Selon une enquête du Service correctionnel du Canada publiée en 2010, 17 % des hommes et 14 % des femmes ont déclaré avoir fait usage de drogues injectables pendant leur incarcération.

Programme d'échange de seringues: toujours pas de date de déploiement

Aucune date n’a encore été arrêtée pour le déploiement du controversé programme d’échange de seringues dans les pénitenciers québécois. Mais il ira bel et bien de l’avant, quoi qu’en disent les agents correctionnels, qui craignent sérieusement pour leur santé et leur sécurité, en plus de se sentir en porte-à-faux vis-à-vis de leur mission de réhabilitation.

En vertu de ce programme, les détenus sous responsabilité fédérale pourront avoir accès à des aiguilles propres pour s’injecter de la drogue en cellule, l’objectif étant de limiter la transmission de maladies infectieuses comme l’hépatite C et le VIH/sida et de faciliter les références vers des programmes de traitement. 

Selon une enquête du Service correctionnel du Canada (SCC) publiée en 2010, 17 % des hommes et 14 % des femmes ont déclaré avoir fait usage de drogues injectables pendant leur incarcération. Parmi les détenus ayant déjà passé un test de dépistage du VIH ou de l’hépatite C, 4,5 % des hommes et 7,9 % des femmes ont reçu un diagnostic d’infection au VIH, alors que 30,8 % des hommes et 37 % des femmes ont reçu un diagnostic d’hépatite C.

S’il y a de la drogue en prison, on retrouve aussi des seringues de contrebande, acheminées par drones, par exemple, indique le président régional du Syndicat des agents correctionnels du Canada (SACC-CSN), Frédérick Lebeau. Des seringues artisanales seraient également fabriquées par des détenus à partir de stylos et d’aiguilles pour diabétiques, précise-t-il. 

Lancé en juin

Le programme d’échange de seringues a été lancé en juin à l’Établissement pour femmes Grand Valley, situé à Kitchener, en Ontario, ainsi qu’à l’Établissement de l’Atlantique situé à Renous, au Nouveau-Brunswick. Selon le calendrier prévu, le SCC doit déployer en janvier le programme dans d’autres établissements fédéraux partout au pays, en commençant par celui d’Abbotsford, en Colombie-Britannique. 

Impossible de savoir quand les détenus des pénitenciers québécois auront accès au programme. «Nous n’avons pas encore confirmé les dates de déploiement au Québec. Nous travaillons en étroite collaboration avec chaque établissement pour déterminer la chronologie de la mise en œuvre tout en tenant compte des considérations opérationnelles», a répondu par courriel une porte-parole du SCC, Stéphanie Stevenson.

Sur son site Internet, le SCC souligne que selon les données de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime provenant de pays où les programmes d’échange de seringues en prison sont en vigueur, ceux-ci ne seraient pas associés à une augmentation des attaques contre le personnel carcéral ou d’autres détenus.

Le Syndicat des agents correctionnels du Canada est plus que sceptique. Selon lui, des programmes similaires implantés dans certains pays d’Europe ne permettent pas l’injection en cellule, mais uniquement en centres supervisés, et seuls des professionnels de la santé manipulent les seringues. 

En novembre, plus d’une centaine d’agents correctionnels ont manifesté devant les bureaux des ministres Ginette Petitpas Taylor et Ralph Goodale pour que soit suspendue l’implantation du programme d’échange de seringues en prison. Ils craignent que l’usage de seringues en cellule augmente considérablement les risques pour leur santé et leur sécurité. 

«Il y a décidément un enjeu de sécurité, notamment parce qu’on n’est pas équipé, on n’a pas de gants faits pour ça», dit le président régional du Syndicat des agents correctionnels du Canada Frédérick Lebeau. 

S’il dit comprendre l’enjeu de réduction des méfaits, M. Lebeau estime cependant que la prison n’est pas le bon endroit pour distribuer des seringues. «Il y a d’autres possibilités, comme les programmes de méthadone, qui fonctionnent très bien», rappelle le président régional du SACC-CSN. 

Pour M. Lebeau, c’est «un non-sens» que de fournir des seringues aux détenus pour qu’ils puissent se droguer alors que la mission des agents correctionnels en est une de réhabilitation. «La drogue reste illégale à l’intérieur des murs, mais on fournit la seringue. On a du mal un peu à comprendre ça.»

Le syndicat promet de maintenir la pression sur les politiciens afin qu’ils mettent un frein au déploiement du programme. «On espère que la prochaine campagne électorale va faire changer les choses», dit Frédérick Lebeau.

Au SCC, on assure que «la sécurité du personnel, du public et des détenus a été prise en considération lors de l’examen de la mise en œuvre du programme d’échange de seringues». «Le SCC continuera de travailler avec le personnel et les représentants syndicaux afin d’appuyer des milieux de travail sécuritaires et de répondre aux préoccupations», écrit la porte-parole. 

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PAS DANS LES PRISONS PROVINCIALES

Québec ne compte pas déployer de programme d’échange de seringues dans ses prisons. «Il n’y a aucun projet en ce sens actuellement ni aucun projet planifié», confirme une porte-parole du ministère de la Sécurité publique, Louise Quintin, dans un courriel au Soleil.

Mme Quintin explique que la distribution de seringues à l’intérieur des établissements de détention «représenterait un défi en matière de logistique et de sécurité tant pour les personnes incarcérées que pour le personnel en place, et ce, notamment en raison du fort roulement de la clientèle carcérale». 

Elle souligne par ailleurs que «bien que la prévalence de l’infection au VIH et de l’hépatite C est plus élevée chez les personnes incarcérées que dans la population générale, des données recueillies en 2012 et en 2014 ont démontré une diminution globale des comportements à risque ainsi que de la prévalence du VIH et de l’hépatite C chez les personnes incarcérées sous la responsabilité du ministère de la Sécurité publique».

Le ministère, ajoute-t-elle, a plutôt fait le choix d’axer ses interventions sur la prévention de la transmission des ITSS avec ses partenaires du réseau de la santé et des services sociaux, et sur les mesures visant à contrer les entrées de drogue dans ses établissements de détention.