Les nouveaux pouvoirs acquis par les pharmaciens en vertu du projet de loi 41 devaient être effectifs à compter du 3 septembre dernier.

Projet de loi 41: les pharmaciens à bout de patience

Pourtant réclamés à la quasi-unanimité dans le milieu de la santé, les nouveaux services qui seraient offerts par les pharmaciens en vertu du projet de loi 41, adopté il y a plus de deux ans, se font toujours attendre.
Le projet de loi 41 modifiant la Loi sur la pharmacie permettrait notamment aux pharmaciens de prolonger ou d'ajuster une ordonnance, ou d'effectuer certains tests, comme celui de la glycémie.
Les services devaient être donnés à compter du 3 septembre 2013. Mais les négociations entre l'Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP) et le gouvernement ont achoppé à plusieurs reprises depuis le mois d'août dernier.
Le projet de loi avait pourtant été adopté à l'unanimité à l'Assemblée nationale - et donc par le Parti québécois, alors dans l'opposition - en décembre 2011.
Mais voilà que les parties ne s'entendent pas sur la rémunération des nouveaux actes. Pas plus que sur la facturation des tests que pourront effectuer les pharmaciens en vertu de leurs nouveaux pouvoirs. Les tests coûteraient entre 10 et 15 $.
Protection exigée
Ces frais seraient remboursés aux détenteurs d'une assurance médicaments publique, mais pas aux détenteurs d'une assurance privée (soit 60 % de la population).
L'AQPP exige donc une protection pour ses membres qui auront à facturer des frais accessoires, mais le ministère de la Santé refuse de divulguer les avis juridiques qu'elle détient sur la question, déplorent les pharmaciens propriétaires.
L'AQPP a donc fait produire son propre avis et l'a expédié au ministère de la Santé, a indiqué au Soleil un porte-parole de l'Association. Pas de nouvelles depuis. Des rencontres sont prévues «début janvier», a indiqué l'AQPP, mais aucune date n'est pour le moment arrêtée.
Le cabinet du ministre de la Santé, Réjean Hébert, ne pouvait dire si l'avis avait été étudié par le Ministère. «Si ce n'est pas fait, on est en train de le faire», a lancé Ariane Lareau, attachée de presse du ministre. «Les négociations se poursuivent, c'est ça, l'important», s'est-elle bornée à dire, ne pouvant non plus confirmer quand aurait lieu les prochaines rencontres avec l'AQPP.
L'Ordre des pharmaciens du Québec, qui ne participe pas aux négociations, tape du pied devant l'impasse. «Là, depuis le 3 septembre, ça fait quatre mois», s'est impatientée la présidente de l'Ordre, Diane Lamarre. «Il faut que ce soit fait sérieusement. Il faut qu'on arrive à un compromis le plus rapidement possible.»
Les grands perdants
Selon l'Ordre, les grands perdants de ce marasme législatif sont les citoyens québécois qui n'ont pas accès à un médecin de famille.
Selon Mme Lamarre, et les chiffres ne sont pas contestés par le ministre Hébert, le quart des Québécois n'a pas accès à un médecin de famille.
«C'est dangereux», a soutenu Mme Lamarre. «Inévitablement il y a des gens qui ont des problèmes de santé graves qui sont diagnostiqués tardivement.»
L'Ordre croit que les pharmaciens pourraient assumer un rôle de porte d'entrée sur le système de santé québécois. «Je n'aime pas parler de pouvoir, mais bien de nouvelle contribution des pharmaciens. Ils peuvent contribuer à la première ligne à améliorer l'accès.»
Mme Lamarre croit également que les personnes âgées pourraient bénéficier de ces services, surtout quand vient le temps d'ajuster une ordonnance. «On sait que les médicaments peuvent avoir une influence sur les reins des personnes âgées. Mais en ce moment, les pharmaciens n'ont pas accès à l'analyse rénale des patients.» Ce que permettraient les modifications à la Loi sur la pharmacie. «Il faut que la loi entre en fonction», a-t-elle conclu.