Selon le Conseil de discipline, «les gestes posés par l’intimé présentent un niveau de gravité parmi les plus élevés que l’on retrouve en jurisprudence, tant en raison des gestes eux-mêmes que du contexte dans lequel ils ont été posés».

Relations sexuelles avec une patiente: un psychiatre de Québec radié sept ans

Un psychiatre de Québec, le Dr Jean-David Gaudreau, est radié pour une période de sept ans pour avoir eu des relations sexuelles avec une de ses patientes.

Le psychiatre, qui pratiquait à l’Université Laval, a plaidé coupable d’avoir, entre juin 2014 et août 2016, abusé de la relation professionnelle établie avec sa patiente, «notamment en tenant des propos abusifs à caractère sexuel, en posant des gestes abusifs à caractère sexuel et en ayant avec cette dernière des relations sexuelles»», dit le libellé de la plainte portée contre lui. 

Selon la preuve déposée au Conseil de discipline du Collège des médecins, la victime a reçu un diagnostic de TDAH. Son médecin de famille étant en congé de maladie, elle consulte le Dr Jean-David Gaudreau en juin 2014 afin de faire ajuster la médication qu’elle prend. Elle le rencontrera à quelques reprises jusqu’en novembre 2014. Durant ces rencontres, la condition médicale de la patiente est discutée, puis des sujets plus personnels sont abordés. L’intimé signifie notamment à la victime que sa relation avec son conjoint est vouée à l’échec et qu’elle devrait le quitter.

Lettre

Le 25 novembre, la jeune patiente lui remet une lettre dans laquelle elle lui révèle ses sentiments et lui exprime ses interrogations sur les motifs qui l’amènent à poursuivre ses consultations avec lui. Le contenu de la lettre a «l’effet d’une bombe» sur l’intimé. Le Dr Gaudreau revoit sa patiente le 27 novembre pour une dernière consultation. Il lui fait alors comprendre qu’elle doit faire un choix, qu’il ne peut être à la fois son ami et son psychiatre. Elle choisit l’ami. Le duo quitte la clinique quelques minutes plus tard pour se rendre dans un bar, puis au domicile de l’intimé, où il aura des contacts sexuels pour la première fois.

Prise de culpabilité, la victime décide le 1er décembre de ne plus voir l’intimé. Elle consultera quelques jours plus tard un psychiatre de l’urgence psychiatrique du CHUL, à qui elle raconte les événements vécus avec l’intimé. Le psychiatre de l’urgence lui signifie que cette situation est sérieuse et s’apparente à une «forme d’inceste», selon le code de déontologie du Collège des médecins. La victime revoit par hasard le Dr Gaudreau à la mi-décembre et lui fait part de l’avis du psychiatre de l’urgence du CHUL. L’intimé lui répond qu’il s’est renseigné auprès d’une éthicienne et qu’elle est mal informée. Il tient des propos suicidaires et mentionne à la patiente que leur destin est lié et qu’il n’a «plus rien à perdre». 

Le Dr Gaudreau et sa patiente ne se revoient plus pendant quelques mois, jusqu’à ce que cette dernière décide de le contacter par le service de messagerie privée de Facebook. Ils entretiendront une relation entre avril 2015 et août 2016 comprenant notamment des relations sexuelles complètes, des sorties et des séjours à l’extérieur de la région de Québec et aux États-Unis, l’achat de cadeaux et la remise d’une carte de crédit prépayée par l’intimé de même que la facilitation de l’obtention d’un emploi pour la patiente. 

Faire fi des obligations

Dans son analyse de la preuve, le Conseil de discipline souligne que «la lettre de la patiente est éloquente» et que «la réaction de l’intimé n’aura pas été celle d’un médecin consciencieux». «Elle aura été celle d’une personne qui fait fi de ses obligations médicales et déontologiques», résume-t-il. 

Le Conseil souligne également que «l’intimé, à titre de psychiatre, après avoir été informé de l’opinion d’un confrère qui a qualifié la situation d’inceste, et après avoir tenu des propos suicidaires, voire menaçants pour la patiente, alors qu’il connaissait ou devait connaître sa vulnérabilité, ne cherche aucune aide auprès d’un confrère». 

«Cette situation est une circonstance aggravante prédominante», estime le Conseil, qui se dit d’avis qu’une période de radiation suffisamment longue est nécessaire afin d’assurer la protection du public. Selon lui, «les gestes posés par l’intimé présentent un niveau de gravité parmi les plus élevés que l’on retrouve en jurisprudence, tant en raison des gestes eux-mêmes que du contexte dans lequel ils ont été posés». 

Le comportement de l’intimé est tellement grave qu’il justifie d’aller au-delà de la période de radiation temporaire de cinq ans prévue par le législateur, juge le Conseil, qui a assorti la période de radiation de sept ans imposée au Dr Jean-David Gaudreau d’une amende de 5000 $, soit le double du montant prévu par les nouvelles dispositions du Code des professions.