parole Annie Ouellet affirme que les cinq GMF-U de Québec n’avaient pas l’obligation d’utiliser cette plate-forme tant qu’elle n’était pas «adaptée pour les résidents». Selon Mme Ouellet, la modification attendue serait accessible seulement depuis le mois dernier. 

Explosion des coûts

Il n’a pas été possible d’obtenir mercredi une mise à jour des coûts du déploiement de RVSQ. En octobre 2018, toujours dans La Presse, on apprenait que les coûts de la mise en œuvre du système avaient «explosé» un an et demi après son lancement, approchant les 7 millions $. 

Lors de son lancement, en avril 2017, l’ancien ministre de la Santé, Gaétan Barrette, avait évoqué un projet de 4,5 millions $, et disait avoir l’intention d’obliger toutes les cliniques, ou du moins tous les GMF, à utiliser RVSQ en 2019.

Pour expliquer la faible adhésion à RVSQ, des médecins avaient mentionné au quotidien montréalais que la plate-forme n’était «pas encore au point» ou qu’elle n’était pas toujours compatible avec les systèmes utilisés par les cliniques. 

À cet égard, le MSSS s’est montré confiant, cette semaine : «L’évolution et les nouvelles fonctionnalités du système, en plus du soutien des équipes de première ligne pour le déploiement accéléré dans les établissements, nous rendent confiants quant à l’adhésion des médecins à RVSQ», nous a écrit Noémie Vanheurverzwijn.

L’objectif du MSSS est d’atteindre, en 2023, 600 000 rendez-vous comblés directement par le citoyen en ligne sur RVSQ. En date du 17 septembre, le ministère avait enregistré 326 166 rendez-vous pris en ligne par les citoyens. L’entreprise Bonjour-santé, elle, gère autour de 2,5 millions de rendez-vous par année au Québec.

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BONJOUR-SANTÉ TOUJOURS EN PANNE

Bonjour-santé n’avait toujours pas rétabli l’ensemble de ses services, mercredi, quatre jours après avoir fait l’objet d’une attaque informatique sans précédent. Sur son site Internet, l’entreprise annonçait toutefois mercredi matin avoir réussi à donner aux cliniques accès à leurs listes de rendez-vous. 

«Il s’agit d’une première étape très positive vers un rétablissement complet de nos services. Avec leurs listes en mains, les cliniques pourront mieux gérer l’accueil de leurs patients et continuer d’assurer un bon accès aux soins de santé», indique Bonjour-santé, qui assure poursuivre ses efforts afin de rétablir la situation dans les meilleurs délais. Élisabeth Fleury