Jeudi, le CISSS annonçait que l’urgence du secteur Charny n’accepterait plus de malades après 19h, alors que les portes fermaient à 23h.

Pour préserver ses urgentologues surmenés, le Centre Paul-Gilbert réduit ses heures d'ouverture

La Rive-Sud manque de médecins dans ses urgences. Ce serait d’ailleurs pour éviter de brûler ceux qui tiennent le fort que le Centre intégré de santé et de services sociaux de Chaudière-Appalaches a décidé de réduire les heures d’ouverture au Centre Paul-Gilbert pour concentrer les ressources à l’Hôtel-Dieu de Lévis.

Jeudi, le CISSS annonçait que l’urgence du secteur Charny n’accepterait plus de malades après 19h, alors que les portes fermaient à 23h avant. «Ce n’est pas une mesure que l’on fait par gaieté de cœur», affirme la directrice des services professionnels, la Dre Monique St-Pierre.

Plusieurs médecins des deux urgences sont épuisés, selon elle. «La “durée de vie” d’un médecin urgentologue est d’environ sept à huit ans. Il y en a dans ces gens-là qui font de l’urgence depuis plus de 20 ans. Alors, c’est sûr qu’à un moment donné, les gens se réorientent.»

«C’est une pratique qui use.» Donc, que ce soit au retour d’un congé de maladie ou simplement après des années à travailler sous pression, des docs choisissent de bosser dans d’autres unités.

Il n’y avait plus de médecin à l’urgence du Centre Paul-Gilbert la nuit depuis déjà des lustres. «Ça fait, je vous dirais, presque 10 ans.»

Mais, même en concentrant les services entre 7h et 23h, le CISSS n’arriverait plus à pourvoir les 12 postes de médecins qui permettent de couvrir tous les quarts de travail. Ça fait d’ailleurs 4 ans que des confrères de l’Hôtel-Dieu de Lévis viennent à Charny en heures supplémentaires pour boucher les vides dans l’horaire.

Sauf que la maladie et l’épuisement ont également frappé à l’Hôtel-Dieu, affirme Monique St-Pierre. «On a perdu aussi des joueurs à Lévis, des médecins à Lévis, qui n’ont pas pu tous être remplacés. Ça nous met dans une situation très difficile. [...] Ça devient périlleux.»

Entre les deux établissements de santé, le CISSS a donc décidé de concentrer les efforts des urgentologues à l’Hôtel-Dieu. «C’est une mesure exceptionnelle. Si on veut sauvegarder la qualité du service et nos troupes jusqu’au recrutement [de nouveaux médecins] on n’a pas le choix de faire ça. [Cela] nous permet de mettre un peu moins de médecins de front pour les économiser.»

Où aller?

Beaucoup de patients se demanderont où aller. L’urgence du Centre Paul-Gilbert enregistre 55 000 visites par année.

Durant la journée, ils pourront continuer de s’y rendre. Le soir venu, les malades devront aller ailleurs.

Où? Mme St-Pierre recommande de composer sans frais le 8-1-1 pour que les infirmières d’Info-Santé puissent diriger le trafic. Elle ajoute que les cliniques privées du secteur ont été mises à contribution. Elles auraient toutes accepté d’offrir plus de «sans rendez-vous».

Et pour les cas plus lourds? Il y a l’Hôtel-Dieu de Lévis à environ 25 minutes à l’est, note Mme St-Pierre. Elle convient cependant que la clinique Saint-Louis et le CHUL, sur la Rive-Nord, sont plus près… et qu’ils risquent de recevoir des patients traversant le fleuve. Ils auraient été avertis.

Le CISSS ne sait pas quand il pourra rétablir le service complet à l’urgence du Centre Paul-Gilbert, où il reste 7 médecins sur 12 postes.