Monique St-Hilaire a bondi lorsqu'on lui a expliqué que sa tante de 95 ans ferait l'objet de manoeuvres de réanimation en cas d'arrêt cardiorespiratoire en dépit de sa volonté qu'on la laisse mourir.

Réanimés contre leur gré

Dans les résidences privées pour aînés, les certificats de non-­réanimation que détiennent certains résidents ne valent pas grand-chose : le personnel entreprendra des manoeuvres de réanimation contre leur gré en cas d'arrêt cardiorespiratoire.
Monique St-Hilaire a bondi lorsqu'on lui a expliqué, à la résidence privée pour aînés où demeure sa tante de 95 ans, que celle-ci ferait l'objet de manoeuvres de réanimation en cas d'arrêt cardiorespiratoire, en dépit de sa volonté qu'on la laisse mourir. 
«C'est quelque chose qui inquiète beaucoup ma tante, qui est encore très lucide. Elle est prête à partir et refuse qu'on la réanime pour risquer de vivre avec d'importantes limitations physiques et mentales. Elle connaît quelqu'un à qui c'est arrivé, et c'est sa hantise», raconte Mme St-Hilaire. Pour rassurer sa tante, qui n'avait pas de médecin de famille et qui ne détenait donc pas de certificat de non-réanimation signé par lui, Mme St-Hilaire a fait ce qu'il fallait : elle lui a trouvé un médecin de famille, qui a accepté de rencontrer la nonagénaire et de lui signer le précieux document. 
«Je croyais que tout était réglé, mais non : on m'a dit qu'elle devait être réanimée malgré sa volonté, que seuls les ambulanciers avaient le pouvoir de se conformer à l'ordonnance de non-réanimation. [...] Mon mari a vérifié auprès de la résidence de sa mère de 90 ans, qui est atteinte d'un cancer généralisé et qui a elle aussi à son dossier une ordonnance de non-réanimation, et on lui a dit que le personnel était soumis à la même réglementation», se désole la résidente de Lévis, pour qui le refus de laisser une personne âgée «mourir en paix» pour s'éviter d'éventuelles poursuites, c'est «la forme de violence ultime». 
Trois ans sans réponse
Vérification faite auprès du Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA), tant que celles-ci ne recevront pas de directives claires de la part du ministère de la Santé, leur personnel (tant les préposés que les infirmières) continuera de procéder à des manoeuvres de réanimation lorsque requis, que les résidents détiennent ou pas un certificat de non-réanimation.
«La question est sur la table du ministère de la Santé depuis 2013. Ça fait trois ans qu'on attend et ce n'est pas encore réglé», déplore le président-directeur général du RQRA, Yves Desjardins, qui s'attend à ce que la question de la non-réanimation figure dans le futur règlement sur la certification des résidences pour aînés. Celui-ci devrait être déposé au cours des prochaines semaines. 
M. Desjardins rappelle qu'il y a eu «tout un débat» autour du respect des volontés des résidents versus l'obligation de les réanimer en vertu de l'article 2 de la Charte des droits et libertés de la personne, selon lequel tout être humain dont la vie est en danger a droit au secours. 
«Nos membres veulent respecter les volontés des résidents. Mais la question est complexe, et les médecins et les avocats ne disent pas la même chose. Si une personne s'étouffe à la cafétéria, qu'est-ce qu'on fait? Est-ce qu'on la laisse mourir? Ce n'est pas simple», illustre Yves Desjardins, tout en rappelant qu'une résidence privée pour aînés, «c'est un domicile et non un établissement du réseau de la santé, où les règles sont différentes».
Ce que dit le ministère de la Santé
Le devoir premier du préposé dans une résidence privée pour aînés est de porter secours à la personne qui s'étouffe, chute ou subit un malaise parce qu'il ne peut procéder aux évaluations cliniques lorsque survient un incident, explique le ministère de la Santé et des Services sociaux.
«Si la personne est consciente et qu'elle exprime clairement que si la situation tourne mal, elle ne veut pas être réanimée, il est possible pour le préposé de respecter ses volontés ou de s'assurer que celles-ci le soient. Le préposé peut rapporter l'information pour alimenter le professionnel [un médecin, une infirmière ou un ambulancier] qui procédera à l'évaluation», précise une porte-parole du Ministère, Noémie Vanheurverzwijn.
Autrement dit, si, au moment où une réanimation est requise, il n'y a pas de médecin ou d'infirmière sur place, ce qui est souvent le cas (selon le niveau de soins et de services offerts à la résidence), le préposé doit appeler le 9-1-1 et amorcer les manoeuvres de réanimation jusqu'à l'arrivée des ambulanciers, qui peuvent, dans certaines circonstances, statuer sur la pertinence de réanimer ou non une personne.
Les ambulanciers sont légitimés de ne pas amorcer ou poursuivre des manoeuvres de réanimation s'ils reçoivent une confirmation verbale du représentant légal de la personne inanimée que cette dernière a clairement exprimé qu'elle ne veut pas de réanimation ou s'ils obtiennent l'ordonnance de non-réanimation dûment signée par la personne concernée (ou son représentant) et son médecin.
«Il faut noter cependant que si un proche s'oppose et insiste pour qu'il y ait des manoeuvres, ou s'il y a un désaccord dans la famille sur l'ordonnance verbale de non-initiation de réanimation, le technicien ambulancier paramédic doit procéder au protocole de réanimation», précise Mme Vanheurverzwijn. 
En CHSLD, les règles ne sont pas les mêmes puisque la clientèle est différente de celle des résidences privées pour aînés et qu'il y a présence de personnel infirmier 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, précise encore Noémie Vanheurverzwijn.