En début de semaine, les établissements de santé de Chaudière-Appalaches ont emboîté le pas à ceux de la région de Québec en annonçant une formation écourtée de neuf semaines à leurs futurs préposés aux bénéficiaires. 

Préposés aux bénéficiaires: grogne contre les formations écourtées

Les formations écourtées pour devenir préposé aux bénéficiaires continuent de se répandre au Québec, ce qui suscite la grogne d'employés déjà en place. La Fédération professionnelle des préposés aux bénéficiaires croit que le système de santé fait fausse route et qu'il faudrait plutôt augmenter les exigences pour pratiquer ce métier crucial dans une société vieillissante.
En début de semaine, les établissements de santé de Chaudière-Appalaches ont emboîté le pas à ceux de la région de Québec en annonçant une formation écourtée de 9 semaines à leurs futurs préposés aux bénéficiaires. Le projet-pilote du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Chaudière-Appalaches démarrera cet automne et vise à combler de nombreux postes vacants dans les CHSLD de Lévis, Bellechasse, Lotbinière, Nouvelle-Beauce, Montmagny et l'Islet.
Le programme a été élaboré «sur mesure», à partir de la formation régulière offerte par les commissions scolaires de la région, qui dure normalement 25 semaines. Cette nouvelle formation est rémunérée et se concentre sur les soins requis par les personnes âgées en perte d'autonomie. Le CISSS de Chaudière-Appalaches précise qu'elle ne s'adresse à ceux qui souhaitent travailler dans les hôpitaux. 
«On a décidé d'aller de l'avant au lieu d'attendre d'avoir à subir un manque de personnel important», explique Nathalie Paré, agente d'information pour le CISSS de Chaudière-Appalaches. Pour sa première cohorte, le CISSS espère attirer 40 étudiants, qui seront supervisés par un mentor pendant un an, assure Mme Paré. 
En avril dernier, le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale annonçait la mise en place d'une formation accélérée de 5 semaines pour ses nouveaux préposés aux bénéficiaires travaillant auprès des personnes âgées. Le tout afin de contrer la pénurie importante de personnel. Les établissements de santé de Montréal, de la Côte-Nord et de la Gaspésie ont également annoncé des formations accélérées ces derniers mois. 
Pour le ministère de la Santé, la formation raccourcie en Chaudière-Appalaches est une «initiative régionale» qui répond à des «besoins spécifiques de main-d'oeuvre». La porte-parole Noémie Vanheuverzwijn explique que le ministère de la Santé «est en discussion constante avec le ministère de l'Éducation», mais qu'une formation accélérée nationale n'est dans les cartons. 
Mauvais message
Michel Lemelin, président de la Fédération professionnelle des préposés aux bénéficiaires du Québec (FPBQ) dénonce cette tendance à raccourcir la formation. «On envoie un très mauvais message aux préposés aux bénéficiaires. On créée deux classes de préposés, deux catégories, mais toute le monde a le même salaire», déplore-t-il. 
M. Lemelin raconte qu'il y a quelques années, le gouvernement a obligé des préposés d'expérience à retourner sur les bancs d'école pour obtenir leur Diplôme d'études professionnelles (DEP), ce qu'ils ont fait. «Aujourd'hui, ces gens-là se sentent trahis.» Pour M. Lemelin, «le ministre de la Santé est carrément en train de donner une gifle au ministre de l'Éducation» en sabordant le DEP qui était jusque là reconnu. 
M. Lemelin est bien conscient que les centres de soins longues durées ont un besoin criant de personnel. Mais selon lui, la meilleure façon de valoriser le métier, d'y attirer de bons candidats et de protéger les aînés est de resserrer les exigences. Il a d'ailleurs rencontré des membres du cabinet de la ministre de la Justice Stéphanie Vallée en juillet pour déposer un document demandant la création d'un ordre professionnel ou d'une association obligatoire pour les préposés aux bénéficiaires. Militant depuis quelques années pour la création d'un tel ordre, M. Lemelin croit que les 75 000 préposés aux bénéficiaires du Québec sont prêts pour ce changement. Le public serait ainsi davantage protégé et les préposés auraient davantage d'autonomie dans leur travail. 
François Paradis, critique en santé de la Coalition avenir Québec (CAQ), s'inquiète également de cette tendance à offrir des formations écourtées. «On n'est pas dans un monde idéal. Au départ, cette formation devait être une exception pour régler une problématique ponctuelle, alors il ne faut pas que ça devienne la norme.»
La CAQ demande que ces formations soient mieux encadrées et débouchent sur de véritables DEP, en formule travail-études. «J'invite le ministre de la Santé et le ministre de l'Éducation à s'asseoir ensemble pour examiner la problématique parce que là, on a nettement l'impression que cette la vague risque d'emporter tout sur son passage.»
Sentiment d'injustice dans les résidences privées
Alors qu'elles peinent aussi à trouver de la main-d'oeuvre, les résidences privées pour aînées voient plusieurs de leurs employés déserter pour tenter leur chance dans le réseau de santé public. «On est rendu l'école du public», déplore Yves Desjardins, président du Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA).
M. Desjardins raconte que les propriétaires de résidences s'arrachent les employés disponibles à l'heure actuelle et affichent un taux de roulement de 50%. «Ce qui nous choque, c'est que le gouvernement nous impose une formation uniforme pour nos employés, alors que de son côté. il se donne le droit d'offrir des formations accélérées.» Pour M. Desjardins, il s'agit d'une injustice, même s'il croit fondamentalement que «la qualité, ça passe par la formation».
Dans les résidences pour aînés, les préposés doivent suivre une formation de 120 heures et leur salaire est en général un peu moins élevé que dans le réseau de santé public. «C'est pas le même travail, parce que notre clientèle signe un bail et elle est en grande partie autonome. On ne change pas des couches chez nous», illustre M. Desjardins.