L'ajout de 2100 places en hébergement, en réadaptation et en santé mentale annoncé mercredi par le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, pour désengorger les hôpitaux suscite à la fois soulagement, questionnements et inquiétude.

Productivité des médecins: Barrette songe à durcir la loi 20

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, durcira sa loi 20 si elle ne produit pas les effets escomptés sur la productivité des médecins québécois.
«Si je fais ça, ça va ruer dans les brancards, prévient le ministre Barrette en entrevue au Soleil. Ça va être le lèse-majesté total.»
Adoptée à l'automne 2015, la Loi favorisant l'accès aux médecins fixe diverses cibles à atteindre au 31 décembre 2017. La proportion de Québécois qui ont un médecin de famille doit augmenter à 85 %, par exemple. Autrement, les chèques de paie des médecins seront amputés. 
«Et probablement que ce n'est pas assez, affirme le ministre. Il manque un levier plus direct en termes administratif et d'autorité entre l'administration du réseau et les médecins.»
Les médecins sont des travailleurs autonomes. Ils ne sont pas subordonnés par une relation employeur-employé avec le réseau de la santé, note le ministre de la Santé. «À un moment donné, peut-être qu'une administration devra avoir l'autorité sur ses joueurs dans l'hôpital, avance le ministre Barrette. On vous donne des privilèges à la condition d'avoir tel volume, à la condition que les salles d'opération marchent à pleine capacité, et ainsi de suite.»
La loi 20 permet «par la bande» de recréer le lien d'autorité avec des exigences en matière d'assiduité auprès des patients. «L'assiduité, c'est machiavélique, affirme M. Barrette. Mais c'est réel. Ça a été fait exprès. Ça force un comportement différent. La clé, elle est là.»
Le rattrapage salarial des médecins a été fait et ils ont maintenant l'obligation morale de s'occuper de l'organisation des soins, martèle le ministre. La loi 20 était nécessaire parce que le «corps médical ne prend pas ses responsabilités sociales». 
«Moi, mon enjeu, si je mets de l'argent sur la table, c'est d'avoir le résultat, lance le ministre Barrette. Pour ça, il faut avoir des leviers. J'ai des leviers aujourd'hui, mais pas tous les leviers. J'ai encore des leviers qui demandent de la collaboration. Un des enjeux dans le futur, c'est d'avoir un levier qui garantit le résultat.»
Le salariat, hors de la mire
La réaction de la présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, Diane Francoeur, à l'enveloppe additionnelle de 20 millions $ annoncée la semaine dernière a été insatisfaisante, remarque le ministre Barrette. La somme doit permettre la réalisation de 22 500 chirurgies de plus par année. 
«Sa première réaction est de dire : "On n'est pas sûr de pouvoir tout faire ça", affirme le ministre. Regarde, quand tu prends 12 semaines de vacances par année en moyenne, tu peux donner une semaine de plus. Je le sais que c'est ce qu'ils prennent, j'étais là-dedans avant. Omnipraticiens et spécialistes. Il n'y a aucune raison de ne pas livrer ça.»
Il n'est pas question d'envisager le salariat pour les médecins québécois, assure le ministre de la Santé. Cela serait improductif, à son avis. «Le salariat, imaginez, on tombe dans les normes du travail, avec un syndicat, des descriptions de tâches, du temps supplémentaire, de la disponibilité, du volume, des vacances payées, et obligatoirement une baisse de rémunération pour les médecins parce qu'on va tomber dans la rémunération globale.»
Le ministre de la Santé parle d'une loi 20+ au conditionnel. Il y en aura une «s'il le faut». Il faut d'abord voir l'effet de la législation actuelle. «Si, demain, je mettais la rémunération des médecins dans le système, ça changerait, dit-il. Peut-être que ça va arriver un jour. Je ne crois pas au salariat, mais je crois aux règles.»
Le rapport de forces est «différent» maintenant que plus de médecins sont formés dans les universités québécoises, analyse M. Barrette. «Les médecins ont moins d'échappatoire de dire : "Je m'en vais", lance-t-il. Dites-vous une affaire, le verre est plein aussi dans les autres provinces.»
Les effets de l'incorporation disparaîtront
Les bénéfices de l'incorporation disparaîtront pour la quasi-totalité des médecins en 2017, affirme le ministre de la Santé. La mesure suscite des critiques depuis sa mise en place, en 2007. Son abolition est réclamée de façon récurrente.
Lors de la dernière course à la direction du PQ, tous les candidats réclamaient d'une façon ou d'une autre sa mise au rancart. Le ministre de la Santé a souvent dit qu'il ne priverait pas un groupe de professionnels d'un droit octroyé à d'autres. Il ajoute un nouvel argument.
«Ça n'a aucun intérêt, ce dossier-là, dit-il. Et ça n'a pas d'intérêt pour la simple et bonne raison que Carlos [Leitão], à partir de 2017, dans sa loi omnibus de l'année passée, a prévu que les bénéfices de l'incorporation allaient tomber à zéro pour les entreprises de trois employés et moins. Ce sont essentiellement 90 % des médecins.»
Au cabinet du ministre des Finances, on explique que M. Barrette réfère à la modification apportée à la déduction pour petite entreprise (DPE) lors du dernier budget. Pour les entreprises où les employés auront travaillé moins de 5500 heures dans l'année (l'équivalent de trois employés à temps plein), le taux d'imposition réduit pour les PME sera considérablement augmenté. Pour un cabinet de médecins, il passera de 8 % à 11,8 %, une hausse de près de la moitié, sur les premiers 500 000 $ de revenus, selon les informations fournies par les Finances. L'incorporation offre aussi des possibilités de fracturation du revenu avec des membres de la famille.
Pharmaciens: l'impression de «s'être fait avoir»
Les relations sont loin d'être au mieux entre le ministre Gaétan Barrette et les pharmaciens du Québec. Ceux-ci lui reprochent notamment de n'avoir pas respecté sa part de l'entente qui l'autorisait à leur ponctionner 400 millions $ en trois ans. Le ministre devait déplafonner leurs allocations professionnelles de manière à compenser cette ponction grâce à des ristournes versées par les compagnies pharmaceutiques.
Or, M. Barrette a finalement opté pour une levée partielle et progressive du plafond. «Je me suis un petit peu fait avoir là-dedans», justifie le ministre. L'industrie pharmaceutique a soutenu ne pouvoir consentir des ristournes supérieures à 28 % du coût des médicaments achetés.
D'autre part, l'enregistrement d'une assemblée de pharmaciens laisse entendre qu'à 23 %, les effets de la ponction seraient compensés. «Celui qui a enregistré ça, c'est Jean Coutu fils lui-même, dit M. Barrette. C'est assez amusant.» Sauf que, dit le ministre, «tout le monde mentait». Les compagnies pharmaceutiques faisaient miroiter des ristournes allant jusqu'à 80 % aux pharmaciens, dit-il. Des centaines de millions. «Ça nous dit quoi? Ça nous dit qu'il y a de l'argent en titi dans le système entre le fabricant et le pharmacien propriétaire, affirme le ministre de la Santé. [...] Ils [les pharmaciens] ont vu un pactole qui n'arrivera pas.»