Impossible pour la Dre Lise Grenier de transférer ses 1500 patients, dont 600 sont vulnérables, à ses cinq collègues, qui sont déjà débordés.

Proche de la retraite, elle s’inquiète pour ses patients

Médecin à la Polyclinique de L’Ancienne-Lorette, la Dre Lise Grenier prendra sa retraite en janvier prochain. D’ici là, elle doit expliquer à ses 1500 patients pourquoi ils ne pourront plus venir à la clinique et se retrouveront sur la liste des patients orphelins.

Comme d’autres groupes de médecine familiale (GMF) de la région de Québec, celui de la Polyclinique de L’Ancienne-Lorette manque de relève médicale. Impossible pour la Dre Grenier de transférer ses patients, dont 600 sont vulnérables, à ses cinq collègues, qui sont déjà débordés. 

Les patients de la Dre Grenier se retrouveront donc désinscrits de la clinique du boulevard Hamel et... orphelins. Leurs noms se retrouveront sur la liste du Guichet d’accès à un médecin de famille, là où des patients peuvent attendre des mois avant d’être pris en charge. 

«C’est épouvantable, surtout pour mes patients qui sont vulnérables, qui ne sont pas mobiles. Ils devraient pouvoir continuer de consulter à la clinique qu’ils fréquentent depuis parfois 30, 40 ans, mais ils ne le pourront pas», déplore la Dre Lise Grenier.

Car pour conserver leur financement, les GMF doivent depuis 2015 respecter un taux d’assiduité de 80% auprès de leurs patients inscrits. Dans son cadre de référence, le ministère de la Santé définit le taux d’assiduité comme étant «la proportion de visites de la clientèle inscrite au GMF effectuées dans les sites du GMF sur le nombre total de visites dans l’ensemble des sites de prestation de services de première ligne», incluant les supercliniques et les urgences. 

«Si des patients sont désinscrits parce qu’un médecin prend sa retraite ou décède, ils ne peuvent plus venir à la clinique parce qu’ils feraient baisser le taux d’assiduité du GMF [les médecins devant voir en priorité leurs patients pour respecter la règle du 80 %]. Ça n’a aucun sens comme règle. On devrait laisser tomber le taux d’assiduité au moins temporairement, le temps d’avoir une relève», estime la Dre Grenier.

Selon elle, «la problématique est la même partout, dans tous les GMF où plusieurs médecins arrivent en fin de carrière». «Le patient ne peut plus être suivi par l’infirmière qui le voyait depuis des années, il devient un indésirable là où il avait toujours été bien servi», déplore-t-elle. 

À la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, on estime que «l’enjeu fondamental, c’est le manque de relève en médecine de famille plus que le taux d’assiduité». 

«Dans les faits, il n’y a rien qui empêche un GMF de voir de la clientèle non inscrite. […] Les médecins pourraient faire une liste d’exception [pour les patients de la Dre Grenier] et faire en sorte que ces patients puissent continuer d’être vus en urgence par l’infirmière. Mais on n’est pas placé pour évaluer ou porter un jugement» sur la capacité du GMF de la Polyclinique de L’Ancienne-Lorette à le faire, dit le porte-parole de la FMOQ, Jean-Pierre Dion, qui convient que «pour les plus petits GMF, la règle du 80% d’assiduité peut avoir plus d’impact». 

Au ministère de la Santé, on dit vouloir maintenir la mesure du taux d’assiduité «dans l’intérêt du patient». On souligne également que l’entente sur la «grande inscription» conclue l’automne dernier avec la FMOQ permet aux médecins de famille qui débutent leur pratique de se voir attribuer des blocs de patients. 

«Dès leur arrivée en pratique après leur diplomation de cet été, les nouveaux facturants devraient donc largement contribuer à la grande inscription de 2018 et accentuer la prise en charge de la clientèle dans des cas comme celui-ci d’un médecin qui prend sa retraite», dit la porte-parole Marie-Claude Lacasse, qui mentionne du reste qu’«un patient qui consulte une infirmière dans un GMF ne baisse pas le taux d’assiduité».