Le gouvernement avait prévu plus de 17 millions $ pour déployer 32 supercliniques pendant l'exercice financier en cours. Jusqu'ici, l'ouverture d'une seule superclinique a été annoncée à Montréal.

Plusieurs cliniques réseau risquent de fermer, craignent les omnis

La décision du ministre Gaétan Barrette de couper le 31 mars prochain le financement des cliniques réseau pour les forcer à devenir supercliniques risque d'entraîner la fermeture de plusieurs d'entre elles... et une perte de services de proximité pour la population, prévient la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), qui craint que les patients aillent attendre des heures à l'urgence pour des problèmes de santé mineurs.
Plusieurs cliniques pressenties pour devenir des supercliniques auraient déjà fait part de leur intention de se replier sur leur statut de GMF et de mettre fin dans moins de quatre mois à leur service de sans rendez-vous, affirme le président de la FMOQ, le Dr Louis Godin.
«À Québec, le ministre Barrette prévoit l'ouverture de huit ou neuf supercliniques, et pour l'instant on en compte une seule qui serait ouverte à l'arraché», expose le Dr Godin, faisant référence au projet du groupe MA clinique, qui envisage d'ouvrir une superclinique sur Lebourgneuf, à moins de deux kilomètres d'une importante clinique réseau (Le Mesnil).
Pour rappel, cette clinique en construction n'a encore ni statut de GMF ni patients inscrits (des conditions minimales pour adhérer au programme de supercliniques), mais ses promoteurs semblent avoir une bonne oreille auprès du ministre Barrette, qui les a rencontrés au moins une fois cet été.
Comme d'autres, le Dr Godin soupçonne que les règles territoriales du Plan régional d'effectifs médicaux (PREM) 2017 aient été modifiées pour diriger les médecins vers le futur établissement de MA clinique, qui regrouperait notamment des médecins du CHUL, dont la Dre Chantal Guimont (chroniqueuse et collaboratrice à l'émission Médecin sans rendez-vous, à Télé-Québec), et des «retours de région».
«Lebourgneuf a été rattaché à des secteurs où le ratio de médecins est parmi les plus déficitaires [Duberger-Les Saules et Charlesbourg]», souligne le président de la FMOQ. Selon le PREM 2017, neuf médecins sont prévus pour le sous-territoire Duberger-Les Saules-Lebourgneuf et Charlesbourg. Seulement deux sont prévus pour Loretteville-Val-Bélair et aucun n'est prévu pour la Basse-Ville, deux sous-territoires où les besoins sont pourtant criants.
Faute de ressources, «il y a des cliniques qui risquent de fermer et des patients qui risquent de perdre leurs services de proximité», avertit le Dr Godin. 
Le président de la FMOQ souligne aussi que le ministre a modifié le processus de répartition des médecins dans un secteur de la Rive-Sud de Montréal pour diriger les médecins vers un projet de superclinique. «On change les règles d'attribution des médecins pour les promoteurs de supercliniques qui se pointent», analyse le Dr Godin, ajoutant que «les règles du jeu changent continuellement, et elles semblent changer pour des raisons autres que les besoins de la population».
Selon lui, les 50 supercliniques que le ministre s'entête à vouloir ouvrir ne répondent pas aux besoins de la population. «Ce n'est pas les soirs de fin de semaine que les patients veulent voir un médecin, c'est en début de journée [la fin de semaine], alors mettons plus de médecins le matin s'il le faut. Les cliniques qui ont déjà ouvert leur sans rendez-vous les après-midis et soirs de fin de semaine ont cessé de le faire parce qu'il n'y avait pas de demandes de soins», réitère le Dr Godin.
Le président de la FMOQ reproche au ministre d'être dans «un scénario de promesses politiques» qui risque d'aboutir à une réduction des services à la population. «Pour une superclinique qui va ouvrir, combien on aura perdu de cliniques réseau? En devançant d'un an la fin du financement des cliniques réseau pour les forcer à devenir supercliniques, le ministre risque tout simplement de forcer leur fermeture et de priver la population de services», insiste le Dr Godin, disposé à rediscuter avec le ministre Barrette d'un projet «qui réponde vraiment aux besoins de la population».
Le gouvernement avait prévu plus de 17 millions $ pour déployer 32 supercliniques pendant l'exercice financier en cours. Jusqu'ici, l'ouverture d'une seule superclinique a été annoncée à Montréal.
En un mot
Supercliniques: Elles doivent être ouvertes 12 heures par jour, sept jours sur sept, offrir un minimum de 20 000 consultations par année et donner accès à des services de radiographie, d'échographie et de prélèvements.
Selon le Dr Louis Godin, les 50 supercliniques que le ministre s'entête à vouloir ouvrir ne répondent pas aux besoins de la population.
Les supercliniques en bref
• Ouverture 12 heures par jour, sept jours sur sept
• Minimum de 20 000 consultations par année
• Accès à des services de radiographie, d'échographie et de prélèvements