Pour diminuer le phénomène des portes tournantes, la psychiatre France Proulx évoque la construction d’une alliance thérapeutique avec les patients par le reaching out, notamment, en allant les chercher «où ils se trouvent».

Psychiatrie: investir en première ligne pour contrer le syndrome des portes tournantes

La fermeture de lits en psychiatrie est-elle une erreur? «Seul l’avenir le dira», estime la docteure France Proulx, membre du conseil d’administration de l’Association des médecins psychiatres du Québec (AMPQ). Si l’argent récupéré n’est pas réinvesti en première ligne et dans les services dans la communauté toutefois, «on court à la catastrophe».

En novembre 2018, on annonçait la fermeture des huit lits de l’urgence psychiatrique de l’Hôpital du Saint-Sacrement, à Québec, puis de ses 44 lits d’hospitalisation en psychiatrie, en juin dernier. Ces compressions s’inscrivent dans le plan de réorganisation en santé mentale du centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Capitale-Nationale (CIUSSS), qui souhaite miser davantage sur les services communautaires et à domicile.

Le CIUSSS assure que le plan de transformation n’est pas une mesure d’économie.

Depuis, des policiers, ambulanciers et parents de patients ont pourtant dénoncé le syndrome des portes tournantes en psychiatrie.

«Le manque de ressources et la nature même du diagnostic psychiatrique sont les problèmes qui augmentent le plus le risque des portes tournantes», laisse tomber France Proulx, en marge des journées de formation interdisciplinaire (JFI) de la Fédération des médecins spécialistes, qui se tiennent les 15 et 16 novembre à Québec.

«Il est difficile d’intervenir auprès de quelqu’un qui ne reconnaît pas son problème», dit-elle. Les personnes aux prises avec des troubles psychiatriques sont plus critiques par rapport à leur propre situation, encore plus en moment de crise, lorsqu’elles se présentent aux urgences.

Moins de lits, plus de prévention

Pour diminuer le phénomène des portes tournantes donc, la psychiatre évoque la construction d’une alliance thérapeutique avec les patients par le reaching out, notamment, en allant les chercher «où ils se trouvent». Les ressources communautaires et les refuges pour sans-abris sont souvent leur porte d’entrée.

Entre 2017 et 2021, le nombre de lits en psychiatrie à Québec sera passé de 327 à 257, selon des données du CIUSSS. «Si on ferme des lits, il faut renforcer les services avant l’hospitalisation», prévient Mme Proulx, qui croit qu’un séjour à l’hôpital fait partie des solutions, sans être une réponse absolue.

Les patients ont besoin d’autonomisation, doivent être mieux outillés, en plus de se responsabiliser quant à leurs actions, rappelle la psychiatre. Pour y arriver, elle cite le partage de ressources et de connaissances entre les centres de crise et les psychiatres, par exemple. «On ne peut plus travailler en silo.»

À l’automne 2018, le directeur des programmes de santé mentale et dépendances du CIUSSS de la Capitale-Nationale, Patrick Duchesne, chiffrait le manque de psychiatres à 100 au Québec, et à huit dans la Capitale-Nationale. «Il faut plus de psychiatres, oui, mais il est aussi nécessaire d’avoir suffisamment de personnel infirmier, d’intervenants et de ressources», ajoute la médecin.

Et l’argent est toujours le nerf de la guerre.

«Les besoins de la population ne sont pas en décroissance. Les ressources requièrent des installations adaptées et plus d’effectifs pour travailler de façon efficace et sécuritaire», explique Mme Proulx.

Fin octobre, l’Association des médecins psychiatres du Québec lançait un mouvement de réflexion entourant la santé mentale des jeunes de la «génération alpha», celle née depuis 2010. Elle souhaite implanter dans les écoles des cours d’éducation à la santé mentale.

Une fois la population éduquée, estime Mme Proulx, «on l’incite à aller chercher de l’aide lorsque nécessaire et on sensibilise l’entourage aux problèmes de santé mentale.