Québec investit dans un CHSLD à Wendake

À moins de cinq mois des élections, le gouvernement vient d’engager le Québec dans un épineux débat constitutionnel avec le fédéral. Le sujet: le financement par Québec d’un projet de CHSLD de 24 lits destiné à la nation huronne-wendate de Wendake. Foi du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, le gouvernement du Québec mettra tout en œuvre pour se faire rembourser par Ottawa les 6,8 millions $ investis.

Ce projet de CHSLD de 24 lits s’inscrit dans le cadre du projet Tortue, qui vise à offrir dans un seul et même lieu une panoplie de services de santé et de services sociaux, «de la prénatalité à la fin de vie», a-t-on expliqué lundi en conférence de presse. En plus du montant de 6,8 M$, le ministère de la Santé accordera une somme annuelle récurrente de 1,2 M$ pour assurer le fonctionnement de l’installation de soins de longue durée. 

Le gouvernement du Québec compte adresser au gouvernement fédéral une lettre lui demandant le remboursement de ce financement, «conformément à ses responsabilités constitutionnelles exclusives envers les populations autochtones en territoire non conventionné», a-t-on précisé lundi.

Le projet Tortue avance difficilement depuis près de 10 ans. Une première phase est née en 2014 avec la construction d’un centre de santé pour 4,8 M$, dont 3,6 M$ provenaient de Santé Canada. La phase 2, qui inclut un CHSLD et des logements supervisés, est évaluée à 14 M$. Le Conseil de la Nation huronne-wendate (CNHW) est actuellement en discussion avec le fédéral pour le financement des logements communautaires.

Pour le ministre Gaétan Barrette, la construction d’un CHSLD destiné à la population vieillissante de Wendake représente un «enjeu humain important». Un enjeu qui a, au fil du temps, été «contaminé par les règles constitutionnelles», lesquelles ont amené «des obstacles inutiles et inappropriés qui nous empêchait de poser des gestes», a-t-il dit, avant de qualifier d’«historique» l’annonce de lundi. «À une époque où on parle de réconciliation, il faut poser des gestes», a-t-il fait valoir pendant son allocution à l’Hôtel-Musée Premières Nations, qui s’est déroulée en grande partie dans le noir en raison d’une panne d’électricité.

«Briser le moule»

«J’ai parlé dans la dernière année avec le fédéral, et le fédéral nous a dit une chose qui est très insatisfaisante pour moi : on a de l’argent pour les plus mal en point, mais on n’en a pas pour tout le monde. Moi je pense que la responsabilité constitutionnelle du fédéral, c’est de fournir le financement pour pourvoir les populations des Premières nations en soins et en services sociaux. Mais à un moment donné, il faut que des gestes se posent, on ne peut pas faire attendre tout le monde tout le temps. […] On va s’obstiner après sur les dollars, mais on va donner les services maintenant. C’est ça qui est historique aujourd’hui : on a décidé de briser le moule», a déclaré le ministre de la Santé en marge de la conférence de presse. 

Le gouvernement va «porter la voix» des Premières nations du Québec à Ottawa pour qu’elles puissent recevoir les soins et les services qu’elles sont en droit de recevoir, a-t-il ajouté. «On comprend bien que la tactique du gouvernement fédéral, c’est de tout pelleter chez nous. On va la faire, la bataille, mais aujourd’hui, ce qui est important, c’est de poser un geste pour ces citoyens-là», a insisté le ministre, pour qui «c’est une question de justice sociale». 

Autre geste de réconciliation, selon le ministre : la quinzaine d’étudiants en médecine issus de la communauté huronne-wendate bénéficieront d’une dérogation de la part de son gouvernement afin qu’ils puissent pratiquer à Wendake une fois diplômés. Le CNHW souhaite la création d’un groupe de médecine familiale, voire une superclinique, qui desservirait non seulement la population locale, mais aussi celle de la couronne nord, où l’accès à un médecin est difficile. 

Bataille judiciaire à prévoir

«Moi je pose des gestes qui sont des gestes de réconciliation et qui sont porteurs pour le futur. On tourne une page, on écrit un nouveau tome», a résumé le ministre, qui ne se laissera pas «émouvoir» par une éventuelle bataille judiciaire avec le fédéral. 

Car il est clair, selon lui, que le Québec «entre dans un débat qui aurait dû avoir lieu depuis longtemps» et «qui risque de se terminer dans une cour à quelque part». «On va aller au bout de cette affaire-là», a promis le ministre, selon qui «ça a été une bataille au Conseil des ministres avant de décider d’aller dans cette direction-là». 

Le Québec est «avant-gardiste» dans ses relations avec les Premières nations, a souligné le ministre de la Santé. «Là, on fait un pas de plus. […] Si ça peut montrer le chemin à d’autres communautés, j’en serais très heureux», a-t-il dit.

Pour le Grand Chef Konrad H. Sioui, «c’est une grosse barrière constitutionnelle qu’on vient de défaire». «Pour nous, ça a toujours été des batailles épiques de savoir à qui revenait les responsabilités en santé. On joue dans ce vieux film depuis très longtemps», a commenté le Grand Chef, tout en se réjouissant que le gouvernement Couillard se soit montré «capable d’agir». 

Des besoins immenses

Pour lui dont la mère a fini ses jours dans un établissement de soins de longue durée de Saint-Augustin, le projet de CHSLD de Wendake était une priorité. Quand ils sont déracinés, les aînés de Wendake «partent très, très vite», a-t-il dit, ajoutant que sa mère avait rendu l’âme quatre mois après son arrivée à Saint-Augustin. «Le besoin est extrêmement important. Il y a des listes de 60 personnes qui attendent» un lit en CHSLD, a souligné le Grand Chef Sioui. À Wendake, la moyenne d’âge est de 54 ans, a-t-il précisé. 

Le CNHW veut lancer les travaux de construction du CHSLD d’ici l’automne, de façon à ce que le projet soit «en voie d’être complété» ce printemps. 

Moment cocasse

En pleine conférence de presse, le ministre Barrette s'est aussi fait jouer un vilain tour par ... l'électricité. Moment cocasse à voir ici. 

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AGRANDISSEMENT DE L'HÔTEL-MUSÉE EN VUE

Victime de son succès, l’Hôtel-Musée Premières Nations devra être agrandi afin de doubler sa capacité, a annoncé lundi le Conseil de la Nation huronne-wendate. Le taux d’occupation de l’établissement, qui vient tout juste de célébrer ses 10 ans, est de 75 %, avec des périodes, notamment l’été, où «c’est rempli à pleine capacité», a-t-on expliqué. Le projet d’agrandissement, qui devrait être entériné sous peu par le Conseil, prévoit l’ajout de 55 chambres aux 55 existantes de même que l’augmentation de la capacité des salles de réunion et du restaurant.  Élisabeth Fleury