En date de lundi, 12 patients étaient toujours hospitalisés à l’Hôpital du Saint-Sacrement. Huit d’entre eux doivent retourner dans la communauté cette semaine, alors que les quatre autres seront transférés au CHUL ou à l’IUSMQ vendredi.

Psychiatrie de l’Hôpital du Saint-Sacrement: les lits ferment vendredi

C’est dans un contexte de débordement à l’urgence psychiatrique, de surcapacité dans les unités d’hospitalisation et de pénurie de psychiatres que le CIUSSS de la Capitale-Nationale procédera d’ici la fin de la semaine à la fermeture définitive du département de psychiatrie de l’Hôpital du Saint-Sacrement.

La fermeture des huit lits de l’urgence psychiatrique de l’Hôpital du Saint-Sacrement, qui a eu lieu en novembre dernier, et de ses 44 lits d’hospitalisation en psychiatrie s’inscrit dans le plan de réorganisation en santé mentale du CIUSSS, qui vise à développer davantage de services dans la communauté et à concentrer la psychiatrie au CHUL, à l’Hôpital de l’Enfant-Jésus (ultimement à Saint-François d’Assise) et à l’Institut universitaire de santé mentale de Québec (IUSMQ). 

Pour la région, on est passé de 26 à 23 civières à l’urgence psychiatrique (CHUL et Enfant-Jésus), qui est toujours en situation de débordement «chronique», nous dit-on. Quant aux lits d’hospitalisation en psychiatrie, sur les 327 lits qu’il y avait à Québec au 1er avril 2017, il n’en restera plus que 257 au CHUL et à l’IUSMQ au 1er avril 2021. Là encore, plusieurs unités d’hospitalisation sont en surcapacité à l’heure actuelle, observe-t-on. 

Dans une lettre envoyée le 14 juin aux membres du département de psychiatrie du CIUSSS et dont Le Soleil a obtenu copie, les médecins responsables du département soulignent que «plusieurs d’entre vous ont exprimé des craintes face à cette fermeture de lits [à Saint-Sacrement] dans le contexte de débordement à l’urgence [du CHUL et de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus] et de la présence de nombreux lits de surcapacité [à l’IUSMQ et au CHUL]». 

En date de lundi, 12 patients étaient toujours hospitalisés à l’Hôpital du Saint-Sacrement. Huit d’entre eux doivent retourner dans la communauté cette semaine, alors que les quatre autres seront transférés au CHUL ou à l’IUSMQ vendredi.

Les Drs Yvan Gauthier et François Rousseau, cochefs du département de psychiatrie du CIUSSS, et les Drs Philippe Tremblay et Renée Robichaud, cochefs du service d’hospitalisation psychiatrique, soulignent que plusieurs lits à l’IUSMQ sont utilisés par des patients «ne nécessitant pas nécessairement de soins aigus en psychiatrie», qui présentent des troubles de comportement chroniques, par exemple. 

Nouvelle résidence intermédiaire

Pour dégager ces lits, poursuivent-ils, une nouvelle résidence intermédiaire pour troubles de comportement devait ouvrir en juin, mais l’ouverture a été reportée au 23 juillet pour les 20 premiers lits, et au 2 septembre pour les 20 lits suivants. Il semble que l’entrepreneur ait pris du retard «à cause de la neige», nous a expliqué le CIUSSS, lundi. 

«D’ici là, compte tenu du délai, environ 16 places ont été créées au CHSLD des Jardins du Haut-Saint-Laurent pour accueillir cette clientèle», écrivent les Drs Gauthier, Rousseau, Tremblay et Robichaud, ajoutant que l’intégration débutera cette semaine «à un rythme de deux-trois par semaine». 

Les médecins responsables mentionnent également que huit nouvelles places ont été ouvertes à la résidence Mansfield, sur le chemin Sainte-Foy, et que les huit résidents identifiés intégreront leur nouvelle ressource d’ici vendredi. 

«Ces mesures devraient avoir un impact significatif pour compenser la fermeture des lits [de l’Hôpital du Saint-Sacrement (HSS)], et aussi permettre l’intégration des collègues de HSS sur les unités de l’IUSMQ qui deviendront éventuellement des unités de psychiatrie générale», ajoutent-ils, tout en se disant conscients que «la transition reste difficile, surtout en contexte de pénurie» et en période estivale. Aussi enjoignent-ils les psychiatres à «tenter d’utiliser les lits de la façon la plus optimale possible» et à «continuer d’envisager les alternatives possibles à l’hospitalisation».

Selon nos informations, plusieurs patients qui seront transférés de l’IUSMQ vers une ressource dans la communauté vivent depuis plusieurs années dans une unité «fermée» de l’institution. 

«Là, ils s’en vont dans un milieu ouvert, sans préparation, dans une ressource qu’ils n’ont pas vue et où le personnel ne les connaît pas. La sélection des patients s’est faite selon des normes administratives, sans consultation de leur psychiatre et sans partage de l’information clinique personnalisée», nous a dit une source bien au fait du dossier, qui craint qu’«en cas de pépin, ces patients-là se retrouvent à l’urgence psychiatrique».

Au CIUSSS, on assure que les ressources où seront transférés ces patients sont adaptées à leur profil. «Ces personnes étaient hospitalisées à l’IUSMQ parce qu’il manquait de ressources dans la communauté adaptées à leur condition. Aux Jardins du Haut-Saint-Laurent et à la résidence Mansfield, ils ont déjà des patients avec le même profil, donc ce sont des milieux qui ont une expertise», affirme le responsable des programmes santé mentale et dépendances au CIUSSS, Patrick Duchesne. 

Selon lui, des rencontres entre les équipes des nouvelles ressources et les patients, leurs proches et leur psychiatre ont été prévues «afin de faciliter leur intégration». Une fois transférés, «les patients continueront d’être suivis par un psychiatre, et les équipes de l’IUSMQ vont continuer d’aller soutenir le personnel des nouvelles ressources», assure M. Duchesne.