Thomas Perreault, alors qu’il était en attente d’intervention chirurgicale au fémur et au poignet.

Près de 48h pour soigner une fracture au fémur

MARIA — Un citoyen de Maria, en Gaspésie, Steve Perreault, réclame une enquête indépendante et l’intervention du Protecteur du citoyen à la suite du cauchemar vécu par son fils de 15 ans, Thomas, qui a dû attendre près de 46 heures avant d’être opéré pour des fractures au fémur et au poignet, après un accident de moto subi le 26 juillet.

L’accident est survenu à Carleton-sur-Mer vers 16h30, au point de rencontre entre une route rurale et un chemin forestier emprunté par Thomas Perreault, qui se rendait travailler au supermarché Metro quand il est entré en collision avec un véhicule. Comme le chirurgien orthopédiste de garde était à Gaspé à ce moment, il a été transporté en ambulance sur les 250 kilomètres séparant l’hôpital de Maria de celui de Gaspé.

Seconde déveine, l’anesthésiste de garde à Gaspé venait d’être appelée à accompagner un patient en transfert aérien. L’opération a été reportée au lendemain matin. Thomas n’a toutefois été placé sous anesthésie générale qu’en début d’après-midi.

Matériel absent

«Le problème, c’est qu’il n’y avait pas le matériel requis pour opérer. Il n’y avait pas le clou en titane pour le fémur de mon gars. Il me semble, si un hôpital est en garde régionale, qu’il faut s’assurer que du matériel de chirurgie soit disponible», note Steve Perreault.

Thomas est alors réveillé afin que l’opération soit reportée en début de soirée. Le matériel manquant est commandé à Maria. Les pièces arrivent par taxi à 18h30, toujours le 27 juillet. Il endure son mal depuis 26 heures. Les pièces sont stérilisées pendant trois heures. L’adolescent revient finalement au bloc opératoire au début de la nuit.

«Le chirurgien réalise qu’il n’y a pas assez de clous, et que ce ne sont pas les bons, en dépit de la communication FaceTime qui a eu lieu entre un représentant du fournisseur des produits chirurgicaux, le préposé aux commandes et la coordonnatrice administrative de l’hôpital de Maria», explique Steve Perreault, encore incrédule.

Il n’y a pas de taxi disponible cette nuit-là. La chirurgie est donc remise une seconde fois, au lendemain matin. Elle n’aura lieu qu’en après-midi.

«Le taxi devait partir à 6h30, mais il est parti après 8h. Il est arrivé à 11h30. Ils [les administrateurs de l’hôpital] n’auraient pas dû nous réveiller à 4h du matin pour nous dire que le taxi partait bientôt», déplore M. Perreault.

Lui et son ex-conjointe, Isabelle Naud, qui partage ses revendications, ont tenté d’en savoir plus sur le cheminement tardif du matériel manquant à partir de la fin de l’avant-midi du 28 juillet.

«À 13h30, Connie Jacques, représentante du CISSS [Centre intégré de santé et de services sociaux de la Gaspésie] ne m’avait pas rappelé encore. On avait décidé que si, à 14h, il n’y avait pas le matériel, on demanderait le transfert de notre fils en avion vers un hôpital où il pourrait être opéré», dit-il.

Thomas est entré en chirurgie à 14h, pour en ressortir à 19h15. «L’opération a été beaucoup plus longue qu’en temps normal. Le muscle était contracté, gorgé de sang. Il a fallu cinq heures, alors que le chirurgien dit que ça prend normalement une heure et demie pour ce genre d’opération», note Steve Perreault.

En l’absence de disponibilité de transport interhospitalier, Thomas est revenu en ambulance à Maria, où il est en convalescence chez sa mère.

L’administration ciblée

Steve Perreault précise que ses demandes d’enquête indépendante et d’éclaircissements touchent essentiellement les instances administratives du CISSS et du ministère de la Santé.

«Le personnel infirmier a fait tout un travail. Ils ont pris soin de lui comme si c’était leur enfant. […] Les compressions budgétaires ne devaient pas avoir d’impact sur les services. Ce n’est pas le cas. […] Pour l’enquête, je demande quelqu’un qui connaît le secteur de la santé, mais qui ne travaille pas pour le ministère», insiste M. Perreault.

Thomas récupère lentement. «Ça n’a pas été facile, avec la chaleur en plus. Il ne fallait pas montrer le désarroi et la colère qu’on ressentait. À 15 ans, les jeunes ont parfois le caractère bouillant», dit le père.

La direction du CISSS n’a réagi que par communiqué à cette affaire. On y mentionne qu’un «comité de travail en gestion des risques fera enquête afin de faire la lumière sur l’événement. L’évaluation permettra de comprendre ce qui s’est passé. Nous veillerons à ce que les procédures actuelles soient révisées et améliorées. Notre objectif demeure la diminution des délais d’attente lors d’une opération d’urgence.»