Les policiers de Québec doivent intervenir plusieurs fois par semaine, voire par jour, auprès de patients psychiatriques que les hôpitaux refusent de garder ou libèrent trop vite.

Poursuite policière à Québec: le suspect avait été admis en psychiatrie

Le suspect impliqué dans la poursuite policière qui s’est déroulée dimanche après-midi entre Saint-Raymond et Québec avait été conduit au CHUL par les policiers vendredi soir parce qu’il était désorganisé et tenait des propos suicidaires, a appris Le Soleil.

Selon nos informations, le père de l’homme de 35 ans aurait contacté le 9-1-1 vendredi soir parce qu’il craignait pour la santé et la sécurité de son fils, qui vivait mal une séparation amoureuse. Celui-ci aurait été conduit par les policiers au CHUL, où il aurait été admis en vertu de la loi P-38 (qui s’applique lorsque l’état mental d’une personne présente un danger grave et imminent pour elle-même ou pour autrui).

L’homme, pour qui ce n’était pas la première visite en psychiatrie, aurait été gardé quelques heures avant d’être libéré et référé au Centre de crise de Québec. 

Toujours selon les informations obtenues par Le Soleil, l’individu se serait présenté brièvement au Centre de crise avec son père, puis aurait quitté les lieux afin d’aller récupérer ses effets personnels et ses médicaments chez lui, à Portneuf. Il ne serait jamais retourné à l’établissement du boulevard René-Lévesque.

La suite est connue : vers 14h30, dimanche, les policiers de la MRC de Portneuf ont été appelés à intervenir auprès d’un individu au comportement dangereux qui circulait dans le secteur de Saint-Raymond. Le suspect s’était précédemment montré menaçant à l’endroit de son ex-conjointe, selon ce qu’il a été possible d’apprendre. 

L’homme au volant d’un VUS de marque Audi a rapidement été localisé par les policiers, mais il a refusé de s’immobiliser, enclenchant une poursuite policière sur environ 50 kilomètres entre Saint-Raymond et Québec.

Des tapis à clous

Deux tapis à clous ont dû être déployés pendant la poursuite, au cours de laquelle une policière de la Sûreté du Québec, qui se trouvait à l’extérieur de sa voiture de patrouille, a été heurtée par le fuyard. Elle n’aurait heureusement subi que des blessures mineures. La poursuite a pris fin sur le boulevard Wilfrid-Hamel, en face de l’Hôtel Motel Le Gîte, avec le concours des policiers de Québec.

Des images captées par un témoin de l’arrestation et qui ont circulé sur les réseaux sociaux montrent que les policiers ont notamment utilisé un pistolet à impulsion électrique pour maîtriser le suspect agité et pour réussir à lui passer les menottes.

L’homme a été conduit au CHUL pour soigner ses blessures. Il a comparu par voie téléphonique le lendemain, à partir de son lit d’hôpital. Actuellement sous la responsabilité du Centre de détention de Québec, il est attendu au palais de justice vendredi pour sa comparution formelle devant un juge. Il semble que l’individu n’était pas intoxiqué à l’alcool ou à la drogue lorsqu’il a été arrêté.

Ce n’est pas la première fois que les policiers doivent intervenir auprès d’un individu en crise ou suicidaire, aux prises avec des problèmes de santé mentale. À plusieurs reprises au cours des derniers mois, des voix se sont élevées dans les rangs policiers, chez les organismes communautaires, à l’hôtel de ville de Québec et dans la population pour dénoncer la présence de cas de plus en plus nombreux et de plus en plus lourds dans la communauté.

Plusieurs fois par jour

En novembre, le policier de Québec Yanick Campagna a rencontré la ministre de la Santé, Danielle McCann, pour lui faire part de cette problématique à laquelle sont confrontés les policiers, qui doivent intervenir plusieurs fois par semaine, voire par jour, auprès de patients psychiatriques que les hôpitaux refusent de garder ou libèrent trop vite. Le patrouilleur avait fait la manchette quelques mois plus tôt pour avoir dénoncé devant le Comité de déontologie policière le syndrome des «portes tournantes» et «l’abandon des patients» en psychiatrie.

L’an dernier, le SPVQ a fait plus de 5000 interventions directement liées à des problématiques d’itinérance et de santé mentale, ce qui représente 16 interventions par jour, contre 14 l’année précédente.