Benoît Côté, directeur général de l'organisme PECH, rêve de voir se développer à Québec des «centres de répit» comme il y en a à New York et à Boston.

Psychiatrie : des solutions existent «hors de l'hôpital», selon PECH

Le directeur général de l’organisme PECH (pour Programme d’encadrement clinique et d’hébergement), Benoît Côté, est convaincu qu’il existe des solutions «hors de l’hôpital» pour pallier la fermeture des services psychiatriques de l’Hôpital du Saint-Sacrement.

M. Côté ne connaît pas les détails du nouveau plan de transformation des services de l’offre en santé mentale du CIUSSS de la Capitale-Nationale et des ressources que celui-ci prévoit mettre en place dans la communauté pour pallier la fermeture de lits, mais il «donne sa chance au coureur». 

Le dg de PECH croit qu’on est encore très «hospitalo-centriste» à Québec, alors que l’hôpital ne règle pas tout et ne s’adresse pas à tout le monde. Des lits d’hébergement transitoires ou des équipes mobiles à domicile peuvent être mis en place, selon lui. 

Benoît Côté rêve aussi de voir se développer à Québec des «centres de répit» comme il y en a à New York et à Boston, par exemple, où les personnes en situation de crise peuvent être hébergées quelques jours et confiés aux bons soins d’intervenants formés et de pairs aidants. «C’est un milieu naturel, où des interventions mixtes peuvent être faites, et c’est pas mal moins traumatisant que l’hôpital», expose-t-il.

Son organisme serait prêt à prendre en charge ce genre de ressource, dit M. Côté. «On travaille déjà avec les policiers le soir, on peut bien travailler la nuit aussi!»

Benoît Côté déplore qu’il n’y ait à peu près pas de services pour les clientèles «polypoquées», aux prises avec des problèmes judiciaires, de santé mentale et de toxicomanie. «Ces gens avec des multiproblématiques, notre organisation de services ne s’adresse pas à eux. Ils sont laissés à eux-mêmes. Ils sont trop toxicomanes pour être dans une ressource de santé mentale, ils sont trop malades pour être dans une ressource pour toxicomanes, ils sont judiciarisés, se retrouvent en prison, où il n’y pas de services en santé mentale. La vraie urgence, c’est peut-être de s’occuper de ces gens-là», estime M. Côté.

Policiers sceptiques

À la Fraternité des policiers et policières de la Ville de Québec, on ne voit pas d’un bon œil la fermeture de l’urgence et des lits psychiatriques de l’Hôpital du Saint-Sacrement. Les policiers, rappelle le président de la Fraternité, Marc Richard, sont devenus malgré eux des intervenants de première ligne en santé mentale.

L’an dernier, la police de Québec a reçu près de 5300 appels pour des problématiques de santé mentale, ce qui équivaut à environ 15 appels par jour en moyenne. 

«On fait de plus en plus d’interventions en santé mentale. Le Service de police a d’ailleurs dû mettre en place une formation pour les équipes […]. S’ils ferment des urgences et des lits, c’est sûr que ça va avoir un impact sur nos membres. Quand les gens sont en crise, c’est nous qu’on appelle», souligne Marc Richard. 

Silence de la ministre McCann

Le Soleil a tenté sans succès d’obtenir les commentaires de la nouvelle ministre de la Santé, Danielle McCann, concernant l’organisation des services en santé mentale à Québec. 

Au Parti libéral, on nous a fait parvenir cette déclaration écrite du nouveau porte-parole en matière de santé, André Fortin : «D’abord et avant tout, il est important que le nombre grandissant de citoyens ayant recours aux services de santé mentale reçoivent des soins et des suivis appropriés. Nous porterons donc une attention particulière à chacune des décisions du CIUSSS et de la ministre en ce qui a trait à la santé mentale. C’est d’ailleurs pourquoi il est inquiétant aujourd’hui que la nouvelle ministre n’ait pas pu confirmer qu’elle poursuivrait l’implantation d’un programme public de psychothérapie. Nous lui demandons de préciser rapidement ses intentions.»

Chez Québec solidaire, on estime qu’il faut investir «énormément» en santé mentale au Québec, au-delà des urgences et des lits psychiatriques, «parce qu’il manque de couverture pour toutes sortes de problématiques». 

En entrevue au Soleil, le député de Jean-Lesage, Sol Zanetti, a par ailleurs dit partager la vision des psychiatres qui remettent en question la migration des services psychiatriques des hôpitaux généraux vers l’Institut universitaire en santé mentale de Québec (anciennement l’hôpital Robert-Giffard). 

«Les gens hésitent à être traités dans des lieux comme ça. Ils préfèrent aller dans des lieux plus généraux, moins stigmatisants. Ils aiment mieux dire qu’ils sont allés au CHUL qu’à Giffard», souligne celui qui a travaillé comme intervenant au 388, un centre de traitement pour adultes psychotiques.